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Jean-Philippe Rameau

(1683 - 1764)

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The Operas of Jean Philippe Rameau

 


"Castor et Pollux"

 

Tragédie lyrique in 5 acts
 
Revised Version: 1754
 
Libretto by Pierre­Joseph Bernard
 
Music by Jean­Philippe Rameau
 

Cast: Castor, son of Tindare and Leda, tenor
Pollux, son of Jupiter and Leda, baritone
Télaire, daughter of the Sun, soprano
Phébé, princess of Sparta , mezzo soprano
Jupiter, bass
Mercure, tenor
An Athlete, tenor
Cléone, Phœbe's confidant, soprano
One of Hebets Attendants, soprano
A Shade, soprano
A Spartan, baritone
The High Priest, baritone
Chorus

ACTE I, II, III, IV, V
 

ACTE I
ACTE I, II, III, IV, V
 
 
OUVERTURE

 
 
SCÈNE 1

 
 
Le théâtre représente le Palais du Roi
avec tout l'appareil d'un hyménce.
 
Ritournelle

 
CLÉONE
 
(récitatif )

L'hymen couronne votre sœur,
Pollux épouse Télaire.
Ce pompeux appareil annonce son bonheur;
Mais j'entends Phébé qui soupire.
 
PHÉBÉ
Mon cœur n'est point jaloux d'un sort si glorieux,
Une autre voix s'y fait entendre.
Ah ! que n'est­il ambitieux,
Peut­être serait­il moins tendre.
Filles du Dieu du jour, par quels présents divers
Le ciel marqua notre partage !
Je reçus le pouvoir d'évoquer les enfers,
Que Télaire obtint un plus doux avantage !
Elle commande aux cœurs-où mon art ne peut rien.
Un coup d'œil lui rend tout possible,
Je ne fais qu'étonner ce qu'elle rend sensible
Que son pouvoir est au­dessus du mien !
Que l'univers la trouve belle,
Je le pardonne à ses appas;
Mais que I'ingrat Castor m'abandonne pour elle,
Voilà ce que mon cœur ne lui pardonne pas.
 
CLÉONE
L'hymen du roi, qui va rompre leur chaîne,
Doit nous rendre l'espoir de fixer votre amant.
 
PHÉBÉ
Elle aura ses regrets, je n'aurai que la peine
D'espérer encor vainement
Et si le roi cédait aux larmes de son frère
L'objet qui cause son tourment ?
Tu vois ce que je crains, voici ce que j'espère:
Cléone, en ce moment fatal,
Pour venger ma flamme ot't`ensée
Je leur garde un autre rival
Et je puis disposer des fureurs de Lincce.
Son amour qu'on outrage est tout prêt d'éclater,
Il veut de ce palais enlever Téla'ire.
Je la vois; son triomphe augmente mon martyre.
Songeons à l'éviter.
 
 
(Elle sort.)

 
 
 
 
 
SCÈNE 2

 
TÉLAIRE
 
(seule)

Eclatez mes justes regrets !
Dans un moment, hélas ! il faudra vous contraindre.
Le ciel m'ôtera désormais
Jusqu'à la douceur de me plaindre.
La gloire unit en vain tout ce qu'elle a d'attraits
Pour un Dieu qui m'adore et me torce à le craindre,
L'amour a lancé d'autres traits.
Ces honneurs que je fuis ne font voir que l'excès
D'un feu que je ne puis éteindre.
Eclatez, éclatez ! mes justes regrets !
 
 
 
SCÈNE 3
 
CASTOR
 
(récitatif )

Ah ! je mourrai content, je revois vos appas !
 
TÉLAIRE
Prince, osez­vous ici me parler de tendresse ?
 
CASTOR
On permet nos adieux.
 
TÉLAIRE
Eh ! ne deviez­vous pas Les épargner à ma faiblesse ?
 
CASTOR
 
(air)

Quand j'ai pour cet adieu I'aveu de votre époux
Quand vous m'allez être ravie:
Cruelle, me reprochez­vous
Le dernier plaisir de ma vie ?
Mon frère a vu mes pleurs, et, loin de les cacher,
J'ai laissé voir toute ma flamme:
La pitié lui parlait, et semblait le toucher
Mais l'amour plus puissant l'écartait de son âme.
Achevez son bonheur ! je quitterai ces lieux
Sans me plaindre de vous, sans accuser mon frère.
Ai je à me plaindre des Dieux
 
TÉLATRE
Vous partez ?...
 
