"Iphigénie en Aulide"
Opéra in 3 acts
Libretto:
Marie François Louis Gand Bailli du Roullet dit Le Blanc
Music by Christoph Willibald Gluck
Cast: |
Agamemnon, Bass
Clytemnestre, Mezzo soprano
Iphigénie, Soprano
Achille, Tenor
Patrocle
Calchas,
Arcas
Diane
Duex femmes grecques
Une esclave |
ACTE I, II, III
ACTE I
ACTE I, II, III
Le théâtre représente, dans lefond d'un côté,
le camp des Grecs, et de l'autre un bois.
Scène 1
AGAMEMNON
Diane impitoyable,
En vain vous l'ordonnez
Cet affreux sacrifice;
En vain vous promettez
De nous être propice,
De nous rendre les vents
Par votre ordre enchaînés;
Non, la Grèce outragée
Des Troyens, à ce prix
Ne sera pas vengée.
Je renonce aux honneurs
Qui m'étaient destinés;
Et, dûtil m'en couter la vie,
On n'immolera point Ma fille,
Iphigénie. Diane impitoyable, en vain,
En vain, vous l'ordonnez.
Brillant auteur de la lumière,
Verraistu sans pâlir,
Le plus grand des foffaits ?
Dieu bienfaisant, exauce ma prière
Et remplis les vux que je fais.
Sur la route de Mycène,
Dirige lefidèle Arcas;
Que trompant mafille et la reine,
Elles pensent qu'Achille,
Oubliant tant d'appas,
Songe à former une autre chaîne;
Qu'elles retournent sur leurs pas.
Si ma fille arrive en Aulide
Si son fatal destin
La conduit en ces lieux.
Rien ne peut la sauver
Du transport homicide
De Calchas, des Grecs et des Dieux.
Scène 2
CHUR DES GRECS
C'est trop faire de résistance,
O Calchas rompez le silence
Il faut des dieux irrités
Nous révéler les volontés
Parlez, parlez;
Pour calmer leur courroux
Quels sacrifices
Exigentils de nous ?
CALCHAS
Pourquoi me faire violence ?
CHUR DES GRECS
C'est trop faire de résistance
O Calchas rompez le silence
Il faut des dieux irrités
Nous révéler les volontés.
CALCHAS
Le ciel répond à votre impatience
D'une sainte terreur
Tous mes sens sont saisis:
Diane, o puissante Déesse!
Ton esprit m'agite et me presse,
J'annonce, en frémissant
L'ordre que tu prescris.
Tu veux que par ma main tremblante le sang le plus pur soit versé...
Quoi! ton courroux ne peut être apaisé que par une offrande sanglante ?
Que de cris, que de pleurs!
O Père déplorable!
O divinité redoutable!
Adoucis tes rigueurs!
CALCHAS, AGAMEMNON
O divinité redoutable!
Adoucis tes rigueurs!
CALCHAS
Grecs, pourrezvous l'offrir,
Cet affreux sacrifice ?
CHUR DES GRECS
Nommeznous la victime et,
Prompts à l'immoler,
Sur les autels des Dieux,
Tout son sang va couler,
O Diane soisnous propice,
Conduisnous au bord Phrygien;
Que notre fureur s'assouvisse
Dans le sang du dernier Troyen.
CALCHAS
Soyez contents, allez;
Et, ce jour même,
La victime à l'autel
Remplira vous souhaits.
Scène 3
CALCHAS
Vous voyez leur fureur extrême,
Et vous savez des Dieux
La volonté suprême.
AGAMEMNON
Ah! ne me parlez plus
De ces Dieux que je hais.
CALCHAS
Téméraire! arrêtez;
Redoutez leur vengeance:
Par une prompte obéissance
Vous en pouvez encore
Prévenir les effets:
Soumettezvous, sans résistance,
A leurs inflexibles décrets.
AGAMEMNON
Peuventils ordonnerqu'un père
De sa main présente à l'autel
Et pare du bandeau mortel
Lefront d'une victime
Et si tendre et si chère ?
Peuventils l'ordonner ?
Je n'obéirai point
A cet ordre inhumain.
J'entends retentir dans mon sein
e cri plaintif de la nature:
Elle parle à mon cur,
Et sa voix est plus sûre
Que les oracles du destin.
Je n'oboirai point
A cet ordre inhumain.
CALCHAS
Vous oseriez étre parjure ?
Le ciel a reçu vos serments.
AGAMEMNON
Je connais mes engagements:
Sur ces bords malheureux,
Si ma fille appelée obéit
Je consens qu'elle soit immolée.
CALCHAS
On croit tromper les Dieux
Avec de vains détours;
Mais jusqu'au fond des curs
Leur il perçant sait lire.
S'il faut qu'lphigénie expire,
Vous tentez vainement
De conserver ses jours;
Malgré vous, à l'autel,
Ils sauront la conduire...
Ils y trament déjà ses pas.
Scène 4
CHUR DES GRECS
Clytemnestre et sa fille,
O Dieux! Que d'allégresse;
Courons admirer tant d'appats!
