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Gaetano Donizetti

(1797 - 1848)


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The Operas of Gaetano Donizetti

 

LE DUC D'ALBE
(1839-42)



Op?ra en quatre actes
de
Eug?ne Scribe et Charles Duveyrier

HELENE D'EGMONT, soprano
HENRI DE BRUGES, jeune flamand, tenore
LE DUC D'ALBE, gouverneur des Pays-Bas pour le roi
d'Espagne Philippe II, baritono
CARLOS, autre officier espagnol, tenore
DANIEL, ma?tre brasseur, basso
SANDOVAL, capitaine espagnol, baritono
UN TAVERNIER, basso
BALBUENA, soldat espagnol, tenore

Le premier acte, le deuxi?me acte et le troisi?me acte,
ainsi que le premier tableau du quatri?me acte,
se passent ? Bruxelles en 1573. Le deuxi?me tableau du
quatri?me acte se passe dans le port d'Anvers.


Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV



ACTE PREMIER

Le th??tre repr?sente la place de l'h?tel de ville ?
Bruxelles un jour de kermesse. Au fond ? gauche l'h?tel de
ville o? l'on arrive par un perron de plusieurs marches. Au
milieu de la place une colonne. A droite sur le premier
plan la brasserie de Daniel. A gauche sur le premier plan
l'entr?e de la caserne des arquebusiers.

Sc?ne premi?re
Au lever du rideau la kermesse est au moment le plus
anim?. Des gens du peuple se livrent ? des danses du
pays. Tableau d'un f?te flamande. A droite et ? gauche
des bourgeois de Bruxelles assis pr?s de larges tables
ont devant eux des pots de bi?re. Sortent de la caserne ?
gauche Sandoval et plusieurs Soldats espagnols. Les
danses cessent. Sandoval et ses soldats s'approchent de
la table ? gauche. Sandoval prend un verre qu'un
bourgeois venait de se verser et le boit. Ses soldats en
font autant, renvoient les Flamands et prennent leur
place.

SANDOVAL et SES SOLDATS
Espagne!... Espagne!... Espagne!...
O mon pays!... Je bois ? toi!
A toi que la gloire accompagne
et que guide la sainte foi!
Vive l'Espagne!
Vive son roi!

CHOEUR DE FLAMANDS
(? demi-voix)
Maudite soit l'Espagne
et maudit soit son roi!
Partout la terreur l'accompagne,
les b?chers ?clairent sa foi!
Mort ? l'Espagne!
Mort ? son roi!

CARLOS
De ce houblon qui mousse et qui p?tille
mes bons flamands, versez-nous le nectar!
C'est notre bien!... L'?tendard de Castille
depuis six ans, flotte sur ce rempart!

SANDOVAL
Nos armes ont conquis, ? travers les temp?tes,
un nouveau monde et de nouveaux sujets
et le soleil qui luit sur nos conqu?tes
ne se couche jamais!

CHOEUR D'ESPAGNOLS
Espagne!_ Espagne!... Espagne!...
O mon pays, ? toi je bois,
? toi que la gloire accompagne
et que guide la sainte foi!
Vive l'Espagne!
Vive son roi!

CHOEUR DE FLAMANDS
Maudite soit l'Espagne
et maudit soit son roi!
Partout la terreur l'accompagne,
les b?chers ?clairent sa foi!
Mort ? l'Espagne!
Mort ? son roi!

SANDOVAL
(se levant aux Flamands et Flamandes)
Nous savons qu'aujourd'hui c'est, chez vous, la kermesse
et nous ne voulons pas, en ma?tres g?n?reux,
vous troubler...

Danse braban?onne.

LES FEMMES BRABAN?ONNES
Grand merci! Pour nous la danse cesse!

SANDOVAL
(d'un ton s?v?re)
Non, vous continuerez!
Dansez!... D'un peuple heureux
on aime ? contempler
l'all?gresse et les jeux.

LES ESPAGNOLS
Oui! Nous partagerons votre ivresse et vos jeux!

Les danses recommencent. Divertissement. Des soldats
espagnols enl?vent les danseuses aux belges qui se taisent
et se retirent. Aux danses flamandes succ?dent des
sarabandes et des boleros espagnols.

CHOEUR DES ESPAGNOLS
Espagne!... Espagne!... Espagne!...
Ces peuples subissent ta loi!
(aux Belges)
Que notre ivresse ici vous gagne ?
vaincus (?), r?p?tez avec moi
vive l'Espagne!
Vive son roi!

CHOEUR DES FLAMANDS
(? part)
Espagne!... Espagne!
Faut-il h?las subir ta loi!
Malgr? la terreur qui nous gagne
o mon pays, ? toi ma foi!
Mort ? l'Espagne!
Mort ? son roi!

A la fin du divertissement Sandoval et ses officiers qui se
sont lev?s s'avancent au bord du th??tre.

SANDOVAL
Par Saint Jaques, messieurs, on ne boit qu'? Bruxelles
cette bi?re qui vaut le porto le meilleur!
Ma?tre de la taverne?... hola! d'o? te vient-elle?

LE TAVERNIER
(?tant avec respect son bonnet)
De chez ma?tre Daniel, un c?l?bre brasseur
dont voici la maison!
(montrant la brasserie ? droite)

SANDOVAL
(? Carlos)
Que dit-on sur son compte?

CARLOS
Un vrai Belge dans l'?me!... Un ami des Nassau!
M?ditant en secret quelque complot nouveau!
Dans ses discours hardis, chaque jour il affronte
l'Espagne et le Duc d'Albe! Et fut m?me assez prompt
a plaindre hautement le feu comte d'Egmont!

SANDOVAL
Et notre g?n?ral a, contre son usage,
epargn? ce rebelle!

D'AUTRES OFFICIERS
(montrant leur pot de bi?re)
Il fit bien!

SANDOVAL
Il a tort!

LES OFFICIERS
Car il a du talent!

LE TAVERNIER
(bas ? Sandoval)
De sa maison il sort!
Ainsi que ses tonneaux!

Sc?ne deuxi?me
Les pr?c?dents. Daniel, sortant de la brasserie ? droite.
Devant lui passent plusieurs gar?ons brasseurs, roulant
dans des petites brouettes des quartauts de bi?re.

SANDOVAL
Que j'arr?te au passage!
(faisant signe ? Daniel)
Je les retiens pour nous!
(aux gar?ons brasseurs)
Chez les arquebusiers...
La caserne ici pr?s!... allez...
qu'on les transporte
m'entendez-vous?

DANIEL
(faisant signe ? ses gar?ons de sortir)
Tr?s volontiers.
(s'approchant de Sandoval)
C'est vingt ducats!

SANDOVAL
(ricanant)
Vraiment!

DANIEL
(avec bonhomie)
La somme n'est pas forte!

SANDOVAL
Le bonhomme Daniel veut rire!

DANIEL
(de m?me)
C'est le prix!

SANDOVAL
(avec hauteur)
Eh! depuis quand dans ce pays
l'Espagnol paierait-il des biens dont il est ma?tre?
Car tout nous appartient... et toi-m?me peut-?tre.
N'est-ce pas un honneur pour vous autres flamands
que de d?salt?rer des vainqueurs?

DANIEL
(avec col?re)
Des brigands!

TOUS LES ESPAGNOLS
(se levant)
Mort ? lui!

SANDOVAL
(les arr?tant)
Non vraiment!...
(montrant H?l?ne qui sort de la brasserie)
Voyez donc cette belle
qui sort de sa maison!... Si c'est sa fille, amis,
je lui pardonne!... mais pour elle!

Sc?ne troisi?me
Les pr?c?dents. H?l?ne, v?tue de noir et sortant lentement
de la brasserie ? droite. Elle s'avance au bord du th??tre
en r?vant et sans faire attention ? ceux qui l'entourent.

SANDOVAL
(? Daniel)
Qu'elle est-elle? Et pourquoi ces lugubres habits?

DANIEL
(d'un air sombre)
Elle porte le deuil!

SANDOVAL
Et de qui?

DANIEL
(de m?me)
De son p?re
que l'on assassina dans ces lieux!

SANDOVAL
(d'un air de compassion)
Pauvre enfant!
Depuis quand dans ces murs?

DANIEL
Depuis la nuit derni?re.

SANDOVAL
Et c'est chez toi quelle descend?

DANIEL
(vivement)
Ah! je suis trop heureux de lui donner asyle!

SANDOVAL
Elle est de ta famille?

DANIEL
(h?sitant)
Oui! oui c'est ma pupille...
De ses parents du moins je fus le serviteur
et donnerais mes jours et tous mes biens pour elle!

SANDOVAL
Cela lui pourrait faire une dot assez belle
qui d'un brave espagnol tenterait fort le coeur!
(allant ? Carlos)
Nous en reparlerons!

DANIEL
(? part)
Ah! c'est par trop d'audace!

HELENE
(qui jusque l? n'a pris aucune part ? leurs discours,
s'adressant ? demi-voix ? Daniel)
C'est donc ici!... Daniel.

DANIEL
(de m?me et lui montrant la colonne qui est au milieu de
la place)
Oui... l? sur cette place
o? se r?jouissait un peuple indiff?rent
j'ai vu tomber ta t?te, o mon ma?tre!

HELENE
(tombant ? genoux pr?s de la colonne)
O mon p?re!
Je vengerai ta mort!... Je t'en fais le serment!
(on entend dans les rues voisines ? droite un roulement
de tambours et de cris)
Aux armes!... Le Duc d'Albe!

CARLOS
(regardant par la rue ? droite)
Oui voici sa liti?re!

SANDOVAL
(souriant)
A l'h?tel de ville il se rend
pour un nouvel imp?t qu'? la Fiandre il demande
et que paiera ga?ment la nation flamande
car c'est pour notre solde!

CARLOS
Un grand homme!

SANDOVAL
Un h?ros!

CARLOS
Un ami du soldat!

SANDOVAL
(souriant)
Un ami des imp?ts!
(se retournant et apercevant H?l?ne qui est toujours
? genoux au milieu de la place)
Au Duc d'Albe, as-tu donc quelque demande ? faire?
Qu'ainsi sua son passage on te voit ? genoux?

HELENE
(se relevant vivement)
A genoux moi!
(bas ? Daniel)
Devant le bourreau de mon p?re!

DANIEL
(de m?me)
Ah! par gr?ce mod?rez-vous!
Chacun, au seul aspect du tyran sanguinaire,
se tait... baisse les yeux... Car ce peuple tremblant
craint d'en ?tre frapp? tien qu'en le regardant!

Sc?ne quatri?me
Les pr?c?dents. Le Duc d Albe, dans sa liti?re qui est
ferm?e se rendant ? l'h?tel de ville pr?c?d? et suivi
d'Albanais, d'arquebusiers et de gardes Vallones. Les
magistrats et notables de la ville marchent ? pied
derri?re lui.