CASTOR
 
(air)

Je m'impose un exil nécessaire.
Dans ces yeux, maitres de mon son,
Si j'ai trouvé cent fois la vie
Quand l'esperance m'est ravie,
J'y trouverais cent fois la mort.
 
TÉLAIRE
Et le roi permettra cette fuite inhumaine ?
Non, son cœur est trop généreux.
 
CASTOR
En faisant son bonheur, elle adoucit ma peine.
Vous me plaignez, il m'aime, et je pars trop heureux.
Pollux, qui les observait, paraît en ce moment.
 
 
 
 
 
SCÈNE 4

 
POLLUX
Non, demeure, Castor ! c'est moi qui te l'ordonne.
L'amour et l'amitié t'en imposent la loi,
Calme l'inquiétude où ton cœur s'abandomne !
Pour te retenir près de moi
La main qu'on devait à ma foi
Est la chaîne que je te donne.
 
CASTOR
O bonté que j'adore !
 
TÉLAIRE
O grandeur qui m'étonne !
 
POLLUX
Je connais tout ce que je perds.
Castor à mon amour rendra cette justice;
Il pourra mieux juger du pnx du sacrifice
Par les tourments qu'il a soufferts.
La Suite du roi et le peuple entrent sur la scène.
 
(Air)

Ces apprêts m'étaient destinés,
J'en faisais mon bonheur suprême.
Que vos fronts soient couronnés
De ces fleurs qui devaient parer mon diadème !
Des deux objets que j'aime le fais deux amants fortunés.
 
CHŒUR DES SPARTIATES
Chantons l'éclatante victoire
D'un héros qui dompte l'amour !
Si la vertu triomphe en ce beau jour,
L'amour ne perd rien dc sa gloire.
Air trés pointé
 
 
Menuets I et II

 
CASTOR
 
(Ariette vive)

Quel bonheur règne dans mon âme !
Amour, as­tu jamais
Lancé de si beaux traits ?
Des mains de l'amitié tu couronnes ma flamme,
Amour, amour, quel bonheur règne dans mon âme !
 
 
Gavottes I et II
 
Tambourins I et II

 
 
 
 
SCÉNE 5

 
UN SPARTIATE
Quittez ces jeux ! courez aux armes
Lincée attaque ce palais.
La jalouse Phébé semble guider ses traits.
 
CHŒUR
Courons aux armes !
Castor et Pollux se séparent pour aller combattre
Aux deuxr côtés du théâtre.
 
CASTOR, POLLUX
Allons dissiper ces alarmes ! Aux armes, aux armes, aux armes !
 
TÉLAIRE
Vous me quittez !
Castor, arrétez !
 
CHŒUR
Attaquons, défendons, combattons !
 
UNE VOIX
Enlevons Télaïre !
 
TÉLAIRE
Ah ! Quelle fureur les inspire !
 
CHŒUR
Défendons, attaquons, combattons !
Combat
 
UNE VOIX
derrière le théâtre
Castor, hélas !
 
UNE AUTRE VOIX
derrière le théâtre
Castor est tombé sous les coups.
 
CHŒUR
O perte irréparable !
O malheur effroyable !
 
TÉLAIRE
Je me meurs !
 
CHŒUR
Pollux, vengez­nous!
Entracte ­ Bruit de guerre
 
 
Pollux paraît de la tête d'une traupe de combattants,
traverse le théutre et sort du coté où son fière a éte vaincu.
 
Le théâtre représente un bûcher dressé
pour les funérailles de Castor.

 
 
 
ACTE II

ACTE I, II, III, IV, V
 
 
SCÈNE 1

 
CHŒUR DES SPARTIATES
Que tout gémisse, que tout s'unisse !
Préparons, élevons d'étemels monuments
Au plus malheureux des amants !
Que jamais notre amour ni son nom ne périsse !
 
 
 
SCÈNE 2
 
TÉLAIRE
 
(paraît dans le plus grand deuil)

Tristes apprêts, pâles flambeaux,
Jour plus affreux que les ténèbres
Astres lugubres des tombeaux,
Non, je ne verrai plus que vos clartés funèbres.
Toi, qui vois mon cœur éperdu,
Père du jour, ô soleil, ô mon pére !
Je ne veux plus d'un bien que Castor
Et je renonce à la lumière.
 
 
 
 
 
 
SCÈNE 3

 
TÉLAIRE
 
(récitaif )

Cruelle, en quels lieux venez­vous ?
Osez­vous insulter encore
Aux mânes d'un héros qui périt par vos coups ?
 