AGAMEMNON
Qu'entendsje, juste Ciel ?
O douleur! ô tendresse!
CALCHAS
Au faîte des grandeurs,
Mortels impérieux,
Voyez quelle est votrelaiblesse:
Rois, sous qui tout fléchit,
Fléchissez sous les Dieux.
AGAMEMNON
Dieux cruels!
Vous voulez opprimer l'innocence.
Accablé sous votre puissance,
Je ne puis résister à votre volonté.
Ma fille, je frémis...
Ah! Calchas, que son nom
Soit encore un mystère!
Dieux! que de pleurs
Va répandre une mère!
CALCHAS
La victime s'avance.
CHUR DES GRECS
La victime s'avance.
Que de grâce! Que de beauté!
Que d'attraits! Que de majesté!
Scène 5
(Clytemnestre et Iphigénie amvent sur le théâtre,
montées sur un charantique, accompagnées des femmes de leur suite.
Ce char est suivi et précdédé dune garde magnifiquement vêtue.
Un peuple immense les ertoure et les suit en dansant et en chantant.)
CHUR DES GRECS
Que d'attraits, que de majesté!
Que de grâces, que de beauté!
Qu'aux auteurs de ses jours
Elle doit être chère!
Agamemnon est à la fois
Le plus fortuné père,
Le plus heureux époux
Et le plus grand des Rois.
CLYTEMNESTRE
(Après avoir descendu du char,
et en approchant sur le devant du théutre.)
Que j'aime à voir ces hommages flatteurs
Qu'ici l'on s'empresse à vous rendre.
Pour une mère tendre,
Que ce spectacle a de douceur.
Demeurez dans ces lieux, ma fille,
Et sans partage, recevez les honneurs
Qui nous sont adressés:
Je vais voir si le Roi
De nos vux empressés
Consent à recevoir l'hommage.
Clytemnestre sort, suivie d une partie de la garde.
CHUR DES GRECS
Non jamais, jamais aux regards
Du perfide Pâris
Les trois rivales immortelles
Qui, sur le mont Ida
Disputèrent le prix,
N'offrirent tant d'appas,
Ne parurent si belles.
PREMIERE GRECQUE
A la suprême majesté
De la plus jalouse Déité
Qui règne sur les airs,
Que l'Olympe révère,
DEUXIEME GRECQUE
A la redoutable fierté
De la déesse de la guerre,
TROISIEME GRECQUE
Au sourire enchanteur de la tendre Vénus,
TOUTES TROIS
Elle unit toutes les vertus
De la fille du Dieu
Qui lance le tonnerre.
CHUR
Non, jamais aux regards du perfide Pâris,
Les trois rivales immortelles
Qui sur le mont Ida
Disputèrent le prix,
N'offrirent tant d'appas
Ne parurent si belles.
IPHIGENIE
Les vux dont ce peuple m'honore,
Peuyentils flatter mes souhaits?
Achille à mes yeux inquiets
Ne s'offre point encore.
Lentement
(Mouvement de passepied)
Scène 6
CLYTEMNESTRE
Allez... il faut sauver notre gloire offensée,
Ma fille. il faut partir à l'instant de ces lieux.
IPHIGENIE
Partir sans voir Achille? ô Dieux!
Lui, de qui l'ardeur empressée...
CLYTEMNESTRE
Achille désormais doit vous être odieux:
Indigne de l'honneur promis à sa tendresse,
Dans de nouveaux liens ses vux sont retenus.
IPHIGENIE
Qu'entendsje?
CLYTEMNESTRE
Agamemnon redoutant que la Grèce
Ne vous vît exposce
A l'affront d'un refus
Vous ordonnait de fuir
Loin de l'Aulide
Et d'aller dans Argos
Oublier le perfide.
Arcas nous apportait
Ces ordres absolus
Mais nos pas égarés
Trompant sa diligence,
Il ne vient que dans ce moment
De s'acquitter des soins
Commis à sa prudence,
Et de me confirmer
Ce fatal changement.
IPHIGENIE
Hélas!
CLYTEMNESTRE
Armez vous d'un nable courage;
Etouffez des soupirs
Trop indignes de vous:
N'écoutez qu'un juste courroux,
Contre un amant qui vous outrage.
Que votre père et les Dieux irrités,
Ces Dieux jaloux dont vous sortez,
S'arment, pour le punir,
De toute leur puissance;
Et que le cri de la vengeance
Retentisse de tous côtés
Scène 7
IPHIGENIE
L'aide bien entendu,
Grands Dieux! Le puisje croire,
Qu'oubliant ses engagements,
Achille, au mépris de sa gloire,
Au mépris de l'amour,
Trahisse ses serments ?
Hélas! mon cur sensible et tendre,
De ce jeune héros s ëtait laissé charmer!
La gloire et le devoir
M'ordonnait de l'aimer,
Et d'accord avec eux
L'amour vint me surprendre.
