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Hector Berlioz

(1803 - 1869)

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The Operas of  Hector Berlioz

 


L?lio

ou
le Retour ? la vie

 


M?lodrame lyrique
Paroles et musique de Hector Berlioz Opus 14b
Personnages r?els
L?lio, compositeur de musique
Musiciens, Choristes, Amis et ?l?ves de L?lio
Personnages fictifs
Horatio, ami de L?lio
Un Capitaine de Brigands
Brigands, Spectres
Note:
Cet ouvrage doit ?tre entendu imm?diatement
apr?s la Symphonie fantastique, dont il est la fin et le compl?ment.
L'orchestre, le chœur et les chanteurs invisibles
doivent ?tre plac?s sur le th??tre, derri?re la toile.
L'acteur parle et agit seul sur l'avant-sc?ne.
A la fin du dernier monologue il sort,
et le rideau, se levant, laisse ? d?couvert
tous les ex?cutants pour le Final.
En cons?quence, un plancher devra ?tre ?tabli au-dessus
de l'endroit ordinairement occup? dans les th??tres par l'orchestre.
Le r?le de L?lio exige un acteur habile, non chanteur.
Il faut en outre un t?nor pour la Ballade,
un autre t?nor pour le Chant du bonheur,
et un baryton ?nergique pour le Capitaine de brigands.

L?LIO
(encore faible et chancelant)
(Il entre par l'un des c?t?s de l'avant-sc?ne.)
Dieu! je vis encore ... Il est donc vrai,
la vie comme un serpent s'est gliss?e
dans mon cœur pour le d?chirer de nouveau ...
Mais si ce perfide poison a tromp? mon d?sespoir,
comment ai-je pu r?sister ? un pareil songe? . . .
Comment n'ai-je pas ?t? bris? par les ?treintes horribles
de la main de fer qui m'avait saisi? . . .
Ce supplice, ces juges, ces bourreaux, ces soldats,
les clameurs de cette populace, ces pas graves et cadenc?s tombant
sur mon cœur comme des marteaux de Cyclopes . . .
Et l'inexorable m?lodies retentissant ? mon oreille
jusque dans ce l?thargique sommeil,
pour me rappeler son image effac?e et raviver la souffrance endormie . . .
La voir, l'entendre, elle!! elle! . . .
ses traits nobles et gracieux d?figur?s par une ironie affreuse,
sa douce voix chang?e en hurlement de Bacchante,
puis ces cloches, ce chant de mort religieux et impie,
fun?bre et burlesque, emprunt? ? l'?glise
par l'Enfer pour une insultante parodie! . . .
Et, encore elle, toujours elle, avec son inexplicable sourire,
conduisant la ronde infernale autour de mon tombeau! . . .
Quelle nuit! au milieu de ces tortures j'ai d? pousser des cris,
Horatio m'aurait-il entendu? . . .
Non, voil? encore la lettre que je lui avais laiss?e;
s'il f?t entr?, il l'e?t prise . . . pauvre Horatio!
Je crois l'entendre encore si calme et si tranquille, hier ? son piano,
pendant que je lui ?crivais cet adieu supr?me. . .
Il ignorait les d?chirements de mon cœur et ma funeste r?solution;
et de sa voix la plus douce, po?te insoucieux des passions cruelles,
il chantait sa ballade favorite.
I. Le P?cheur