PHÉBÉ
Laisse à l'amour qui me dévore
Le soin de me punir d'un crime que j'abhorre:
Il m'en dit plus que ton courroux.
Tu pleures l'amant le plus tendre
Mais de nous deux encor son destin peut dépendre:
D'un mot tu peux le rendre au jour.
 
TÉLAIRE
Ordonnez, que faut­il ?
 
PHÉBÉ
Immoler ton amour.
Et mon art forcera l'enfer à nous le rendre.
 
TÉLAIRE
Oui je m'en impose la loi.
Qu'il vive, que pour lui votre ardeur se signale !
 
PHÉBÉ
Tu le veux ?
 
TÉLAIRE
Hâtez­vous, je cède à ma rivale
L'amour dont il brûla pour moi.
On entend une symphonie guerrière et des chants de victoire.
 
CHŒUR
derrière le théatre
Triomphe, vengeance !
 
TÉLAIRE
C'est le roi vainqueur qui s'avance.
 
PHÉBÉ
Il a vengé nos maux, il faut les réparer.
 
 
Elle sort.

 
 
 
 
 
 
SCÈNE 4
 
Pollux, Telaire, troupe de Spartiates d Athlètes
et de combattants portant des trophées
et les dépouilles des ennemis.
 
Marche fière

 
POLLUX
 
récitatif

Peuples, cessez de soupirer !
Non, ce n'est plus des pleurs que ces manes demandent,
C'est du sang qu'ils attendent,
Et ce sang fatal a coulé: Lincée est immolé.
 
CHŒUR
Que l'enfer applaudisse
A ces nouveaux concerts
Qu'une ombre plaintive en jouisse!
Le cri de la vengeance est le chant des Enfers.
 
 
 
 
 
SCÈNE 5

 
POLLUX
 
(récitatif )

Princesse, une telle victoire
Doit adoucir pour vous l'horreur de ce séjour.
 
TÉLAIRE
La vengeance flatte la gloire,
Et ne console pas l'amour.
Prince, un rayon d'espoir à mes yeux se présente
Le pouvoir de Phébé peut remplir notre attente,
Et ravir Castor aux enfers.
 
POLLUX
Non c'est en vain qu'elle le tente
Et c'est encore à moi d'aller rompre ses fers.
Aux pieds de Jupiter j'irai me faire entendre:
Le Dieu qui me donna le jour,
A mon frère peut le rendre.
Aux larmes de son f ls quelle marque plus tendre
Peut­il donner de son amour ?
 
POLLUX
 
(au peuple)

Reprenez vos chants de victoire !
Que mon tnomphe embellisse ces lieux,
Occupez Télaire, et charmez ses beaux veux
Par le spectacle de ma gloire !
Pollux sort. Aussitôt les tombeaux disparaîssent et
laissent voir une compagne agréable aux environs de Sparte.
 
 
1er air pour les Athiètes
 
Air gai

 
 
2 air pour les Athiètes
 
Ariette

 
UN ATHLETE
Eclatez, fières trompettes !
Faites bniler dans ces retraites
La gloire de nos héros.
Par des chants de victoire,
Troublons le repos des échos !
Qu'ils ne chantent plus que la gloire !
Des femmes spartiates se mêlent à la fête des guerriers
Et forment un divertissement de réjouissance
pour celébrer la victoire de Pollux.
 
 
Airs I et II
 
Le théâtre représente le vestibule du temple
de Jupiter où Pollux doitfaire un sacrifice.

 
 
 
 
 
 
ACTE III
ACTE I, II, III, IV, V
 
 
 
SCÈNE 1
 
POLLUX
 
(seul)

Présent des Dieux, doux charme des humains,
O divine amitié, viens pénétrer nos âmes
Les cœurs éclairés de tes flammes,
Avec un plaisir pur, n'ont que des jours sereins.
C'est dans les nœuds charmants que tout est jouissance;
Le temps ajoute encor un lustre à ta beauté.
L'amour te laisse la constance,
Et tu serais la volupté
Si l'homme avait son innocence.
Le temple s ouvre et les prêtres en sorteni.
 
POLLUX
Mais le temple est ouvert
Le grand prétre s'avance...
 
 
 
 
 
SCÈNE 2
 
Pollux, le Grand Prétre de Jupiter,
peuple et suite du Crand Prêtre.

