BiografyOperaPhotosWorksLiederMp3sMidisShopTools
Composers Biography
ABCDEFGHIJKLMNOPQRSTUVWXYZ
vuoto.gif (49 byte)

 

Jules Massenet

  (1842 - 1912 )

[ MassenetComposers | Mp3 | Home Page ]

linecomposer.gif (1935 byte)

The Operas of Jules Massenet



Le Mage
 



Opéra en 5 Actes & 6 Tableaux

Poème de Jean Richepin

Musique de J. Massenet


CAST :
Zarâstra Tenor
Amrou, grand-prètre des Dévas  Bass
Le Roi de l'Iran Baritone 
Un prisonnier touranien 
Un héraut 
Un chef Iranian 
Un chef Touranien 
Varedha, prètresse de la Djahi Mezzo soprano 
Anahita, Reine du Touran Soprano 
CHOEURS
Prisonniers touraniens - Peuple de l'Iran - Prètres des Bévas 
Mages - Hommes et Femmes de la campagne
Prètre et Prètresses de la Djahi. 
BALLET




Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V






Acte I




Le camp de Zarâstra, près la ville de Bakhdi.
(Sous de grands cèdres, un amas de prisonniers Touraniens couchés;
des guerriers Iraniens les surveillent. Devant la tente Zarâstra d'autres guerriers
montent la garde; torches éclairant vaguement le camp; c'est la nuit encore.)

UN PRISONNIER TOURANIEN
Lâ-léï-à!

LES PRISONNIERS
(CONTRALTI ET BASSES)
Lâ-léï-à!

UN PRISONNIER TOURANIEN
Lâ-léï-à!

LES PRISONNIERS
(CONTRALTI ET BASSES)
léï-à! léï-à!

LE PRISONNIER
Pas les monts, par les vaux,
Pour trouver des cieux nouveaux,
Au roulis des chevaux
La tribu passe.

LES PRISONNIERS
Léï-à! léï-à! léï-à, léï-à, léï-à!

LE PRISONNIER
Où va-t-elle en rêvant?
Où s'en va la poudre au vent.
Mais toujours de l'avant
Et vers l'espace!

LES PRISONNIERS
Léï-à! léï-à! léï-à, léï-à, léï-à!

UN CHEF TOURANIEN
O lâches, vous chantez dans les entraves!

LES PRISONNIERS
(ténors)
Nous chantions en nous battant,
(basses)
Nous servirons en chantant!
(ténors)
Les résignés sont les braves.

LE PRISONNIER
Lâ-léï-à!

LES PRISONNIERS
Léï-à, léï-à, léï-à, léï-à! Là!

UN CHEF IRANIEN
Debout prisonniers!
Le jour va paraître!

(Le camp s'éveille peu à peu.)

AMROU
(Au chef Iranien)
Annonce à Zarâstra que je suis arrivé,
Moi, le grand-prêtre.
(Le Chef Iranien entre dans la tente de Zarâstra.)

LE CHEF TOURANIEN
(aux prisonniers, en leur montrant Amrou)
C'est grâce aux avis de ce traître
Que le Touran s'est soulevé!
C'est lui! le traître! le traître! le traître!

LES PRISONNIERS
(TENORS ET BASSES)
(désignant Amrou avec colère)
C'est lui! c'est lui! le traître! le traître! le traître!

AMROU
Tais-toi, peuple servile! tais-toi! tais-toi!

LES PRISONNIERS
C'est lui! le traître! le traître!

AMROU
(aux gardiens des prisonniers)
Vous, qu'on les mène à la honte qui les attend!
Pour orner du vainqueur le triomphe éclatant,
Ils vont, comme un bétail, défiler par la ville!

(Il ordonne par un geste de les emmener.)

LE CHEF IRANIEN
(ressortant de la tente de Zarâstra; à Amrou)
Mon maître Zarâstra,
Tout à l'heure au conseil le rejoindra.

AMROU
(aux gardiens et au chef Iranien)
En marche!
(à Varedha, de loin)
Toi, ma fille, reste!

LE PRISONNIER
Lâ-léï-à!

LES PRISONNIERS
Léï-à, léï-à, léï-à!

LE PRISONNIER
Où va-t-elle en rêvant?
Où s'en va la poudre au vent.
Mais toujours de l'avant
Et vers l'espace...

LE CHEF TOURANIEN
(en sortant)
Jour maudit! Jour funeste!

VAREDHA
(seule, s'avançant)
Jour béni par les Dieux!
Jour où je vais revoir le héros que j'adore.
Comme au firmament radieux,
Dans mon coeur s'éveille l'aurore!
Et cet amour que je devais cacher,
Puis qu'il va s'épancher
De mes lèvres ouvertes,
Mon coeur est un jardin
Où le printemps, soudain,
Le gai printemps met ses feuilles vertes!

(Zarâstra, qui sort de sa tente, a aperçu Varedha;
après avoir réprimé un mouvement d'étonnement et de colère,
il congédie les gardes et s'avance.)


ZARASTRA
Toi, Varedha!

VAREDHA
Oui!
Pourquoi dans tes yeux
Cette froide lumière?
A fêter ton retour victorieux
Je voulais être la première.

ZARASTRA
O prêtresse de la Djahi,
De toi je me croyais haï.

VAREDHA
Ah! rien ne ressemble à la haine
Comme un amour désespéré!
Mes voeux de prêtresse, ainsi qu'une chaîne,
Me liaient à l'autel sacré.
Mais aujourd'hui, par ton triomphe même
Admis au rang des rois,
(avec énergie)
Pour briser mes liens tes mains ont tous les droits
Et je peux t'avouer que je t'aime!

ZARASTRA
Que dis-tu là?
Ne sais-tu pas
Que ta déesse m'épouvante
Et que loin d'elle et de toi sa servante
J'ai toujours détourné mes pas?

VAREDHA
(avec expression)
Pourquoi, pourquoi lui rester rebelle?
(caressante)
Par elle tous les coeurs sont domptés;
C'est la déesse des voluptés.
Pourquoi, pourquoi lui rester rebelle?
(avec autorité)
Je suis sa prêtresse et je suis belle.
Écoute! ses mystères divins
Troublent la raison, comme des vins
Dont l'odeur enivrante vous embrase.
(avec passion)
Ah! laisse-toi par eux embraser!
Ah! laisse-toi par l'oiseau de baiser
Ravir au paradis de l'extase!
Je suis belle!
Ah! Viens!
Pourquoi, Pourquoi me rester rebelle?
(suppliante)
Zarâstra! viens! Zarâstra! écoute encore!
Zarâstra! Je t'aime! Viens! viens! viens! vient! écoute-moi!

ZARASTRA
(résolu)
Je ne t'aime pas! non!
Je ne t'aime pas! non! non! non!
Va! je t'ai trop écoutée! Adieu!
Non! Non! Non! Non! Non! Adieux!

(Zarâstra s'éloigne.)

VAREDHA
(seule)
Il ne m'aime pas!
Ma vie est désenchantée!
A quel Dieu
En appeler dans ma détresse?
Si toi, Djahi, déesse aux éloquent discours,
Tu ne peux rien, rien, pour ta prêtresse,
Qui donc viendrait à mon secours?

AMROU
(paraissant)
Moi, ma fille, et les noirs Dévas dont je suis prêtre.
J'étais là.
J'ai tout entendu.
Retourne à la cité.
Ne laisse rien paraître.
Va, tout espoir n'est pas perdu.
Va!
(Varedha sort lentement; seul d'une voix éclatante)
Dévas terribles et sombres,
Dieux de la ruse et des ombres,
Contre cet orgueilleux j'implore votre appui.
Mais que vois-je là-bas?
C'est lui. Près d'une femme aux airs de souveraine.
Du Touran c'est la reine
(observant de loin Zarâstra et Anahita qui vont paraître; à part)
Comme il la contemple amoureusement...
Ah! pauvre Varedha, voilà donc la merveille
Pour laquelle il t'inflige un si rude tourment!
Mais ne crains rien!
Moi... je veille!