Ballade de Goethe

HORATIO
(derri?re la toile)
L'onde fr?mit, l'onde s'agite;
Au bord est un jeune p?cheur.
De ce beau lac le charme excite
Dans l'?me une molle langueur.
? peine il voit, ? peine il guide
Sa ligne errante sur les flots.
Tout ? coup sur le lac limpide
S'?l?ve la nymphe des eaux.
L?LIO
Il y a cinq ans qu'Horatio ?crivait cette ballade imit?e
de Goethe et que j'en fis la musique.
Nous ?tions heureux alors; son sort n'a pas chang?,
et le mien ... cinq ans! que j'ai souffert depuis lors!
HORATIO
Elle lui dit: Vois la lumi?re
Descendre dans mes flots d'azur,
Vois dans mes flots Phœbe se plaire
Et briller d'un ?clat plus pur!
Vois comme le ciel sans nuage
Dans les vagues para?t plus beau!
Vois! Vois! Vois enfin, vois ta propre image
Qui te sourit du fond de l'eau!
L?LIO
Sir?ne! Sir?ne!
Dieu! mon cœur se brise!
HORATIO
L'onde fr?mit, l'onde s'agite,
Vient mouiller les pieds du p?cheur.
Il entend la voix qui l'invite,
Il c?de ? son charme trompeur.
L?LIO
Oui, oui, je ne l'ai que trop ?cout?e!
HORATIO
Elle disait d'une voix tendre,
D'une voix tendre elle chantait.
Sans le vouloir, sans se d?fendre,
Il suit la nymphe, il dispara?t.
L?LIO
?trange persistance d'un souvenir! H?las!
ces vers qui contiennent une allusion ?vidente ? mon fatal ?garement,
cette musique, cette voix qui retentissent obstin?ment en moi,
ne semblent-ils pas me dire que je dois vivre encore
pour mon art et pour l'amiti??
Vivre! . . . mais vivre, pour moi, c'est souffrir! et la mort, c'est le repos.
Les doutes d'Hamlet ont ?t? d?j? une premi?re fois
sans force contre mon d?sespoir;
seraient-ils plus puissants contre la lassitude et le d?go?t?
Je ne cherche pas ? approfondir quels seront nos songes
quand nous aurons ?t? soustraits au tumulte de cette vie,
ni ? conna?tre la carte de cette contr?e
inconnue d'o? nul voyageur ne revient . . . Hamlet! . . .
profonde et d?solante conception! . . . que de mal tu m'as fait!
Oh! il n'est que trop vrai, Shakespeare a op?r? en moi une r?volution
qui a boulvers? tout mon ?tre.
Moore, avec ses douloureuses m?lodies,
est venu achever l'ouvrage de l'auteur d'Hamlet.
Ainsi la brise, soupirant sur les ruines d'un temple renvers?
par une secousse volcanique, les couvre peu ? peu de sable
et en efface enfin jusqu'au dernier d?bris.
Et pourtant j'y reviens sans cesse,
je me suis laiss? fasciner par la terrible g?nie . . .
Qu'il est beau, vrai et p?n?trant, ce discours du Spectre royal,
d?voilant au jeune Hamlet le crime qui l'a priv? de son p?re!
Il m'a toujours sembl? que ce morceau pouvait ?tre le sujet
d'une composition pleine d'un grand et sombre caract?re.
Son souvenir m'?muet en ce moment plus que jamais . . .
Mon instinct musical se r?veille . . . Oui, je l'entends . . .
Quelle est donc cette facult? singuli?re
qui subsiste ainsi l'imagination ? la r?alit? . . .
Quel est cet orchestre id?al qui chante en dedans de moi? . . .
(Il m?dite.)
Une instrumentation sourde . . . une harmonie large et sinistre . . .
une lugubre m?lodie . . . un chœur en unissons et octaves . . .
semblable ? une grande voix exhalant une plainte mena?ante
pendant la myst?rieuse solennit? de la nuit . . .
(Il semble ?couter pendant les premi?res mesures du morceau suivant.
Puis il prend sur une table un volume, l'ouvre et va s'?tendre
sur un lit de repos, o? il reste pendant tout le chœur d'ombres,
tant?t listant, tant?t m?ditant.)