Parjure! tu m'oses trahir;
Un autre objet a su te plaire:
Je te dois toute ma colère,
Je forcerai mon cur à te haïr.
Que sa tendresse avait pour moi de charmes!
Qu'il est cruel d'y renoncer!
De mes yeux, malgré moi,
Je sens couler des larmes...
Estce pour un ingrat
Qu'ils en devraient verser ?
Scène 8
ACHILLE
En croiraije mes yeux ? ô ciel!
Vous en Aulide, Princesse ?
IPHIGENIE
Quel que soit le destin qui me guide,
Ma gloire ne pourra du moins me reprocher
Que c'est Achille ici
Que mon cur vient chercher.
ACHILLE
Qu'entendsje ? quel discours!
Estce à moi qu'il s'adresse ?
IPHIGENIE
De votre nouvelle tendresse
Suivez, suivez les mouvements,
Votre infidélité n'aura rien qui me blesse,
Et vous pouvez former d'autre engagements.
ACHILLE
D'autres engagements ?
De cette perDidie qui m'ose accuser?
IPHIGENIE
Moi, que vous avez trahie.
ACHILLE
Achille vous trahir
IPHIGENIE
Malgré tant de serments.
ACHILLE
Cesser d'aimer Iphigénie ?
IPHIGENIE
Rompre la chaîne qui nous lie!
ACHILLE
Moi, briser des nuds si charmants ?
IPHIGENIE
Oui, vous brûlez que je ne sois partie
Rassurezvous; bientôt, au gré de votre envie,
Mon départ pour Argos qu~ pressent vos désirs.
Va laisser un champ libre à vos nouveaux soupirs.
ACHILLE
Ah, c'en est trop;
Achille peut, de vos charmes épris,
Sans murmurer supporter l'injustice:
Mais son cur n'est point fait
Pour souffrir des mépris.
IPHIGENIE
Iphigénie, hélas! vous a trop fait connaître
Pour sa gloire et pour son bonheur,
Que l'estime et l'amour, peutêtre,
Lui parlaient en votre faveur.
ACHILLE
S'il était vrai, votre amour et ma gloire,
Vous auraientils permis ces soupçons odieux ?
Achille vous trahir! grands Dieux!
Ah ! pour vous pardonner d'avoir osé le croire,
Il faut tout l'excès de mes feux.
Cruelle, non jamais votre insensible cur
Ne fut touché de mon amour extréme:
Si vous m'aimiez autant que je vous aime,
Vous ne douteriez pas de mafidèle ardeur,
Vous pouvez affliger un cur qui vous adore,
Par des soupçons injurieux
Et luifaire un tourment affreux,
Duleu constant qui le dévore ?
IPHIGENIE
Mon trouble, mes soupcons,
Mon dépit, ma douleur
Tout vous a prouvé ma faiblesse:
Ah! qu'il vous est aisé
De tromper ma tendresse!
A vous croire, mon cur
N'est que trop empressé.
ACHILLE
Ne doutez jamais de mallamme;
De ce doute cruel mon amour est blessé,
IPHIGENIE
Vous le bannissez de mon ame;
Je sens que pour jamais il en est effacé.
ACHILLE
Iphigénie, ô ciel!
M'a pu croire infidèle,
Par d'odieux soupçons
Elle a pu m'outrager!
IPHIGENIE
Ne me reprochez point une erreur trop cruelle
Les maux que j'ai soufferts ont bien su vous venger.
Que votre amour pour mon cur a de charmes!
ACHILLE
Que cet aveu pour mon cur a de charmes!
IPHIGENIE, ACHILLE
Hymen! Hymen! Viens
Calmer nos alarmes
Par des liens charmants
Viens unir en ce jour
Deux curs formés pour toi,
Par les mains de l'amour.
ACTE II
ACTE I, II, III
Scène 1
CHUR DES SUIVANTES
Rassurezvous, belle Princesse,
Achille sera votre époux,
Agamemnon, pour vous
Plein de tendresse,
Sait trop que ce héros
Est le seul de la Grèce
Qui soit digne de vous.
IPHIGENIE
Vous essayez en vain
De bannir mes alarmes;
Achille est instruit que ie Roi
Le soupçonnait de mépriser mes charmes
Et de trahir sa foi:
Sa gloire offensée en murmure,
Ce soupcon lui paraît une mortelle injure;
Et j'ai lu dans ses yeux tout son ressentiment.
Vous connaissez la fierté de mon Père,
Ils sont ensemble en ce moment.
CHUR DES SUIVANTES
Rassurezvous, belle Princesse,
Achille sera votre époux.
IPHIGENIE
Vous essayez en vain
De bannir mes alarmes
L'amour n'a que de faibies armes,
Quand l'honneur parle au héros offensé.
Par la crainte et par l'espérance,
Ah! que mon cur est tourmenté.
Rien n'égale la violence
Des mouvements confus dont il est agité.