(Amrou s'éloigne. Zarâstra et Anahita s'avancent à pas lents;
Anahita triste, Zarâstra le contemplant.)


ZARASTRA
(tendrement)
Quoi! toujours le front soucieux
Toujours ce voile
Sur tes beaux yeux,
Comme un nuage sur l'étoile!

ANAHITA
Hélas! à ma défaite j'ai survécu.
Je suis captive et mon peuple est vaincu!

ZARASTRA
Ah! cette victoire,
Pardonne-la moi!
Ce n'était pas par amour de la gloire
Que j'ai lutté sans pitié, sans émoi;
Ce n'était pas excité par la haine
Contre le peuple de Touran;
Mais c'était pour monter jusqu'au rang
Où je puis être aimé d'une reine,

ANAHITA
Si je t'aime, je trahis
Mes guerriers et mon pays!
(très décidé)
Chez nous, d'ailleurs, on est d'humeur sauvage...
On n'aime pas en esclavage...

ZARASTRA
(d'une voix concentrée)
O coeur indompté!

ANAHITA
Oui!

ZARASTRA
Cavale rétive!
O coeur indompté!

ANAHITA
Oui!

ZARASTRA
T'ai-je traitée en captive?
Soumis à ta volonté,
Hélas! je t'implore!
Je t'implore,
O coeur indompté,
C'est moi qui t'imploré...et je demande humblement
Que sur le rosier charmant
De ta bouche un mot aimant
Daigne éclore!

ANAHITA
(à part, tendre et émue)
Ah! ce mot divin,
Il est sur ma bouche...
Et je lutte en vain
Pour rester farouche!

ZARASTRA
(murmuré)
Ne me parle pas à demi...

ANAHITA
(toujours de même)
Ce vainqueur si fier
Qui frappait hier
D'estoc et de taille...
Et dont les yeux clairs...
Remplissaient d'éclairs
Le champ de bataille...

ZARASTRA
(calme et tendre)
Dis-moi que tu m'aimes!
(très expressif)
Dis-moi que tu m'aimes!
Dis-moi que tu m'aimes...
Anahita... je t'implore en vain...

ANAHITA
Humble je le vois...
Et sa rude voix
En sanglots se brise
Avec des accents
Doux et caressants
Ainsi qu'une brise!
(palpitante)
Ce mot divin...
Est sur ma bouche!
Oui, je le sens... je lutte en vain! en vain...

LES PRISONNIERS
(au loin)
Lâ léïâ! léïâ! léïâ! léïâ! léïâ!

ANAHITA
(avec surprise et douleur)
Écoute! Là-bas... Là-bas...
(d'une voix suffoquée)
sur la route... Mon peuple a gémi!

ZARASTRA
Non! c'est le vent qui se lamente...

ANAHITA
(avec force)
De notre ennemi
Je ne peux pas être l'amante?

ZARASTRA
Anahita, ne pleure pas!
N'entends que moi te disant:
Je t'aime!
Ce mot, dis-le toi-même...

ANAHITA
Je les entends pleurer là-bas...
(avec âme)
Humble je le vois...et sa rude voix en sanglots se brise
Avec des accents
Doux et caressants ainsi qu'une brise!

ZARASTRA
Dis-moi que tu m'aimes!

LES PRISONNIERS
(au loin)
Lâ léïâ! lâ! lâ! lâ!

ANAHITA
(avec un cri de douleur)
Hélas! ils s'en vont... et je reste ici...

LE PRISONNIER
(au loin)
Où va-t-elle en rêvant?
Où s'en va la poudre au vent.
Mais toujours de l'avant!

ANAHITA
(avec désespoir et découragement)
Ah! ah!
(avec des larmes)
... ah!

(Zarâstra ramène Anahita doucement vers la lente.)

ANAHITA
(douloureusement)
Mon peuple est captif et mon coeur aussi!

ZARASTRA
Anahita! je t'aime!
(Zarâstra se jette aux pieds d'Anahita.)

RIDEAU





Acte II


Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V


Premier Tableau
Les souterrains du temple de la Djahi

(A droite, un escalier qui monte. A gauche, un escalier qui descend.
Au fond, perspective de piliers trapus laissant entrevoir
d'immenses salles ténébreuses)

RIDEAU

(Varedha, une lampe à la main, se dirige rapidement vers l'escalier
conduisant au souterrain. Mais entendant les exclamations, elle s'arrête,
pose sa lampe sur une pierre et écoute anxieusement.
Fanfares au loin.)


LE FOULE
(au loin)
C'est lui! c'est lui! le héros! le vainqueur!
(comme un cri de joie)
Ah!
(Fanfares au loin.)
C'est lui! c'est lui! le héros! le vainqueur!
(comme un cri de joie)
Ah!

VAREDHA
C'est lui! c'est lui! le héros! le vainqueur!
(comme un cri de joie)
Ah!
(avec douleur)
Ah! Comme ils déchirent mon coeur, ces cris de fête!
Ils semblent railler ma défaite.
(Varedha s'apprête à descendre dans le souterrain.)
Descendons plus bas,
Encore plus bas dans les ténèbres!
Descendons Encore plus bas...
Là je n'entendrai pas
Ces chants de fête...
Là je n'entendrai pas
Ces chants de fête!
Ces chants de fête qui me sont des chants funèbres!

CHOEUR
C'est lui! c'est lui! le héros! le vainqueur! le vainqueur!
(comme un cri de joie)
Ah!

VAREDHA
(bien chanté)
Ah! comme ils charmeraient mon coeur
Ces chants de fête triomphale!
Ah! comme ils m'emporteraient dans leur rafale,
comme à leurs cris retentissants
Je mêlerais de fiers accents
Si j'étais aimée!
Ah!
Comme ils charmeraient mon coeur ces chants fête!
(avec âme)
Ah! si j'étais aimée!
Hélas! hélas!
Descendons plus bas,
Encore plus bas dans les ténèbres!
Descendons Encore plus bas...
Là je n'entendrai pas
Ces chants de fête...
Là je n'entendrai pas
Ces chants de fête!
(déchirant)
Ah! Hélas!
Ces chants
(sombre)
qui seront mes chants funèbres!
Descendons toujours plus bas...
(dramatique)
Encore... Encore... plus bas!

AMROU
(paraissant)
Où fuis-tu, Varedha,
(tendre)
ma file?

VAREDHA
Vers la mort!

AMROU
Et moi, je t'apporte le vie!
(Varedha remonte vivement.)

VAREDHA
(avec joie)
Ah!
(très déclamé)
... que dis-tu?
(plus accentué)
... que dis-tu?
Quel espoir renaît dans mon âme ravie!
De m'avoir repoussée aurait-il du remord?
(plus expressif et plus pressant)
Il t'a dit qu'il m'aimait, peut-être?

AMROU
Non. mais j'ai consulté les Dieux dont je suis prêtre.
(solennel)
Les noirs Dévas m'ont inspiré
Espère, espère.
Je te vengerai.

VAREDHA
(égarée)
Moi! me venger de lui!
Je ne veux pas mon père.
Non! je ne veux pas!

AMROU
Puisqu'il te hait toujours!

VAREDHA
Puisque je l'aime encore!

(Fanfares au loin.)

LA FOULE
(au loin, cri de joie)
Ah!

AMROU
C'est de toi qu'il triomphe aussi... n'entends-tu pas?
Celui pour qui la ville se décore,
Celui-là...
Des voeux que tu formais foule aux pieds les débris!
Et toi, lâchement tu souris,
Et toi, lâchement tu souris, et dans sa gloire oubliant ses mépris,
Tu l'aimes encore davantage!
Tu l'aimes encore davantage!
Et pourtant c'est do toi qu'il triomphe!
Mais cette gloire, est-ce avec toi, avec toi qu'il la partage?
Et si quelque autre femme...

VAREDHA
Que dis-tu?

AMROU
Oui! se quelque autre femme avait dompté sa farouche vertu?