II. Chœur d'Ombres

CHŒUR
Froid de la mort, nuit de la tombe,
Bruit ?ternel des pas du temps,
Noir chaos o? l'espoir succombe,
Quand donc, quand donc finirez-vous?
Vivants! Vivants! toujours, toujours la mort vorace
Fait de vous un nouveau festin,
Sans que sur la terre on se lasse
De donner p?ture ? sa faim
Sans qu'on se lasse
De donner p?ture ? sa faim.
Quand donc, nuit de la tombe,
Bruit ?ternel des pas du temps,
Noir chaos o? l'espoir succombe,
Quand donc, quand donc finirez-vous?
L?LIO
(assis sur un lit de repos, tenant un livre ? la main)
O Shakespeare! Shakespeare!
toi dont les premi?res ann?es pass?rent inaper?ues,
dont l'histoire est presque aussi incertaine que celle d'Ossian
et d'Hom?re, quelles traces ?blouissantes a laiss?es ton g?nie!
Et pourtant que tu es peu compris! De grands peuples t'adorent,
il est vrai; mais tant d'autres te blasph?ment!
Sans te conna?tre, sur la foi d'?crivans sans ?me,
qui ont pill? tes tr?sors en te d?nigrant, on osait nagu?re encore
dans la moiti? de l'Europe t'accuser de barbarie! . . .
Mais les plus cruels ennemis du g?nie ne sont pas
ceux auxquels la nature
a refus? le sentiment du vrai et du beau.
Pour ceux-l? m?me, avec le temps, la lumi?re se fait quelquefois!
Non, ce sont ces tristes habitants du temple
de la routine, pr?tres fanastiques,
qui sacrifieraient ? leur stupide d?esse
les plus sublimes id?es neuves,
s'il leur ?tait donn? d'en avoir jamais;
ces jeunes th?oriciens de quatre-vingts ans,
vivant au milieu d'un oc?an de pr?jug?s
et persuad?s que le monde finit avec les rivages de leur ?le;
ces vieux libertins de tout ?ge qui ordonnent
? la musique de les caresser, de les divertir,
n'admettant point que la chaste muse puisse avoir
une plus noble mission;
et surtout ces profanateurs qui osent porter
la main sur les ouvrages originaux,
leur font subir d'horribles mutilations qu'ils appellent corrections
et perfectionnements, pour lesquels, disent-ils,
il faut beaucoup de go?t.
Mal?diction sur eux! ils font ? l'art un ridicule outrage!
Tels sont ces vulgaires oiseaux qui peuplent nos jardins publics,
se perchent avec arrogance sur les plus belles statues,
et, quand ils ont sali le font de Jupiter,
le bras d'Hercule ou le sein de V?nus,
se pavanent fiers et satisfaits
comme s'ils venaient de ponde un œuf d'or.
(Il se l?ve, et frappe la table avec son livre en l'y d?posant.)
Oh! une pareille soci?t?, pour un artiste, est pire que l'enfer!
(Avec une exaltation sombre et toujours croissante.)
J'ai envie d'aller dans le Royaume de Naples ou dans la Calabre
demander du service ? quelque chef de bravi,
duss?-je n'?tre que simple brigand . . .
J'y ai souvent song? . . . Oui! de po?tiques superstitions,
une madone protectrice,
de riches d?pouilles amoncel?es dans les cavernes,
des femmes ?chevel?es, palpitantes d'effroi,
un concert de cris d'horreur
accompagn? d'un orchestre de carabines,
sabres et poignards, du sang et du lacryma-christi,
un lit de lave berc? par les tremblements de terre,
alons donc, voil? la vie! . . .
(Il sort un instant et revient,
tenant ? la main un chapeau de brigand romain,
avec la cartouchi?re, la carabine, le sabre et les pistolets.
Pendant l'ex?cution de la Chanson de Brigans
sa pantomime exprime la part qu'il prend en imagination
? la sc?ne qu'il croit entendre.)