Don Carlos et ses soldats sortis de la Caserme se mettent
en bataille, pr?sentent les armes. Les tambours battent
aux champs, les ?tendards s'inclinent devant la liti?re
qui monte lentement les degr?s de l'h?tel de ville.
Sandoval et Carlos vont regarder le Duc.

CHOEUR DES ESPAGNOLS
Honneur ? lui? Ce guerrier notre idole
dont l'univers admire les travaux!
Noble soutien de la gloire espagnole
que devant lui s'inclinent nos drapeaux!

CHOEUR DU PEUPLE
(? demi-voix et se parlant les uns aux autres)
Le voil?! Celui qui d?sole
et nos villes et nos hameaux,
voil? le chef de nos bourreaux,
et par lui, la rate espagnole
de notre sang verse les flots.
En ce moment les soldats espagnols regardent d'un air
mena?ant les hommes et femmes du peuple qui se mettent
? crier ? voix haute.
Honneur! Honneur!
A notre gouverneur!

Don Carlos, Sandoval et les officiers ont ?t? rejoindre le
cort?ge. Il ne reste plus que des soldats. L'un d'eux,
Balbuena, qui est ivre ? moiti?, s'approche d'H?l?ne qui
est rest?e seule et pensive au coin du th??tre ? droite.

BALBUENA
(? H?l?ne)
Pourquoi dans cette foule heureuse et satisfaite
tes yeux sont-ils baiss?s? Et ta bouche muette?
Crie avec nous: Vive le Gouverneur!
H?l?ne le regarde avec m?pris et ne lui r?pond pas.

DANIEL
(s'avan?ant)
Et de quel droit?

BALBUENA
(ivre)
Pour toi, ma?tre brasseur,
tais-toi!... Je veux quelle r?p?te
Vive le Gouverneur!... Et de plus je pr?tends
quelle chante avec nous la chanson espagnole.

DANIEL
(portant la main ? son poignard)
Va-t-en... ou de ma main ? l'instant je t'immole!

HELENE
(bas ? Daniel qu’elle retient)
Insens?!... Tu vois bien qu'il n'a pas son bon sens.

Pendant ce temps les soldats ont port? une grande table
au milieu du th??tre. Ils s'asseoient pour boire.

BALBUENA
(debout se soutenant ? peine et frappant sur la table)
Allons!... La chanson espagnole!...
Ou celle du Duc d'Albe!

HELENE
(retenant un mouvement d'indignation)
Ah! je ne la sais pas!

BALBIENA
(s'asseyant et se versant ? boire)
Chante alors ce que tu voudras!
Mais chante!... Je le veux!

DANIEL
Infamie et supplice
par eux rien n'est r?v?r?!

BALBUENA
Nous vainqueurs, nous voulons que l'on nous divertisse.

HELENE
(les regardant et regardant Daniel dit avec force)
Eh bien, oui... Je chanterai!

Les soldats espagnols sont tous autour de la grande table
qu'ils ont apport?e au milieu du th??tre. Derri?re eux le
peuple qui les entoure.

HELENE
(s'avan?ant au bord du th??tre)
Au sein des mers et battu par l'orage
voyez ce beau vaisseau pr?t ? faire naufrage!
Malgr? le bruit des vents et la fureur des flots
entendez-vous les cris des matelots?
Viens ? nous, Dieu tutelaire!
Appaise enfin ton courroux!
Exauce notre pri?re
sauve-nous!... Prot?ge-nous!
Et Dieu disait dans ses d?crets supr?mes
n'avez-vous donc d'espoir qu'en des secours divins
vos jours d?pendent de vous-m?me
votre salut est dans nos mains!
Courage!... du courage
et pour braver l'orage
? l'ouvrage!... ? l'ouvrage!
Car le p?ril est l?!
Oui, vaillant ?quipage,
ne perdez pas courage
veuillez ?tre sauv?s et Dieu vous sauvera!
(regardant le peuple qui l'entoure)
A quoi bon des pri?res vaines?
N'est-il plus de sang dans vos veines?
D'effroi, de stupeur accabl?s
devant le danger vous tremblez!
La mort vient et vous sommeillez!
Debout! Debout!!... au fracas des temp?tes
qui vont mugissant sur nos t?tes
r?veillez-vous! R?veillez-vous!
Levez-vous tous!
Courage!... du courage
et pour braver l'orage
? l'ouvrage, ? l'ouvrage
car le p?ril est l?!
Oui, vaillant ?quipage,
ne perdez pas courage
veuillez ?tre sauv?s et Dieu vous sauvera!

CHOEUR DU PEUPLE
(? part et ? demi-voix)
Quels accents! Quel langage
? sa voix le courage
en nous rena?t d?j?!
Oui vengeons notre outrage
oui sortons d'esclavage!
Veuillons ?tre sauv?s et Dieu nous sauvera.

BALBUENA et LES ESPAGNOLS
(? table, buvant et jouant sans faire attention ? ce qui
se passe derri?re eux)
C'est bien! Mais par dommage
a ce brillant ramage
Gomme ? ces chansons l?
je pr?f?re l'usage
de ce divin breuvage
qui m'?nivre d?j?.

CHOEUR DU PEUPLE
(? demi-voix ? Daniel)
Cette fille noble et belle
la connais-tu?... Quelle est-elle?

DANIEL
(? demi-voix)
C'est la fille d'Egmont.

TOUS
(entre eux avec respect)
La fine d'Egmont!
(entourant H?l?ne et ? demi-voix)
O fille du martyre
ta voix nous inspire
les Belges te suivront
et te vengeront!

HELENE
(avec force et regardant Balbuena et les Espagnols
qui se retournent vers elle)
Les matelots ont entendu!
Et l'espoir en leur coeur est d?j? descendu!
(rapide et anim?e)
Glissant sur l’onde
vaste et profonde
voyez-vous pas
l? bas... l? bas...
Tout ? coup luire
l?ger navire
qui vient ? nous
le voyez-vous!
Qu'il nous entende!
Qui donc commande
ce beau vaisseau?
(? voix basse)
Nassau! Nassau!

TOUS
(? demi-voix et avec joie)
Nassau! Nassau! Nassau!

HELENE
(avec enthousiasme)
Ah! que du ciel descende
l'esp?rance en vos coeurs!
Il vient... il vient... de la Hollande
j'ai vu briller les trois couleurs!

HELENE et DANIEL
(les animent)
Courage! du courage!
Et pour braver l'orage
? l'ouvrage! ? l'ouvrage!
Le ciel nous guidera
oui, vaillant ?quipage,
allons, force et courage
veuillez ?tre sauv?s
et Dieu vous sauvera.

TOUS
(avec force)
Courage! du courage!
Et pour braver l'orage
? l'ouvrage! ? l'ouvrage
le ciel nous guidera
oui, vaillant ?quipage,
allons, force et courage
veuillez ?tre sauv?s
et Dieu vous sauvera.

BALBUENA et LES SOLDATS
Ah? quel brillant ramage
mais quel bruit, quel tapage
fait cette chanson l?
je pr?f?re l'usage
de ce divin breuvage
qui m'enivre d?j?!

HELENE, DANIEL et TOUS
(s'animant mutuellement)
Allons! allons courage!
allons, brave ?quipage
que dans vos mains brille le fer!
Et ce mai orgueilleux et fier
qui semblait dominer la mer
nous l'abattrons... Courons!... Courons!
Frappons!!

Les Flamands ont pris dans les maisons voisines de la
place des haches et des sabres. Ils s'?lancent sur les
Espagnols et vont les frapper. Tout ? coup au haut du
perron de l'h?tel de ville parait un homme v?tu de noir,
seul et sans gardes.

TOUS
(effray?s et baissant leurs armes)
Le Duc d'Albe!

Ils se retirent peu ? peu en baissant la t?te, se
rapprochent de leurs maisons et laissent vide tout le
milieu de la place. Le Duc descend lentement et
tranquillement les marches du perron. Les soldats se
sont lev?s avec respect. Daniel et H?l?ne restent seuls sur
le devant du th??tre. A droite tous les autres ont recul?.

TOUS
Terreur!!!

HELENE
(? part)
Ah! qu'est-ce que je vois
son aspect seul les a glac?s d'effroi!

Le Duc prom?ne sur la foule un regard calme et
tranquille, puis il fait un geste de la main. Tous s’enfuyant,
et cette place qui ?tait couverte de monde en un instant
se trouve d?serte. Il ne reste en sc?ne que le Duc,
Daniel et H?l?ne.

Sc?ne cinqui?me.
H?l?ne, Daniel et le Duc d'Albe.

HELENE
Moi-m?me je frissonne
et l'horreur m'environne!!
Ah! tout mon sang bouillonne
et s'agite en mon sein!
Immobile se taire
quand je vois, o mon p?re,
le tyran sanguinaire
qui fut ton assassin.

DANIEL
Quelle horreur m'environne
de fureur je frissonne
ah, tout mon sang bouillonne
et s'agite soudain!
Ma?tre que je r?v?re
rien n'a pu te soustraire
au tyran sanguinaire
qui fut ton assassin.

LE DUC
(? part)
Race faible et poltronne
qui devant moi frissonne
de vous ce que j'ordonne
est l'arr?t du destin!
A son joug ordinaire
ce peuple t?m?raire
veut en vain se soustraire...
Il tremble sous ma main!

Sc?ne sixi?me
Les pr?c?dents. Henri arrivant par le fond et sans voir le Duc,
qui est ? gauche, courant ? H?l?ne et Daniel qu'il aper?oit ? droite.

HENRI
H?l?ne!

HELENE
O ciel!... Henri!

DANIEL
Dois-je en croire mes yeux?

HENRI
(vivement)
Oui, j'arrive de Bruge, oui, j'accours en ces lieux
rassurer des amis qui craignaient pour ma vie!
Je suis libre!!

HELENE et DANIEL
Que dites-vous?

HENRI
Que les juges, tremblants devant la tyrannie
pour la premi?re fois, mes amis, ont absous!

HELENE et DANIEL
Est-il possible!

HENRI
Ils ont os? m'absoudre!
Sans craindre que sur eux ne retomb?t la foudre!
L'Espagnol m'accusait!!!... Et miracles nouveaux!
Je suis sorti, vivant, de leurs cachots!

LE DUC
(passant entre H?l?ne et Henri)
Vous devez du Duc d'Albe admirer la cl?mence!

HENRI
Ou plut?t la fatigu?s... en ce moment son bras
d'?gorger sans- doute ?tait las;
il se repose, ? fin de mieux frapper!

HELENE
(avec effroi)
Silence!

HENRI
(?tonn?)
Et pourquoi me tairais-je avec vous, mes amis,
vous qui savez ma haine pour ce tra?tre!

LE DUC
De la haine!... jeune homme... eh! quoi sans le conna?tre!

