SIGURD
OPERA EN 4 ACTES ET 9 TABLEAUX
LIVRET DE CAMILLE DU LOCLE ET ALFRED BLAU
Musique de Ernest Reyer (1823-1909)
Role:
SIGURD, ténor
GUNTHER, baryton
HAGEN, basse
LE GRAND-PRÉTRE, baryton
RUDIGER, baryton
IRNFRID, ténor
HAWART, baryton
RAMUNC, basse
LE BARDE, basse
BRUNEHILD, soprano
HILDA, mezzo-soprano
UTA, mezzo-soprano
ACTE I
ACTE II
ACTE III
ACTE IV
ACTE I
Worms, la grande salle du burg de Gunther.
Scène I
(Les Femmes des guerriers de Gunther,
UtaA, Hilda et sa Suite.)
CHOEUR DES FEMMES
Brodons des étendards et préparons des armes.
Le roi Gunther est las de son repos,
Il veut courir à des exploits nouveaux.
Que de beaux yeux bientôt vont répandre des larmes!
Victorieux, de gloire et d'or couvert,
Il reviendra, le brave roi Gunther.
Brodons des étendards et préparons des armes.
HILDA
Celui-là seul est heureux
Qui porte un cur valeureux
Dans la mêlée orageuse
Celle-là seule est heureuse
Que chérit jusqu'à la mort
Un chef courageux et fort.
LE CHOEUR
Brodons des étendards et préparons des armes!
UTA
(à Hilda)
Toujours songeuse et pâle Hilda... d'où vient ta peine?
Le roi Gunther, ton frère, accédant à tes vux
Rejette d'Attila les désirs glorieux,
Et les Huns indomptés ne t'auront pas pour reine;
Tu soupires... Tes yeux sont humides de pleurs,
Parle... dis ta souffrance ou ta triste pensée
A celle qui demain veut mourir si tu meurs,
Qui, te donnant son lait, dans ses bras t'a bercée!
HILDA
Ma mère... un songe malgré moi
Me glace d'un mortel effroi.
Jadis, j'ai recueilli dans la forêt prochaine
Un milan voletant à peine,
Et de mes mains je l'ai nourri.
Dans mon rêve j'ai vu s'élancer d'un nuage
Un aigle affamé de carnage,
Frappant l'air d'un lugubre cri.
Je cachais dans mon sein, troublée et frémissante,
Le pauvre oiseau tremblant
De son bec acéré,
Malgré mes vains efforts et mes cris d'épouvante,
L'aigle cruel l'a déchiré.
UTA
Ma fille... Le sommeil est pour moi sans mystère!
Ce milan... c'est un noble époux...
Garde qu'une rivale, un jour, en sa colère
Dans tes bras ne le fasse expirer sous ses coups.
HILDA
Je veux vivre à jamais sans amour.
UTA
(souriant.)
O blashème
HILDA
J'ai refusé le trône d'Attila.
Quel moins digne voudrait se condamner lui-même
Aux dédains du cur qui dort là?
UTA
Un héros vient toujours... et c'est celui qu'on aime.
HILDA
Hé bien, il est venu, ma mère, le héros!
J'aime! et j'aime sans espérance...
Depuis qu'il a paru, j'ai perdu le repos,
J'aime et je meurs de ma souffrance!
Comme le soleil au ciel pur
Soudain vous fait pâlir, astres que la nuit sème,
Tel parmi les vaillants brille celui que j'aime,
Le noble et valeureux Sigurd!
Ma mère, tu connais le mal qui me dévore,
Que rien ne peut apaiser désormais!
Il n'a pas vu que je l'aimais!
LE CHOEUR
(se rapprochant à la fin du récit. )
Fille des rois, que te sert d'être belle?
Pourquoi répandre en secret tant de pleurs?
L'espérance a ton âge, Hilda, souris comme elle!
Souris; le gai printemps sur ta lèvre est en fleurs.
UTA
La nuit vient, les chasseurs ont quitté les halliers.
Femmes, il faut céder cette salle aux guerriers.
CHOEUR
Voilà les étendards, les cuirasses, les armes!
Avec le jour finira le festin;
Le roi Gunther part aux feux du matin.
Nous l'attendrons ici sans pleurs et sans alarmes.
Victorieux, de gloire et d'or couvert,
Il reviendra, le brave roi Gunther.
Voilà les étendards, les cuirasses, les armes!
(Le chur sort.)
SCÈNE 2
UTA, HILDA
(Uta arrête Hilda au moment où elle allait sortir
à la suite du chur, et la ramène vivement à l'avant-scène.)
UTA
(à Hilda.)
Je savais tout, j'avais lu dans ton cur
Ton amour pour ce fier vainqueur
Tes tourments, ta misère,
Hilda, Sigurd ici bientôt viendra
Et d'un ardent amour bientôt il t'aimera!
HILDA
Dieux!
UTA
Les destins n'ont pas de secrets pour ta mère.
I
Je sais des secrets merveilleux
Jadis appris à nos aïeux
Par les esprits terribles;
Je sais des charmes redoutés
Soumettant à nos volontés
Les êtres invisibles.
J'ai conjuré l'esprit de l'air,
D'aller vers Sigurd au cur fier
Et de lui porter la pensée
De venir au burg de Gunther.
Il vient, ô pauvre âme blessée,
Le fiancé que tu choisis!
O fleur par l'orage lassce,
Il vient, sèche tes pleurs, souris.
II
Par une belle nuit d'été,
La lune inondant de clarté
Les lacs bordés d'yeuses
En invoquant Fréja trois fois
J'ai cueilli dans l'ombre des bois
Des plantes merveilleuses.
Mon art en a su composer
Un philtre où Sigurd va puiser
Les feux d'une ardeur insensée
Qui pour Hilda va l'embraser.
Il vient, ô pauvre âme blessée,
Le fiancé que tu chosis!
O fleur par lorage lassée,
Il vient, sèche tes pleurs. Souris.
(Fanfares, au dehors.)
HILDA
Ah! je tremble!
UTA
Ecoutons.
CHOEUR
(au dehors)
Voilà le fier chasseur,
Voilà le roi Gunther.
HILDA
(à Uta qui lentraîne.)
O ma mère, jai peur!
Scène 3
Le Roi Gunther, Hagen, Un Barde, Rudiger,
Les Envoyés dAttila, Suite de Gunther, etc.
(Valets, portant des flambeaux. Marche. On apporte des tables.)
LE CHOEUR
Quand on court depuis le matin
Les forêts. Les monts et la plaine,
Il est doux de reprendre haleine
Assis auprès dun gai festin!
Que les échos des sakkes hautes
Répètent un joyeux horrah.
Gloire à Gunther, gloire à ses hôtes,
Gloire aux envoyés dAttila!
(Gunther, prenant place sous un dais.
Rudiger et ses compaganons à sa droite
à la place dhonneur.)
GUNTHER
J'aime à vir assis à ma table
Avec vous, mes guerriers, ces chefs pleins de valeur
Envoya vers ma sur,
Emplissez ma coupe profonde,
Versez l'hydromel à la ronde,
Amis, avec moi buvez tous!
Au roi des Huns, à ses guerriers, à vous!
LE CHEOUR
Que les échos des salles hautes
Répètent un joyeux hurrah,
Gloire à Gunther, gloire à ses hôtes,
Gloire aux envoyés d'Attila!