VAREDHA
Non! non! non! je ne veux pas te croire!
(tendrement expressive)
Lui mon héros! mon adoré!

AMROU
(avec violence et très marqué)
Ah! dans l'orgueil dont il est enivré,
Cette autre femme, il l'aime!

VAREDHA
Non!

AMROU
Viens! et tu me croiras!
Et qu'à ton front montent la honte et la fureur!
(d'une voix tonnant)
Cette autre femme, il l'aime!

VAREDHA
Non!
(suppliante)
Ah! dis-moi que tu fus le jouet d'une erreur...

AMROU
Cette autre femme, il l'aime!

VAREDHA
Pitié!
(désespérée)
Je comprends qu'on l'aime et qu'il n'aime pas!
Je comprends tous les coeurs enchaînés à ses pas...

AMROU
Ah! viens! viens!...et tu me croiras!

VAREDHA
Je comprends qu'il me repousse!
Mais... que la voix d'une autre lui soit douce,
Qu'aux aveux de cette autre il trouve des appas
Qu'auprès d'elle, ô folie,
Il m'outrage, il m'oublie!
Mais que la voix d'une autre lui soit douce...
Non! non!
(très déclamé et à volonté)
Ce la, je ne le crois pas!
Non! non! non! non! non! non! non!
(avec violence)
Je ne le crois pas!

AMROU
Il outrage, il oublie la prêtresse
(avec force)
Il l'aime! il l'aime!

VAREDHA
O cruauté!

AMROU
Pas de pitié! tu m'entendras!
(insistant)
Il l'aime...
Et dès ce soir...

VAREDHA
(se défendant)
Non!

AMROU
... cette autre... entre ses bras...

VAREDHA
Ah! pitié!

AMROU
Cédant à ses désirs...

VAREDHA
Non! jamais!

AMROU
(presque à voix basse et à Varedha qui l'écoute palpitante)
…les provoquant... peut-être...
Cette autre lui dira: «Zarâstra, Sois mon amant, mon maître!»

VAREDHA
(avec violence)
Assez! tais-toi! tais-toi!
Cela ne sera pas!

AMROU
Alors! viens!

VAREDHA ET AMROU
Viens! je saurai l'arracher de ses bras! de ses bras!
Viens l'arracher! ah! de ses bras!

(Varedha s'enfuit éperdue, Amrou la suit triomphant.)

Deuxième Tableau

CHANGEMENT
(Fanfares. Acclamations joyeuses et prolongées.)

La place de Bakhdi
(A droite, l'estrade du trône. A gauche, l'estrade des prêtres. Au fond,
terrasses et jardins suspendus que supportent des piliers énormes.
Entre les piliers on voit une place publique grouillante de foule,
et l'on aperçoit au-dessus de la terrasse les maisons
et l'amphithéâtre de la ville de Bakhdi.)


LE HÉRAUT
Grand Roi, dans un instant mon maître
Devant toi paraîtra.
(Fanfares)
Mais d'abord daigne lui permettre
De te montrer les ennemis
Qu'il a soumis
A ta puissance.
(Les Chefs Touraniens prisonniers s'avancent.)
Voici les chefs des terribles guerriers.
Il leur a fait lâcher les étriers
Et le jurer obéissance.
Ce guerriers, notre effroi,
Il te les donne, ô Roi!
La troupe prisonnière
Des vierges, la voici.
De la première à la dernière
Il te les donne aussi.

LA FOULE
Il te les donne, ô Roi!
(Les vierges captives s'avancent)
Il te les donne aussi!

(Des esclaves apportent des harnais, des coffres,
des peaux d'ours, des blocs de cristal, etc.)


LE HÉRAUT
Voici les harnais et les rênes,
Les peaux d'ours et de rennes,
Les cuirs écaillés de métal.
Voici des tas d'ivoire et des blocs de cristal.
Vois ces paniers d'argent d'où ruisselle l'or jaune,
Fais-en la splendeur de ton trône.
Que ton palais
S'en décore
Tous ces trésors accepte-les!
Zarâstra te les donne encore.

(Zarâstra va paraître; des Vierges captives vont au devant de lui.)

LA FOULE
C'est lui! c'est lui! c'est Zarâstra qui vient!
(comme un cri de joie)
Ah!
O bienfaiteur! gloire à Zarâstra!
Gloire à sa tête élue!

ZARASTRA
(au Roi)
O Roi, ton serviteur Te salue

LE ROI
Bon serviteur, ton maître te salue.
De l'Iran tu fus le rempart;
Ton nom retentira dans l'histoire sonore,
Et de ces biens tu peux choisir ta part.

ZARASTRA
Que mon roi me pardonne
Si j'ai déjà choisi.
Tous ces trésors, je te les donne;
Mais j'ai gardé ceci!
(la litière d'Anahita s'avance.)
Ah! parais! parais, astre de mon ciel!
Abeille d'or dont l'amour est le miel!
(Les rideaux de la litière sont ouverts;
Anahita voilée parait aux regards de la foule.)
Soulève l'ombre de ces voiles
Cachant ton front gracieux!
Soulève l'ombre de ces voiles,
Que je montre à tous les yeux
Ton visage d'aurore et tes regards, tes regards d'étoile.
Parais! parais!
Oui, parais, soleil de mes yeux,
Seul trésor vraiment précieux,
Seul bien dont mon désir s'enflamme.
Toi que j'ai prise et qui m'as pris,
De ma victoire sois le prix! Anahita!
Soulève l'ombre de ces voiles
Cachant ton front gracieux
Soulève l'ombre de ces voiles,
Que je montre à tous les yeux
Ton visage d'aurore et tes regards... tes regards d'étoiles.
Parais, Anahita!

(Anahita qui a quitté son voile s'avance lentement vers le Roi.)

LA FOULE
Soulève l'ombre de ces voiles de ces voiles.
Montre-nous tes regards; oui, parais!
O beauté sans pareille! ô merveille éclatante!

ANAHITA
(au Roi)
Grand Roi par ta captive hommage t'est rendu.
Douce captivité dont mon âme est contente!
Aux voeux de Zarâstra mes voeux ont répondu.
Il a soumis mon peuple; il me soumet moi-même.
Près de lui que j'aime et qui m'aime,
J'oublierai mon trône perdu!

LE ROI
Par le charme où fleurit ta grâce souveraine,
Captive Anahita, tu restes toujours reine.
Un roi seul méritait de régner sur ton coeur.
Mais, puisque j'ai promis, sois donc à ton vainqueur!

ANAHITA
Et puisque j'ai promis, Grand Roi!

LE ROI
Anahita!

ANAHITA
... je suis à mon vainqueur!

LE ROI
... sois donc à ton vainqueur!

(Amrou s'avance.)

AMROU
Arrête, ô Roi! que ta justice
Sur Zarâstra s'appesantisse!
Il ne peut épouser la reine librement.
Il est avec une autre engagé par serment.

TOUS
Que dit-il?

VAREDHA
(qui s'est avancé désigne Zarâstra)
Il dit vrai, cet homme est mon amant!

(Grand mouvement de surprise et d'indignation.)

ANAHITA, LE ROI, LA FOULE
Quoi! Zarâstra serait un traître!
Devons-nous le croire ô grand prêtre?

ZARASTRA
Non, ne le croyez pas.
Il ment. il ment.
Non! jamais je n'ai fait ce serment.
Tu mens aussi, prêtresse infâme!
Tu mens! Ne te souviens-tu pas qu'hier
J'ai repoussé, farouche et fier,
L'aveu de ton impure flamme?

VAREDHA
(très émue et luttant contre ses paroles)
Hier,... c'est vrai... mais autrefois...

ZARASTRA
(indigné)
Autre fois!

VAREDHA
(continuant)
Tu me parlais d'une plus douce voix.
A tant de trahison je ne pouvais m'attendre!
Souviens-toi! souviens-toi de la promesse tendre
Que tu me fis entendre
Devant l'autel des Dieux!
Souviens-toi... des adieux. Des extases bénies,
De nos lèvres unies!
Souviens-toi des serments où tu donnais ta foi!
O divines ivresses.
Heures enchanteresses.