HENRI
Eh! qu'en est-il besoin!... Fl?au de mon pays
il a tout renvers?, bris? par les temp?tes
et n'a rien ?lev?!... rien!... que des ?chaffauds
ou, comme des ?p?s, sous la sanglante faulx,
des meilleurs citoyens il moissonnait les t?tes.

HELENE
Imprudent!

HENRI
En quoi donc?... Ah, si dans ces remparts
quelque heureux sort bient?t le monstre ? mes regards...

LE DUC
(tranquillement)
Tu le verras!... Mod?re tes alarmes!

HENRI
O? donc?

LE DUC
Devant toi!!

HENRI
Ciel!

HELENE
(? part)
C'est Gomme au tr?pas!

LE DUC
Eh bien!... tu ne me r?ponds pas!

HENRI
Je ne le puis!... Je suis sans armes!!

Sandoval et des soldats sortent dans ce moment de la
caserne et s'arr?tent sur un geste du Duc.

LE DUC
(? Daniel et H?l?ne)
Laissez-nous! ...
(? Henri)
Toi tu resteras!

HELENE
Ah, pour lui je frissonne
la terreur m'environne
ah! si Dieu l'abandonne
son tr?pas est certain!
O mon p?re! o mon p?re
je connais la col?re
du tyran sanguinaire
qui fut ton assassin!

HENRI
La mort qui m'environne
n'aura rien qui m'?tonne
et puisque Dieu l'ordonne
soumis ? mon destin
martyr que je r?v?re
je brave la col?re
du tyran sanguinaire
qui fut ton assassin.

DANIEL
Ah pour lui je frissonne
la terreur m'environne
ah! si Dieu l'abandonne
son tr?pas est certain!
Ma?tre que je r?v?re
je pr?vois la col?re
du tyran sanguinaire
qui fut ton assassin.

LE DUC
La mort qui l'environne
n'a donc rien qui l'?tonne
mais sit?t que j'ordonne
on me r?siste en vain
il brave ma col?re.
mais ce coeur t?m?raire
pliera bient?t, j'esp?re,
sous ma puissante main.

Daniel et H?l?ne rentrent dans la brasserie ? droite.
Henri et le Duc restent en sc?ne. Plus loin Sandoval
et ses soldats devant la porte de la caserne, l'arquebuse
sur l'?paule, et attendant les ordres de leur ma?tre.

Sc?ne septi?me
Le Due, Henri, Sandoval et les soldats au fond.

LE DUC
Quel est ton nom?

HENRI
Henri!

LE DUC
Pas d'autre?

HENRI
Henri de Bruge!
Bruge, dont les remparts m'ont servi de refuge!

LE DUC
Et ton p?re?

HENRI
Jamais, on ne m'en a parl?!
J’ai cru savoir pourtant que proscrit, exil?,
il finit loin de nous sa vie et sa mis?re.

LE DUC
Et ta m?re... r?ponds?

HENRI
Ah! je n'ai plus de m?re
et depuis plus d'un an je l'ai perdue, h?las!
(montrant le ciel) Je vais la retrouver!

LE DUC
Mais avant son tr?pas
chez le comte d'Egmont, tu fus plac? par elle.

HENRI
Oui le noble d'Egmont, ce h?ros...

LE DUC
Ce rebelle...

HENRI
Au sentier de l'honneur guida mes premiers pas!
Fid?le ? ses le?ons, je prendrai pour mod?le
si non sa vie, au moins sa mort...
Tu sais tout maintenant! Dispose de mon sort!
Punis mon audace!
Je sais que ton coeur
ne fait point de gr?ce...
J'attends sans frayeur!
Et mourrai sans crainte
comme mes amis
pour ma cause sainte
et pour mon pays!

LE DUC
J'aime son audace
et sa jeune ardeur.
La mort le menace
et pourtant son coeur
braverait sans crainte
tous ses ennemis
pour sa cause sainte
et pour son pays.
Je devrais te punir!... Mais je plains ton jeune ?ge!

HENRI
Toi! me plaindre!

LE DUC
Oui! J'ai piti? de ton erreur
et veux pour te sauver offrir ? ton courage
le seul moyen digne d'un noble coeur!
(lui frappant sur l'?paule)
La gloire, j'en suis s?r, aurait pour toi des charmes.

HENRI
La gioire! O? donc est-elle?,

LE DUC
Elle est sous nos drapeaux!
Viens dans nos rangs! viens servir sous nos armes
ta gr?ce est ? ce prix!

HENRI
Moi servir nos bourreaux!
Non, non point de gr?ce
apprends que mon coeur
craint moins ta menace
que le d?shonneur!
Je mourrai sans crainte
et tel que je suis
pour ma cause sainte
et pour mon pays.

LE DUC
Ah! c'est trop d'audace!...
Fid?le ? l'honneur
sous cette cuirasse
bat un noble coeur
je brave l'atteinte
de mes ennemis
pour ma cause sainte
et pour nos pays.

SANDOVAL
(s'avan?ant)
C'est trop longtemps souffrir son insolence
parlez, ordonnez son tr?pas!

LE DUC
(froidement)
J'ordonne qu'il soit libre!
(? Henri)
et ne veux m?me pas
t'imposer le fardeau de la reconnaissance!
Mais dans ton int?r?t, jeune homme, encore un mot
(montrant la brasserie)
tu vois cette maison

HENRI
Eh bien!

LE DUC
Que la prudence en ?loigne tes pas!

HENRI
Pourquoi donc?

LE DUC
Il le faut!
(? demi-voix)
Redoute pour ton coeur une flamme insens?e.

HENRI
(?tonn?)
O ciel!

LE DUC
Qui te perdrait bient?t et pour jamais.

HENRI
(troubl?)
Qui vous a dit?

LE DUC
Tu vois qu'au fond de ta pens?e
mon oeil observateur d?couvre les secrets!
Fuis cette femme!... Je l'ordonne.

HENRI
Et de quel droit?

LE DUC
Je l'ai dit... je le veux.

HENRI
Et moi je n'accorde ? personne
le droit de diriger mes voeux.

LE DUC
T?m?raire! T?m?raire!
Par le ciel, ob?is-moi
ne tente pas ma col?re
ou malheur!... malheur ? toi!

HENRI
Je suis libre et sur la terre
de mon coeur je suis la loi
oui! Je brave ta col?re
et je marche sans effroi!
Henri se dirige vers la porte de la brasserie.

LE DUC
Je saurai briser tant d'orgueil
de ce logis ne franchis pas le seuil
je le d?fends... moi
le Duc d'Albe!
(Henri qui est pr?s de la porte en laisse tomber le marteau)
Malheur ? toi!


ACTE DEUXIEME


Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV


Le th??tre repr?sente la brasserie de Daniel. A droite les
cuves, alambics, et tonneaux. A gauche des tables, des
chaises et la porte de la chambre d'H?l?ne. Au fond la porte
qui conduit au dehors. Une grande fen?tre ? vitraux
gothiques.

Sc?ne premi?re
Au lever du rideau tous les Ouvriers de la brasserie sont
en mouvement. Un groupe reste oisif ? gauche et semble
regarder avec m?pris la joie et l'insouciance de leurs
compagnons. Daniel va et vient, il surveille et dirige les
travaux.

LES OUVRIERS
(qui travaillent)
Travaillons
compagnons!
Et r?p?tons en choeur
le refrain du brasseur!
Liqueur tra?tresse
le vin nous laisse
apr?s l'ivresse
sombre et chagrin.
Sous la tonnelle
chacun chancelle
ou se querelle
jusqu'au matin.
Vive la bi?re!
Jamais la guerre
ne suit un verre
de ce houblon!
Sa blanche mousse
l?g?re et douce
jamais n'?mousse
notre raison!

DANIEL
(contemplant les Ouvriers ? l'ouvrage)
Ici l'on travaille et l'on chante!
Aucun souci ne les tourmente!
Rien ? faire avec eux...
(regardant les ouvriers qui ne font rien)
J'aime mieux l'ouvrier sombre et silencieux!
(allant aupr?s d'eux ? demi-voix)
Vous ne travaillez pas?

LES OUVRIERS
A quoi bon, sous un ma?tre
qui dispose ? son gr? de nos biens, de nous jours!

DANIEL
Esp?rez!

LES OUVRIERS
De l'espoir! Il n'en est plus!

DANIEL
Peut-?tre! On esp?re toujours!
(plus bas)
D'autres que vous sont las de vivre esclaves.

LES OUVRIERS
(de m?me)
Qu'attendent-ils?

DANIEL
Que des coeurs g?n?reux
viennent vaincre avec eux!

LES OUVRIERS
(vivement)
Nous viendrons tous!

DANIEL
C'est bien, mes braves!
D?sormais je compte sur vous!
Mais jusqu'au jour de la vengeance,
de la prudence!
S?parons-nous!
A leurs travaux, ? leurs chants m?lez- vous!
Les Ouvriers passent ? droite et prennent part aux travaux
de leurs compagnons
.

CHOEUR GENERAL
Nectar joyeux! Riche breuvage!
Verse toujours aux coeurs flamands
un doux sommeil pendant l'orage
et la gait? dans les tourments!
Liqueur tra?tresse
le vin nous laisse
apr?s l'ivresse
sombre et chagrin.
Sous la tonnelle
chacun chancelle
ou se querelle
jusqu'au matin.
Vive la bi?re
jamais la guerre
ne suit un verre
de ce houblon!
Sa blanche mousse
l?g?re et douce
jamais n'?mousse
notre raison!

A la fin du choeur le th??tre s'est obscurci. Des Ouvriers
ont allum? des lampes et des flambeaux. On entend le
tambour dans le lointain.

DANIEL
(aux Ouvriers)
Mais j'entends battre la retraite
et voici l'heure du repos
amis, s?parons-nous!...
A demain les travaux!

LES OUVRIERS
Voici l'heure du repos!
Bonsoir patron! A demain les travaux!

Les Ouvriers sortent. H?l?ne para?t ? la porte de gauche
qu'elle entr'ouvre.

Sc?ne deuxi?me
H?l?ne et Daniel.

HELENE
(? voix basse ? Daniel)
Es-tu seul?

DANIEL
Oui, venez! Quelle terreur secr?te
agite vos esprits?

HELENE
Tout est perdu, Daniel. Henri!

DANIEL
Eh bien! Parlez!

HELENE
Il est arr?t?!

DANIEL
Ciel!

HELENE
J'en ai re?u l'avis. Tout ? l'heure ? ta porte
le Duc a fait un signe et soudain son escorte
au palais a conduit ses pas.

DANIEL
Noble coeur! qui a vingt fois brav? le tr?pas!
Puisse le ciel prot?ger son audace!

HELENE
Ah! le Duc qui, pour lui, vit menacer ses jours
le Duc n'a jamais fait gr?ce!
Daniel, il faut voler ? son secours!
Vas trouver nos amis! Que ta voix les rassemble!
Dis leur qu'il est captif! Que pour ses jours je tremble!
Qu'il meurt si nous tardons, et qu'il faut aujourd'hui,
vaincre pour le sauver ou se perdre avec lui!