HAGEN
(Se levant)
Donnons encor ce soir aux fêtes;
Pour de nouveaux combats, nous partirons demain,
voyez à ces parois briller nos armes prêtes.
LE CHOEUR
(à Gunther)
De quelles nouvelles conquêtes
Vas-tu nous montrer le chemin?
GUNTHER
A cette table à tous ouverte,
Est-il assis, ce barde aux cheveux blancs,
Que nous avons trouvé traînant ses pas errants,
Un soir, dans les sentiers de la forêt déserte?
CHOEUR
O vieillard, lève-toi
Et marche vers ton roi!
GUNTHER
Barde, prends ta harpe sonore
Et devant les guerriers assis à ce festin,
Au roi Gunther redis encore
Le chant de Brunhild, prisonnière d'Odin.
CHOEUR
Au roi Gunther redis encore
Le chant de Brunhild, prisonnière d'Odin.
LE BARDE
Il est une île sombre où le sol calciné
Cache des lacs de feu sous des plaines de neige,
Autour d'elle mugit l'Océan déchaîne,
De ses noirs touirbillons la tempête l'assiège.
GUNTHER
C'est là que je veux, mes amis,
Portant la lance et la framée,
Conquérir un trésor sans prix!
LE CHOEUR
Le froid, le feu, la vuit ni l'onde
N'arrêtent les curs généreux,
Nous te suivons au bout du monde,
roi valeureux.
LE BARDE
Odin, dieu farouche et sévère,
Odin, qui voit dans sa colère
Trembler le monde épouvanté,
Odin, de courroux transporté.
Un jour chassa du ciel une vierge guerrière
Qui, pour combattre sur la terre,
Avait osé quitter le séjour enchanté.
C'était Brunhild, la plus belle;
Les larmes de ses surs intercédant pour elle,
N'ont pu fléchir le dieu cruel!
La Walkyrie est condamnée
A subir notre destinée
En entrant au lit d'un mortel.
Qu'un guerrier au cur fier ses lève,
Qu'il marche hardi vers la grève
Où flamboie un château de feu!
Que brisant tes fers, ô déese!
Il conquière pour sa jeunesse
Une épouse digne d'un dieu.
GUNTHER
Je franchirai demain ton gouffre, ô mer profonde!
LE CHOEUR
Le froid, le feu, la vuit ni l'onde
N'arrêtent les curs généreux,
Nous te suivons au bout du monde,
roi valeureux.
RUGIGER et ses COMPANGNONS
(se levant)
Prince du Rhin, nous partons dès l'aurore
Et nous devons prendre congé de toi,
Fais cependant que nous puissions encore
Dire à ta sur les vux de notre roi.
(Gunther fait une geste, des valets sortent
et emportent les tables.)
GUNTHER
Que votre désir s'accomplisse,
Il ne dépendra pas de moi qu'Hilda
Ne sente dans son cur sa fierté qui fléchisse
Et ne monte joyeuse au trône d'azur!
(Rudiger et ses compagnons fléchissent
le genou devan Hilda.)
RUDIGER
Le chef des Huns par notre voix,
Belle Hilda, vous implore encore;
Son empire s'étend des Alps au Bosphore
Et le mond romain vit tremblant sous ses lois.
IRNFRIT
S'il vous plaît d'avoir pour couronne
Le diadème brillant
De l'empereur d'Orient,
Le fier Attila vous le donne!
RUDIGER
Si vous voulez, sur vos hatibs,
Sur vos voiles, ô jeune reine,
Semer les perles, les rubis,
De trésors Rome est encor pleine.
ENSEMBLE
Attila peut pour vous
O beauté sans seconde,
Mettre, en dépouillant le vieux monde,
tous ses trésors à vos genoux.
(Hilda s'avance et va parler, puis,
par un mouvement de pudeur,
elle se tourne vers son frère et se jette dans ses bras.)
HAGEN
(rentant)
Un guerrier, à l'air noble et fier,
Couvert d'une armure éclatante,
Vient vers le vaillant roi Gunther.
HILDA
(à part)
Dieux!
GUNTHER
Devant moi qu'il se présente,
Scène 5
Les Mêmes, Sigurd
(Gunther est devant son trône, sous un dais,
avec Hilda à ses côtés, tous ses guerriers l'entourent,
Sigurd entre tout armé. Appel des trompettes.)
SIGURD
Prince du Rhin, au pays de mon père,
Le récit me fut fait qu'à Worms auprès de toi
Sont réunis les meilleurs gens de guerre
Qui jamais servirent un roi!
Je viens te défier, Gunther, et me soumettre
Le comaine opulent dont le ciel t'a fait maître,
Car tu veux comme moi, conquérir la beauté
Qu'Odin tient prisonnière en un burg enchanté
LE CHOEUR
(entourant Gunther, l'épée haute.)
Il faut châtier tant d'audace,
Il faut qu'il meure à cette place,
L'insorlent qui vient jusqu'ici,
Gunther, te féfier ainsi!
GUNTHER
Qui donc es-tu, toi qui m'oses braver,
Avec ces paroles hardles?
LE CHOEUR
Es-tu digne de voir celui que tu défies
Pour te combattre se lever?
SIGURD
O nobles guerriers, votre épée
D'un sang plus pur ne peut être trempée,
Si vous voulez savoir ma patrie et mon nom,
Je suis Sigurd, fils du roi Sigemon.
GUNTHER
O fils de Sigemon, Sigurd, chef plein de gloire,
Je n'ai jamais connu la feinte ni la peur,
Mais ton nom est vivant au fond de ma mémoire
Et je veux sans combat te proclamer vainqueur.
O fils de Sigemon, Sigurd, mon héritage
fut un jour au pouvoir d'ennemis inhumains,
Tu secourus alors mon impuissant courage
Et délivras ma sur captive entre leurs mains.
O fils de Sigemon, sigurd, mon noble frèr,
De mes biens, de mon or, je t'offre la moitié,
Auprès de moi prends place au trône de mon père,
Echangeons un serment d'immortelle amitié!
SIGURD
Je le veux, jurons-nous une amitié sincère.
CHOEUR
Jurez, jurez!
SIGURD, GUNTHER
Nous nous promettons devant vous,
Dieux qui punissez le parjure,
Une amitié fidèle et pure,
Je suis à toi, mon frère, et jure
Devant le ciel, devant mes armes, devant tous.
HILDA
(à Sigurd, s'approchant une coupe à la main,
suivie de Uta portant une amphore.)
Celle à qui tu sauvas et l'honneur et la vie,
O chef, toujours vainqueur,
Vient, de ses mains, t'offrir cette liqueur,
Sceller la coupe en main le serment qui vous lie!
CHOEUR
Sceller la coupe en main le serment qui vous lie!
GUNTHER
A la ronde, versez l'hydromel parfumé,
Il faut boire à notre hôte aimé.
(Hilda a pris des mains de Uta la coupe
qu'elle a offerte à Sigurd. Cependant tous les guerriers,
la coupe d'une main, le glaive de l'autre,
entourent Gunther et Sigurd qui, choquant leur coupe
et tendant leurs épées, ronouvellent leur serment.)
RUDIGER
(offrant un bracelet à Hilda)
Avant que nous quittons à jamais ce rivage,
De l'amour d'Attila daignez prendre ce gage;
S'il le reçoit de vous par quelque messager,
Il vientra vous défendre ou sinon vous venger.