 
LE GRAND PRETRE
Le souverain des Dieux
Va para~tre en ces lieux
Dans tout l'éclat de sa puissance.
Tremblez, redoutez sa puissance,
Fuyez, mortels curieux !
Ce n'est que par les feux et la voix du tonnerre
Qu'il annonce à la terre,
Et l'éclat redouté de son front glorieux,
N'est vu que par les Dieux.
Qu'au seul nom de ces Dieux suprêmes,
De respect et d'effroi tous les cœurs soient glacés !
Fuyez et frémissez vous­mêmes !
 
CHŒUR
Fuyons ! et frémissons nous­mêmes !
Le peuple et les prêtres sortent.
 
 
 
 
 
SCÈNE 3
 
Descente de Jupiter

 
POLLUX
Ma voix, puissant maitre du monde,
S'élève en tremblant jusqu'à toi,
D'un seul de tes regards dissipant mon effroi,
Et calme ma douleur profonde !
O mon père écoute mes vœux !
L'immortalité qui m'enchaine
Pour ton fils désormais n'est qu'un supplice affreux.
Castor n'est plus, et ma vengeance est vaine,
Si ta voix souveraine
Ne lui rend des jours plus heureux
O mon père, ô mon père,
Ecoute mes vœux !
 
JUPITER
Que son retour, mon fils, aurait pour moi de charmes
Qu'il me serait doux d'y penser!
Mais l'enfer a des lois que je ne puis forcer,
Et le sort me défend de répondre à tes larmes.
 
POLLUX
 
(air)

Ah ! laisse­moi percer jusques aux sombres bords !
J'ouvrirai sous mes pas les antres de la terre,
J'irai braver Pluton, j'irai chercher les morts
A la lueur de ton tonnerre.
J'enchaînerai Cerbère, et plus digne des cieux
Je reverrai Castor, et mon père, et les Dieux.
 
JUPITER
J'ai voulu te cacher le sort qui te menace.
D'un frère infortuné tu peux bnser les fers,
Si tu descends dans les enfers;
Mais il est ordonné, pour pnx de ton audace,
Que tu prennes sa place;
Tes jours éternels, tes beaux jours
Sont trop dignes d'envie.
 
POLLUX
Non, je ne puis souffnr la vie,
Si Castor avec moi n'en partage le cours.
Te reverrai mon frère,
Il verra Téla'ire !
Il est aimé, c'est à lui d'être heureux.
Chaque instant qu'ici je respire
Est un bien que j'enlève à son cœur amoureux.
 
JUPITER
Avar.i que de céder au penchant qui t'inspire.
Vois ce que tu perds dans les cieux !
Enfants du ciel, charmes de mon empire,
Plaisirs, vous qui faites les Dieux,
Tromphez d'un Dieu qui soupire !
 
 
 
 
 
SCÉNE 4
 
Entrée d'Hébé et de sa suite

 
CHŒUR DES PLAISIRS CÉLESTES
Pouvez­vous nous méconnabre ?
Jeune immortel, où courez­vous ?
Un Dieu peut­ii être sans nous ?
Un Dieu peut­il cesser de l'être ?
 
POLLUX
Tout l'éclat de l'Olympe est en vain ramimé.
Le ciel et le bonheur suprême
Sont aux lieux où l'on aime,
Sont aux lieux où l'on est aime.
 
PETIT CHŒUR DES SUIVANTES D'HÉBÉ
Qu'Hébé de fleurs toujours nouvelles
Forme vos cha~nes immortelles !
Air pour Hébé et ses suivantes ­ Sarabande
 
UNE SUIVANTE D'HÉBÉ
Voici des Dieux l'asile aimable.
Goûtons des cieux la paix durable !
Plus de plaisirs
Que de désirs,
Des chaines
Sans peines
Et des beaux jours
Comptés toujours
Par les amours
Si l'on soupire,
C'est sans martyre.
Est­on charmé,
L'on plait de même.
On dit qu'on aime,
On est aimé.
 
POLLUX
Ah ! sans le trouble où je me vois,
Charmants Plaisirs'je vous serais fidèle:
Mais dans l'excès de ma douleur mortelle
Plaisirs, que voulez­vous de moi ?
Air gracieux
 
UNE SUIVANTE D HÉBÉ
Que nos jeux comblent nos vœux !
Suivez Hébé, que votre jeunesse
Sans cesse renaisse
Pour être à jamais heureux !
La grandeur la plus brillante,
N'est pas l'attrait qui vous tente.
Venez, voyez, goûtez
Les célestes voluptés !
Nous aimons: Jupiter même
N'est heureux que quand il aime.
Aimez, cédez, suivez
Les biens qui vous sont réservés.
La danse recommence; les Plaisirs célestesfont
de nouveaux efforts pour arrêter Polivx.
 
