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Jean-Philippe Rameau

(1683 - 1764)

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The Operas of Jean Philippe Rameau



Pygmalion

Jean-Philippe Rameau

Acte de Ballet


Livret de Ballot de Sauvot
d'après un text de Antoine Houdar de La Motte

Representé pour la première fois à Paris le 27 août 1748



Le Théâtre représente l'atelier de Pygmalion,
au milieu duquel paraît la Statue.


Ouverture
SCÈNE 1
Pygmalion seul


PYGMALION

Fatal Amour, cruel vainqueur,
Quels traits as-tu choisis pour me percer le coeur?
Je tremblais de t'avoir pour maître;
J'ai craint d'être sensible, il falloit m'en punir;
Mais devais-je le devenir
Pour un objet qui ne peut l'être?
Fatal Amour, cruel vainqueur,
Quels traits as-tu choisis pour me percer le coeur!
Insensible témoin du trouble qui m'accable,
Se peut-il que tu sois l'ouvrage de ma main?
Est-ce donc pour gémir et soupirer en vain
Que mon art a produit ton image adorable?
Fatal Amour, cruel vainqueur,
Quels traits as-tu choisis pour me percer le coeur?

SCÈNE 2
Pygmalion, Céphise


CÉPHISE

Pygmalion, est-il possible
Que tu sois insensible
Aux feux dont je brûle pour toi?
Cet objet t'occupe sans cesse,
Peut-il m'enlever ta tendresse,
Et te faire oublier?

PYGMALION

Céphise, plaignez-moi,
N'accusez que les Dieux,
J'éprouve leur vengeance,
J'avois bravé l'Amour,
Il cause mon tourment.

CÉPHISE

Tu voudrois te servir d'un vain déguisement
Pour me cacher un amour qui m'offense.

PYGMALION

Oui, je sens de l'amour toute la violence,
Et vous voyez l'objet de cet enchantement.

CÉPHISE

Non, je ne te crois point; quelque secrète chaîne
Te retient et s'oppose à mes voeux les plus doux.

PYGMALION

Tel est l'effet du céleste courroux,
Qu'il m'impose la peine
D'une flamme frivole et vaine,
Et m'ôte la douceur de soupirer pour vous.

CÉPHISE

Cruel, il est donc vrai que cet objet t'enflamme,
A de si vains transports abandonne ton âme,
Puissent les justes Dieux, par cette folle ardeur,
Punir l'égarement de ton barbare coeur.

SCÈNE 3
Pygmalion seule, puis la Statue


PYGMALION

Que d'appas! que d'attraits! sa grâce enchanteresse
M'arrache malgré moi des pleurs et des soupirs!
Dieux! quel égarement, quelle vaine tendresse.
O Vénus, ô mêre des plaisirs,
Étouffe dans mon coeur d'inutiles désirs;
Pourrais-tu condamner la source de mes larmes?
L'Amour forma l'objet dont mon coeur est épris.
Reconnais à mes feux l'ouvrage de ton fils:
Lui seul pouvait rassembler tant de charmes.
D'où naissent ces accords?
Quels sons harmonieux?
Une vive clarté se répand dans ces lieux.
L'Amour traverse d'un vol rapide le théâtre
et secoue son flambeau sur la statue
(ce vol se fait sans que Pygmalion s'en aperçoive).
La statue s'anime
Quel prodige? Quel dieu? par quelle intelligence,
Un songe a-t-il séduit mes sens?
La statue descende.
Je ne m'abuse point, ô divine influence?
Elle marche.
Protecteurs des mortels, grands dieux, dieux bienfaisants?

LA STATUE

Que vois-je? Où suis-je?
Et qu'est-ce que je pense?
D'où me viennent ces mouvements?

PYGMALION

O ciel!

LA STATUE

Que dois-je croire?
Et par quelle puissance
Puis-je exprimer mes sentiments?

PYGMALION

O Vénus, O Vénus! ta puissance infinie ...