(Hilda prend le braclet des mans de Rudiger
et l'attache à son bras avec l'aide d'Uta.)
SIGURD
(après avoir vidé la coupe)
Dieux! quel trouble nouveau s'empare
De mon cur agité,
Ma raison chancelle et s'égare
A l'aspect de cette beauté;
C'est comme un charme qui m'enchate,
Je vois
Tant d'attriats, de grâce touchante
Pour la première fois.
GUNTHER
Sans fausser le serment d'amitié qui nous lie,
Je veux te disputer le radieux réveil
De la vierge qui dort d'un magique sommeil.
SIGURD
(à Gunther)
Pour conquiér la Walkyrie,
Et briser ses liens, ô roi, si tu le veux,
Dans les mêmes périls nous combattrons tous deux.
Mais au retour dans ta patrie,
Au sang que près de toi, frère, je verserai,
tu donneras le prix que je réclamerai.
GUNTHER
J'en fais serment d'un cur sincère,
Et la main dans la main.
SIGURD
Pour conquérir Brunhild la guerrière,
Nous partirons demain.
SIGURD & GUNTHER
Nous nous promettons devant vous,
Dieux qui punissez le parjure,
Un amitié fidèle et pure.
Je suis à toi, mon frère, et jure
Devant le ciel, devant mes armes, devant tous.
CHOEUR
Ils se promettent devant vous,
Dieux qui punissez le parjure,
Une amitié fidèle et pure.
Ils sont amis et chacun d'eux le jure
Devant le ciel, devant ses armes, devant tous.
(Tous les chefs entourent Sigurd et Gunther, l'épee haute.)
Rideau
ACTE II
ACTE I
ACTE II
ACTE III
ACTE IV
Islande.
Premier Tableau
Un forêt sacré au bord de la mer.
(Sous un énorme tilleul consacré à Fréja,
s'élève un autel où se célèbre un sacrifice.)
Scène 1
Le Grand-Prêtre d'Odin, Choeur des Prêtres,
Choeur du Peuple
(Le grand-prêtre célèbre un sacrifice,
d'autres prêtres l'entourent et prient avec lui.
Le peuple est prosterné autour d'eux.)
CHOEUR DES PRÊTRES
Dieux terribles qui vous plaisez
Dans les nuages embrasés,
CHOEUR DU PEUPLE
Qu'en vos mains dorme le tonnerre.
LES PRÊTRES
Dieux farouches dont les autels
Sont rougis du sang des mortels,
CHOEUR DU PEUPLE
Laissez fléchir votre colère.
LES PRÊTRES
Dieux cruels qui volez la nuit
Dans un char par la mort conduit,
LE PEUPLE
Détournez vos yeux de la terre.
LE GRAND PRÊTRE
Et toi, Fréja, déese de l'amour,
Belle épouse d'Odin qui partages son trône,
Des vierges au lever du jour
Ont pour toi, de leurs mains, tressé cette couronne.
Déesse charmante, reçois
Cette offrande avec un sourire!
Par toi, tout aime et tout respire,
Fréja, qui pour miroir prends les lacs de ces bois.
(Reprise du chur du peuple et des prêtres.)
Scène 2
Les Mêmes, Sigurd, Gunther, HAGEN
SIGURD, GUNTHER & HAGEN
(au dehors)
O Brunhild, ô vierge armée,
Dans un burg de flamme enfermée,
Vers toi, par ce sombre chemin,
Nous marchons le glaive à la main.
(Ils entrent.)
LE GRAND-PRÊTRE
Quels profanes, au fond de ces antres sauvages
Portent leurs pas audacieux?
LE PEUPLE
Bravant notre courroux et celui de nos dieux,
Quels étrangers ont franchi ces rivages?
SIGURD, GUNTHER & HAGEN
Nous sommes trois guerriers nés aux pays dy Rhin.
Nous venons conquérir la velle Walkyrie
Qui, dans son palais endormie,
Attend l'époux que lui promit Odin.
LES PRÊTRES et LE PEUPLE
Tremblez! Les esprits invisibles
Vont sortir, menaçants, terribles,
Des arbres, des rochers et des lacs de ces bois.
Tremblez! C'est à la mort que vous marchez tous trois.
LE GRAND PRÊTRE
Des champs sacrés voilà les bornes
Ceux par qui ces dolmens déjà furent franchis,
Ont semé ces déserts mornes
De leurs os blanchis.
LES PRÊTRES et LE PEUPLE
Tremblez! Les esprits invisible
HAGEN, SIGURD & GUNTHER
(s'avançant toujours)
O Brunhild, ô vierge armée
LE GRAND PRÊTRE
Eh bien! puisque ici-bas rien ne peut vous soustaire
Aux arrêts du destin,
Guerriers qu'anime un espoir téméraire,
Ecoutez les décrets d'Odin!
LES PRÊTRES et LE PEUPLE
Ecoutez d'un Dieu terrible
L'arrêt inflexible!
(Tous se prosternent. Les trois guerriers s'inclinent.
Le tonnerre gronde dans le lointain.)
LE GRAND-PRÊTRE
Un seul de Brunhild rompra l'enchantement.
Un seul peut éveiller la déesse exilé,
Sonnant le cor sacré dans la sombre vallée,
Un seul, héros au cur de diamant,
Des esprits infernaux vaincra la troupe ailée.
Et celui-là plus pur que l'aube d'un beau jour,
vierge de corps et d'âme,
N'aura jamais subi le joug d'aucune femme,
Ni murmuré jamais des paroles d'amour.
LES PRÊTRES et LE PEUPLE
Vous savez d'un Dieu terrible
L'arrêt inflexible.
SIGURD
Prêtres, apportez-nous le cor sacré d'Odin,
Un de nous vers le burg va se mettre en chemin!
(Les prêtres et le peuple disparaissent parmi les arbres.)
Scène 3
Sigurd, Gunther et Hagen
GUNTHER
Lequel de nous va tenter l'aventure?
HAGEN
Qui de nous restera dans la forêt obscure?
SIGURD
Moi!
HAGEN
Les dieux sont armés d'inexorables traits.
Que peut contre eux notre faiblesse!
SIGURD
(à Gunther)
Quand Brunhild sera dans ton palais,
Souviens-toi seulement, Gunther, de ta promesse
Et des serments que tu m'as faits.
J'ai fiancée inconnue
Que sur mon cur devait régner,
Et jamais un mot de ma boche
N'offensa sa fierté farouche;
C'est moi qu'en ses décrets Odin veut désigner.
HAGEN
(à Gunther)
Celui qui, parvenu près de la Walkyrie
Rendra la déese à la vie,
Deviendra pour jamais son maître, son époux.
GUNTHER
(s'élançant)
Adieu donc, les périls, je veux les braver tous!
SIGURD
(l'arrêtant)
Un autre amour m'a pris mon âme toute entière,
Brunhild ne me verra pas.
Sous ton casque d'airain, sans lever la visière,
Je la conduirai dans tes bras!
(Mouvement de Gunther.)
Par mon amour! mon frère, je te jure,
De te l'amener vierge et pure!
LE CHOEUR
Toi qui du sein des nuages
Fais dans les orages
Briller ton courroux!
Puissant Odin, Dieu sévère.
Le ciel et la terre
Sont à tes genoux!