Daniel prend son chapeau et son manteau et sort par le
fond.

Sc?ne troisi?me

HELENE
(seule)
Henri! Noble jeune homme! Ah, j'ai lu dans son ?me!
Pas un mot, un soupir, rien n'a trahi sa flamme!
Et pourtant que d'amour!... qu'ais-je dit! Quel effroi,
a ce mot seul, c'est empar? de moi!
Ton ombre murmure, o mon p?re!
Et ton coeur s'indigne aujourd'hui
que pour un autre, ma pri?re
du ciel ose invoquer l'appui!
Pour lui de mortelles alarmes
je sens mon ?me tressaillir!
C'est lui qui fait couler mes larmes!
Gr?ce, mon p?re!... Il va mourir!!
Mais non! Tu comprends ma souffrance!
Et ton coeur veut la partager!
Mon p?re, il a pris ta d?fense!
Il a jur? de te venger!
Lorsque sans moi, noble victime,
a la mort je le vois courir,
prier pour lui n'est pas un crime...
(tombant ? genoux)
Prions, mon p?re! Il va mourir!

Sc?ne quatri?me
Daniel et H?l?ne.

HELENE
Quoi! D?j? de retour!

DANIEL
(entrant avec pr?caution. A voix basse)
Que rien ne vous trahisse!
Pas un cri! Pas un mot! ... Je marchais dans la nuit
quand pr?s de moi, sans bruit,
tout ? coup une ombre se glisse!...
Un brave ? qui le ciel propice
fit franchir sa prison sous le feu des soldats!...

HELENE
Eh bien?

DANIEL
Il tombe dans mes bras!
Je ne pouvais croire ma vue...

HELENE
Ah! Daniel ne me trompe pas!
Cet homme...

DANIEL
Est pr?s de vous!

HELENE
Quel est-il?

DANIEL
Le voici!

Henri para?t envelopp? d'un manteau.

HELENE
Ciel!

HENRI
H?l?ne!

HELENE
O mon p?re, merci!
Tu m'as donc entendue!

DANIEL
Plus bas! Plus bas!
Dans l'ombre n'entendez-vous ces pas?

HELENE et HENRI
Des Albanais la ronde passe!
Peut-?tre a-t-on suivi ma/sa trace!
Silence! Ils viennent! Les voici!
Des Albanais la ronde passe!
Peut-?tre a-t-on suivi ma/sa trace
et me/le poursuit-on jusqu'ici?
Non! Dans l'ombre le bruit s'efface
Dieu tout puissant je te rends gr?ce.

DANIEL et HENRI
Ils sont d?j? bien loin d'ici.

HELENE
O mon p?re! Merci!

DANIEL, HENRI et HELENE
Dieu tout puissant je te rends gr?ce!

HELENE
(? Henri)
Vous exposer encore!

HENRI
Les croirez-vous jamais?
Me donner pour prison les murs de son palais!
A la faveur de la nuit sombre
je viens de les franchir!

HELENE
O ciel!

HENRI
Un des soldats
qui veillait au dehors... Au seul bruit de mes pas
au hasard a fait feu dans l'ombre...
Mais Dieu me prot?geait!... il fait plus... Au palais
et chez mes ennemis... j'ai surpris des secrets
dont on peut profiter.
(? Daniel)
H?tons-nous!... C'est prudence
Va! Cours chez nos amis!... Ici rassemble-les.
Daniel sort.

Sc?ne cinqui?me
Helene et Henri.

MELENE
Comment dans ma reconnaissance
payer un tel d?vouement?

HENRI
A vous ma seule providence
? vous et ma vie et mon sang!

HELENE
Deux fois du tyran sanguinaire
vous avez brav? le courroux!

HENRI
Sans trembler j'ai vu sa col?re
h?las! et tremble devant vous!

HELENE
Qu'entends-je?

HENRI
Un secret, un blasph?me!
Que j'avais dans mon coeur jur? d'ensevelir!
Mais au palais, ce soir, cette nuit m?me
en frappant le tyran le sort peut nous trahir
et l'on dit qu'au moment supr?me
on pardonne ? qui va mourir!
Oui longtemps en silence
j'ai cach? dans mon coeur
l'amour qui vous offense
et qui fait mon malheur.
Amour, amour extr?me,
qu'ici j'osai trahir
et dont le ciel lui-m?me
va bient?t me punir.

HELENE
Oui longtemps en silence
j'ai cach? Dieu Vengeur
une reconnaissance
dont s'effrayait mon coeur
mais ? l'heure supr?me
qui va nous r?unir
Dieu qui m'entend... Dieu m?me
ne saurait nous punir.

HENRI
Vous d?tournez les yeux et mon audace est grande
qu'un rayon de piti? de vos regards descende.
H?l?ne, je vous aime et n'implore ? genoux
que le droit de combattre et de mourir pour vous!
Oui longtemps en silence
j'ai cach? dans mon coeur
l'amour qui vous offense
et qui fait mon malheur.
Amour, amour extr?me,
qu'ici j'osai trahir
et dont le ciel lui- m?me
va bient?t me punir.

HELENE
Oui longtemps en silence
j'ai cach?, Dieu Vengeur
une reconnaissance
dont s'effrayait mon coeur
mais ? l'heure supr?me
qui va nous r?unir
Dieu qui m'entend... Dieu m?me
ne saurait nous punir.
Malheureuse et proscrite on tremblait ? ma vue
et l'on osait me plaindre sans effroi!
Vous seul Henri vous m'avez d?fendue!
Vous seul vous m'avez dit: appuyez-vous sur moi
et proche de le tombe o? nous allons descendre
a tant de d?vouement je ne r?pondrai pas
non!... Et du haut des cieux o? tu dois nous entendre
o mon p?re!... o d'Egmont!... Tu me pardonneras!

HENRI
L'ais-je bien entendu! Moi! Ma noble ma?tresse
moi qui n'ai ni rang ni richesse...
Moi qui simple soldat vous ai vou? ma foi
et mon obscure mis?re!_

HELENE
Henri! Vengez mon p?re!
Et vous serez pour moi
plus noble que le roi!

HENRI
Mais je suis seul sur la terre
sans famille, sans soutien!...

HELENE
Henri! Venge mon p?re
mon p?re alors devient le tien.

HENRI
Noble martyr de la patrie
entends ma voix, ombre ch?rie!
Du haut des cieux sois mon soutien!
Tout doit c?der ? ma vaillance
je vais combattre en sa pr?sence
pour venger son p?re et le mien.

HELENE
Noble martyr de la patrie
entends ma voix, ombre ch?rie!
Du haut des cieux sois son soutien!
Tout doit c?der ? sa vaillance
il va combattre en ma pr?sence
pour venger mon p?re et le sien.

Daniel et les conjur?s paraissent au fond.

Sc?ne sixi?me
H?l?ne, Henri, Daniel, Choeur d'ouvriers et
de bourgeois au fond.

HENRI
(? H?l?ne)
Mais les voici!
(? Daniel qui s'approche)
Daniel, au cri qui les appelle
tous ont-ils r?pondu?

DANIEL
Tous! Honneur ? leur z?le!

HENRI
Point de bruit! Fermez tout! Eteignez les flambeaux!
Que nul signe au dehors n'alarme nos bourreaux!

Les conjur?s s'avancent lentement.

CHOEUR
(? demi-voix)
Les derniers feux meurent dans l'ombre
et l'on n'entend dans la nuit sombre
que sanglots et que pleurs!
Quand la libert? nous rassemble
honte ? qui g?mit et qui tremble
devant nos oppresseurs!
Qu'un serment solennel nous lie
jurons pour sauver la patrie
jurons, amis, de vaincre ou de mourir!
C'est trop souffrir vaincre ou mourir!

HENRI
Plus bas! Plus bas!

CHOEUR
(? voix basse)
Les derniers feux meurent dans l'ombre
et l'on n'entend dans la nuit sombre
que sanglots et que pleurs!
Quand la libert? nous rassemble
honte ? qui g?mit et qui tremble
devant nos oppresseurs!

Des Ouvriers ont dispos? des si?ges en demi-cercle.
Tout le monde s'assied. Henri et H?l?ne ? gauche, sur
l'avant sc?ne. Daniel ? droite.

HENRI
(assis)
Amis! L'heure d'agir si longtemps attendue,
l'heure de la vengeance est ? la fin venue!
Cette nuit (je le sais... je l'ai vu de mes yeux!)
le Duc en son palais doit donner une f?te
o? tranquille au milieu des plaisirs et des jeux
? nos poignards vengeurs il va livrer sa t?te!...
J'ai vu par les jardins un passage secret
qui jusqu'au sein du bal, sans danger, peut conduire.
Marchons!... et sous nos coups qu'? l'instant il expire!

TOUS
Qui le frappera?

HENRI
Moi! j'ai port? son arr?t
et rien ne peut ? pr?sent l'y soustraire
(bas ? H?l?ne)
car tu l'as dit: venge mon p?re
et tu seras pour moi
plus noble que le roi!
(haut)
Marchons et que le jour du tyran nous d?livre.

TOUS
Nous sommes tous pr?ts ? te suivre
mais des armes, du moins, pour vaincre ou pour [mourir.

DANIEL
(leur montrant plusieurs tonneaux ? droite)
Vous en aurez!

TOUS
(prenant des armes dans le tonneau)
Des armes! Des armes!

HENRI
Que vous offre le ciel pour venger et punir.

TOUS
Des armes! .... Des armes!
Ah! pour nous plus d'alarmes
nous le jurons!... Vaincre ou mourir!
Libert?!.... Libert? ch?rie!
Entends notre voix qui te prie!
Prot?ge-nous
guide nos coups!
Au combat nous marchons sans crainte
et s'il le faut, sans une plainte nous mourrons tous!
Libert?, libert? ch?rie!
Entends notre voix qui te prie
prot?ge-nous!
Guide nos coups!
Combats pour nous!
On frappe ? la porte.

TOUS
Ciel!

DANIEL
(? voix busse)
Silence!
On frappe encore.

DANIEL
(? haute voix)
Qui frappe ainsi la nuit chez moi?

CHOEUR DES SOLDATS
(en dehors)
De part le Duc d'Albe et le roi!

TOUS
(? demi-voix)
Grand Dieu!

DANIEL
(haut)
Mais je suis seul.

SANDOVAL
(en dehors)
Qu'importe!
Ouvre! Ou sinon ta porte
vole en ?clats, de par le roi!

CHOEUR DES SOLDATS
(en dehors)
Ouvrez! Ouvrez! De par le roi!

DANIEL
(? voix basse aux conjur?s)
Rien n'est d?sesp?r?! Ne perdez pas courage
Rallumez les flambeaux! A l'ouvrage! A l'ouvrage!
Et r?p?tons en choeur
le refrain du brasseur!