 
Gavottes I et II

 
POLLUX
Quand je romps vos aimables chaînes,
J'épargne aux Dieux ma honte et mes soupirs.
Je descends aux enfers pour oublier mes peines
Et Castor renadra pour goûter vos plaisirs.
 
 
Le théâtre représente l'entre des Enfers,
dont le passage est gardé par des Monstres,
des Spectres et des Démons.
C'est une caverne qui vomit sans cesse des flammes.

 
 
 
 
 
 
ACTE IV
ACTE I, II, III, IV, V
 
SCÈNE 1
 
Prélude

 
PHÉBÉ
Esprits, soutiens de mon pouvoir,
Venez, volez, remplissez mon espoir,
Descendez au nvage sombre !
Il faut lui ravir une ombre.
Rassemblez­vous, secondez mon ardeur !
Des monstres des enfers, combattez la fureur.
Les Esprits et les Puissances magiques paraissent à la voix de Phébé,
quiforme ses enchantements.
 
CHŒUR
Des monstres des enfers combattons la fureur.
 
PHÉBÉ
Redoublez vos charmes !
Pénétrez ce séjour, impénétrable au jour !
Empruntez les traits de l'Amour
Pour avoir de plus fortes armes !
 
TOUS
Des monstres des enfers combattons la fureur.
 
PHÉBÉ
Mais que vois je ?
On voit Mercure qui descend, Pollux paraît en même temps.
 
 
 
 
 
 
SCÉNE 2
 
Descente de Mercure: Symphonie vive

 
MERCURE
Phébé, tu fais de vains efforts.
De tes enchantements vois l'inutile usage !
Le fils de Jupiter aura seul l'avantage
De pénétrer aux sombres bords.
 
PHÉBÉ
Ah ! Prince, où courez­vous ?
 
POLLUX
Je vole à la victoire
Qui doit couronner mes travaux.
Le chemin des enfers sous les pas d'un héros
Devient le chemin de la gloire.
 
PHEBÉ
Laissez­moi devancer vos pas,
Laissez­moi braver tout obstacle.
A l'Amour est dû le miracle
De trompher du trépas.
 
POLLUX
Allons, Mercure, où tu me guides
L'ardeur que j'éprouve en ce jour
Prête à mon amitié des ailes plus rapides
Que ne sont celles de l'Amour.
 
 
Pollux se dispose à entrer dans la caverne;
tous les monstres sortent des Enfers
pour en défendre le passage.

 
 
 
 
 
SCÈNE 3

 
MERCURE
Rentrez, rentrez dans l'esclavage !
Arrêtez, arrêtez, démons furieux !
 
PHÉBÉ
Rentrez, arrêtez, démons furieux !
Arrêtez, rentrez dans l'esclavage !
 
POLLUX
Tombez, rentrez dans l'esclavage !
Arrêtez, démons furieux !
Livrez­moi cet affreux passage
Et respectez le fils du plus puissant des Dieux !
 
PHÉBE ET MERCURE
Tombez, rentrez dans l'esclavage !
Arrêtez, démons furieux !
Livrez­lui cet affreux passage
Et respectez le fils du plus puissant des Dieux !
 
CHŒUR DES DÉMONS
Sortons, sortons d'esclavage.
 
POLLUX
Rentrez, rentrez, démons furieux
Tombez, tombez, rentrez,
Tombez, tombez, rentrez,
Livrez­moi cet affreux passage!
 
PHÉBÉ, MERCURE
Rentrez, rentrez démons furieux !
Tombez, rentrez dans l'esclavage !
Livrez­lui cet affreux passage !
 
CHŒUR DES DÉMONS
Fermons­lui cet affreux passage !
Sortons, sortons, sortons!
Fermons­lui cet affreux passage
Et redoutons le fils du plus puissant des Dieux !
 
PHÉBÉ, MERCURE, POLLUX
Tombez, rentrez, démons furieux,
Livrez­lui cet affreux passage
Et respectez le fils du plus puissant des Dieux !
Danse des Démons qui veulent effrayer Pollux
 
 
L'air des Démons

 
CHŒUR DES DÉMONS
Brisons tous nos fers,
Ebranlons la terre !
Qu'au feu du tonnerre
Le feu des enfers
Déclare la guerre !
Embrasons les airs !
Jupiter lui­même
Doit être soumis
Au pouvoir suprême
Des ent`ers unis.
Ce Dieu tén~éraire
Veut­il pour son fils
Détrôner son frère ?
 