HAGEN
(pendant que le roi et Sigurd font l'échange de leurs casques)
Déjà descend vers nous la blanche théorie,
Elle s'avance au bruit des chants religieux,
Elle vient apporter le cor mystérieux,
A qui veut délivrer la bell Walkyrie!
SIGURD
Amis, recevez mes adieux.
Scène 4
Les mêmes, Les Prêtres, le Peuple,
Le Grand-Prêtre, apportant le cor sacré
LE GRAND-PRÊTRE
Prends ce cor sacré, présent de notre Dieu,
Si l'épouvante ne te glace,
Alors qu'autour de toi les esprits vont rugir,
Sonne trois fois ce cor sonore,
D'un lac dont la flamme dévore,
A ton troisième appel le palais va surgur.
SIGURD
(prenant le cor)
Donne.
LE GRAND-PRÊTRE
(à Gunther et à Hagen)
Sur vos vaisseaux, vous, quittez cette rive
Si ce guerrier délivre la captive,
Par les esprits vaincus, jusqu'aux rives du Rhin,
Il sera ramené soudain,
Telle est des dieux la volonté terrible!
HAGEN & GUNTHER
(à Sigurd)
Puisse s'ouvrir pour toi le burg inaccessible!
Puisses-tu triompher des colères d'un Dieu!
GUNTHER
Puisses-tu revenir près de Gunther!
SIGURD
Adieu.
CHOEUR
Toi qui des nuages
Fais dans les orages
briller ton courroux
Puissant Odin, dieu sévère,
Le ciel et la terre
Sont à tes genoux.
(Pendant qui le rideau es baissé,
on continue à entendre le chur qui s'éloigne.
Quand le rideau se relève, Sigurd est seul.)
ACTE III
ACTE I
ACTE II
ACTE III
ACTE IV
Deuxième Tableaux
(en se relevant, le rideau laisse voir
le Folkranger ou champ des morts.
C'est une plaine lugubre coupée
et là par des doimens et autres pierres druidiques.
Au fond, un lac bordé d'arbres funèbres.)
Scène 1
Sigurd
SIGURD
(seul)
Le bruit des chants s'étient dans la forêt immense,
Sous les tilleuls sacrés tout est ombre et siilence,
Et je me sens au cur l'audace d'un héros!
Pourquoi tarder?
Que le combat commence!
O cor de ces bois noirs éveille les échos!
Non! si ma force et mon courage
Succombent dans l'effort,
Si la mort
M'attend dans cette île sauvage,
Esprits gardiens de ces lieux vénérés,
sachez quel nom, redit par votre bouche,
M'éveillera sur ma funèbre couche,
Lorsque j'y dormirai.
Hilda, vierge au pâle sourire,
Jeune lys tremblant sous ses fleurs,
C'est ton doux nom que viendra dire
Sur ma tombe la nuit en pleurs!
Mais non! point de triste présage,
Mon amour doublera ma force et mon courage,
Elfs, Kobolds, esprits, paraissez tous,
Je viens à vous!
(Il sonne du cor.)
Scène 2
Sigurd, Les trois Nornes, Walkyries, Kobolds, etc.
(Le ciel s'obscurcit, le tonnerre gronde,
le vent fait entendre parmi les arbres
des gémissement sinistres.
Trois femmes se montrent au bord du lac.
Elles lavent un vêtement blanc
et semblent se gâter à l'ouvrage.)
SIGURD
(aux trois lavandières)
Pourquoi vos yeux sont-ils remplis de larmes,
Jenues filles? Pourquoi ces vêtements de deuil?
Que lavez-voux à cette onde?
(Les trois nornes se dressent devant Sigurd
et lui font signe que c'est un linceul lavent.)
Un linceul!
Pour qui? Parlez!
(Les trois nornes indiquent à Sigurd
que ce linceul lui est destiné.)
Pour moi?
(Les trois normes disparaissent dans le lac.)
Point de lâches alarmes,
Fantômes qui venez au-devant de mes pas
Vos présages de mort ne m'arrêteront pas!
(Il se prépare à sonner pour la deuxième fois le cor sacré.
À la lueur des éclairs, des Walkyries armées appaissent
de tous côtés et cherchent à le lui arracher.
Sigurd lutte vaillamment contre elles.
Des Kobolds viennent à leur tour assaillir le héros.)
Je vous vaincrai, peuple sans nombre
Des fils de l'ombre.
(Une nué de fantômes et de lutins de tout sorte
se joint aux Walkyries et aux Kobolds
et tourbillonne autour de Sigurd.)
(l'épée à la main et appuyé contre un rocher)
Arrière, Kobolds, noirs esprits,
Pour le seconde fois, cor sacré, retentis!
(Il sonne du cor.)
Scène 3
Les mêmes, Les Nixes, Les Elfes, puis Les trois Nornes
(Le lac paraît baigné pur une clarté plus douce.
Les Walkyries et les Kobolds se sont écartés.
Des Nixes sortent lentement du lac et des roseaux,
pendant que les Elfes viennent des bois.
Elles cherchant, en enlaçant Sigurd dans leurs bras,
à l'entraîner dans leur danses voluptueuses,
à le conduire vers les rochers pour le précipiter dans le lac.
Sigurd résiste. Une Elfe dérobe le cor et s'enfuit.)
SIGURD
(s'arrachant aux Elfes et aux Nixes)
Non, sur moi, comme l'épouvante,
La volupté doit rester impuissante!
(Sigurd cherche à reconquérir le cor d'Odin,
le tonnerre gronde de nouveau, les éclairs flamboient,
les Walkyries, les Kobolds accourus entourent l'Elfe,
cherchant à écarter Sigurd.)
(Le nuée de fantômes tourbillonne
de nouveau autour du héros,
Sigurd cependant se fraie un passage parmi
les glaives des Walkyries qui se brisent sur sa poitrine
et arrache à l'Elfe le cor sacré.)
Retentis dans ces sombres bois,
O cor sacré, pour la troisième fois!
(Les éclats du tonnerre, les sifflements de la tempête
recommencent avec furie.
Les trois Nornes sortent du lac et s'avancent vers Sigurd.
Elles lui montrent le lac qui bouillonne
et bientôt se change en une fournaise ardente
du milieu de laquelle s'élève un palais de feu.
Sigurd, conduit par les trois Nornes au milieu des Walkyries,
des Kobolds, des Elfes qui le menacent,
se dirige vers le lac enflammé, des montres sortent du lac
et marchent vers Sigurd.)
Hilda, le lac flamboie
Et mon cur bat
De joie
Au combat!
(Au milieu du fracas des éléments,
le Burg grandit de plus en plus
et remplit bientôt tout le théâtre.
Sur un signe des trois Nornes, la muraille
s'écroule et laisse voir une salle du palais magique.)
Troisieme Tableau
Une salle d'un palais enchanté
Scène Unique
Brunhild, endormie, Sigurd, Les Trois Nornes
SIGURD
(l'épée à la main, conduit par les trois nornes)
Je suis vainqueur! La voilà, c'est elle!
Puissances du ciel, qu'elle est belle!
Quel sourire charmant pare sa lèvre en fleur!
Elle ne verra pas mon visage, et du roi
La noble loyauté ne sers pas trompée,
Et maintenant sous mon épée,
O Brunhild, éveille-toi.
(Il abaisse la visière de son casque.)
BRUNHILD
(séveillant)
(Sigurd se tient immoble, la visière baissée.)