III. Chanson de Brigands

LE CAPITAINE
J'aurais cent ans ? vivre encore,
Cent ans et plus, riche et content, . . .
CHŒUR
La la le ra la la la le ra la.
LE CAPITAINE
J'aimerais mieux ?tre brigand
Que pape et roi que l'on adore.
Franchissons rochers et torrents!
CHŒUR
Franchissons rochers et torrents!
LE CAPITAINE
Ce jour est un jour de largesses.
Nous allons boire ? nos ma?tresses
Dans le cr?ne de leurs amants.
CHŒUR
Allons, ces belles ?plor?es
Demandent des consolateurs;
En pleurs d'amour changeons ces pleurs,
Formons de joyeux hym?n?es!
A la montagne, au vieux couvent
Chacun doit aller ? confesse
Avant de boire ? sa ma?:tresse
Dans le cr?ne de son amant.
LE CAPITAINE
Zora ne voulait pas survivre
A son brave et beau d?fenseur.
CHŒUR
(riant)
Ah! ah! ah! ah! ah! ah!
LE CAPITAINE
"Le Prince est mort, percez mon cœur!
Au tombeau laissez-moi le suivre!"
Nous l'emportons au roc ardent.
CHŒUR
Au roc ardent!
LE CAPITAINE
(avec ironie)
Le lendemain, folle d'ivresse,
Elle avait noy? sa tristesse
Dans le cr?ne de son amant.
LE CAPITAINE ET CHŒUR
Fid?les et tendres colombes,
Vos chevaliers sont morts.
Eh bien! Mourir pour vous fut leur destin.
D'un pied l?ger foulez leurs tombes!
Pour vous plus de tristes moments!
Gloire au hasard qui nous rassemble!
Oui, oui, nous allons boire ensemble
Dans le cr?ne de vos amants.
Tra la la la la la la la la la.
Quittons la campagne!
Le vieil ermite nous attend.
Au couvent!
CHŒUR
Capitaine, nous te suivrons, nous sommes pr?ts.
LE CAPITAINE ET CHŒUR
Allons! ? la montagne!
L?LIO
(Long silence. - Sa furieuse exaltation semble se dissiper.
Il quitte ses armes. L'attendrissement le gagne peu ? peu.
Il pleure ? sanglots. Puis son ?motion s'adoucit.
Il r?ve quelque temps, soupire, et enfin, essuyant ses larmes,
il dit avec plus de calme:)
Comme mon esprit flotte incertain! . . .
De ce monde fr?n?tique il passe maintenant
aux r?ves les plus enivrants.
La douce esp?rance rayonnant sur mon front fl?tri,
la force de se tourner encore vers les cieux . . .
Je me vois dans l'avenir, couronn? par l'amour;
la porte de l'enfer, repouss?e par une main ch?rie,
se referme; je respire plus librement;
mon cœur, fr?missant encore d'une angoisse mortelle,
se dilate de bonheur;
un ciel bleu se pare d'?toiles au-dessus de ma t?te;
une brise harmonieuse m'apporte de lointains accords,
qui me semblent un ?cho de la voix ador?e;
des larmes de tendresse viennent enfin refra?chir
mes paupi?res br?lantes de pleurs de la rage et du d?sespoir.
Je suis heureux, et mon ange sourit en admirant son ouvrage;
son ?me noble et pur scintille sous
ses longs cils noirs modestement baiss?s;
une de ses mains dans les miennes, je chante, et son autre main,
errant sur les cordes de la harpe,
accompagne languissamment mon hymne de bonheur.
(Il s'assied pr?s de la table sur laquelle il s'accoude,
plong? dans sa r?verie, pendant l'ex?cution du Chant de bonheur.)