 
Air des Démons

 
 
 
 
 
 
SCÈNE 4

 
PHÉBÉ
O ciel ! tout cède à sa valeur.
Il a forcé les portes du Ténare;
Et je ne puis percer l'horreur
De l'abîme qui nous sépare.
Si Castor reprenait la vie et son amour..
Fureur, haine fatale,
Et vous que j'appelais pour presser son retour
Ah ! femmez­lui plutôt la barrière du jour,
S'il doit vivre pour ma rivale !
 
 
Le théâtre représente les Champs­Elysées,
arrosés par lefleuve Léthé.
Phébé sort.

 
 
 
 
 
 
SCÈNE 5

 
CASTOR
Séjour de l'étemelle paix,
Ne calmerez­vous point mon âme impatiente ?
L'amour jusqu'en ces lieux me poursuit de ses traits.
Castor n'y voit que son ainante Et vous perdez tous vos attraits.
Que ce murn`tre est doux, Que cet ombrage est frais !
De ces accords touchants
La volupté m'enchante.
Tout rit, tout prévient mon attente
Et je torme encor des regrets !
 
 
 
 
 
SCÈNE 6
 
Les ombres arrivent en dansant.

 
 
Air pour les Ombres

 
CHŒUR DES OMBRES
Qu'il soit heureux comme nous !
Des biens que nous goûtons sur cet heureux rivage
Nos cœurs ne sont point jaloux.
Il les voit, qu'il les partage !
Loure
 
 
Gavotte

 
UNE OMBRE
Sur les Ombres fugitives
L'Amour lance encor des feux,
Mais il ne fait sur ces rives
Qu'un peuple d'amants heureux.
Les plaisirs les plus aimables
aissent plutôt que leurs vreux
Ils sont purs. ils sont durables.
Menuet
 
UNE OMBRE
Dans ces doux asiles
Par nous soyez couronnés,
Venez ! Aux plaisirs tranquilles
Ces lieux charnants sont destinés
 
PETIT CHŒUR
Dans ces doux asiles
Par nous sayez couronnés,
Venez ! Aux plaisirs tranquilles
Ces lieux charmants sont destinés.
 
UNE OMBRE
Ce fleuve enchanté,
L'heureux Léthé,
Coule ici parmi les fleurs.
‘n n'y voit ni douleurs
‘i soucis, ni langueurs, Ni pleurs.
L'oubli n'emporte avec lui
Que les soins et l'ennui;
Le Dieu nous laisse
Sans cesse Le souvenir Du plaisir.
 
PETIT CHŒUR
Ce fleuve enchanté
L'heureux Léthé
Coule ici parmi les fleurs;
On n'y voit ni douleurs
Ni soucis, ni langueurs,
Ni pleurs.
L'oubli n'emporte avec lui
Que les soins de l'ennui.
Le Dieu nous laisse
Sans cesse
Le souvenir
Du plaisir.
 
 
Passepieds I et II
 
Pollux paraît. Les danses sont interrompues.

 
CHŒUR
 
(derrière le théâtre)

Fuyez, fuyez, ombres légères !
Nos jeux sont profanés par des yeux téméraires.
 
 
 
 
 
SCÈNE 7

 
POLLUX
Rassurez­vous, habitants fortunés !
Loin de troubler ce favorable asile
J'y viens goûter la paix que vous donnez
C'est ici des héros la demeure tranquille.
Chère ombre, paraissez !
 
CASTOR
O mon frère ! est­ce vous ?
 
CASTOR ET POLLUX
O moment de tendresse !
O moments les plus doux !
O mon frère est­ce vous ?
 
POLLUX
C'est moi qui viens baser la cha~ne qui te lie,
C'est moi qui t'ai vengé d'un nval odieux.
 
CASTOR
Je verrai la clarté des cieux ?
 
POLLUX
C'est peu de te rendre la vie,
Le sort t'élève au rang des dieux.
 
CASTOR
Qu'entendsje ? quel bonheur!
Je quitterai ces lieux
Et le ciel près de toi me permettra de vivre ?
 
POLLUX
Non, tu jouiras seul d'un partage si doux,
Et le destin jaloux
Va m'imposer les fers
Dont ma main te délivre.
 
CASTOR
Par ton supplice, ô ciel !
J'achèterais le jour ?
 