On cache les armes dans les tonneaux. On rallume les
flambeaux. Les conjur?s prennent les brouettes, les outils.
Daniel va ouvrir.

Sc?ne septi?me
Les m?mes. Sandoval et soldats.

CHOEUR DES CONJURES
Liqueur tra?tresse
le vin nous laisse
apr?s l'ivresse
sombre et chagrin.
Sous la tonnelle
chacun chancelle
ou se querelle
jusqu'au matin!
Vive la bi?re
jamais la guerre
ne suit un verre
de ce houblon.
Sa blanche mousse
l?g?re et douce
jamais n'?mousse
notre raison!

Pendant le choeur Sandoval et ses soldats sont entr?s.
Des soldats gardent l'entr?e de la brasserie au dehors.
Sandoval observe tout.

SANDOVAL
(avec ironie)
Ma?tre Daniel est seul en sa demeure?

DANIEL
Avec mes ouvriers...

SANDOVAL
(de m?me)
Qu'y font-ils ? cette heure?

DANIEL
Il faut bien travailler pour payer les imp?ts.

SANDOVAL
Travailler!... ou tramer quelques nouveaux complots!
(voyant H?l?ne)
Ah! ta pupille ici! Tant pis! Mauvaise affaire!
(apercevant des bourgeois ? droite qui conduisent
une brouette)
Mais que vois-je! On dirait, par J?sus et sa m?re,
des quarteniers ou bien des ?chevins!
Pour de pareils travaux Dieu n'a pas fait ces mains!
Tu n'y dois pas gagner et je voudrais conna?tre
(montrant un bourgeois)
quel nectar peut brasser cet apprenti nouveau...
(prenant un gobelet qui est sur la table)
? boire!
(Daniel prend un pot d'?tain et se dirige ? gauche)
Non!
(indiquant le tonneau o? sont les armes et qui est marqu?
d'une croix rouge)
Dans ce tonneau!

Mouvement de terreur parmi les conjur?s.

DANIEL
(h?sitant)
Pourquoi?

SANDOVAL
(avec ironie)
C'est du meilleur peut-?tre
(montrant la croix rouge)
il est marqu?
(aux soldats)
Brisez-les!

Les soldats brisent le tonneau. Les armes se r?pandent ?
terre.

SANDOVAL et SES SOLDATS
Emparez-vous/emparons-nous de tous ces tra?tres
qui conspiraient contre leurs ma?tres
et qu'un ch?timent m?rit?
frappe l'esclave r?volt?!

HELENE, HENRI, DANIEL et LE CHOEUR
Nous n'avons qu'un roi, qu'un seul ma?tre
Dieu! qui nous jugera peut- ?tre!...
Et qui pardonne en sa bont?
a qui meurt pour la libert?!

HENRI
(? H?l?ne)
Oui, bravons le tyran dont la main nous opprime.

SANDOVAL
(? ses soldats)
Entra?ne-les!

HENRI
Marchons!... Tous ensemble ? la mort!

SANDOVAL
(? Henri)
Toi demeure!

HENRI
Et pourquoi!... J'ai partag? leur crime
et je dois partager leur sort!

SANDOVAL
Le chef ne le veut pas!

HENRI
Ah! dans sa tyrannie
a quels nouveaux tourments m'a-t-il donc r?serv??

SANDOVAL
Sois libre!... Le tyran veut que tu sois sauv?!

HENRI
Qu'entends-je! O surprise
dont mon coeur se brise
mon sang qu'il m?prise
n'est point condamn?!
O nouveau supplice!
Je suis leur complice!
Et par son caprice
je suis ?pargn?!

HELENE, DANIEL et LE CHOEUR
O ciel! O surprise
est-ce une m?prise
qui le favorise!
O sort fortun?!
Lui notre complice
?chappe au supplice
quel destin propice
l'a donc ?pargn?!

SANDOVAL et SES SOLDATS
Contre nous se brise
pareille entreprise!
Son sang qu'on m?prise
n'est pas condamn?!
(? Daniel et aux conjur?s)
Marchez au supplice!
Mais votre complice
par un sort propice
doit ?tre ?pargn?!

HENRI
(avec col?re)
Je ne veux pas d'un telle cl?mence.

SANDOVAL
(froidement)
Le ma?tre l'ordonne ainsi!

HENRI
Eh bien si je suis libre...
(? Sandoval)
? toi je viens ici
et demande raison d'un pardon qui m'offense!
Sandoval fait signe de la main qu'il ne peut.
Noble Espagnol!... T'ordonne-t-il aussi
d'?tre un l?che!...

SANDOVAL
A cet outrage
ce fer eut d?j? r?pondu
mais tu peux, noble Belge, insulter sans courage
car t'immoler m'est d?fendu!

HENRI
Honte! O surprise
dont mon coeur se brise
mon sang qu'on m?prise
n'est pas condamn?!

HELENE, DANIEL et LE CHOEUR
Mon ?me ind?cise
tremble de surprise.

SANDOVAL et LE CHOEUR
Contre nous se brise
pareille entreprise
son sang qu'on m?prise
n'est pas condamn?!

HENRI
Ah! cette libert? que son m?pris me laisse
lui pourra couter cher! Oui j'en fais la promesse
(? H?l?ne et aux conjur?s)
je saurai renversant le tyran sous mes coups
vous d?livrer ou mourir avec vous!
Qu'un m?me sort nous rassemble
et que Dieu dans sa bont?
nous fasse trouver ensemble.
La mort et la libert?!

SANDOVAL et LES SOLDATS
Allez! Et que les rassemble
un ch?timent m?rit?!
Et devant nous que tremble
tout esclave r?volt?!



ACTE TROISI?ME


Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV


Une salle de l'h?tel de ville de Bruxelles. Enceinte
circulaire ferm?e par de larges portes vitr?es ou crois?es.
Celles de droite donnent sur la place publique. Celles du
fond donnent sur d'autres pi?ces plus grandes et avec
lesquelles on communique lorsque les portes vitr?es du
fond sont ouvertes.

Sc?ne premi?re
Le Due d Albe entre en r?vant. Il marche quelque temps en
silence, puis il s'arr?te.

DUC D'ALBE
Oui je fus bien coupable!... et coupable par elle!...
A son p?re, ? son fianc?
je l'enlevai jadis d?daigneuse et cruelle!!...
(se promenant)
Ah! l'orgueil, la jeunesse, un amour insens?
pouvaient justifier un tel crime!!... mais elle!...
S'?chapper et me fuir! et pendant dix-huit ans
me d?rober la vue et les embrassements
de mon fils!... L'?lever dans l'horreur de son p?re...
Ah!... c'est me surpasser encore en cruaut?!...
Et c'est nagu?re enfin ? son heure derni?re
(tirant un papier de son sein)
que ce nouvel affront par elle fut dict?!
(lisant)
"Toi, qui n'?pargnes rien, si ta hache sanglante
rencontre Henri de Bruge, honneur de son pays,
?pargne au moins cette t?te innocente!
C'est celle de ton fils!"
(s'arr?tant avec attendrissement)
Mon fils!
Au sein de la puissance
au sein de la grandeur
un vide affreux...immense
r?gnait seul dans mon coeur!
Quand s'offre un nouvel ?tre
? mes yeux rajeunis!
Et je me sens rena?tre
? ce mot seul: mon fils!
Mon fils!
En vain la haine vengeresse
voulut tous deux nous d?sunir!
Moi je r?clame sa tendresse
et je saurai la conqu?rir
oui je saurai par ma tendresse
forcer son coeur ? me ch?rir!
Au sein de la puissance
au sein de la grandeur
un vide affreux... immense
r?gnait seul dans mon coeur,
quand s'offre un nouvel ?tre
a mes yeux rajeunis
et je me sens rena?tre
? ce mot seul: mon fils!
Mon fils!

On entend au dehors une musique guerri?re et brillante.

Sc?ne deuxi?me
Le Duc, Officiers et foule de Soldats.

LE DUC
Quel est ce bruit?

UN DES OFFICIERS
(pr?sentant au Duc des d?p?ches)
Dans nos murs se pr?sente
du roi Philippe deux, un illustre envoy?
qu'accompagne une suite et nombreuse et brillante!

LE DUC
(qui a parcouru les d?p?ches)
Ah! de mes voeux ardents enfin l'on a piti?!...
(se tournant vers ses officiers)
M?dina me succ?de et Philippe m'ordonne
d'aller soumettre encore de nouveaux ennemis
d'arborer nos drapeaux sur les murs de Lisbonne
d'ajouter un royaume ? ceux que j'ai conquis!
J'irai!
Au roi qui m'appelle
je serai fid?le
qu'ailleurs ?tincelle
le fer des bourreaux!
Que ma main soul?ve
un plus noble glaive
qu'en mon coeur s'?l?ve
l'ardeur du h?ros!
(s'adressant ? ses soldats)
Cach?s sous ces vastes murailles
et des combats expatri?s
mes amis, les champs de bataille
nous avaient oubli?s!
Reprenons ma place usurp?e
allons par des exploits nouveaux
rendre l'honneur ? mon ?p?e,
la gloire ? nos drapeaux.
Au roi qui m'appelle
je serais fid?le
qu'ailleurs ?tincelle
le fer des bourreaux!
Que ma main soul?ve
un plus noble glaive,
qu'en mon coeur s'?l?ve
l'ardeur du h?ros.

Sc?ne troisi?me
Toutes les portes vitr?es du fond s'ouvrent; para?t le Due
de M?dina-Coeli richement habill?, pr?c?d? et suivi de
ses pages et de ses gentilshommes. Le peuple, hommes et
femmes, se pr?cipite en foule derri?re lui. Le Duc d'Albe
va ? la rencontre du nouveau gouverneur, suivi de ses
officiers. Les soldats font la haie au fond du th??tre et
repoussent le peuple qui veut s'approcher.

LE DUC D'ALBE
(? M?dina-Coeli)
Illustre M?dina, mon noble successeur,
sur ce peuple rebelle et maintenant docile
vous r?gnerez sans peine ainsi que sans rigueur!
Ce fer vous a rendu la cl?mence facile!
Vaincus par moi, gouvernez-les!...
Demain votre r?gne commence
demain je pars! Mais aujourd'hui, d'avance
nouveau prince, accueillez les voeux de vos sujets.

Le Due d'Albe fait asseoir M?dina aupr?s de lui.
Divertissements. Danses espagnoles. A la fin du ballet,
para?t Sandoval qui s'approche du Duc d Albe. Celui-ci
se l?ve, donne ? M?dina ses officiers pour
l'accompagner. Tout le monde se retire. Les portes
vitr?es du fond re referment. Le Due reste seul avec
Sandoval.

Sc?ne quatri?me
Le Due et Sandoval.

LE DUC
(amenant Sandoval au bout du th??tre)
Eh bien sait-on enfin quels ?taient leurs projets?

SANDOVAL
Ils devaient, l'autre nuit, s'introduire au palais
et vous frapper!