Amour, j'implore ta puissance:
Fléchis d'Agamemnon l'indomptable fierté,
Apaise le courroux d'un amant irrité,
Et rétablis entre eux l'heureuse intelligence
D'où dépend ma félicité.
Scène 2
CLYTEMNESTRE
Ma fille, votre hymen s'apprête,
Le Roi luimême, au temple
En ordonne la fête:
Quel triomphe pour vous,
Quelle gloire pour moi!
Aux yeux de tous les Grecs,
Le fils d'une Déesse
Va me nommer sa mère,
Et vous donner sa foi.
IPHIGENIE
Ah ! grands Dieux! Je renais.
CLYTEMNESTRE
Tout plein de sa tendresse, Achille vient.
Scène 3
ACHILLE
Les auteurs de vos jours
Consentent que l'hymen
M'unisse à ce que j'aime;
De ma félicité suprême,
Princesse, rien ne peut
Interrompre le cours.
MARCHE
(Les Thessaliens entrent en ordre militaire;
ils sont suivis d'esclaves portant les dépouilles de Lesbos,
enlevées par Achille.)
ACHILLE
(présentant Patrocle à Iphigénie)
Rival de ma valeur,
Compagnon de ma gloire;
Sûr, avec lui de la victoire,
De tous les biens que j'ai recus des cieux
Patrocle est, après vous, le plus cher à mes yeux:
De ses rameaux sacrés l'amitié nous couronne;
Heureux par son bonheur, le mien comble ses vux,
C'est un ami que je vous donne;
Je ne saurais vous faire
Un don plus précieux.
Chantez, célébrez votre Reine!
L'hymen qui sous ses lois l'enchaîne
Va vous rendre à jamais heureux.
LES THESSALIENS
Chantons, célébrons notre Reine!
L'hymen qui sous ses lois l'enchaîne
Va nous rendre à jamais heureux.
Air gai (Danse)
UNE GRECQUE
Achille est couronné
Des mains de la Victoire.
Et l'Hymen et l'Amour
Le parent tour à tour.
Ah ! qu'il est doux d'unir
Aux lauriers de la gloire
Les myrthes de l'amour.
CHUR
Ami sensible, ennemi redoutable,
Son âme estfière et son bras indomptable,
Dans les combats Mars est moins formidable,
Rien ne résiste à ce jeune vainqueur,
O Phrygiens! redoutez sa puissance,
Il va bientôt signaler sa vengeance,
Vous le verrez, et sa seule présence,
Dans vos remparts répandra la terreur.
Air gai (Danse)
Passacaille (Ballet)
Scène 3bis
CHUR DES ESCLAVES LESBIENNES
Les filles de Lesbos
Viennent vousfaire entendre
Par l'ordre du vainqueur
Leur suppliantes voix.
UNE ESCLAVE
Il combattait pour nous
Et ses premiers exploits
Ont réduit ma Patrie en cendres.
CHUR
Vous tarirez les pleurs
Qu'il nous alait répandre,
En daignant nous donner des lois.
IPHIGENIE
Venez et vous serez mes compagnes fidèles,
J'ai causé vos malheurs, je dois par mes bienfaits
Vous consoler de vos pertes cruelles
Et vous faire oublier
Les maux qu'on vous a faits.
Air pour les esclaves (Allegretto)
IPHIGENIE, CLYTEMNESTRE,
ACHILLE, PATROCLE, CHUR
Jamais, à tes autels,
Le plus saint des serments,
Favorable Hymenée,
N'enchaîna la destinée
De plus heureux époux,
De plus tendres amants.
Scène 4
(Les précédents, et Arcas qui est entré
vers la fin du Divertissement.)
ACHILLE
rincesse, pardonnez à mon impatience,
Agamemnon nous attend à l'autel:
Venez combler les vux
Du plus heureux mortel.
ARCAS
Je ne puis plus garder un coupable silence,
Infortunés amants, où courezvous ?
O ciel! Non, non, vous n'irez pas
A cet autel funeste.
ACHILLE
Que ditesvous, Arcas?
CLYTEMNESTRE
Vous me faites trembler.
ARCAS
Votre époux, instrument
De la fureur céleste,
Attend sa fille au temple,
Et c'est pour l'immoler.
CLYTEMNESTRE
Lui, mon époux!
IPHIGENIE, ACHILLE
Mon père! Son Père!
CLYTEMNESTRE
O désespoir! O crime !
TOUS AVEC LE CHUR
Futil jamais conçu De projet plus affreux ?
ARCAS
Oui, c'est Iphigénie
Oui, voilà la victime
Que demandent les Dieux.
Les Thessaliens s'avançant en tumulte
CHUR
Nous ne souffrirons point
Ce sacrifice impie:
C'est notre Reine,
Achille est son époux;
Et nous périrons tous
Pour conserver les jours
D'lphigénie.
CLYTEMNESTRE
Seigneur, j'embrasse vos genoux!
Ayez pitié de cette infortunée
Sur ces bords malheureux je l'avais amenée,
Dans l'espoir de l'unir à vous.