Salut, splendeur du jour, salut, astre au front pur,
Qui de tes rayons d'or sèmes l'immense azur.
Dieux, abaissez sur nous des regards favorables,
Aux douleurs des humans montre-vous secourables!
Salut, terre! Salut, nourrice au sein fécond,
Qui fais croître pour nous l'épi du froment blond!
Dieux! Que votre bonté nous donne en sa largesse
La force, la raison, le savoir, la sagesse.
Mais quel guerrier vaillant et fort,
Bravant pour moi l'affreuse mort,
A, par le pouvoir de ses armes,
De ma prison rompu les charmes?
O mon sauveur silencieux,
La Walkyrie est ta conquête,
Et ne crains pas qu'elle regrette,
Près de toi, le palais des cieux.
Les esprits déployant leurs ailes
Vont vers les dermeures mortelles
Bientôt m'emporter avec toi.
Guerrier, prends place auprès de moi.
Brunhild encor vierge et pure,
Pour toi dénouant sa ceinture,
Te la donne en gage d'amour.
À ton foyer, paisible, assise,
Elle vivra fière et soumise,
En t'aimant jusqu'au dernier jour.
(S'endormant dans les bras de Sigurd.)
La Walkyrie est ta conquête
(Elle retombe endormie sur le lit.)
SIGURD
(revelant la visière de son casque)
O Gunther! mon ami, mon frère,
Tu n'auras pas en vain compté
Sur ma force et ma loyauté!
(Plaçant son épée nue entre Brunhilde et lui.)
Glaive, sépare-moi de la vierge guerrière!
Perce mon cur, ô noble fer,
Si, m'éntendant sur cette couche,
À ce voile sacré je touche.
(Il se place près de Brunhild.)
Et vous que j'ai vaincus, Kobolds, esprits de l'air,
Portez-nous au burg de Gunther!
Quartième Tableau
(Aussitôt le palais magique s'engloutit dans le lac,
et le lit qui porte Sigurd et Brunhild,
transformé en nacelle de cristal, flotte à sa surface,
traîné par les trois Nornes changées en cygnes.
Le paysage a perdu sa teinte lugubre,
il est maintenant éclairé par une douce lumière féerique,
les Nixes, les Elfes et les Kobolds dansant gaiement sur les gazons.)
Rideau
ACTE IV
ACTE I
ACTE II
ACTE III
ACTE IV
Worms
Premier Tableau
Un jardin du burg de Gunther
Scène 1
CHOEUR INVISIBLE
À la voix des esprits de l'air
O roi, viens dans ce jardin sombre,
Sigurd t'attend ici dans l'ombre!
Sors de ta couche, ô roi Gunther!
Scène 2
Gunther, puis Sigurd et Brunhild
GUNTHER
Suis-je donc le jouet d'un rêve?
Non! de confuses voix, m'arrachant au sommeil,
Ont murmuré mon nom!
(L'aube commence à poindre.)
Portant le jour vermeil
À peine à l'Orient se lève
(Le jour augmente. Burnhild apparaît au fond du théâtre,
endormie. Sigurd debout à ses côtés.)
Grands Dieux!
Sous l'arbi du bouleau,
Dans la clarté de l'aube pâle,
Veillant sur Brunhild, la beauté sans égale,
Sigurd m'est apparu dans le matin nouveau
SIGURD
(descendant vers le roi)
Oui, Sigurd est vainqueur! Gunther! prends ton armure,
Sitôt que le soleil luira sous la ramure,
Ta belle fiancée, ô roi,
Va s'éveiller et descendre vers toi!
Sous ces ombrages frais de hêtres et de charmes,
Les esprits vont encor la garder jusqu'au jour
Le jour veny, te couvrant de tes armes,
Parais
et hardiment réclame son amour!
J'ai, roi Gunther, gardé la foi jurée,
Songe à tenir aussi ta promesse sacrée,
Quand je vientrai te réclamer le prix
À mes exploits promis!
(Il sort.)
Scène 3
Gunther, Brunhild, endormie
GUNTHER
La voilà donc, la déesse exilée,
Que dans mon cur dès longtemps j'adorais!
Les dieux jaloux, en vain, dans leurs décrets,
Pour vaincre les démons, les Elfes, troupe ailée,
Ont désigné Sigurd!
Brunhild est à moi,
Mes guerriers la verront aux côtés de leur roi.
CHEUR INVISIBLE
Notre tâche est remplie
Le jour luit au ciel bleu,
Toi qui fus Walkyrie,
Adieu!
BRUNHILD
(s'éveillant entre les buissons en fleurs
dans le premier rayon du soleil)
Où me conduit ma destinée?
Et sur quels bords inconnus amenée
Vois-je naître du jour les premières clartés?
D'où vient que mon époux n'est plus à mes côtés?
LE CHOEUR
(invisible, se perdant dans l'éloignement)
Notre tâche est remplie,
Le jour lui au ciel bleu,
Toi qui fus Walkyrie,
Adieu!
GUNTHER
(il s'élance vers Brunhild)
Ces bords que vous foulez, reine, sont votre empire;
Ces plaines, ces vallons, ces forêts sont à vous
Ce vieux burg créneté, qui dans le Rhin se mire,
Est la palais de votre époux.
BRUNHILD
Cet époux, quel est-il?
GUNTHER
Un guerrier qui vous aime!
BRUNHILD
Pourquoi ne vient-il pas me conduire lui-même,
Au banquet nuptial qu'on va dresser pour moi?
GUNTHER
Cleui qui te ceindra bientôt le diadème,
Brunhild, est à tes genoux
(Mouvement de Brunhild.)
BRUNHILD
(avec doute)
Vêtu de fer, la visière baissée,
C'est toi que vins dans mon palais brûlant,
Toucher mon front de ton glaive sanglant?
Des noirs esprits la foule terrassée,
C'est toi qui vins, voilé, silencieux,
Comme l'époux que m'ont promis les dieux?
GUNTHER
Vêtu de fer, la visière baissée,
C'est moi que vins dans mon palais brûlant,
Toucher mon front de ton glaive sanglant
Des noirs esprits la foule terrassée,
C'est toi qui vins, voilé, silencieux,
Comme l'époux que m'ont promis les dieux!
BRUNHILD
Qui donc es-tu, toi qui donnais ta vie
Pour délivrer la Walkyrie?
GUNTHER
Je suis Gunther, Roi des Burgondes, Prince du Rhin,
Sur les campagnes fécondes,
Que le grand fleuve germain
Baigne de ses eaux profondes,
Tout est soumis à mon secptre d'airain!
Je suis Gunther, Roi des Burgondes, Prince du Rhin!
BRUNHILD
Je suis à toi, Gunther, mon époux et mon maître,
Vaillant roi de ce beau pays.
Énchangeons nos serments entre les mains du prêtre.
Et qui les dieux soient obéis.
GUNTHER
O Brunhild, jamais vierge plus désirée,
N'a d'un époux franchi le seuil joyeux,
Jamais auprès d'une femme adorée
Guerrier ne fut plus radieux!
BRUNHILD
Je suis à toi, Gunther, mon époux et mon maître,
Vaillant roi de ce beau pays.
Énchangeons nos serments entre les mains du prêtre.
Et qui les dieux soient obéis.