ZARASTRA
(parlé)
Tu mens!
(parlé)
Tu mens!
Jamais! Jamais!
Jamais!
Non!

VAREDHA
Serments, baisers, caresses!
Souviens-toi des baisers!
Souviens-toi des serments!

AMROU
Tu n'es rien qu'un vain songe,
Passé qu'évoque son mensonge
Tu n'es qu'un vain songe!
Passé qu'évoque son mensonge
Tu n'es qu'un vain songe, tu n'es qu'un vain songe
Tu n'es qu'un vain songe!

ANAHITA
(avec douleur)
Trahison dont meurt mon beau songe!
Son amour n'était que mensonge!
Hélas! Hélas! c'était donc un mensonge!
Je meurs de ce beau songe!
Trahison! son amour n'était que mensonge!
Hélas! Hélas! Hélas!

ZARASTRA
(éperdu)
Ne croyez pas... à ce mensonge!
Ne croyez pas... à ce mensonge...
Je suis le jouet d'un affreux songe!
Je suis le jouet d'un vain songe! à ce mensonge!
Hélas! Hélas!

VAREDHA
(à part avec douleur)
Hélas! pourquoi n'es-tu qu'un vain songe...
Passé qu'évoque mon mensonge!
Passé tu n'es qu'un vain qu'un vain songe!
Hélas! Hélas!

AMROU
O Roi juste, et vous tous, vous avez entendu!
Si quelque doute encore reste en votre âme,
Un dernier témoignage sera l'infâme.
Prêtres, parlez! et qu'il soit confondu!
Par les Dévas auxquels Zarâstra fait injure,

LES PRÊTRES
(Barytons et Basses)
Par les Dévas!

AMROU
Par les Dévas, gardiens de tout serment prêté,

LES PRÊTRES
(Barytons et Basses)
Par les Dévas!

AMROU
Par les Dévas, moi, leur serviteur, je le jure!

LES PRÊTRES
(Barytons et Basses)
Je le jure! Le Grand Prêtre et sa fille ont dit la vérité!

VAREDHA ET AMROU
J'ai dit la vérité!

LA FOULE
Pas les Dévas! Par les Dévas! Par les Dévas!

ZARASTRA
De quel complot suis-je la proie?
O vous qu'ose invoquer leur mensonge odieux,
Pouvez-vous les entendre, ô Dieux,
Sans que votre main les foudroie?

ANAHITA
Va, tu veux te défendre en vain.
(avec sentiment)
Ils ont pour eux l'appui divin...
Et leur témoignage t'accable,
Tous tes efforts son superflus.
Je crois en leur voix implacable;
Et la tienne, je n'y crois plus!
(sans retenir)
Va, retourne à l'amour passée...
(avec âme)
Hélas! Retourne
A celle qui reçut mêmes serments que moi!
Mêmes serments que moi!

ZARASTRA
(à Anahita)
Je t'ai gardé ma foi!

VAREDHA & LA FOULE
(à Zarâstra)
Souviens-toi des serments!

ANAHITA
Je ne suis plus à toi!
Retourne à celle qui reçut mêmes serments que moi!

AMROU
(à part)
Elle reprend sa foi!

ZARASTRA
Je t'ai gardé ma foi!

LE ROI
Souviens-toi des serments!
Souviens toi!

AMROU
Non! Anahita reprend sa foi!

LA FOULE
Souviens-toi des serment!
Souviens-toi des serment!
Elle reprend sa foi!

VAREDHA
Viens!
Je t'ai gardé ma foi!
Souviens-toi des serments!
Souviens-toi des serment!
Hélas! Souviens-toi des serments! souviens-toi
de ton ancienne financée!
Je suis à toi! je suis toujours à toi!

LA FOULE
Elle n'est plus à toi!
Souviens-toi des serment!

ZARASTRA
Anahita! pitié! pitié! écoute-moi!

AMROU
O Roi!
Roi juste, que par toi ma fille soit vengée!
O Roi juste!
Que par toi ma fille soit vengée!
O Roi! sois le Roi juste
Et que par toi ma fille soit vengée! juste Roi!

ZARASTRA
Anahita, reste ma fiancée!
Anahita, je t'ai gardé ma foi! pitié pour moi!
Anahita! Je t'ai gardé toujours ma foi!

LE ROI
Souviens-toi des serments!
Que par moi sa fille soit vengée! Car je suis le Roi juste!
Que par moi sa fille soit vengée!
Que par moi sa fille vengée par moi!

LA FOULE
O Roi juste, que par toi sa fille soit vengée!
O Roi! sois le Roi juste
Et que par toi sa fille soit vengée!
Roi!

ANAHITA
Retourne à ton ancienne fiancée!
Hélas! Hélas! retourne à ton ancienne fiancée
Qui reçut mêmes serments que moi!
mêmes serments que moi!

LE ROI
Souviens-toi des serments!
Voici le juste arrêt que je rends malgré moi:
(à Zarâstra)
Épouse Varedha, c'est l'ordre de la loi.

AMOUR ET LA FOULE
(avec respect)
Le justice a parlé par la bouche du Roi!

ZARASTRA
(se révoltant, au Roi)
Non! je n'accepte pas cet arrêt qui m'outrage
Et que je n'ai pas mérité.
En vain mes ennemis pour me perdre font rage
Moi seul j'ai dit la vérité
Tous, vous avez menti contre mon innocence!
Anahita, tu mens à nos rêves trahis.
Injuste roi, mon bras a sauvé le pays:
Tu mens à ta reconnaissance.

ANAHITA ET VAREDHA
(à part)
Il insulte du Roi la suprême puissance!

AMOUR ET LA FOULE
Il insulte du Roi la suprême puissance!

ZARASTRA
(au Roi, à volonté)
Non! je ne t'obéirai pas!
(bien chanté)
Loin de mon ingrate patrie,
Je porterai plutôt mes pas!
Pays du mensonge et de l'ingratitude,
Ah! reçois mes tristes adieux!
J'irai dans la solitude
Chercher de plus justes Dieux!

AMROU ET LA FOULE
Qu'on le punisse!
Qu'on le banisse!

ZARASTRA
(à volonté)
Oui, oui, peuple mauvais
Loin de toi je m'en vais!
(à Varedha et à Amrou)
Adieu vous dont la ruse
Me poursuit et m'accuse,
(à Anahita)
Toi, dont la voix refuse
De croire à mes serments!
Adieu toi-même, ô gloire,
O triomphe illusoire!
(arrachant son armure et déchirant
ses habits qu'il foule aux pieds)

Adieu, vains ornements!

TOUS
Il nous insulte tous en méprisant sa gloire!
O Dieux qui l'entendez, vous êtes trop cléments!
A mort!

ZARASTRA
Ah! sois maudit, monde qui mens!
(très peu plus retenu)
Soyez maudits, vous tous dont le parjure
A ma loyauté fit injure!
Soyez maudits, soyez maudits! prêtres imposteurs,
Vils instruments de mon supplice;
O faux témoins dont le ciel est complice!
Sacrilèges!
Blasphémateurs! soyez maudits! soyez maudits!
Et maudits soient vos Dieux qui sont des Dieux menteurs!

(Tous avec un grand cri d'épouvante
et s'éloignant subitement de Zarâstra.)


TOUS
Ah! il a maudit les Dieux!
Que de lui l'on s'écarte!
Infâme et détesté!
Qu'il parte! qu'il parte!

ZARASTRA
(levant les yeux aux ciel)
J'en appelle à Mazda, le Dieu de vérité!

TOUS
(Tous, avec geste de malédiction)
Va!

RIDEAU





Acte III


Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V


La montagne sainte
(Rochers et broussailles. Escarpements étagés vers le pic neigeux
qui se dresse au fond. Ciel orageux.)