Par un père cruel à la mort condamnée,
Et par les Dieux abandonnée,
Elle n'a que vous seul;
Vous êtes dans ces lieux
Son pére, son époux, son asile, et ses Dieux.
Vous rempfirez mon espérance,
Vous défendrez des jours si précieux,
Le courroux éclatant,
Qui parait dans vosyeux,
M'en donne l'assurance.
Sans vous, sans vos secours,
Nous la perdrons tous deux,
C'en estlait de ses jours!
ACHILLE
Reine, rassurezvous,
Et n'appréhendez pas
Que son père et les Grecs
L'arrachent de vos bras:
Rentrez, je vais ici l'attendre.
IPHIGENIE
Je ne vous quitte pas;
Seigneur, daignez m'entendre.
ACHILLE
Le cruel, sous mon nom
Vous donnait le trépas!
A ma juste fureur,
Rien ne peut le soustraire.
IPHIGENIE
Seigneur au nom des Dieux,
Songez qu'il est mon père.
ACHILLE
Votre père, cet inhumain?
Trio
IPHIGENIE
C'est mon père, Seigneur,
Mais un père que j'aime.
CLYTEMNESTRE
Son père! et le cruel
Veut lui percer le sein!
IPHIGENIE
Un père infortuné,
Qui me chérit lui même.
ACHILLE
Je ne yais plus en lui
Qu'un perfide assassin.
IPHIGENIE
Ciel, détourne l'orage,
Dissipe mon effroi.
O ciel, exaucemoi
CLYTEMNESTRE
Ciel, soutiens mon courage,
Je n'espère qu'en toi !
IPHIGENIE
Ciel, détourne l'orage,
Dissipe mon effroi!
ACHILLE
Ciel, dévoue à ma rage
Un inhumain sansfoi!
IPHIGENIE, CLYTEMNESTRE, ACHILLE
O ciel exaucemoi,
Détourne l'orage
Dissipe mon effroi,
Soutiens mon courage
Je n'espère qu'en toi
Dévoue à ma rage
Un inhumain sansfoi.
Scène 5
ACHILLE
Suismoi, Patrocle!
PATROCLE
Et que voulezvous faire ?
Voulezvous, n'écoutant qu'un aveugle transport
Aussi cruel que les Dieux et son père,
Voulezvous lui donner la mort?
ACHILLE
Cours, et dislui
Qu'elie n'a rien à craindre,
Qu'outragé, furieux,
Mais vaincu par l'amour,
Quelque soit mon courroux,
Je saurais me contraindre,
Et respecter celui
Qui lui donna le jour.
Cours, cours...
Scène 6
ACHILLE
Je le vois. Ciel!
Retiens la fureur qu'il m'inspire.
Arrêtez!
AGAMEMNON
C'est Achille, auraiton pu l'instruire ?
ACHILLE
Je sais vos barbares projets;
Je sais qu'inhumain et parjure,
Vous vouliez, sous mon nom,
Consommer des forfaits
Dont frémit la nature;
J'en saurai, malgré vous,
Prévenir les effets.
Mais, vous qui m'avez fait
La plus mortelle injure, ',
Rendez grâce à l'amour, si mon bras furieux
N'a pas encore vengé...
AGAMEMNON
Jeune présomptueux,
Vous, dont l'audace
Et m'indigne et me blesse,
Oubliezvous qu'ici
Je commande à la Grèce;
Que je ne rends qu'aux Dieux
Compte de mes desseins,
Et que vingt Rois, soumis
A mon pouvoir suprême,
Doivent, sans murmurer,
Que vous devez vousmême,
Attendre, avec respect,
Mes ordres souverains?
ACHILLE
Dieux! faudratil souffrir
Ce superbe langage ?
Votre fille est à moi;
Mes droits sont vos serments;
De mon bonheur votre aveu fut le gage:
Vous tiendrez vos engagements.
AGAMEMNON
Cessez un discours qui m'offense.
Quelque sort aujourd'hui
Qui lui soit destiné
C'est à vous d'attendre en silence
Ce qu'uo père et les Dieux
En auront ordonné.
ACHILLE
Estce à moi que l'on parle,
Et pourraiton le croire ?
Pensezvous qu'insensible
A la gloire, à l'amour,
Je vous laisse immolér votre fille en ce jour,
Et des horreurs consommer la plus noire ?
AGAMEMNON
Pensezvous, qu'oubliant
Et mon rang et ma gloire,
Je souffre plus longtemps
Vos insolents discours ?
AGAMEMNON
De votre audace téméraire
J'arrêterai le cours
ACHILLE
De votrefureur sanguinaire Je sauverai sesJours.
AGAMEMNON
Audacieux!
ACHILLE
Barbare père!
GAMEMNON, ACHILLE
Tremblez, redoutez ma colère;
Craignez l'effet de mon ressentiment.
AGAMEMNON
Je vous ferai connaît. Si l'on me brave impunément.
ACHILLE
Vous apprendrez, peutêtre,
Si l'on m'offense impunément...