GUNTHER
Elle est à moi! Je suis l'"epoux, je suis le maître,
D'un trésor qu'un autre a conquis,
Que bientôt nos serments soient bénis par le prêtre,
tout appartient aux curs hardis!
(Ils sortent.)
Deuxième Tableau
Une large terrasse devant le château de Gunther.
(À droite, le château avec une porte
laquelle on arrive par plusieurs marches.
À gauche, des habitations de paysans
et de grands arbres. An fond, le Rhin.)
Scène 1
Sentinelles aux portes du château, Guerriers endormis,
Bûcherons, Mariniers se rendant à l'ouvrage,
Chasseurs passant l'épieu sur l'épaule,
Pêcheurs chargés de filets, Femmes,
Enfants, avec des faucilles, des corbeilles, etc.)
LE CHOEUR
Les premiers feux du matin
Ont doré les flots, du Rhin,
Sur la terre tout s'éveille,
Retournons à nos travaux;
Sur les champs et sur les eaux
À lui l'aurore vermeille.
(Ils se séparent, montent dans les barques,
se dirigent de différents côtés.)
Scène 2
Les mêmes, Hagen, Suite d'Hagen
(Hagen sort du château, suivi de guerriers
portant des clairons et des bannières.
Il s'arrête au seuil, entouré de son escorte.
Appel de clairons. Les laboureurs, mariners,
chasseurs, s'arrêtent et reviennent vers le château.)
LE CHOEUR
Le clairon des hérauts sonne!
Sachons ce qu'il nous ordonne
HAGEN
Au nom du roi Gunther, peuple, je viens vers toi!
Des dieux maîtres du ciel la bonté souveraine
Donne la Walkyrie à l'amour de ton roi,
Et Brunhild va devenir ta reine,
Semez ces bords de joncs et de rameaux fleuris!
Bientôt apparaîtra la pompe nuptiale
De Brunhild suivons la marche triomphale,
Peuple, fais retenir les airs de joyeux cris!
LE CHOEUR
Semons ces bords de joncs et de rameaux fleuris!
Bientôt apparaîtra la pompe nuptiale
De Brunhild suivons la marche triomphale,
Nousf erons retenir les airs de joyeux cris!
(Appel de clairons. Les hérauts restent groupés
à la porte du burg. Hagen descend e se mêle à la foule.)
Scène 3
Les mêmes, Hilda et ses Femmes,
Uta, puis bientôt tout le cortège royal,
Brunhild, gunther, Guerriers, Dames, Valets, etc.
(Une barque parée de fleurs et menée par
des prêtres paraît sur le Rhin.)
HAGEN
(à Gunther et à Brunhild)
La barque qui vous doit conduire à l'autre rive,
Sous les ombrages chers à nos dieux vénérés,
Aux bords où vos serments vont être consacrés,
Par les prêtres menée, à cette grève arrive
GUNTHER
(à Brunhild)
Te plaît-il de me suivre au bois sacré d'Odin?
BRUNHILD
Oui, j'obéis aux dieux, maîtres de mon destin!
Scène 4
Les mêmes, Sigurd
(Sigurd entre à cheval avec une suite nombreuse.)
SIGURD
Roi Gunther, digne fils des héros, tes aïeux,
Brunhild avec toi monte aux autels des dieux.
Confiant dans la foi jurée,
Sigurd vient réclamer la promesse sacrée
Que tu lui fis jadis pour ce jour glorieux!
GUNTHER
Vers nous c'est un dieu qui t'envoie;
O fils de Sigemon, Sigurd, chef valeureux.
BRUNHILD
Ah, Sigurd!
GUNTHER
Prends ma droite, mon frère, et l'objet de tes vux,
Gunther te le donne avec joie.
SIGURD
Le présent qui te peut envers moi délier,
Un plus noble n'est ps aux mains d'Odin lui-même.
C'est Hilda, c'est ta sur que j'aime!
Hilda, qui des longtemps a mon cur tout entier.
GUNTHER
(à Hilda)
Sigurd te demande à ton frère,
Consens-tu, noble fille, à dégager ma foi
Envers ce chef?
HILDA
Adieu, mon frère, adieu, mon roi,
Hilda suivra Sigurd dans la paix, dans la guerre!
GUNTHER
O Brunhild, prends leurs deux mains
Et réunis-les dans la tienne.
HILDA et SIGURD
(s'énclinant)
Oui
que notre bonheur soit ton ouvrage, ô reine!
BRUNHILD
Le ciel à vos amours donne d'heureux destins!
(En unissant leurs mains, elle rencontre celle de Sigurd.
Le tonnerre gronde.)
(à part)
O Sigurd! quel poison dans mes veines circule!
SIGURD
(à part)
O Brunhild!
Ta main me brûle!
HILDA
(à part)
Quel trouble d'eux s'est emparé?
UTA
Ciel! Le voile fatal s'est-il donc déchiré!
GUNTHER
La foundre au ciel serein est un heureux présage.
(à Sigurd)
Prends la main que ma sur te livre comme un gage,
Et sur l'autre rive du Rhin,
Les ministres sacrés d'Odin
Vont célébrer un double mariage!
UTA
La mort plane sur notre tête.
O jour de sang! O déplorable fête!
LE CHOEUR
Frappons les airs joyeux de hurrahs et de cris.
Voici marcher au Rhun la pompe nuptiale.
Chantons de Brunhild la beauté sans égale,
Chantons la fière Hilda dont Sigurd est éspris.
Devant la marche triomphale,
Eveillez-vous, échos de l'air!
Gloire à Sigurd! Gloire à Gunther!
UTA
(au comble de l'épouvante)
Ah! Je lis dans les cieux! Leurs destins sont écrits!
Elle plane sur eux, la mort sanglante et pâle.
Dieux sans pitié, frappez, je vous maudis!
Jetez-moi dans l'ombre infernale,
Armez-vous des traits de l'éclair.
Dieux maudits! Dieux au cur de fer!
(Uta tombe évanouie et les barques disparaissent.
Le peuple resté sur la rive agite des rameaux.)
Worms
Premier Tableau
Une terrasse du burg de Gunther
(Le palais à gauche. Un perron avec un large escalier descend
des appartements de la reine.
Le dessus du perron forme une sorte de voûte ou portique.
Une large prote donne accès dans le palais.
A droite, des arbres, une fontaine. Au fond, un chemin.
Forêts à l'horizon. La fin du jour.)
Scène 1
Les Femmes des Soldats de Gunther puisent de l'eau à la fontaine.
(Des Servantes sortent du palais
et viennent y remplir aussi des vases qu'elle portent sur leurs têtes.)
LES FEMMES DES SOLDATS
Emplissons nos urnes profondes,
Au courant de ces fraîches ondes!
LES SERVANTES
Dans nos urnes, allons chercher
L'eau pure, fille du rocher!
Scène 2
Brunhild, et ses Femmes
BRUNHILD
Mes filles, menez-moi vers cette source pure
Qui court sous l'épaisse rameur
Ah! que ne puis-je errer au sein des bois épais,
Sur les monts couronnés par la neige échatante!
La lumière me brûle
et l'ombre m'épouvante!
Où mon cur éperdu trouvera-t-il la paix?
(Elle tombe accablée sur un banc de rocher.
Les femmes s'empressent autour d'elle.)
Eh! Quoi? De ma vaine parure,
Vous voulez encor prendre soin.