LE DUC
(soulevant les ?paules avec piti?)
Des bourgeois!... Une femme!
Insens?s!... Et Henri!

SANDOVAL
Du complot, c'?tait l'?me!
Mais par votre ordre hier soir s?par?s
au grand pr?v?t je les ai tous livr?s!

LE DUC
(avec ?motion)
Et Henri?

SANDOVAL
Croiriez-vous que dans son insolence
il demande justice et r?clame l'honneur
d'?tre admis en votre pr?sence! Il est l?.

LE DUC
(vivement)
Qu'on l'am?ne.

SANDOVAL
(faisant un signe ? un des pages)
A l'instant, monseigneur!
Et les autres?

LE DUC
A-t-on prononc? la sentence?

SANDOVAL
La voici!

LE DUC
(la signant)
Dans une heure un pr?tre!... Et le bourreau!
Mais qu'Henri paraisse!...
(l'apercevant entrer)
Ah! quel trouble nouveau!
(? Sandoval)
Laisse-nous!

Sandoval sort.

Sc?ne cinqui?me
Le Duc, Henri.

LE DUC
C'est donc toi dont le bras assassin
cette nuit, m'a-t-on dit, voulait percer mon sein?

HENRI
D?fendre son pays est une noble t?che!
Je combats un tyran!

LE DUC
Tu le combats en l?che!
Je frappe par le glaive et vous par le poignard
car vous n'oseriez pas soutenir mon regard!
(le regardant)
Vois plut?t!... Je suis seul et je suis sans d?fense!

HENRI
Par malheur!!

LE DUC
Insens?!... qu'?pargna ma cl?mence
et qui n'a r?pondu que par l'assassinat,
tu te crois g?n?reux et tu n'est qu'un ingrat!

HENRI
(? part)
Je venais pour braver sa rage
et pour d?fier sa douleur
et mon coeur faible et sans courage
fr?mit d'une secr?te horreur!

LE DUC
Quand ma bont? toujours nouvelle
t'emp?chait d'?tre condamn?
quand moi!… je sauvais un rebelle...
Henri!... Tu n'as rien devin?!

HENRI
(? part)
A sa voix je frissonne et tremble infortun?!

LE DUC
Tu vois mon trouble et mes alarmes
et ton coeur n'est pas ?tonn?...
Dans mes yeux, quand tu vois des larmes,
Henri, tu n'as rien devin?!

HENRI
(? part)
A quels nouveaux tourments m'avez-vous condamn?
Dieu puissant...

LE DUC
Eh bien donc... puisque rien ne t'?claire
faut-il offrir ? tes yeux attendris
ces mots trac?s pour ta m?re.

HENRI
Ma m?re!...

LE DUC
Tiens!... Lis!
(? part le regardant)
Pour moi quelle ivresse inconnue
de contempler ses traits ch?ris!
Et de se dire, l'?me ?mue
mon fils! Mon fils! C'est l? mon fils!

HENRI
(? part lisant la lettre)
O ciel! En croirais-je ma vue!
De ma m?re les traits ch?ris!...
(poussant un cri)
La foudre est sur moi descendue
et d'?pouvante je fr?mis!

LE DUC
(s'approchant de Henri qui est rest? immobile
et an?anti)
Eh quoi! Tu d?tournes la vue
mon fils!

HENRI
(tr?ssaillant)
Ah! je fr?mis!

LE DUC
Ne sais-tu donc pas qui je suis?

HENRI
(? part avec douleur)
H?l?ne!.. Je t'ai perdue!

LE DUC
Ma puissance de toi n'est-elle pas connue.
Moi! Le Duc d'Albe!

HENRI
(? part)
H?l?ne! H?las je t'ai perdue!

LE DUC
Sur cette terre est-il un de tes voeux
que mon pouvoir ne puisse satisfaire?
Ces titres, ces honneurs dont ils sont orgueilleux
je te donnerai tout!

HENRI
Laissez -moi ma mis?re!
Laissez -moi mon obscurit?!

LE DUC
Mais sais -tu bien, Henri, que le nom de ton p?re
est un nom glorieux!

HENRI
C'est un nom d?test?.

LE DUC
Comble de mis?re
o malheureux p?re
de ma vie enti?re
l'espoir est d?truit.
Justice supr?me
terrible anath?me
mon enfant lui -m?me
mon fils me maudit.

HENRI
O destin contraire
rends-moi ma mis?re
de ma vie enti?re
l'espoir est d?truit.
Justice supr?me!
Terrible anath?me
qui me rend moi-m?me
inf?me et maudit!
Laissez-moi dans ces lieux tra?nant ma vie obscure
cachez aux yeux de tous ces terribles secrets.

LE DUC
Non, non, crains d'?veiller un orgueil qui murmure
mon courroux est mortel!

HENRI
Bien moins que vos bienfaits
ces titres... ces honneurs et ce pouvoir supr?me
me rendraient-ils celle que j'aime?
Pour moi plus de patrie et pour moi plus d'amis,
ils me repousseront, en disant: c'est son fils!

LE DUC
Comble de mis?re
o malheureux p?re!
De ma vie enti?re
l'espoir est d?truit!
Justice supr?me
terrible anath?me
mon enfant lui-m?me
mon fils me maudit.

HENRI
O destin contraire
rends-moi ma mis?re
de ma vie enti?re
l'espoir est d?truit!
Justice supr?me
terrible anath?me
qui me rend moi-m?me
inf?me et maudit.

LE DUC
(retenant Henri qui veut sortir)
Non, je saurai te retenir!

HENRI
Si vous m'aimez, laissez-moi fuir!

LE DUC
Quoi! Ma tendresse, ma pri?re
ne pourront donc rien obtenir
pas m?me le doux nom de p?re!...

HENRI
Ah! je voudrais courir en vos bras... je ne peux.

LE DUC
Qui t'en emp?che, ingrat?

HENRI
L'image de ma m?re mourant
qui se place entre nous deux!

LE DUC
(avec d?sespoir)
Mon fils!

HENRI
Elle fut ta victime
et d?j? pour moi, c'est un crime
que d'h?siter entre vous deux.
Oui, c'est elle
qui m'appelle
et fid?le
a sa voix
mon coeur tendre
doit l'entendre
et lui rendre
tous ses droits.

LE DUC
Fils rebelle
que j'appelle
sois fid?le
a mes loix
et plus tendre
viens d?fendre
et me rendre
tous mes droits.

Il s'arrache des bras du Duc d'Albe et va fuir. Il s'arr?te
en attendant en dehors et des crois?es ? droite des chants
lugubres.

CHOEUR
(en dehors)
De profundis ad te clamavi, Domine!

HENRI
Qu'entends-je et quels accents fun?bres
se sont ?lev?s jusq'? moi!
On dirait du sein des t?n?bres
des cris de douleur et d'effroi!

Sc?ne sixi?me
Henri, le Duc d'Albe, Sandoval et plusieurs
officiers.

SANDOVAL
(s'avan?ant avec respect pr?s du Duc)
Vos ordres!

LE DUC
Que les Albanais
l'arquebuse allum?e occupent la grande place
et qu'au moindre murmure, ? la moindre menace
tu m'entends!

SANDOVAL
Oui, seigneur!
(il va transmettre ces ordres aux officiers qui sortent
et lui revient pr?s du Duc)

HENRI
(au Duc)
Quels sont donc ces appr?ts?

LE DUC
Regarde... On peut voir de cette fen?tre
la place de Bruxelles!

HENRI
(allant ouvrir la fen?tre ? droite)
Ah! quel spectacle affreux
l'?chafaud est dress?!... Quels sont ces malheureux
que de loin je vois appara?tre?

LE DUC
(froidement)
Des conjur?s!

HENRI
(poussant un cri)
Mes amis!... Ce sont eux!
H?l?ne!... H?l?ne!
(courant au Duc)
O ciel! Qu'allez-vous faire?

LE DUC
Mon devoir!... Un devoir inflexible et s?v?re!
Le mien est de servir mon roi
comme le tien est de repousser ton p?re!

HENRI
Piti? pour eux!... Piti? pour moi!
Ah! suspendez ce sanglant sacrifice!

LE DUC
Eh! de quel droit?... Qu'ose-tu demander?
Toi coupable comme eux tu viens interc?der...
je ne dois rien ? leur complice...
Mais ? mon fils... je peux tout accorder!
S'il le demande... et s'il me dit: mon p?re!...

HENRI
O ciel!

LE DUC
Tout ce peuple en pri?re
n'obtiendrait rien de moi,
dis un mot!... Dis: mon p?re!
Et leur gr?ce est ? toi.

SANDOVAL
(regardant par la fen?tre ? droite)
Les voici!... Les voici!

CHOEUR
(en dehors)
De profundis ad te clamavi!...

HENRI
(avec d?sespoir)
H?l?ne!... Mes amis!

LE DUC
Dis un mot!... Dis mon p?re!
Et leur gr?ce est ? toi!

HENRI
(? part)
Mon Dieu! Prenez piti? de moi!
O sort fatal! O peine extr?me
mes amis vont perdre le jour,
voir expirer celle que j'aime
ou renoncer ? son amour.

LE DUC
Dieu qui vois ma faiblesse extr?me
de moi prends piti? dans ce jour,
touche le coeur d'un fils que j'aime
et rends un fils ? mon amour.

SANDOVAL
Est-ce bien lui? Faiblesse extr?me
?couter de pareils discours!
Point de piti?! qu'? l'instant m?me
du coupable on tranche les jours
(regardant toujours par la crois?e ? droite)
ils s'avancent!... D'ici je vois la jeune fille!

HENRI
Je fr?mis!...

SANDOVAL
(regardant toujours)
D'un pas ferme... ? l'?chafaud...

HENRI
O ciel!

SANDOVAL
(de m?me)
Elle monte!

HENRI
Ah! grands Dieux!

LE DUC
(? Henri)
Eh bien donc?

SANDOVAL
(regardant toujours)
Le fer brille!

HENRI
(se pr?cipitant aux pieds du Duc et serrant
ses mains)
Mon p?re! Mon p?re!...

LE DUC
(le relevant)
Ah! cruel!
Tu l'amais donc bien!...

HENRI
H?l?ne!!

LE DUC
(fait un geste ? Sandoval qui le transmet de la fen?tre aux
soldats qui sont sur la place)
Qu'on suspende l'arr?t!... Ici qu'on les am?ne!

HENRI
O sor fatal! O peine extr?me
mais elle allait perdre le jour,
et pour sauver celle que j'aime
je perds ? jamais son amour.

LE DUC
Dieu qui vois mon bonheur extr?me
par moi sois b?ni dans ce jour,
ce fils que j'implore et que j'aime
est donc touch? de mon amour.

SANDOVAL
Pour lui!... Quelle faiblesse extr?me
?couter de pareils discours,
quand il fallait ? l'instant m?me
des coupables trancher les jours.