POLLUX
Tout l'univers demande ton retour.
Règne, regne sur un peuple fidèle.
 
CASTOR
Le fils de Jupiter doit lui donner la loi.
 
POLLUX
Vois dans les cieux la gloire qui t'appelle !
 
CASTOR
J'immole au seul plaisir qui m'approche de toi
Toute la grandeur immortelle.
 
POLLUX
Télaire t'attend
 
CASTOR
Cruel, épargne­moi !
Elle­même, à ce prix, verrait avec effroi
Renouer de mes jours la trame caminelle.
 
POLLUX
Castor, nous la perdons tous deux,
Si tu tardes encor, tu lui coûtes la vie,
Hâte­toi ! va, le ciel t'ordonne d'être heureux;
Et c'est ton rival qui tten prie,
 
CASTOR
Oui, je cède enfin à tes vœux.
J'irai sauver les jours d'une amante fidèle
Je renaîtrai pour elle,
Mais puisqu'enfin je touche au rang des immortels
Je jure par le Styx qu'une seconde aurore
Ne me trouvera pas au séjour des mortels.
Je ne veux que la voir et l'adorer encore.
Et je te rends le jour, ton trône et tes autels.
 
POLLUX
Ses jours sont commencés.
Volez, volez, Mercure, obéissez !
Rendez un Immortel au séjour du tonnerre,
Rendez un héros à la terre Volez, volez, obéissez !
 
 
 
 
 
ACTE V
ACTE I, II, III, IV, V
 
Entracte: Rondeau
 
2. Entracte: Menuet
 
Le Théâtre représente une vue agréable des environs de Sparte.

 
 
 
 
 
SCÈNE 1
 
Prélude

 
TÉLAIRE
Le ciel est donc touché des plus tendres amours.
Au jour que je quittais, votre voix me rappelle,
Vous vivrez pour m'être fidèle
Et vous vivrez toujours.
 
CASTOR
Hélas !
 
TÉLAIRE
Mais pourquoi ces alarmes ?
Vous m'aimez, je vous vois...
 
CASTOR
Téla'ire, vivez !
 
TÉLAIRE
Qu'entendsje, quels discours ?
 
CASTOR
Télaire...
 
TÉLAIRE
Achevez, hélas !
De si beaux jours sont­ils faits pour des larmes ?
 
CASTOR
A d'éternels adieux il faut nous préparer.
 
TÉLAIRE
Que dites­vous ? ô ciel !
 
CASTOR
Il faut nous séparer. Je retourne aux nvages somores.
 
TÉLAIRE
Castor ! Et vous m'abandonnez !
 
CASTOR
Mon frère et mes serments m'attendent chez les ombres.
 
TÉLAIRE
Castor! Et vous m'abandonnez ?
A vous pleurer encor mes yeux sont condamnés.
A peine je vous vois, à peine je respire, Castor !
Et vous m'abandonnez !
 
CASTOR
L'instant futal approche, il me presse, il expire:
Que cet instant a d'horreur et d'appas !
 
TÉLAIRE
Hélas ! te puisje croire ?
Quand parjure à l'amour, ingrat, tu ne fais gloire
Que d'être fidèle au trépas !
 
 
 
 
 
SCENE 2
 
Symphonie
 
On entend des chants de réjouissance publique.

 
TÉLAIRE
Mais j'entends des cris d'allégresse.
 
CHŒUR
 
(dernère le théâtre)

Vivez, vivez, heureux époux !
 
TÉLAIRE
Au devant de tes pas tout ce peuple s'empresse.
Veux tu troubler ces jeux ? ils étaient faits pour nous.
 
CHŒUR
 
(sur le théatre)

Vivez, vivez, heureux époux !
 
CASTOR
 
(au peuple)

Hélas ! vous ignorez que votre anente est vaine.
 
TÉLAIRE
Pourquoi vous dérober à des transpons si doux ?
 
CHŒUR
Pourquoi vous dérober à des transports si doux?
 
 
 
 
 
SCÈNE 3

 
CASTOR
Peuples, éloignez vous.
Vos désirs augmentent ma peine.
 
 
(Le peuple sort.)

 
TÉLAIRE
Eh quoi ! Tous ces objets ne peuvent t'attendrir?
 
CASTOR
Voulez­vous qu'aux enfers j'abandonne mon frère ?
 
TÉLAIRE
Les Dieux nous le rendront: Jupiter esr son père.
 
CASTOR
Vivez, et laissez moi mounr!
 