Je n'ai plus qu'un mot à vous dire;
Et si vous m'entendez,
Ce seul mot doit suffire:
Avant que votre fureur
Immole ce que j'aime,
Il faut que votre rage extrême
S'apprête à me percer le cur.
Scène 7
AGAMEMNON
Tu décides son sort:
Ton insolente audace
Hâte le coup qui la menace;
Elle va recevoir la mort.
A moi, soldats!
O Dieux! que vaisje faire ?
C'est ta f~lle, cruel,
Que tu vas leur livrer;
Ta fille, si longtemps
A ton amour si chère
Tout mon cur se sent déchiré:
Non, qu'elle vive...
Ah! quelle est ma faiblesse ?
Pour conserver ses jours,
Que les Dieux ont proscrits
Fautil sacrif~er
L'intérêt de la Grèce ?
Fautil d'Achille endurer les mépris ?
Non, que plutôt cent fois
A l'autel entraînée
Ma f~lle par sa mort...
Ma fille ? Je frémis !
Iphigénie, ô ciel!
De festons couronnée
A l'homicide acier
Présentera son sein.
Je verrai tout son sang couler.
Père inhumain! n'entendstu pas
Les cris des Euménides ?
L'air retentit
Des affreux sifflements
De leurs serpents homicides,
Vengeresses des parricides,
Elles commencent tes tourments.
Barbares, arrêtez!
Les Dieux ont fait mon crime,
Ils ont conduit ma main,
Ils ont porté les coups,
Eux seuls immolent la victime.
Quoi! rien ne peut fléchir
Votre courroux, cruelles ?
Rien, rien ?
Mais en vain votre fureur s'irnte.
Le remords dévorant,
Qui me presse et m'agite,
Pour déchirer mon cur
Est plus puissant que vous
Avec ma garde, Arcas,
Accompagnez la Reine:
Qu'elle prenne, à l'instant,
Le chemin de Mycène,
Qu'avec ma f~lle,
Abandonnant ces lieux,
Elle la cache à tous les yeux.
Allez! O toi, l'objet le plus aimable,
Que tant de vertus font chérir,
Pardonne à ton père coupable,
En faveur de son repentir,
Hélas ! c'est toi qui, la première,
D'un nom si doux sat m'appeler,
Et déjà ma main sanguinaire
Se préparait à t'immoler!
Non, que plutôt des Dieux
L'implacable colère
A tesyeux me puisse accabler!
Et toi, Déesse impitoyable,
Perce mon cur, au lieu du sien;
Satisfais ta rage implacable;
Tu veux du sang, répands le mien!
ACTE III
ACTE I, II, III
Scène 1
CHUR DES GRECS
Non, non, nous ne souffrirons pas,
Qu 'on enlève aux Dieux leur victime:
Ils ont ordonné son trépas,
Notre fureur est légitime.
IPHIGENIE
Pourquoi vous opposer, Arcas,
A la fureur qui les anime ?
ARCAS
Dans ces lieux retenez ses pas;
Tandis qu'à mon devoir fidèle
Mon bras va repousser
Cette troupe cruelle.
Scène 2
IPHIGENIE
(à Arcas, qui sort)
Ne tentez point
Des efforts impuissants,
(aux femmes)
Volez au secours de ma mère
Eloignez ses regards
De mes derniers instants
Et laissezmoi des Dieux
Assouvir la colère.
Mourons, obéissons.
Scène 3
ACHILLE
Princesse, suivezmoi;
Ne craignez ni les cris,
Ni la rage inutile
D'un peuple, à mon aspect,
Saisi d'un juste effroi.
Marchez en sûreté
Sous la garde d'Achille.
Venez!
IPHIGENIE
Hélas ! ô devoir rigoureux!
ACHILLE
Venez, ne perdons point
Des instants précieux.
IPHIGENIE
Vous vous armez en vain
Pour une infortunée,
Seigneur, dont le trépas...
ACHILLE
Quel étrange discours!
Songezvous que ma destinée,
Ma vie, mon bonheur
Dépendent de vos jours ?
IPHIGENIE
Ils m'étaient chers,
Je ne puis m'en défendre,
Ces jours contre lesquels
Les Dieux sont conjurés;
Ils vous appartenaient,
Et l'amour le plus tendre
Vous les avait à jamais consacrés.
Il faut de mon destin
Subir la loi suprême:
lusqu'au tombeau
Je braverai ses coups.
Oui, sous leler de Calchas même,
Je vous dirai que je vous aime,
Et mon dernier soupir
Ne sera que pour vous.
ACHILLE
Et vous m'aimez!
Puisje le croire encore ?
Vous savez que je vous adore,
Ingrate, et vous voulez mourir!
IPHIGENIE
Partez, Seigneur,
La gloire vous appelle,
Elle offre à vos regards
La carrière immortelle,
Où vous devez courir:
Ma mort seule peut vous l'ouvrir.
ACHILLE
Vous voulez donc, cruelle,
Cette gloire à mes yeux si belle,
Me la faire haïr ?