RIDEAU
(La foule se tient au pied des rocs.
Tous ont les bras tendus en prière vers la montagne.)


MAGES
(Tous les Ténors)
Sur la montagne sacrée
Voici qu'un éclair a lui.
C'est le regard du Dieu qui détruit et qui crée.
Zarâstra s'entretient face avec lui.

(tonnerre lointain)

LA FOULE
(Murmure de prière presque silencieuse.)
Au Dieu du feu rendons hommage
Et prions tout bas pour le Mage.

(plusieurs grand éclairs)

LA VOIX DE ZARASTRA
(dans le haut de la montagne)
Ahoura-Mazda, Dieu tout puissant
Parmi les éclairs je te contemple.
La nue est en flamme, et c'est ton temple Éblouissant.

TOUS
(comme un murmure)
Au Dieu du feu rendons hommage
Et prions tout bas pour le Mage.

LA VOIX DE ZARASTRA
Ahoura-Mazda, Dieu tout puissant,
Au Mage effaré qui te vénère,
Réponds par la voix de ton tonnerre
Retentissant!

(coup de tonnerre formidable
Au coup de tonnerre toute la foule a reculé jusqu'au bas des rochers,
très en avant, et Zarâstra paraît, la face terrifiée.
Zarâstra descend, presque en courant, les escarpements.
Grands éclairs; Zarâstra s'arrête épouvanté - puis il reprend sa course –
les mains au dessus de la tête, dans une posture écrasée
et sans oser se retourner vers la montagne.)


ZARASTRA
(d'une voix suffoquée)
Le Dieu terrible a répondu...
(palpitant)
Sur mon front éperdu
Je sens encore le souffle de son Verbe,
Et je suis pareil au brin d'herbe
Que la flamme a tordu.

TOUS
(comme un murmure)
Au Dieu du feu rendons hommage;
Il daigna parler à son Mage.

ZARASTRA
(se redressant et d'une voix éclatante)
Oui, le Dieu m'a parlé!
Je l'ai vu face à face,
De vos coeurs et du mien que jamais ne s'efface
Ce qu'il m'a révélé.
C'est la loi de justice et les mots de lumière.
Disciples de ma foi,
Recevez-en la semence première
Que vous sèmerez avec moi

TOUS
(bien chanté)
Comme à l'aube les fleurs ont ouvert leurs corolles,
Mon âme s'ouvre à tes paroles!

(Les nuages se sont élevés peu à peu le ciel est pur.)

ZARASTRA
Heureux celui dont la vie
Pour le bien aura lutté toujours!
Car son âme est ravie
Au bonheur éternel des célestes séjours.
Les douleurs qu'il eut sur la terre
Lui deviendront là-haut des voluptés sans fin.
S'il eut soif, c'est le vin qui toujours désaltère;
Et c'est le pain servi pour jamais, s'il eut faim.
O sort divin de celui qui sans trêve, sans trêve
Contre Ahriman aura nourri le feu,
Il va, joyeux au ciel conquis, vivre son rêve,
Vêtu de gloire et d'or comme son Dieu!

(Toute la foule en s'inclinant
et avec un sentiment de terreur religieuse.)


TOUS
Quelle extase! quelle extase il nous révèle!
A nos frères souffrants portons-en la nouvelle!

ZARASTRA
Oui, mais d'abord, vous tous qui m'écoutez,
O mes premiers fidèles,
Avec moi répétez
Un hymne qui vers Dieu s'envole à tire d'ailes
Comme un oiseau chanteur montant dans les clartés!
O mes premiers fidèles! o mes premiers fidèles!

TOUS
Parle!

(Le ciel s'embrase peu à peu des rougeurs du couchant.
Tout s'éclaire et s'empourpre.)


ZARASTRA
(avec éclat et bien soutenu)
O ciel d'Ahoura, beau ciel d'or en feu,
Vers toi va mon voeu,
Ciel qu'emplit le regard de Dieu!
O Dieu des splendeurs, créateur du jour,
O Dieu de l'amour,
Que nos coeurs soient ton fier séjour!

TOUS
O ciel d'Ahoura, beau ciel d'or en feu!
O Dieu des splendeurs, créateur du jour!

ZARASTRA ET LA FOULE
O ciel d'Ahoura, vers toi va mon voeu!
O ciel d'Ahoura, vers toi va mon voeu!
Ciel qu'emplit le regard de Dieu! beau ciel en feu!

TOUS
(sempre ff et bien chanté)
O Dieu des splendeurs! créateur du jour!
O Dieu de l'amour,
Que nos coeurs soient ton fier séjour!

ZARASTRA ET LA FOULE
Dieu fort, verse en nous la flamme et la foi!
Dieu fort! Dieu fort! verse en nous la flamme et la foi! la foi!
Dieu! verse en nous la flamme et la foi!
Tes élus vont lutter pour toi!
Dieu des splendeurs!

(Zarâstra leur impose les mains, tous s'agenouillent.)

ZARASTRA
Arme ceux là car l'heure est sombre;
Arme tes mages qui, dans l'ombre,
A tes enfants portent ta loi!

TOUS
Arme nos coeurs! car l'heure est sombre;
Arme tes mages qui, dans l'ombre
A les enfants, portent ta loi!

(Zarâstra leur fait signe de se retirer.
A mesure que la foule se disperse lentement et s'éloigne,
le couchant s'efface et le ciel prend les teintes de crépuscule
- il fait encore jour.)


CHOEUR
(Les voix au loin à droit)
Arme nos coeurs! arme tes mages!
Arme nos coeurs! nos coeurs!

ZARASTRA
Hélas! me voilà seul ma force m'abandonne:
J'ai peur de n'avoir plus l'ardeur que je leur donne.
Avec eux on dirait que ma foi me quitta!
(il demeure pensif, douloureux)
Anahita!
(presque murmuré)
Anahita!
Mais non! non! non!
Souvenir trop cher qui me rends lâche,
Arrière, laisse moi! arrière, laisse moi!
(fièrement accentué)
Je dois remplir ma tâche.
Ahoura m'a choisi pour chercher ses élus.
O terrestres bonheurs, de vous je ne veux plus
De vous je ne veux plus
Non, non! de vous je ne veux plus...
C'est sans doute Ahriman qui dans l'ombre me tente.
Viens, Ahoura, soutiens ma ferveur hésitante
(d'une voix suffoqués)
Prions! prions! ah! prions!
(Zarâstra à genoux presque couché à terre, le corps tourné
vers la montagne, prie silencieusement.
Zarâstra se relève lentement.)
(calme)

Voici que mon coeur est plus pur.
J'oublierai tout j'en ai la force.

VAREDHA
(qui a paru)
En es-tu sûr?

ZARASTRA
(de suite avec un cri)
Varedha!
C'est donc Ahriman qui t'envoie?
Que viens-tu faire ici?

VAREDHA
(avec égarement)
Ah! de quel Dieu je suis la proie,
Quel sentiment s'agite en mon coeur obscurci.
Hélas! je l'ignore moi-même.
Car j'ai cru... te haïr... et pourtant... je t'aimais,
(très déclamé et avec emportement)
Et je ne sais plus désormais
Si je te hais ou si je t'aime!
Non! non! non,…
(très déclamé et avec emportement)

…je ne sais plus désormais
Si je te hais ou si je t'aime... si je t'aime, si je t'aime!

ZARASTRA
(calme et simple)
Moi, Varedha, je te plains!
De larmes et d'effroi tes tristes yeux sont pleins;
Et si tu viens à moi le repentir dans l'âme,
Etant le serviteur du Dieu de charité,
Je te pardonne, ô pauvre femme.