TÉLAIRE
Tu meurs. Pour quoi veux­tu que je respire encore ?
 
CASTOR
Régnez ! mon frére est immortel, Mon frère vous adore.
 
TÉLAIRE
Non, je n'anendrai pas un destin si cruel,
J'en aneste les Dieux et la mort que j'implore.
 
CASTOR
Arrétez, arrêtez ! redoutez les charmes de vos pleurs !
Si j'osais balancer, il est des Dieux vengeurs;
Sur moi, sur vous peut­étre, ils puniraient ma flamme.
 
TÉLAIRE
De quelle horreur encor viens­tu frapPer mon âme?
 
CASTOR
J'armerais Jupiter, son fils a mes serments.
 
TÉLAIRE
lls ont aimé, ces Dieux, ils plaindront des amants.
On entend plusieurs coups de tonnerre.
 
 
Tonnerre

 
TÉLAIRE
Qu'ai­ie entendu ?
Quel bruit ! quels éclats de tonnerre !
Hélas ! c'est moi qui t'ai perdu !
 
CASTOR
J'entends frémir les airs, je sens trembler la terre…
C'en est ffiit, j'ai trop attendu.
 
TÉLAIRE, CASTOR
Arréte, Dieu vengeur, arréte !
 
CASTOR
L'enfer est ouvert sous mes pas La foudre gronde sur ma tête.
Télaire tomhe évanouie dans les bras de Castor
 
CASTOR
Ciel ! O ciel ! Téla'ire expire dans mes bras Arrête, Dieu vengeur, arrête !
On entend une symphonie méladieuse.
 
CASTOR
Mais, le bruit cesse... ouvrez les yeux !
A nos tourments la nature est sensible...
Et ces concerts harmonieux
Annoncent un Dieu plus paisible.
Jupiter descend du ciel sur son aigle.
 
 
 
 
 
 
SCÈNE 4

 
JUPITER
Les destins sont contents: ton sort est arrêté,
Je te rends à jamais le serment qui t'engage,
Tu ne verras plus le nvage
Que ton frère a déjà quitté.
Il vit, et Jupiter vous perrnet le partage
De l'immortalité.
 
 
(Pollux paraît.)

 
CASTOR
Mon frére ! O ciel !
 
POLLUX
Dieux ! Je retrouve ensemble Tous les objets de mon amour.
 
CASTOR
J'allais te délivrer du ténébreux séjour,
Quand le ciel enfin nous rassemble.
 
TÉLAIRE, CASTOR
Dieux, qui formez pour nous un sort si plein d'appas,
O Dieux, ne nous séparez pas !
 
POLLUX
L'enfer n'aura qu'une victime:
J'ai vu Phébé descendre aux rives du trépas.
U n m al he ureux amour préc ipi tait se s pas,
Et l'amour a fait tout son crime.
Les cieux s'ouvrent, et laissent voir une partie du Zodiaque.
 
JUPITER
Palais de ma grandeur, où je dicte mes lois
Vaste empire des Dieux, ouvrez­vous à ma voix
A Castor et Pollux
Tant de vertus doivent prétendre Au partage de nos autels.
Offrons à l'univers des signes immortels
D'une amitié si pure et d'un amour si tendre !
Les génies qui présidenr aux planètes er aux différentes
Constellations forment le divertissement, pendant lequel
Castor et Pollux vont remplir la place qui leul
Est destince sur le Zodiaque.
 
 
Chaconne

 
CHŒUR
Que le ciel, que la terre et l'onde
Brillent de mille feux divers !
C'est l'ordre du maître du monde.
C'est la fête de l'univers.
 
CASTOR
 
(Ariette gracieuse)

Tendre amour, qu'il est doux de poner tes chaînes !
Dieu charmant, tes plaisirs font oublier tes peines.
J'ai fait briller tes feux dans cent climats divers
Pour montrer à tout l'univers qu'il est doux
De poner tes chaînes.
Tout m'a dit dans les enfers qu'il est doux
De pOner tes chaines.
Et quand les cieux me sont ouvens
J'entends retentir dans les airs:
Qu'il est doux de poner tes chaines.
 
PETIT CHŒUR
Qu'il est doux, qu'il est doux de poner tes chaînes.
 
GRAND CHŒUR
Faisons retentir dans les airs:
 
CASTOR
Qu'il est doux de poner tes chaînes,
 
CHŒUR
Qu'il est doux de pOner tes chaines.
 
 
Gavottes I et II

 
F I N

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