 IV. Chant de bonheur

LA VOIX IMAGINAIRE DE L?LIO
(derri?re la toile, ? voix ?teinte)
? mon bonheur, ma vie,
Mon ?tre tout entier, mon Dieu, mon univers!
Est-il aupr?s de toi quelque bien que j'envie?
Je te vois, tu souris, les cieux me sont ouverts!
L'ivresse de l'amour pour nous est trop br?lante.
Ce tendre abattement est plus d?licieux.
Repose dans mes bras, repose cette t?te charmante!
Viens! Viens! ? ma r?veuse amante,
Sur mon cœur ?perdu viens clore tes beaux yeux!
L?LIO
(Toujours assis pr?s de la table.
Sa sombre tristesse semble le reprendre.)
Oh! que ne puis-je la trouver, cette Juliette,
cette Oph?lie, que mon cœur appelle!
Que ne puis-je m'enivrer de cette joie m?l?e de tristesse
que donne le v?ritable amour, et, un soir d'automne,
berc? avec elle par le vent du nord sur quelque bruy?re sauvage,
m'endormir enfin dans ses bras
d'un m?lancolique et dernier sommeil! . . .
L'ami t?moin de nos jours fortun?s creuserait lui-m?me
notre tombe au pied d'un ch?ne,
suspendrait ? ses rameaux la harpe orpheline,
qui, doucement caress?e par le sombre feuillage,
exhalerait encore un reste d'harmonie.
Le souvenir de mon dernier chant de bonheur
se m?lant ? ce concert fun?bre ferait couler ses larmes,
et il se sentirait dans ses veines un frisson inconnu,
en songeant au temps . . .
? l'espace . . . ? l'amour . . . ? l'oubli . . .
(Il ?coute d'un air profond?ment m?lancolique le morceau suivant.)

 V. La harpe eolienne - Souvenirs

L?LIO
(se levant, avec une certaine animation)
Mais pourquoi m'abandonner ? ces dangereuses illusions?
Ah! ce n'est pas ainsi que je puis me r?concilier avec la vie . . .
La mort ne veut pas de moi .
. . je me suis jet? dans ses bras,
elle m'en repousse avec indiff?rence.
Vivons donc, et que l'art sublime auquel je dois
les rares ?clairs de bonheur qui ont brill?
sur ma sombre existence,
me console et me guide dans le triste d?sert
qui me reste ? parcourir!
? musique! ma?tresse fid?le et pure,
respect?e autant qu'ador?e, ton ami,
ton amant t'appelle ? son secours!
Viens, viens, d?ploie tous tes charmes,
enivre-moi, environne-moi de tous tes prestiges,
sois touchante, fi?re, simple, par?e, riche, belle!
Viens, viens, je m'abandonne ? toi.
Pourquoi r?fl?chir? . . . je n'ai pas de plus mortelle ennemie
que la r?flexion, il faut l'?loigner de moi.
De l'action, de l'action, et elle va fuir.
Ecrivons, ne f?t-ce que pour moi seul . . .
Choisissons un sujet original d'o? les couleurs
sombres soient exclues . . .
J'y pense, cette Fantaisie sur le drame de la Temp?te,
dont le plan est d?j? esquiss? . . . je puis l'achever.
Oui, un magicien qui trouble et apaise ? son gr? les ?l?ments,
de gracieux Esprits qui lui ob?issent, une vierge timide,
un jeune homme passionn?, un sauvage stupide,
tant de sc?nes vari?es termin?es par le plus brillant d?nouement,
arr?tent ma pens?e sur de plus riants tableaux.
De chœurs d'Esprits de l'Air capricieusement jet?s
au travers de l'orchestre adresseront,
dans une langue sonore et harmonieuse,
tant?t des accents pleins de douceur ? la belle Miranda,
tant?t des paroles mena?antes au grossier Caliban;
et je veux que la voix de ces Sylphes soit soutenue
d'un l?ger nuage d'harmonie,
que brillantera le fr?missement de leurs ailes.
Justement voici l'heure o? mes nombreux ?l?ves se rassemblent;
confions leur l'ex?cution de mon esquisse!
L'ardeur de ce jeune orchestre me rendra peut-?tre la mienne;
je pourrai reprendre et achever mon travail.
Allons! que les Esprits chantent et fol?trent!
que la temp?te gronde, ?clate et tonne! que Ferdinand soupire!
que Miranda sourie tendrement!
que le monstrueux Caliban danse et mugisse!
que Prospero commande en mena?ant, et
(avec un accent religieux)
que Shakespeare me prot?ge!
(Il sort, la toile se l?ve.)
(Au lever de la toile, les Musiciens sont d?j? sur leur estrade;
mais le Chœur s'avance un peu sur le plancher ?tabli
au-dessus de l'endroit qu'occupe ordinairement l'orchestre
pour les repr?sentations dramatiques.
Les Chroristes se rangent ? droite et ? gauche, debout,
leur musique ? la main. L?lio entre alors et dit:)
Laissez la place pour le piano! Ici! ici! . . .
vous ne comprenez donc pas qu'ainsi tourn?s les pianistes
ne verront pas le chef d'orchestre! . . .
Encore plus ? droite . . . bien.
(A l'Orchestre)
Nous allons essayer ma Fantaisie sur la Temp?te de Shakespeare.
Regardez le plus souvent possible les mouvements de votre chef!
c'est le seul moyen d'obtenir cet ensemble nerveux,
carr?, compact, si rare m?me dans les meilleurs orchestres.
(Au Chœur)
Les chanteurs ne doivent pas tenir leur cahier de musique
devant leur visage; ne voyez-vous pas que le transmission
de la voix est ainsi plus ou moins intercept?e? . . .
N'exag?rez pas les nuances!
ne confondez pas le mezzo-forte avec le fortissimo!
Pour le style m?lodique et l'expression, je n'ai rien ? vous dire;
mes avis seraient inutiles ? ceux qui en ont le sentiment,
plus inutiles encore ? ceux qui ne l'ont pas . . . Encore un mot:
Vous, Messieurs, qui occupez les derniers gradins de l'estrade,
tenez-vous en garde contre votre tendance ? retarder!
votre ?loignement du chef rend cette tendance
encore plus dangereuse.
Les quatre premiers Violons
et les quatre seconds Violons Soli ont des sourdines? . . .
Bien, tout est en ordre . . . Commencez!
 VI. Fantaisie sur la Temp?te de Shakespeare