VAREDHA
Oui, je me repens... je me repens du mensonge infâme
Qu'une jalouse ardeur contre toi m'a dicté
Je me repens, puisque ta voix m'est douce,
Puisque tu ne fais plus le geste qui repousse,
Puisque la pitié pleure en tes yeux apaisés
Ah! ma folie et mon mensonge,
Tu les as sans doute excusés!
(s'animant peu à peu)
Songe combien je t'aimais!
Songe Qu'une autre femme allait me ravir tes baisers
Ah! rien qu'à m'en souvenir dans mon sein qu'il dévore
Renaît le feu que mon repentir étouffait.
Ah! Je suis toujours jalouse et toujours je t'adore!
Non! je ne puis regretter le crime que j'ai fait
Et pour t'avoir à moi je ferais plus encore!
Ah! Oui, pour t'avoir à moi je ferais plus encore!

ZARASTRA
Femme, l'esprit du mal dans ton âme est rentré

VAREDHA
(hors d'elle même)
Ah! laisse-moi rêver tout haut ce que j'espère!
(palpitante)
Si tu veux être à moi, voici, grâce à mon père,
Ce qu'en retour je t'offrirai.
Mon père, travaillant dans l'ombre,
T'a fait des partisans sans nombre
Et des conjurés sans effroi.
Tu n'as qu'un mot à dire et sa voix les entraîne,
Et, le roi renversé, c'est toi qui seras roi,
Avec ta Varedha pour reine!

ZARASTRA
(comme extasié)
Mon rêve est un rêve divin!
Je suis le Mage!

VAREDHA
(avec rage)
Va! tu me hais toujours! à présent, j'en suis sûre.
Eh bien! blessure pour blessure!
(sourdement et avec férocité)
Tu connaîtras aussi la hideuse morsure
Que fait la jalousie en un coeur ulcéré
Apprends qu'Anahita...

ZARASTRA
(douloureusement)
Ne me parle point d'elle!
Tais-toi! tais-toi!

VAREDHA
(continuant)
Si, si, je parlerai.
Sache à ton souvenir comment elle est fidèle.

ZARASTRA
(s'exaltant peu à peu)
Tais-toi! tais-toi! je ne veux rien savoir! tais-toi!
(Presque la parole)
... monstre!
(hors de oui - avec un râle de fureur)
Ah! je ne veux rien savoir!
(Il lève la main sur elle.)

VAREDHA
(de même)
Je parlerai! Ah! frappe...
(tombant à genoux, presque parlé)
... frappe! Sous tes coups...
(sans retenir)
... tu peux briser
Tout mon corps qui t'aime. Il est tien.
Tu peux briser.
(sans retenir)
Dans mon coeur veux-tu puiser
Tout mon sang qui t'aime?
Dans mon coeur veux-tu puiser?
Ce sera comme un baiser Pour ma chair qui t'aime.
(très expressif)
Ce sera comme un baiser!

ZARASTRA
Va-t-en! épargne-moi l'horreur de cette ivresse,
Car je préfère encore ta haine à ta caresse.

VAREDHA
(sans retenir)
Ton outrage en vain me mord. Qu'importe! Je t'aime!
Ton outrage en vain me mord.
Frappe donc, et sans remord,
La folle qui t'aime.
Frappe donc, et sans remord.
(sans retenir)
Dans la vie et dans la mort
Je t'aime, je t'aime.
Dans la vie et dans la mort!

ZARASTRA
(avec fermeté)
Ni dans la mort ni dans la vie
Ta soif ne doit être assouvie.
C'est Anahita que j'aimais;
Et toi, je te...
(il s'éloigne comme pour s'en aller)
... fuis pour jamais!

VAREDHA
(haletante)
Tu me fuis! tu me fuis! soit!
Apprends au moins ses fiançailles
Avec un autre amant!

ZARASTRA
(revenant sur ses pas)
Que dis-tu là?

VAREDHA
(triomphante)
Je dis, Mage, que tu tressailles
Et que tu reviendras dans Bakhdi sûrement.

ZARASTRA
Je n'irai pas. Tu mens encore! tu mens!

VAREDHA
Tu viendras, je te dis; tu verras ta maîtresse
Aux bras du Roi qu'elle aime et qui va l'épouser!

ZARASTRA
(fou de douleur)
Je n'irai pas!

VAREDHA
(insistante et cruelle)
Tu viendras cependant car tu l'aimes toujours!

ZARASTRA
Non! non! va-t-en! va-t-en!
(avec âme)
A ma fiancée infidèle,
Au Roi parjure tu diras...
(avec fermeté)
Je n'irai pas!

VAREDHA
Je dirai que bientôt tu seras auprès d'elle,
Car tu viendras! tu viendras!

ZARASTRA
(avec fermeté)
Je n'irai pas! non! je n'irai pas!

VAREDHA
(avec défi)
Ah! ce pendant tu viendras!

(Varedha s'enfuit sous le geste menaçant de Zarâstra.)

RIDEAU





Acte IV


Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V


La salle du sanctuaire dans le temple de la Djahi

CHOEUR INVISIBLE
(rideau baisse)
Djahi! Djahi! Djahi! Djahi! Djahi! Djahi!
(Divertissement régalé.)

TOUS
Djahi! Djahi! Djahi!
A ton nom qui nous aiguillonne! qui nous aiguillonne,
Le flot de la danse a jailli!
A ton nom le voici qui tourbillonne!
A ton nom le voici qui tourbillonne!
A ton nom, Djahi!
Le flot de la danse a jailli!
Djahi! Djahi! Djahi! Djahi! Djahi!

AMROU
Prêtres, l'heure est venue.
Contemplez de Djahi la splendeur nue;
Et sous les encensoirs devant eux balancés
Ouvrez le sanctuaire aux financés.

LA FOULE
Djahi! Djahi! Djahi!
(Le Roi et Anahita s'avancent.)
Djahi! terrible et charmante
Dompte et prends ce coeur altier.
Djahi! Djahi! Djahi! Djahi!
Toi par qui le monde entier
Est la vendange fumante
Où le vin d'amour fermente,
Dompte et prends ce coeur altier, prends ce coeur!

AMROU
(avec solennité - entre le Roi et Anahita)
Fais fleurir,
O sainte ivresse,
Leurs yeux chantants
D'un printemps
D'allégresse!
O douce ivresse,
Que ton désir
A loisir
Les caresse!
Folle ivresse,
Que ce désir
De plaisir
Les oppresse!
Fais fleurir, mystique ivresse,
Leurs yeux chantants
D'un printemps
D'allégresse!

LA FOULE
Djahi! Djahi! Djahi!

AMROU
Mystique ivresse...
Sois leur maîtresse!
Sainte ivresse,
Verse aux époux
L'allégresse!
O sainte ivresse!

TOUS
Djahi! Djahi! Prends donc ce coeur, ce coeur altier,
Dompte et prends co coeur altier,
Prends ce coeur!

AMROU
Par la Djahi, fiancés, à genoux!

ANAHITA
(arrêtant d'un geste le mouvement d'Amrou)
Non! non! non! je ne veux pas! non!
Jamais!

TOUS
Que dit-elle? Elle ose refuse le Roi!

ANAHITA
(au Roi)
Pardon, si je te fais cette injure mortelle;
Mais, tu le sais, je ne puis être à toi!

LE ROI
Va, tu seras à moi quand même!
En vain j'ai supplié j'ai pleuré pour t'avoir!
Tu méprisas mes pleurs...
Connais donc mon pouvoir;
Je suis le maître, et je t'aime!
(avec autorité)
Prêtre fais ton devoir.

ANAHITA
(au Roi, avec âme)
Ah! si tu m'aimes sois bon... sois tendre...
Et par pitié... daigne m'entendre.
Ah! laisse-moi partir, rends-moi la liberté!
Il faut l'espace illimité
A ce coeur fier et sauvage
Qui ne peut aimer en esclavage.
Ah! laissez-moi partir...
(comme dans un rêve)
Vers le steppe aux fleurs d'or
Laisse-moi prendre l'essor;
Laisse-moi voir encore
Mon beau ciel pâle...
Où la neige en neigeant
Sous la lune à l'oeil changeant
Fait germer dans l'argent
Des fleurs d'opale.
La! léïâ! La!