IPHIGENIE
Adieu, conservez dans votre âme
Le souvenir de notre ardeur;
Et qu'une si parfaite flamme,
Vive du moins dans votre cur.
N'oubliez pas qu'Iphigénie,
Digne d'un moinsfaneste sort,
Pour vous seul chérissait la vie,
Et vous aima jusqu'à la mort.
Adieu!Adieu!
ACHILLE
Sans vous, Achille pourrait vivre ?
Non, non, j'en atteste les Dieux!
Je dois vous arracher,
Malgré vous, de ces lieux:
Venez Princesse, il faut me suivre.
IPHIGENIE
Arrêtez!
Quel est votre espoir?
Avezvous cru qu'lphigénie
Pût oublier et sa gloire et son devoir?
Ils lui sont plus chers que la vie.
ACHILLE
Et bien, obélssez
Barbare, courez chercher
Le plus affreux trépas.
A ce temple odieux
Je vole sur vos pas
J'y préviendrai
Le coup qu'on vous prépare
Calchas, d'un trait mortel percé,
Sera ma prethière victime;
L'autel préparé pour le crime,
Par ma main sera renversé.
Et si dans ce désordre extrême,
Votre père, offert à mes coups
Frappé, tombe etpérit luimême,
De sa mort n'accusez que vous.
Scène 4
IPHIGENIE
Cruel! Il fuit...ô ciel!
Satisfais ton courroux
Et préviens par ma mort
Le carnage et le crime.
CHUR
Non, non nous ne souffrirons pas
Qu 'on enlève aux Dieux leur victime
Ils ont ordonné son trépas,
Notrefureur est légitime.
Scène 5
CLYTEMNESTRE
Osez mettre le comble
A votre rage impie, barbares!
Venez donc m'immoler dans ses bras.
O ma flle !
IPHIGENIE
O ma mère!
CLYTEMNESTRE
O mon Iphigénie!...
Jusqu'au dernier soupir
Je défendrai tes jours.
IPHIGENIE
Rien n'en peut prolonger le cours:
Les Dieux les ont marqués
Du sceau de leur colère;
Fuyez, laissez aux Grecs
Servir leur cruauté.
Ah! si jamais je vous fus chère,
Partez, et n'allez point
Dans un camp révolté
Pour m'arracher des mains
D'un peuple sanguinaire,
Exposer votre rang Et votre dignité.
CLYTEMNESTRE
Eh! qu'importe ma gloire
Et mon rang, et ma vie ?
Non, si ma fille m'est ravie,
Non je ne veux plus voir
La lumière des cieux.
IPHIGENIE
Adieu, vivez pour Oreste,
Mon frère, sur cet objet si cher
Réunissez vos vux;
Puissetil étre plus heureux,
Puissetil être, hélas!
Moins funeste à sa mère!
Du sort qui me poursuit
N'accusez point mon père.
CLYTEMNESTRE
Lui, par qui le couteau
De ses mains apprêté...
IPHIGENIE
Pour conserver mes jours
Que n'atil point tenté ?
Mais, au couroux des Dieux
Qui pourrait me soustraire ?
CHUR DES GRECS
Non, non, nous ne souffrirons pas,
Qu'on enléve aux Dieux leur victime,
Ils ont ordonné son trépas,
Notre fureur est légitime.
IPHIGENIE
Vous entendez les cris
D'un peuple furieux,
Ma mère, rappelez
Ce sublime courage
Apanage du sang
Que vous tenez des cieux;
Il est temps d'oboir aux Dieux:
Ah! faisons les du moins
Rougir de leur ouvrage,
Recevez mes derniers adieux.
CLYTEMNESTRE
Cruelle, tu veux donc
Que j'expire à tes yeux ?
Moi, je consentirais...
Et du courroux céleste...
Ta mère...
IPHIGENIE
O ciel! Hélas,
Prenez soin de ses jours
Et détournez ses pas
De l'autel où je cours
Scène 6
CLYTEMNESTRE
Dieux puissants que j'atteste,
Non, je ne souffrirai pas...
Vous osez arrêter mes pas!
Perfides, privezmoi
Du jour que je déteste
Dans ce sein maternel
Enfoncez le couteau
Et qu'au pied de l'autel funeste
Je trouve du moins mon tombeau.
Ah! je succombe à ma douleur mortelle...
Ma fille! Je la vois,
Sous le fer inhumain...
Que son barbare père
Aiguisa de sa main,
Un préfre, environné
D'unefoule cruelle,
Ose porter sur elle
Une main criminelle;
n déchire son sein...
Et d'un il curieux
Dans son cur palpitant...
Il consulte les Dieux.
Arrétez, monstres sanguinaires!
Tremblez: C'est le pur sang
Du souverrain des cieux,
Dont vous osez rougir la terre!
Jupiter, lance la foudre!
Que sous tes coups écrasés
Les Grecs soient réduits en poudre,
Dans leurs vaisseaux embrasés!