LA STATUE

Ciel! quel objet? mon âme en est ravie;
Je goûte en le voyant le plaisir le plus doux,
Ah! je sens que les dieux qui me donnent la vie
Ne me la donnent que pour vous.

PYGMALION

De mes maux à jamais cet aveu me délivre;
Vous seule, aimable objet, pouviez me secourir;
Si le ciel ne vous eût fait vivre,
Il me condamnait à mourir!

LA STATUE

Quel heureux sort pour moi! vous partagez ma flamme,
Ce n'est pas votre voix
Qui m'en instruit le mieux,
Et je reconnais dans vos yeux ce que je ressens dans mon âme.

PYGMALION

Pour un coeur tout à moi puis-je trop m'enflammer?
Que votre ardeur doit m'être chère,
Vos premiers mouvements ont été de m'aimer.

LA STATUE

Mon premier désir de vous plaire.
Je suivrai toujours votre loi.

PYGMALION

Pour tous les biens que je reçois
Puis-je assez ...

LA STATUE

Prenez soin d'un destin que j'ignore,
Tout ce que je connais de moi,
C'est que je vous adore.

SCÈNE 4
L'Amour, Pygmalion, la Statue


L'AMOUR

(à Pygmalion)
Du pouvoir de l'Amour ce prodige est l'effet.
L'Amour dès longtemps aspirait
À former par ses dons l'être le plus aimable;
Mais pour les unir tous, il fallait un objet
Dont ton Art seul était capable.
Il vit et c'est pour toi; pour toi ses tendres feux
Étaient de tes talents la juste récompense.
Tu servis trop bien ma puissance,
Pour ne pas mériter d'être à jamais heureux.
Jeux et Ris qui suivez mes traces,
Volez, empressez-vous d'embellir ce séjour.
Venez, aimables Grâces,
C'est à vous d'achever l'ouvrage de l'Amour.
( entrent en dansant)
Empressez-vous, aimables Grâces,
Hâtez-vous d'achever l'ouvrage de l'Amour.
(Les Grâces instruisent la Statue
et lui montrent les différents caractères de la danse.)


Air. Très lent
Gavotte gracieuse
Menuet
Gavotte gaie
Chaconne vive
Loure très grave
Passepied vif (Les Grâces)
Rigaudon. Vif
Sarabande pour la Statue
Tambourin. Fort et vite


CHOEUR DU PEUPLE

(derrière le théâtre)
Cédons, cédons à notr'impatience,
Courons tous, courons tous.

SCÈNE 5
Pygmalion, la Statue, Choeur de la suite de l'Amour,
Choeur du Peuple


PYGMALION

Le peuple dans ces lieux s'avance,
Amour, il connaîtra jusqu'où va ta puissance
Et quels biens ta bonté sait répandre sur nous!

Air gay

(L'Amour se retire. Toute sa suite,
ainsi que Pygmalion et la statue l'accompagnent
jusqu'au fond du théâtre dans le même temps
que le peuple entre en dansant.)



PYGMALION
(au peuple)
L'Amour triomphe, annoncez sa victoire.
Il met tout son pouvoir à combler nos désirs,
On ne peut trop chanter sa gloire,
Il la trouve dans nos plaisirs!

CHOEUR

L'Amour triomphe, annoncez sa victoire.
Ce dieu n'est occupé qu'à combler nos désirs.
On ne peut trop chanter sa gloire,
Il la trouve dans nos plaisirs!
Pantomime niaise et un peu lente.
Deuxième Pantomime très vive


PYGMALION

Règne, Amour, fais briller tes flammes,
Lance tes traits dans nos âmes.
Sur des coeurs soumis à tes lois
Épuise ton carquois.
Tu nous fais, dieu charmant, le plus heureux destin.
Je tiens de toi l'objet dont mon âme est ravie,
Et cet objet si cher respire, tient la vie
Des feux de ton flambeau divin.

Air gracieux. (Pour les Grâces, Jeux et Ris)

Rondeau Contredanse.



F I N