LE ROI
(à Anahita, avec émotion)
Ton pays adoré, si tu veux le revoir,
Avec moi pour époux if faut y reparaître.
(à Amrou)
Prêtre fais ton devoir.

TOUS
Anahita! Cède à Djahi! Obéis!

ANAHITA
(avec énergie)
Roi, ne me traite pas en esclave, ou prends garde!
(très déclamé)
On a vaincu mon peuple; on ne l'a pas dompté.
Par dessus l'horizon il entend, il regarde.
Il sait qu'on veut m'unir contre ma volonté.
Prends garde à ce peuple irrité.
(d'un air inspiré, comme une sibylle)
Déjà, sans doute...
Oui je le pressens, oui, c'est la vérité,
Déjà pour me défendre il est en route!
Il vient! il vient!
Voici là-bas son cri de guerre!
Ecoute! Il vient mon peuple!
Il vient, mon peuple redouté!
La! il vient! La! là-bas!
La! Léïâ Léïâ! La! La! La! La!
Il va surgir aux murs de ta cité!
Il vient! il vient!

LE ROI
(avec emportement)
Qu'il vienne! ton peuple! qu'il vienne!
Que, folles de haine,
Ta race et la mienne
Confondent leurs rangs!
Parmi les mourants
Que mon pied chancelle!
Versé par torrents
Que le sang ruisselle!
(expressif et bien chanté)
Qu'importe! Je t'aime! je t'aime!
Et je veux t'avoir!
Pour la dernière fois, prêtre fais ton devoir!

(Le Roi prend Anahita par la main et la force à s'agenouiller.)

AMROU
Par les Dévas!

ANAHITA
(se débattant, aux genoux d'Amrou)
Non! pitié! non! non! non! non!

AMROU
Je vous unis!

ANAHITA
(avec un cri et défaillant)
Dieux!

TOUS
Pour toujours ils sont unis!

VAREDHA
(du haut de l'estrade)
Enfin je suis vengée!

(Stupéfaction générale –
Varedha descend et s'avance vers Anahita.)


TOUS
Que dit-elle? vengée?

ANAHITA
(à Varedha)
Que dis-tu là?

VAREDHA
Je dis que lorsqu'il reviendra,
Ton Zarâstra,
Je dis, Anahita! qu'aux bras d'un autre il te verra
Je dis que mon amour n'était point partagée...
Je dis qu'il ne m'avait jamais... jamais promis sa foi;
Je dis que j'ai menti pour l'éloigner de toi, de toi,
Je dis qu'Anahita...
(avec chaleur)
... ne peut plus désormais
Me ravir celui que j'aimais,
Je dis qu'enfin je suis vengée!

ANAHITA
(à Varedha)
Infâme! infâme!

(Cris prolongés au dehors - se rapprochant peu à peu.)

LA FOULE
À mort! à mort! à mort! à mort!

(La cérémonie est interrompue; on écoute avec stupeur.)

VAREDHA, LE ROI, AMROU, LA FOULE
Quels sont ces cris? Quels sont ces cris?

(Tous remontent en désordre - des groupes désignent,
du haut des rampes, les Touraniens
dont les trompettes sonnent au loin.)


ANAHITA
(avec transport)
C'est mon peuple!

(Trompettes au loin.)

LA FOULE
(cris plus rapprochés)
à mort! à mort! à mort! à mort!

ANAHITA
C'est lui! je l'avais bien dit!
Il vient! il vient! c'est lui!

VAREDHA
Les Touraniens! ah! voyez! là!

AMROU ET LE ROI
Les Touraniens! Au combat! au combat!

LA FOULE
Les Touraniens! Au combat! au combat!

ANAHITA
Mon peuples! mes guerriers!

(D'Autres groupes indiquent avec stupeur
que le feu gagne le Temple.)


VAREDHA ET LA FOULE
... cette lueur! le feu!

TOUS, SANS ANAHITA
... ah! fuyons!

ANAHITA
(avec ivresse)
Il vient, mon peuple redouté! La! c'est lui! La! il est là!

(Désordre général; Anahita, isolée, chante avec ivresse le cri
de guerre des Touraniens. Quelques Iraniens essaient de s'enfuir
par les portes d'or - mais, l'incendie leur coupe la retraite.)


ANAHITA
Léïâ! Léïâ! La! La! La! La!

LA FOULE
... le feu! les touraniens! là!

LA FOULE PLUS VAREDHA, AMROU, LE ROI
(avec effroi, reculant devant l'incendie)
Là! là! là! là!

ANAHITA
(très marqué)
C'est bien son cri de guerre! Léïâ! Léïâ!

LA FOULE PLUS VAREDHA, AMROU, LE ROI
Là! là!

ANAHITA
Léïâ!

(Les Touraniens, la torche et le fer à la main,
envahissent le Temple.)


LA FOULE
Grâce! grâce!
(Le foule est repoussée jusqu'au bas des escaliers. Massacre;
Mêlée au milieu des lueurs terribles de l'incendie.)

... grâce! grâce! grâce! grâce! grâce!

(Varedha veut se jeter sur Anahita et la poignarder,
mais des guerriers Touraniens entourent et protègent leur Reine.
Le Roi, Amrou et Varedha son massacrés.)






Acte V
 


Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V
 



Les ruines du Temple de la Djahi

(Mêmes décor qu'à l'acte précédent, mais en ruines. L'estrade est détruite,
les escaliers sont effondrés; seule, la statue de la Djahi s'élève gigantesque et intacte.
Au milieu des décombres éclairés par pleine lune, des cadavres épars,
parmis lesquels celui du Roi, celui d'Amrou. A droite, plus en avant,
le corps de Varedha, inerte.
Zarâstra marche lentement, au fond, apparaissant
et disparaissant parmi les ruines...)


ZARASTRA
Rien! il ne reste rien!
Si loin que je contemple,
Tout est détruit! tout!
Et plus un mur debout
Des remparts et des tours, du palais et du temple!
Les guerriers du Touran, dans leur férocité,
Ont tout anéanti de la haute cité!
Et mon peuple accablé sous l'effort de leur rage,
Est comme un pré fauché par la faux de l'orage!
(bien chanté et soutenu, avec un grand sentiment)
O mon pays en deuil, jadis si glorieux,
Est-ce toi, ce désert où s'arrêtent mes yeux?
Est-ce ton sol, ce sol où je n'ose descendre,
(très marqué)
Parmi ces lacs de sang et ces amas de cendre?
Est-ce toi, mon pays, est-ce toi,…
(très expressif)
…mon pays?
O mon pays!
En un jour détesté
Tu renias ton fils!
Mais j'oublie à cette heure
(très marqué)
Les maux que j'ai soufferts pour ne penser qu'aux tiens!
Et c'est sur toi, mon pays, sur toi seul
(très expressif)
... que je pleure!
(avec un accent déchirant)
O mon pays!
(tout en sanglotant)
... ô mon pays!
(Zarâstra descend lentement et tristement.)
(s'arrêtant et considérant les cadavres.)

Ah! ces morts!
(il s'avance)
là... partout!
(Il se baisse et reconnaît le Roi.)
Dieux! le Roi...
(d'une voix sourde)
... mort!
(s'éloignant, puis s'inclinant vers un autre cadavre)
... ah! Amrou!
(avec dédain)
... l'infâme Amrou!
(il le regarde, puis, subitement apercevant le corps de Varedha)
Varedha!
(reculant)
... les yeux vides!
(il se rapproche et la contemple à son tour.)
La haine rend vivants ses yeux qu'emplit la mort!
(se détournant et avec angoisse)
J'ai peur... Qui sait,
(frémissant)
si, là, parmi ces fronts livides
(avec un geste d'effroi)
Je ne vais pas trouver...
(Il se cache le visage dans les mains.)
O Dieu bon! Dieu clément!
(expressif)
Epargne à mon coeur aimant
Cette épouvante!
(comme il se met à chercher, la fanfare touranienne
frappe son oreille...
il écoute anxieusement... )

O ciel!
(Fanfares d'abord lointaines, puis se rapprochant.)
(troublé)

Est-ce une illusion?
(défaillant de bonheur)
Mais si!
(Fanfares plus près.)
Les guerriers du Touran! Les voici!
(Entrée de cavaliers Touraniens précédant l'escorte
et la litière d'Anahita.)