Éloignez-vous, je ne veux pour témoin
De mes pleurs que cet antre où l'eau pleure et murmure.
(Pendant que les femmes s'écartent avec douleur
et respect en rentrant lentement dans le palais
et laissant Brunhild abîm"ee dans sa souffrance.)
CHOEUR
(au dehors)
Que notre tâche est légère!
Nous passons sur cette terre,
Sans souffrir les maux de ceux
Que pourtant on nomme heureux!
BRUNHILD
O palais radieux de la voûte étoilée!
O demeures du ciel dont je suis exilée!
Astres qui nous versez vos rayons purs et doux
Je n'ose plus, hélas! lever le front vers vous!
Un trait inexorable
Brûle mon cur blessé,
Son poison redoutable
Dans mes os s'est glissé.
Haltetante, égarée,
Je tends les bras vers toi
Sigurd!
Honte mortelle!
Prends-moi, nuit éternelle!
O terre, engloutis-moi!
Grand dieu, cruel témoin du destin qui m'accable,
Détourne de mon front ton courroux redoutable!
Scène 3
Brunhild, Hilda
(Hilda, sortant du palais, aperçoit Brunhild,
s'arrête un instant à la considérer avec une défance jalouse,
puis s'approche d'elle.)
HILDA
Jeune reine, ma sur, n'es-tu pas résignée
A vivre parmi nous?
Te verrons-nous toujours de tes larmes baignée?
La terre t'offre en vain tous ses biens les plus doux,
Un trône
des trésors
(avec intention)
Et l'amour d'un époux
BRUNHILD
Hélas!
HILDA
Chasse, ma sur, ta farouche tristesse.
Que le sourire, enfin, sur tes lèves renaisse.
Le soleil a déjà quitté le ciel d'azur!
Viens, allons dans la plaine,
Voir le sjeux des guerriers
Un chef hardi les mène;
C'est Sigurd!
(Mouvement de Brunhild.)
HILDA
(à part)
elle a frémi!
BRUNHILD
(se soulevant pour fuir)
Dieux puissants!
Je chancelle!
HILDA
(avec une colère contenue, arrêtant Brunhild)
Au seul nom de Sigurd, la flamme malgré toi
Dans tes yeux mourants étincelle!
Pourquoi donc ta main tremble-t-elle?
Pourquoi n'oses-tu plus lever les yeux sur moi?
Écoute
Il n'est plus temps de feindre.
Mon courroux
mon mépris sont las de se contraindre,
Regarde ce tissu fait de soie et d'or pur.
BRUNHILD
Qui t'a fait ce présent?
HILDA
C'est mon époux Sigurd.
BRUNHILD
(à part)
O trouble!
O lumière fatale!
C'est ma ceinture virginale.
De mes mains mon sauveur voilé
A pris ce tissu constellé
HILDA
Oui, pour qu'enfin toute espérance
S'éteigne dans ton cur jaloux,
Sache-le donc; ta délivirance
Fut l'uvre de Sigurd, de mon vaillant époux.
BRUNHILD
Sigurd!
C'était Sigurd!
Brunhild encor vierge et pure,
Pour lui dénouant sa ceinture,
La remit en gage d'amour,
En jurant de l'aimer jusqu'a son dernier jour,
Mais alors c'est Sigurd que, tremblante, égarée,
J'ai reçu dans mes bras et serré sur mon cur.
Hélas! Je me souviens, à peine délivrée,
Je me suis endormie auprès de mon vainqueur,
Sigurd m'aime
en brisant ma chaîne,
Sigurd pensait peut-être à toi,
Mais la volonté souveraine
Pour jamais le liait à moi!
HILDA
Sigurd m'aime, en brisant ta chaîne,
En te livrant captive au roi,
Sigurd ne voulait, pauvre reine!
D'autre récompense qui moi!
(La nuit vient.)
Scène 4
Brunhild, Hilda, gunther, Hagen
(Gunther, suivi d'Hagen,
sort du palais avec des valets portant des flambeaux.
En voyant les deux femmes, il s'avance vers elles.)
HAGEN
Compagnons!
Parmi les sentiers,
Faites briller les feux et battez les haltiers,
Gunther vont suit!
(Les valets sortent.)
BRUNHILD
Gunther, roi perfide et menteur,
Je foule aux peids ton diadème!
Sigurd est mon libérateur,
Les dieux me l'ont donné
je l'aime!
Tant qu'il vivra, je suis à lui!
Il faut qu'un de vous deux succombe,
Que Sigurd ou toi, dans la tombe,
Dorme avant que le jour ait lui!
(Brunhild sort menaçante. Un chur de chasseurs passe
au fond de la scène avec des épieux et des torches.)
HILDA et HAGEN
O terreur mortelle!
GUNTHER
O honte mortelle!
CHEOUR
La nuit sera belle!
Le roi Gunther chasse aux flambeaux!
Que de milliers d'astre nouveaux
La forêt joyeuse étincelle,
La nuit sera belle!
Scène 5
Hagen, Gunther, Hilda
HILDA
(se jetant aux peids de Gunther)
Ah! frappe-moi mon frère,
Lave dans mon sang ta colère,
J'ai dit à Brunhild, par la haine égarée,
Que Sigurd l'a comquise
et qu'il l'a délivrée.
GUNTHER
Malheur sur vous! Malheur sur moi!
HAGEN
(à Hilda)
Allez par le sentier aux tentes de la plaine,
Obtenez de Sigurd qu'à son burg il vous mène
Partez avant le jour
par les bois, les halliers,
Pressez le pas des cavaliers,
Le roi Gunther saura garder la reine!
(Hilda fait un geste d'adieu à Gunther
et sort à droite, conduite par Hagen.)
Scène 6
Gunther, Hagen
GUNTHER
Mon orgueil m'a perdu!
De quel front soutenir
Ton regard, déesse irritée?
O juste opprobre!
O honte méritée!
Mais que tarde-je à me punir
(Il porte la main à son épée.)
HAGEN
(revenant et l'arrêtant)
Ce n'est pas toi qui dois mourir,
Sigurd garde mal sa parole!
Dans l'orgueil de son âme folle,
A ta sur il a dévoilé
Le secret qu'elle a révélé!
(Mouvement de Gunther.)
Sigurd est aimé de la reine!
Chaque nuit, son amour en ce lieu la ramène,
Les sombres profondeurs de ce bois ténébreux
N'ont pu le cacher à mes yeux.
(Mouvement de Gunther.)
Sigurd va venir, voici l'heure.
Il te trahit
Il faut qu'il meure,
Garde ton serment révéré
Ton serviteur n'a rien juré!
Scène 7
Gunther et Hagen, cachés Sigurd
SIGURD
Un souvenir poignant, dans mon âme troublée,
Ma fait sentir son aiguillon de fer
Je te revois toujours, ô déesse exilée,
Subissant dans les pleurs l'amour du roi Gunther!
O Brunhild, ô pauvre âme!
N'ai-je bravé l'horreur de ta prison de flamme,
Où du moins le sommeil fermait tes yeux charmants,
Que pour te voir en proie à ces creuls tourments?
Ah! Quand pourrai-je, infortunée
Dont mes cruelles mains ont fait la destinée,
voir sur ta lèvre éncore un sourire nouveau
Et t'entendre chanter, en tournant ton fuseau!
Scène 8
Les mêmes, Brunhild
(Brunhild reparaît sur la terrasse
et descend vers Sigurd, elle a quitté sa parure de reine
et porte des fleurs dans son voile.)