CHŒUR D'ESPRITS DE L'AIR
Miranda! Miranda! Miranda!
Vien chi t'? destinato sposo,
Conoscere l'amore,
Miranda! d'un novello viver
L'aurora va spuntando per te,
Miranda! Miranda! addio! addio!
Miranda, Miranda, e desso tuo sposo, sii felice!
Miranda!
Caliban, Caliban, orrido mostro,
Temi lo sdegno d'Ariello!
Oh! Caliban!
O Miranda, o Miranda,
No! ti vedrem ormai delle piaggie dell'aura nostra sede,
Noi cercarem invano, lo splendente e dolce fiore
Che sulla terra miravan.
No! ti vedrem ormai, dolce fiore, o Miranda!
Addio! Addio! Miranda, addio! Miranda!
L?LIO
Assez pour aujourd'hui! Votre ex?cution est remarquable
par la pr?cision, l'ensemble, la chaleur;
vous avez m?me reproduit plusieurs nuances fort d?licates.
Vos progr?s sont manifestes;
je vois que vous pouvez aborder maintenant des compositions
d'un ordre beaucoup plus ?l?v? que cette faible esquisse.
Adieu, mes amis! je suis souffrant; laissez-moi seul!
(Une partie de l'orchestre et tout le chœur sortent.
Quand le devant de la sc?ne est d?gag?,
la toile se baisse de nouveau.
Mais L?lio doit se retrouver isol? sur l'avant-sc?ne.
Apr?s un instant de silence, l'orchestre id?al fait entendre
derri?re la toile l'id?e fixe de la Symphonie fantastique.
L?lio s'arr?te, comme frapp?
au cœur d'un coup douloureux, ?coute, et dit:)
Encore une fois!
Encore, et pour toujours! . . .
(Il sort.)

F	I	N