Sc?ne septi?me
Les pr?c?dents (des portes du fond s'ouvrent, paraissent H?l?ne,
Daniel, tous les conjur?s, peuple et soldats. Ils sont plac?s dans
l'ordre suivant: ? gauche Henri et le Due, ? droite Daniel et Sandoval.

HENRI
(voyant entrer H?l?ne et se tenant ? l'?cart)
Mon courage est, h?las, pr?t ? m'abandonner!

LE DUC
(? H?l?ne)
Toi qui vis sans p?lir la hache meurtri?re,
jeune fille, pourquoi veux-tu m'assassiner?

HELENE
Je suis fille d'Egmont et je vengeais mon p?re.

LE DUC
(avec ?motion)
Quoi! C'?tait pour ton p?re?
(? part)
Que ton ombre, d'Egmont, doit ?tre heureuse et fi?re
d'un d?vouement pareil au sien!
(bas ? Henri)
Elle voulait expirer pour son p?re!
Et toi... tu refusais de vivre pour le tien!
(haut et s'adressant ? H?l?ne)
Et loin de punir ton audace
si ma piti? te faisait gr?ce!...

HELENE
Ah!... dans ton int?r?t, garde-t-en bien!

LE DUC
Pourquoi?

HELENE
Tu croirais vainement d?sarmer ma vengeance
car ma haine me reste et ne veut rien de toi!

LE DUC
Tu ne dois rien ? ma cl?mence
ta gr?ce ne vient pas de moi!
Mais de quelqu'un qui m'?gale en puissance
et dont le rang, dont le nom glorieux...

HENRI
(vivement et ? voix basse)
Ah! ne le prononcez pas!... ce nom, quelle ignore!
Pour aujourd'hui,
(avec tendresse)
mon p?re... oui pour ce jour encore
ou dans mon d?sespoir, je m'immole ? vos yeux!

HELENE
(? Daniel qui lui a parl? bas pendant ce temps)
J'entends... il va partir... le calme va rena?tre!
C'est ? son successeur, ? M?dina-Coeli
que nous devons le jour!

SANDOVAL
(avec humeur et lui montrant Henri qui s'avance)
Non vraiment!... C'est ? lui!

HELENE
(?tonn?e)
Henri!

SANDOVAL
Rendez-lui gr?ce!... Il obtient tout du ma?tre
et vous ?tiez perdus sans son appui!

HELENE, DANIEL et CONJURES
Terrible lumi?re
lueur fun?raire
qui soudain m'?claire
et dont je fr?mis,
qu'? lui sans rel?che
le remords s'attache
d?shonneur au l?che
qui nous a trahis!

HENRI
Ah! que rien n'?claire
ce fatal myst?re
oui je dois leur taire
ce qu'h?las je suis.
A moi sans rel?che
le malheur s'attache
que mon nom se cache
? toi, mon pays!

LE DUC
Quoi son ?me alti?re
tremble et d?lib?re
entre un noble p?re
et d'obscurs amis!
Qu'un autre se cache
moi d'un nom sans t?che
o? l'honneur s'attache
je m'?norgueillis!

SANDOVAL
Sa seule pri?re
fl?chit la col?re
du ma?tre s?v?re
qui commande ici!
En vain il se cache
? lui sans rel?che
1a faveur s'attache
il peut tout sur lui!

CHOEUR DU PEUPLE
Bient?t je l'esp?re
o Dieu tut?laire
un jour plus prosp?re
pour nous aura lui!
A nous sans rel?che
le malheur s'attache
le soleil se cache
quand il est ici!

HENRI
(s'approchant d'H?l?ne et ? demi-voix)
H?l?ne! H?l?ne!... Il faut que je vous parle.

HELENE
A moi!
De quelque trahison nouvelle
avez-vous donc besoin?

HENRI
Ah! grands Dieux que dit-elle?

HELENE
Qu'au tyran tu vendis ton pays et ta foi!

HENRI
H?l?ne!... Un seul mot!...

HELENE
Laisse-moi,
le dernier Belge est plus noble que toi!

HELENE, DANIEL et LES CONJURES
Terrible lumi?re
lueur fun?raire
qui soudain m'?claire
et dont je fr?mis,
qu'? lui sans rel?che
le remords s'attache
deshonneur au l?che
qui nous a trahis!

HENRI
Fatale lumi?re
qui soudain l'?claire
ah comment lui taire
ce qu'h?las je suis!
A moi sans rel?che
le malheur s'attache
que mon nom se cache
? toi, mon pays!

LE DUC
Quoi son ?me alti?re
tremble et d?lib?re
entre moi son p?re
et d'obscurs amis!
Qu'un autre se cache
moi d'un nom sans t?che
o? l'honneur s'attache
je m'enorgueillis!

SANDOVAL
Sa seule pri?re
fl?chit la col?re
du ma?tre s?v?re
qui commande ici,
en vain il se cache
? lui sans rel?che
la faveur s'attache
il peut tout sur lui!

CHOEUR DU PEUPLE
Bient?t je l'esp?re
o Dieu tut?laire
un jour plus prosp?re
pour nous aura lui!
A nous sans rel?che
le malheur s'attache
le soleil se cache
quand il est ici!

H?l?ne s'?loigne avec Daniel et les conjur?s sans regarder
Henri qui d?sesp?r? se jette dans les bras de son p?re.
H?l?ne pr?te ? partir se retourne, l'aper?oit, le montre du
doigt ? Daniel et sort. La toile tombe.


ACTE QUATRI?ME


Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV


Le th??tre repr?sente l'oratoire d'H?l?ne.

Sc?ne premi?re
Henri entre envelopp? de son manteau.

HENRI
Sans ?tre vu, sans bruit j'ai p?n?tr?
dans ce pieux r?duit, asyle solitaire,
par elle aux larmes consacr?!
Chaque jour elle vient y prier pour son p?re
je l'attendrai!... Je la verrai!
(il regarde avec respect autour de lui et s'incline devant
le tableau qui est au dessus du prie-dieu)
Anges des cieux, ?loignez d'elle
et le chagrin et la douleur!
Gardez pour moi peine cruelle,
et donnez-lui tout mon bonheur!
Ici d'un parjure et d'un tra?tre
H?l?ne, tu proscris les jours!
lci, tu m'as maudit peut-?tre,
et moi... moi je dirai toujours:
anges des cieux, ?loignez d'elle
et les chagrins et la douleur!
Gardez pour moi peine cruelle,
et donnez-lui tout mon bonheur!
(?coutant)
Ah!... ne l'entends-je pas!
Malgr? moi je tressaille au seul bruit de ses pas!...
Non, non... ce n'est pas elle encore!..
D'impatience
et d'esp?rance
mon coeur s'?lance!
C'est trop souffrir!
Que l'heure est lente
quand, dans l'attente
fi?vre br?lante
vous fait mourir!
Fortune cruelle!
Il le faut, je pars
mais un seul mot d'elle!
Un de ses regards!!
Trop heureux encore
si d'elle j'obtiens
l'instant que j'implore!...
H?l?ne!... Viens!... Viens!
D'impatience
mon coeur d'avance
bat et s'?lance!
C'est trop souffrir!
Que l'heure est lente
quand dans l'attente
fi?vre br?lante
vous fait mourir!
Oui, mon trouble augmente
oui, c'est trop souffrir
de crainte et d'attente
je me sens mourir!

Sc?ne deuxi?me
H?l?ne entre en r?vant puis l?ve les yeux et aper?oit Henri.

HELENE
O ciel!... Mon sang se glace et d'horreur et d'effroi!
Ce tra?tre en ma maison, ce tra?tre devant moi!

HENRI
(fl?chissant le genou)
Ecoute un instant ma pri?re!
Par piti? laisse-toi fl?chir!
Ou du moins, pour gr?ce derni?re
? tes pieds laisse-moi mourir!

HELENE
Jamais de pardon pour le tra?tre
qui vendit son coeur et son bras!
Pardon, pour le l?che peut-?tre!...
Mais pour le tra?tre, il n'en est pas!

HENRI
Je ne suis pas coupable!
J'atteste en mes malheurs,
le juge redoutable
qui lit dans tous les coeurs!

HELENE
Le remord qui t'accable
trahit son d?shonneur,
et tu trembles, coupable
devant un Dieu vengeur!

HENRI
C'est moi qui pr?servai ta vie!

HELENE
Te l'ais-je demand?e au prix de ton honneur!

HENRI
Je n'ai pas m?rit? cet exc?s d'infamie!

HELENE
Pr?s du tyran alors d'o? vient donc ta faveur?
Qui t'a donn? sur lui tant de puissance
que ta main ? ton gr? d?sarme sa vengeance?
Quoi! Tu ne r?ponds pas?

HENRI
D'un mot je le pourrais
et si je dis ce mot funeste
ta bouche me maudit, et ton coeur me d?teste!
M?me absous ? tes yeux, je te perds ? jamais!

HELENE
(?tonn?e)
Que dit-il?

HENRI
Et pourtant!
Je ne suis pas coupable
j'atteste en mes malheurs
le juge redoutable
qui lit dans tous les coeurs!

HELENE
Le remords qui t'accable
et d?chire ton coeur
courbe ton front coupable
devant un Dieu vengeur.

HENRI
(avec chaleur)
Crois-moi!... J'en jure ici par d'Egmont, par ton p?re,
je suis innocent!

HELENE
Toi!!

HENRI
Mais h?las pour nous deux
ne m'interroge pas sur ce fatal mist?re!
Oublions-le plut?t!... Fuyons loin de ces lieux!
De tes tyrans, des miens,... je brave la puissance
je quitte un rang, un nom, des titres odieux
pour t'ob?ir, te suivre et servir ta vengeance!...

HELENE
Henri!... Qu'entends-je? Et que dis-tu?

HENRI
Enfant de la Belgique et soldat inconnu
a tes c?t?s j'irai ma fid?le compagne
chercher des ennemis qui combattent l'Espagne
j'irai trouver Nassau qui m'appelle dans ses rangs!

HELENE
(le regardant avec doute)
S'il ?tait vrai!!...
(levant les yeux au ciel)
Du ciel toi qui l'entends...
O mon guide!... O mon p?re
dois- je en croire sa foi?
Viens?... Que ta voix m'?claire
mon p?re!... Inspire moi!

HENRI
Par l'honneur, par ton p?re
et par toi... Crois-moi!... Crois-moi!

HELENE
Eh bien donc ? l'honneur, ? la publique estime
tu peux reconqu?rir tes droits!

HENRI
Ah! ce mot seul et m'enflamme et m'anime,
parle!... Je fais serment d'ob?ir ? tes lois!

HELENE
(? demi-voix)
Le tyran qui couvrit de deuil notre patrie
aujourd'hui va partir heureux et triomphant
l'Espagne le rappelle!... Et six ans d'infamie
auraient l'impunit? pour leur seul ch?timent!
Non! Dieu ne le veut pas!... Le croire est un outrage!
Il est encore des coeurs ardents et g?n?reux
pr?ts ? servir la cause et les arr?ts des cieux!
Leur force seule h?las peut trahir le courage
car il faut un bras s?r pour frapper le tyran!...