BRUNHILD
Sigurd! Les dieux dans leur clémence
Vers moi t'ont conduit par la main
HAGEN
(à Gunther)
Vois!
Brunhild vers lui s'avance!
BRUNHILD
De tes tentes, Sigurd, je prenais le chemin!
(Sigurd recule avec un mouvement de doute
et de crainte devant Brunhild qui marche vers lui.)
Des présents de Gunther je ne suis plus parée!
Je porte la verveine et la sauge pourprée
Qui brisen les enchantements.
Viens, Sigurd, que crains-tu?
Viens où la lune éclaire
Et, mirant son front pâle en cette source claire,
Argente ses flots éclatants.
SIGURD
(hésitant)
Pourquoi me conduis-tu près de cette fontaine,
O Brunhild?
BRUNHILD
Sigurd, prends ces fleurs de verveine
Et livre-les au courant de ces flots,
En invoquant Odin, en murmurant ces mots;
(Effeuillan des fleurs dans la fontaine.)
Avec ces fleurs que l'eau traîne en courant,
Avec ces fleurs qui vont aux précipices,
Avec ces fleurs, terribles maléfices,
Tombez, roulez, fuyez dans le torrent!
SIGURD
Quels magiques liens veux-tu donc que je brise?
Mon âme est-elle soumise
A l'ascendant des noirs esprits?
Suis-je donc enchanté par un charme?
BRUNHILD
Obéis!
SIGURD et BRUNHILD
(Sigurd effeuille des fleurs dans la fontaine,
Brunhild dit l'invocations avec lui.)
Avec ces fleurs que l'eau traîne en courant,
Avec ces fleurs qui vont aux précipices,
Avec ces fleurs, terribles maléfices,
Tombez, roulez, fuyez dans le torrent!
SIGURD
O lumière soudaine,
Dont l'éclat m'éblouit.
Je portais une chaîne.
Mais tout s'évanouit!
Brunhild, ô déesse,
O présent que les dieux
Ont fait à ma jeunesse,
Je t'aime!
(Gunther fait un mouvement pour se précipiter
vers Sigurd. Hagen l'arrête.)
BRUNHILD
Justes cieux!
Un poignard a brillé dans l'ombre!
Tout est piège en ce palais sombre
Arme ta main, ô héros,
De ton glaive qui flamboie!
SIGURD
(obéissant)
Oui, ce glaive et Sigurd n'auront plus de repos
Qu'ils ne t'aient reconquis, trésor qu'Odin m'envoie!
BRUNHILD
(s'inclinant devant Sigurd)
Maître que m'ont donné les dieux,
La Walkyrie est ta conquête,
Et ne crains pas qu'elle regrette
Près de toi les palais des cieux!
SIGURD
O Brunhild! Le remords me déchire,
Et de bonheur pourtant mon cur à son empire!
BRUNHILD, SIGURD
Oublions les maux soufferts,
Pour nous les cieux sont ouverts,
Que nos âmes confondues,
Dans leur ivresse perdues,
Chantent l'hymne solennel
De leur amour éternel!
CHOEUR
(lointain)
La nuit sera belle!
Le roi Gunther chasse aux flambeaux,
Que de milliers d'astres nouveaux
La forêt joyeuse étincelle!
SIGURD
(à Brunhild)
Adieu! Sigurd va te reconquérir!
Dans un loyal combat, que Gunther ou lui tombe!
(Il sort à gauche.)
GUNTHER
(sortant du portique, à Hagen)
Frappe! A ce perfide, la tombe!
(Ils se précipitent sur les traces de Sigurd.)
BRUNHILD
(reconnaissant le roi)
Gunther! Dieux! Sigurd va mourir!
(Elle s'appuie, chancelante, contre un rocher.)
Scène 9
Brunhild, Hilda
(Brunhild tressaille et porte la main à son cur
comme si elle avait été frappé. En même temps,
un grand tumulte éclate au dehors.)
BRUNHILD
Il est trop tard
Sigurd est frappé par Gunther!
J'ai senti dans mon cur le froid aigu du fer.?
Sigurd meurt!
(avec joie)
Et je meurs!
Les dieux me font mourir, moi, la femme qu'il aime.
Mourir du coup qui l'a frappé!
Le glaive de Gunther de mon sang est trempé.
HILDA
(au désespoir)
Sigurd! Sigurd!
Scène 10
Les mêmes, Sigurd mourant,
apporté par ses compagnons.
Les Femmes, précédées de Uta sortant du palais.)
LE CHOEUR
O douleur! O colère!
Un traître a de Sigurd marqué k;heure dernière
Il est tombé, le guerrier fort,
Sigurd est mort! Sigurd est mort!
SIGURD
Portez-moi, compagnons, là-bas
où les étoiles
Sur mon front pâlissant pourront briller sans voiles!
Je veux revoir le ciel une dernière fois!
BRUNHILD
Je meurs avec toi!
LE CHOEUR
O douleur! O colère!
Un traître a de Sigurd marqué k heure dernière
Il est tombé, le guerrier fort,
Sigurd est mort! Sigurd est mort!
Scène 11
Les mêmes, Gunther et Hagen qui ont paru depuis
un moment au fond de la scène. Suite de Gunther
GUNTHER
De nos pères, suivant l'usage,
Formez pous eux un bûcher de feuillage
Le meurtrier sera puni
si je suis roi!
HILDA
Les dieux te frappent donc, le meurtrier, c'est toi!
LE CHOEUR
Gunther!
GUNTHER
Ah! Maudite! Insensée!
HILDA
Frappe, que de tes mains je tombe aussi percée.
(Gunther recule.)
Va! Bientôt les dieux irrités
Lanceront sur toi leur tonnerre.
Des extrémités de la terre,
Veindront les vengeurs souhaités,
D'Attila les hordes sauvages
Apporteront sur ces rivages
La mort, l'esclavage, la faim,
Et j'aurai la suprême joie,
Te voyant à ces maux en proie,
De rire alors de ton destin!
HAGEN
(prêt à la frapper)
Meurs avant de remplir cette menace impie!
(Gunther retient Hagen. Uta se jette au-devant d'Hilda.)
HILDA
(à Uta)
Ma mère! O toi qui m'as nourrie,
Entends ta fille
UTA
Me voilà!
Que veux-tu de moi? Pauvre Hilda!
HILDA
(remettant son bracelet à Uta)
Porte ce bracelet au vengeur! Attila!
(Uta disparaît, Hilda se tue.)
LE CHOEUR
O produge! Parmi la flamme qui s'élance,
Siqurd et Brunhild von vers le ciel immense!
Deumième Tableau
Apothéose
(Sigurd et Brunhild montent lentement,
portés sur un arc-en-ciel,
vers loe paradis d'Odin qui s'est ouvert pour eux.)
CHOEUR
Oubliez le mains soufferts,
Pour vous les cieux sont ouverts,
Que vos âmes confondues,
Dans leur ivresse perdues,
Chantant l'hymne solennel
De leur armour éternel.
(Au fond du théâtre, sous les nuages
de l'apothéose on voit, au milieu de lueurs sanglantes,
Attila, appuyé sur son épée, se dressant au milieu
des cadavres des guerriers burgondes.)
F I N
ACTE I
ACTE II
ACTE III
ACTE IV
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