Et toi, Soleil, et toi qui,
Dans cette contrée,
Reconnais l'héritier
Et le vrai fils d'Atrée,
Toi, qui n'osus du père
Eclairer le festin,
Recule, recule,
Ils t'ont appris
Ce funeste chemin.
Quels tristes chants se font entendre...
O Dieux.~! ils vont trancher ses jours!
En vain vous m'opposez une pitié cruelle,
Rarbares, malgré vous, je vole à son secours,
Ou je vais mourir avec elle.
CHUR DES GRECS
Puissante Déité, protègenous toujours!
Au prix du sang que nous allons répandre,
Au rivage Troyen permetsnous de descendre.
CLYTEMNESTRE
Quels tristes chants se font entendre
O Dieux! ils vont trancher ses jours!
En vain vous m'opposez une pitié cruelle
Rarbare, malgré vous je vole à son secours
Ou je vais mourir avec elle.
Scène 7
(Le théâtre représente le rivage
de la mersurlequel on voit un autel.
Iphigénie est à genoux sur la marche de l'autel,
demère lequel est le Grand-Prêtre,
les bras étendus vers le ciel,
et le couteau sacré à la main.
Les Grecs enfoule occupent les deux côtés du théâtre.)
CHUR DES GRECS
Pour le prix du sang que nous allons répandre,
Puissante Déesse, protègenous toujours!
De nos travaux n'interromps plus le cours
Au rivage troyen permets nous de descendre.
Scène 8
(Achille, et les précédents Grecs se jetant avec effroi
de la gauche à la droite du théâtre)
DEUX GRECS
Fuyons,fayons tous:
D'Achille craignons le courroux.
CHUR
C'est en vain qu'on veut la défendre:
Les Dieux ordonnent son trépas.
ACHILLE
Venez, si vous l'osez,
L'arracher de mes bras.
IPHIGENIE
Grands Dieux!Prenez votre victime!
CHUR
Ils ont ordonné son trépas, Notre fureur est logitime.
Scène 9
CLYTEMNESTRE
O ma fille! Ah, Seigneur!
ACHILLE
Reine, en craignez rien.
CHUR DES GRECS
C'est en vain qu 'on veut la défendre,
Tout son sang doit couler.
ACHILLE
Avant de le répandre,
Il faudra verser tout le mien.
CHUR DES GRECS
Frappons, immolons la victime.
IPHIGENIE, ACHILLE
Secoureznous, grands Dieux!
ACHILLE, CHUR DES THESSALIENS
Ecrasons ces audacieux.
CHUR
Notre fureur est légitime! Frappons, frappons!
CALCHAS
Arrêtez ! arrétez!
Calmez cette fureur extrême
La Déesse vient elleméme
Nous prescrire ses volontés.
DIANE
Votre zèle des Dieux
A fléchi la colère
Les vertus de la fille
Et les pleurs de la mère
Ont trouvé grâce devant eux.
Je ne vous retiens plus
Dans les champs de l'Aulide
Volez où votre gloire vous guide.
Etonnez l'Univers
Par vos faits glorieux
Et vous, jeunes amants,
Vivez, vivez, soyez heureux.
CALCHAS
Adorez la clémence
Et les bontés des Dieux
CHUR DES GRECS
Adorons la clémence
Et les bontés des Dieux.
AGAMEMNON
O ma fllle!
IPHIGENIE
O mon père!
ACHILLE
Iphigénie!
IPHIGENIE
Achille!
CLYTEMNESTRE
O Toi qui m'est si chère!
CLYTEMNESTRE, AGAMEMNON
Les Dieux te rendent à nos vux,
Pour faire le bonheur d'Achille.
IPHIGENIE
Ah! qu'il est doux,
Mais qu'il est difficile,
De passer si subitement
Du plus cruel tourment
A la félicité suprême!
IPHIGENIE, CLYTEMNESTRE,
ACHILLE AGAMEMNON
Mon cur ne saurait contenir
L'excès de mon bonheur extrême
Palpitant, il s ëlance
Audelà de moimême,
Il est énivré de plaisir
A peine je respire:
Quel aimable délire,
Vient s'emparer de tous mes sens!
Les Dieux ont eu pitié
De nos gémissements
Jusqu 'aux voûtes éthérces
Portons nos vux reconnaissants!
CHUR DES GRECS
Jusqu'aux aux voûtes éthérées
Portons nos vux reconnaissants.
Et célébrons les noces désirces
De ces iUustres amants.
Leur bonheur est le premiergage
De la justelaveur des Dieux;
Et leur hymen est le présage
De nos triomphes glorieux.
Passacaille
CHUR FINAL
Partons, volons à la victoire,
Par nosfaits éclatants étonnons l'avenir
Que nos travaux, que notre gloire
Soient des sièclesinturs l'éternel souvenir.
Parés des palmes de Bellone,
Qu'il est doux de jouir d'un tranquille repos!
Le plaisir seul paye et couronne
Du guerrier désarmé les pénibles travaux.
F I N
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