HENRI
Ciel!...

HELENE
Tremble-tu d?j??

HENRI
Qui?... Moi?

HELENE
Point de serment!
Qu'il meure!... Et je te crois... Qu'il meure et je pardonne!

HENRI
Y penses-tu, grands Dieux?

HELENE
(le regardant)
D'horreur ton coeur frissonne!

HENRI
(d?tournant la t?te)
Oui... oui... je ne peux!... Je ne peux!

HELENE
Va-t-en! Va-t-en!
C'est ma r?ponse
que Dieu prononce!
Dieu nous entend!
Amour funeste
que je d?teste
soyez proscrit!
Soyez maudit!

HENRI
Dieu tout puissant
ta voix prononce!
Elle m'annonce
affreux tourment!
O jour funeste
que je d?teste
soyez proscrit!
Soyez maudit!

HENRI
Si tu savais par quel obstacle affreux...

HELENE
Il n'en est point pour un coeur g?n?reux!

HENRI
L'enfer est entre nous!

HELENE
Je brave son courroux
quand Dieu nous guide et nous ?claire!
Malgr? toi, ce soir, sous nos coups...
tombera le tyran!

HENRI
(poussant un cri)
Mon p?re!

HELENE
(cachant sa t?te dans ses mains)
Ah!

HENRI
(apr?s un instant de silence)
Eh bien tu connais donc cet horrible lien?

HELENE
QuOi!... ce bourreau! Ce barbare
tu dis vrai!... L'enfer nous s?pare
va... va servir ton p?re!.. Et moi venger le mien!

HELENE
Va-t-en! Va-t-en!
Tout nous s?pare.
Dieu se d?clare.
Dieu nous entend
amour funeste
que je d?teste
soyez proscrit
soyez maudit.

HENRI
O Dieu puissant
tout nous s?pare
o sort barbare
et mena?ant!
Secret funeste
que je d?teste
soyez proscrit
soyez maudit!

Ils sortent tous deux chacun d'un c?t? diff?rent.

Le th??tre change et repr?sente le port d'Anvers et les
bords de l'Escaut. La flotte espagnole qui doit emmener le
Due d'Albe est pr?te ? mettre ? la voile. Le vaisseau amiral
est en avant - une large planche communique du vaisseau
au rivage. Le port est couvert de matelots et de soldats qui
s'occupent des pr?paratifs de l'embarquement.

CHOEUR DE SOLDATS et DE MATELOTS
O rive ch?rie
de l'Andalousie,
o douce patrie!
Nous te reverrons!
Et riante et belle
la vague ?tincelle
la mer nous appelle
partons, compagnons!

PLUSIEURS SOLDATS
A qui vient de la guerre
qu'il est doux au retour
l'aspect de la chaumi?re
o? l'on re?ut le jour!

PLUSIEURS MATELOTS
Et la brise embaum?e
parfumant nos coteaux
et la blanche fum?e
qui sort de nos hameaux!

ENSEMBLE
O rive ch?rie
de l'Andalousie
o douce patrie
nous te reverrons!
Et riante et belle
la vague ?tincelle
partons, compagnons!

Les tambours battent aux champs. Para?t le Duc d Albe
pr?c?d? et suivi de soldats. Il s'appuie sur le bras de Henri,
et ? c?t? de lui marche le Due de M?dina-Coeli. Derri?re la
foule du peuple, hommes et femmes. Les vaisseaux hissent
leur pavillon; l'artillerie donne le salut, les drapeaux
s'inclinent et le choeur chante la marche du Duc d'Albe au
premier acte.

CHOEUR
Honneur ? lui! Ce guerrier notre idole
dont l'univers admire les travaux.
Noble soutien de la gloire espagnole
que devant lui s'inclinent nos drapeaux!

LE DUC
(au Duc de M?dina-Coeli)
En vos mains, noble Duc, je remets le pouvoir!
Et bient?t sous ses murs Lisbonne va nous voir!
Je pars!
Je pars! Adieu donc ma conqu?te
adieu peuple que j'ai soumis
remparts o? flottent sur ma t?te
les ?tendards par moi conquis!
Je n'ai connu les revers ni les larmes
j'ai ma?tris? le destin et ses coups
et le succ?s si fid?le ? nos armes
atteste assez que Dieu marche avec nous!
Je pars! Adieu donc ma conqu?te!
Adieu peuple que j'ai soumis!
Remparts, o? flottent sur ma t?te
les ?tendards par moi conquis!

Para?t H?l?ne accompagn?e de Daniel et de plusieurs
jeunes filles de la ville v?tues de blanc et portant des
corbeilles de fleurs.

LE DUC
(? H?l?ne qui s'approche de lui lentement et les yeux
baiss?s)
Que veux-tu, jeune fille? Approche... et sans frayeur
l?ve sur nous les yeux!...

HELENE
(bas ? Daniel)
Je n'ose pas!... Sa vue
ferait faiblir et mon bras et mon coeur!

LE DUC
Parle!

HELENE
(s'inclinant devant lui)
Avant ton d?part j'implore une faveur!...
Au nom du peuple belge ici je suis venue
pour t'apporter leurs voeux.

LE DUC
(lui tendant la main pour la relever)
Quels sont-ils?

HELENE
(levant son poignard pour le frapper)
Les voici!

Henri qui observait H?l?ne depuis son arriv?e a remont?
le th??tre derri?re le Due d Albe. Au moment o? elle l?ve le
poignard il s'?lance rapidement entre elle et le Duc d'Albe,
? qui il fait ainsi un rempart de son corps et re?oit le coup
destin? pour lui.

HENRI
(chancelant)
Mon p?re!

HELENE
(poussant un cri d'effroi et laissant tomber le poignard)
Henri!

LE DUC D'ALBE
(serrant son fils dans ses bras)
Qu'as-tu fait!

HENRI
Mon devoir... J'ai d?fendu mon p?re
elle a veng? le sien!... Et qu'ici... ma pri?re
par vous soit exauc?e!

LE DUC
(? genoux pr?s de son fils qui est ?tendu ? terre)
Ah! j'en fais le serment!

HENRI
(montrant H?l?ne)
Gr?ce encore... gr?ce pour elle!
(mouvement de col?re du Duc)
Vous me l'avez promis...
(d'une voix plus affaiblie)
la gloire vous appelle...

LE DUC
(avec des sanglots)
Mon fils!

HENRI
L'Espagne vous attend!...
Partez!... Pour moi je veux que repose ma cendre...
Aux lieux qui m'ont vu na?tre... aupr?s de mes amis...
Et sous le ciel de mon pays!
et pour ces derniers voeux... que vous saurez comprendre
mon p?re!!... recevez l'embrassement... d'un fils!
Il meurt.

LE DUC
(se jetant sur le corps de Henri)
Mon fils! Espoir de ma vieillesse
mon fils! Objet de ma tendresse!
Tu n'entends plus ni mes pleurs ni mes cris
Ah! tous mes jours sont fl?tris
mes r?ves ?vanouis!
Mon fils!... Mon fils!
J'ai perdu mon fils!
(s'avan?ant vers un groupe de peuple qui est ? droite)
Piti?!... Piti?! pour un malheureux p?re!

CHOEUR DE PEUPLE
(? droite ? demi-voix et entre eux)
Jamais son coeur eut-il piti? de nous?

LE DUC
Mon fils!

CHOEUR DE PEUPLE
(? gauche et de m?me)
Le mien tomba sous son bras sanguinaire.

LE DUC
(cachant sa t?te dans ses mains)
Mon fils!

AUTRE GROUPE DE PEUPLE
(derri?re lui)
Ainsi le mien expira sous ses coups.

LE DUC
(qui les a entendu, s'avan?ant au bord du th??tre et se r?p?tant ?
lui- m?me avec amertume ce qu'il disait dans l'air pr?c?dent)
Je n'ai connu les revers ni les larmes!
J'ai ma?tris? le destin et ses coups!...
Disais-je... O mortelles allarmes!
Tourment! Le plus cruel de tous!
Mon fils! Mon fils!... Objet de ma tendresse!
Mon fils!... Mon fils... espoir de ma vieillesse
tu n'entends plus ni mes pleurs ni mes cris!
Ah! tous mes jours sont fl?tris!
Et mes r?ves ?vanouis mon fils!
Mon fils!! J'ai perdu mon fils!!!

HELENE
La main a frapp? l'innocent
que sur moi retombe son,sang!

DANIEL et LE CHOEUR DU PEUPLE
(? demi-voix et avec joie)
Il pleure! A son tour le tyran
il verse des larmes de sang!

LES MATELOTS
(s'approchant du Duc)
Il faut partir!... Le vent favorable s'?l?ve!

LE DUC
Adieu mon fils!... A toi!... mes ?ternels regrets!
Et toi terre fatale o? moissonne le glaive,
terre que je maudis! Adieu donc pour jamais!
(il se dirige vers le vaisseau amiral)

CHOEUR DU PEUPLE
(? demi-voix)
Il part! Il part!... ce bourreau, ce tyran
que sur son front retombe notre sang.
(au moment o? le Duc met le pied sur la planche qui doit le
conduire sur le vaisseau, les transports de joie deviennent plus
bruyants et finissent par ?clater en longues acclamations)
Jour d'ivresse et de d?lire
dans ce lieu qu'il a quitt?
l'air plus pur d?j? respire
la joie et la libert?!
A bas notre tyran!... Vive la libert?!
(a ces cris le Duc qui allait entrer dans le vaisseau revient
vivement sur ses pas. Le peuple effray? reprend ? voix basse)
C'est lui! C'est lui! Ce bourreau! Ce tyran!
lui faut-il donc encore notre sang?

Le Duc, arriv? au milieu du th??tre, aper?oit le corps sanglant de
Henri. Il d?tourne les yeux, cache sa t?te dans ses mains, et
s'enfuit pr?cipitamment jusqu'au vaisseau o? il entre et qui
s'?loigne du rivage. A cette vue les transports de joie ?clatent de
nouveau. Hommes et femmes se mettent ? danser et jettent en l'air
leur bonnet.

CHOEUR
Jour d'ivresse et de d?lire,
dans notre heureuse cit?
l'air plus pur d?j? respire
la joie et la libert?!
A bas notre tyran!... Vive la libert?!

On voit dans le lointain ? l'horizon toute la flotte mettre ? la voile.
Le Duc debout sur le vaisseau amiral ?tend la main vers le peuple
comme pour le maudir. Les trompettes et les tambours se font
entendre, et sur le devant du th??tre Daniel ?t H?l?ne sont ?
genoux pr?s du corps de Henri qu'il baignent de leurs larmes.
La toile tombe.


Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV


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