(avec un cri de joie)
Anahita! vivante!

ANAHITA
(avec un cri d'ivresse)
Toi! toi. mon adoré!

(Zarâstra s'est élancé au devant d'Anahita, sortie de la litière,
et la ramène - mais Anahita s'est détachée des bras de Zarâstra
et s'est laissée couler à ses genoux.)


ANAHITA
Non! laisse à tes genoux se prosterner la folle
Qui commit le crime abhorré
De ne pas croire à ta parole,
Et renia l'amour qu'elle t'avait juré!
(avec triste et résignation)
Triste amour, triste amour...
(avec âme)
Hélas! que vainement j'invoque...
Car je sais qu'a ton Dieu tu consacras tes jours!

ZARASTRA
(avec ardeur)
Va, ce Dieu dont je suis le Mage,
De sa splendeur, ta splendeur est l'image,
Et t'aimer, c'est lui rendre hommage!
Lui qui dans mon chemin mit ton amour vainqueur!
Il ne m'oblige pas à passer sur la terre
(très expressif et sans retenir)
Sans avoir senti battre un coeur
Auprès de mon coeur solitaire!
Oui... ce Dieu, ce Dieu du feu, ce Dieu que j'adore
C'est le Dieu d'amour!
(avec transport)
C'est le Dieu qui dore
Les fruits de ta chair, les fleurs de tes yeux!
C'est le Dieu qui luit quand tu te dévoiles!
Dans le soleil et dans les étoiles,
C'est toujours toi, toi, que je vois aux cieux! c'est toi!

ANAHITA
(avec âme et répétant les paroles de Zarâstra)
C'est moi! toujours moi! c'est toi!
Oh! parle encore!
(comme extasiée)
Les mots que tu dis,
Ils sont pour moi l'essor
Au bleu paradis!
Adieu les jours en pleurs!
Voici venir les jours d'or.
J'en vais cueillir les fleurs!
Oh! parle encore!

ZARASTRA
O cher, ô pur trésor!
C'est toi qui les dis
Les mots ouvrant l'essor
Au bleu paradis!
Viens, je boirai tes pleurs
En baisant tes longs cils d'or,
Pour voir tes yeux en fleurs,
Fleurir encore!
Cher trésor! cher trésor! cher trésor!
Les mots que tu dis sont pour moi l'essor au bleu Paradis!

ANAHITA
Voici venir les jours d'or,
J'en vais cueillir les fleurs,
Oh! parle encore!
Parle encore! parle encore! parle encore!
Les mots que tu dis sont pour moi l'essor au bleu Paradis!

ZARASTRA
(revenant à lui et s'éloignant d'Anahita)
Mais non!

ANAHITA
(avec effarement)
Non?

ZARASTRA
Dans un rêve insensé je m'oublie!
Ces morts! ma patrie abolie!
Mon peuple massacré par le tien triomphant!
Je ne puis être à toi...
Leur voix me le défend!

ANAHITA
(persuasive et tendre)
N'entends que ma voix et souviens-toi de l'heure
Où ma race pleurait comme la tienne pleure!
Souviens-toi de l'heure
Où je n'entendis rien...
Et tombai dans tes bras!
(avec émotion)
Les instants sont les mêmes
Dis-moi que tu m'aimes!
Dis-moi que malgré tout toujours tu m'aimeras!
Dis-moi que tu m'aimes?
Ah! dis-le-moi!

ZARASTRA
(cédant éperdu)
Ah! parle encore! encore! les mots que tu dis...

ZARASTRA ET ANAHITA
Ils sont pour nous l'essor!
Au bleu paradis!
(Depuis un instant, Varedha, revenue à elle, essaie de se soulever;
elle retombe au moment où Zarâstra et Anahita se disposant à fuir,
se trouvent face à face avec elle.)

Grands Dieux!
(Zarâstra et Anahita reculent épouvantés)
... la prêtresse!

VAREDHA
(d'une voix entrecoupée)
Oui... moi... moi, qui vous hais, moi, qu'hélas! vous bravez!
Je vais mourir! et vous vivez!
Ah! que sur vous, du moins, auteurs de mon supplice,
Ma malédiction suprême s'accomplisse!
Je vous maudis! je vous maudis! je vous maudis! tous les deux!

ANAHITA
(avec effroi)
Ah! fuyons! j'ai peur! fuyons! fuyons!

ZARASTRA
(protégeant Anahita)
Non! sois sans épouvante,
(avec autorité)
Ahoura, nous défend!

VAREDHA
(avec un suprême effort s'adressant
à la statue de la Djahi et l'invoquant)

Djahi! Djahi! Djahi!
(sombre et terrible)
Djahi toujours vivante,
Sois avec moi contre les dieux nouveaux!
(Pendant l'invocation de Varedha et durant toute cette scène,
des lueurs rouges empourprent la statue de la Djahi; d'abord intérieures,
puis jaillissant d'elle en langues de feu, avec des crépitements sinistres;
en même temps, sur les décombres traînent des fumées
qui peu à peu s'éclairent et bientôt se changent en flammes;
puis sur le dernier mot, le statue incandescente s'effondre et s'abîme,
ouvrant un gouffre énorme d'où s'élèvent des tourbillons de flammes.)

Exauce-moi Djahi! Venge-moi!
Venge-moi! Je t'implore!
O rouge incendie,
O flamme agrandie, sois sur eux brandie,
Et tombe en pluie ardente aux flots crépitants!
O flamme, agrandie, sur eux tombe en pluie ardente!
(avec férocité)
... là! là!

ZARASTRA & ANAHITA
La flamme agrandie est sur nous brandie!

VAREDHA
Tombe encore et dévore! dévore!

ANAHITA
Flamme! sur nous te voilà! sur nous te voilà
O flamme, sur nous te voilà!
Dieux!

ZARASTRA
Flamme! sans peur je t'attends! sans peur je t'attends!
O flamme, sans peur je t'attends!
Ahoura nous défend! va, sois sans épouvante!

VAREDHA
Sanglante aurore, flambe encore
Pour illuminer mes derniers instants!
Exauce-moi, Djahi! venge-moi, je t'implore!
Tombe encore!
Tombe encore!
Exauce-moi! exauce-moi!

ANAHITA
Protège-moi contre Djahi toujours vivante!
O toi que j'adore, Il est temps encore!
O toi que j'adore, Il est temps encore!
Protège-moi! protège-moi!

ZARASTRA
Le Dieu que j'adore
Ici règne encore!
Le Dieu que j'adore
Ici règne encore!
Protège-moi! protège-moi!

(Le statue de Djahi s'effondre avec un bruit formidable.
Anahita et Zarâstra poussent un cri et reculent devant
le gouffre d'où jaillissent les flammes.)


VAREDHA
(avec un rire infernal)
Ah! ah! ah! ah! ah! ah! triomphe! et vous êtes perdus!
(à Anahita)
Va! pleure! Gémis! appelle!
Elle a sonné la dernière heure...
Car vous ne fuirez pas!
Non! non! vous ne fuirez pas!

ANAHITA
(épouvantée)
Dans la flamme! Horreur! quel trépas!

ZARASTRA
(calme et inspire)
Si je sui ton élu, ton prêtre,
O Dieu du feu! fais-le voir en ce lieu!
Pour qu'avec moi le monde entier te rende hommage!
Flammes écartez-vous...
(avec autorité)
Laissez passer le Mage!

(A la voix de Zarâstra les flammes s'écartent. Au même instant
les Touraniens paraissent dans le fond. Anahita s'élance vers Zarâstra.)


VAREDHA
(tombe expirante en poussant un râle de malédiction.)
Ah!



(Le RIDEAU descend lentement.)



FIN


Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V