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Gioacchino Rossini

(1792 - 1868)


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The Operas of Gioacchino Rossini

 

Le siège de Corinthe


Tragédie lyrique en trois actes
de Luigi Balocchi et Alexandre Soumet


PERSONNAGES

Mahomet II, Basse
Cléomène, chef des Grecs et père de, Ténor
Pamyra, Soprano
Néoclès, jeune guerrier grec, Ténor
Hiéros, vieillard, gardien des tombeaux, Basse
Adraste, confident de Cléomène, Basse
Omar, confident de Mahomet, Basse
Ismène, confident de Pamyra, Mezzo-soprano
Femmes grecques, Femmes turques, Guerriers de la suite de Mahomet,
Guerriers de la suite de Cléomène, Imans, Soldats turcs, Soldats grecs

La scène est à Corinthe.



ACTE I
ACTE II
ACTE III



ACTE PREMIER

Le théâtre représente le vestibule du Palais du Sénat.

SCÈNE PREMIÈRE
Cléomène, Néoclès, Hiéros, Adraste, guerriers grecs.

Introduction

PLUSIEURS GUERRIERS
(à Cléomène)
Ton ordre, chef des Grecs, nous assemble en ces lieux
Pour défendre l'asile où dorment nos ayeux.
(Cléomène a l'air sombre et rêveur; les guerriers
le regardent et disent.)
(Ô ciel!... il garde le silence...
Il hésite, il balance...
Et le trouble est peint dans ses yeux...
Ah! pour nous plus d'espérance:
Le destin trahit nos voeux.)

CLÉOMÈNE
Depuis long-temps du vainqueur de Bysance,
Qui de toutes parts
Assiège nos remparts,
Nos avons affronté la farouche arrogance.
Amis! votre vaillance
Chaque jour du tyran sait braver la fureur;
Mais l'avenir m'effraie... Hélas! au champ d'honneur,
Nos plus braves guerriers trouvent leurs funérailles;
Des fléaux dévorans assiègent nos murailles...
Le glaive musulman, le bronze des batailles,
Moissonnent à l'envi le peuple et les soldats;
Maître de nos états,
Mahomet furieux nous menace et nous presse;
Des flots de sang vont inonder la Grèce...
Pour fuir le joug du tyran,
Ô ciel! quel parti prendre?
Faut-il combattre encore, ou bien faut-il se rendre?
Ô terrible moment!
Le danger est extrème...
Parlez tous librement:
L'avis qui prévaudra sera ma loi suprême.

QUELQUES GUERRIERS
En ce péril funeste à quoi sert le courage?
D'un horrible esclavage
Comment nous préserver!
Par un conseil plus sage
Ah! détournons l'orage;
Du conquérant barbare il faut tromper la rage;
Le jour de la vengeance enfin luira pour nous.

NÈOCLÈS
Qu'entends-je? Ô ciel! que dites-vous?
En nous seuls la patrie Désormais se confie;
Au prix de notre vie, Nous devons la sauver.
Opposons à la force un courage indomptable;
Si le sort nos accable,
Une mort honorable,
D'un joug insupportable,
Pourra nous préserver.
Opposons à la force un courage indomptable;
L'ennemi tombera sous nos coups.

HIÉROS
Oui, combattez; le ciel veille sur vous.
Le glaive homicide
Du brave est l'égide;
L'honneur seul le guide;
D'un pas intrépide,
Bravant le trépas,
Il vole aux combats;
Et s'il succombe à la horde cruelle...
Des fiers ennemis les membres épars...
Les cris des mourants, le sang qui ruisselle...
La palme immortelle...
Consolent ses regards.

NÉOCLÈS
Amis, courons aux armes!
Ah! bannissez votre effroi, vos alarmes!
Volons aux combats.
Le glaive homicide
Sera notre égide;
La gloire nous guide;
Notre âme intrépide
Sait braver le trépas.

CHOEUR
Le glaive homicide
Du brave est l'égide,
L'honneur seul nos guide;
Volons aux combats:
Notre âme intrépide
Sait braver le trépas.

CLÉOMÈNE
Vaillants guerriers, votre noble langage
De la victoire offre le sûr présage;
J'ai dû vous consulter;
Mais j'admire votre courage,
Dont jamais je n'ai su douter.
Ah! sur l'autel de la patrie,
Jurons de vaincre ou de mourir.
Qui de nous pourrait souffrir
La honte, ou l'infamie?
Il vaudrait mieux cent fois renoncer à la vie.
Jurons de vaincre ou de mourir.

TOUS
Jurons tous, oui jurons, par ces armes,
De défendre en ce jour nos remparts;
Méprisant les dangers, les alarmes,
Rangeons-nous près de nos étendards.
Combattons, et s'il faut qu'on succombe,
Si le sort nous condamne au malheur,
Que ces murs nous servent de tombe,
Monument de gloire et d'honneur.
(Adraste et les guerriers sortent).

SCÈNE DEUXIÈME
Cléomène, Hiéros, Néoclès.

CLÉOMÈNE
La Grèce est libre encor; nous vaincrons nos tyrans,
Ma belliqueuse ivresse a passé dans nos rangs;
Allez, sage Hiéros...

HIÉROS
Oui, dans ce jour d'alarmes,
Intéressons le ciel au succès de nos armes.
(Il sort)

NÉOCLES
Ta fille m'est promise, et d'un hymen si beau
Nous devions dans Corinthe allumer le flambeau;
Tiendras-tu tes serments?

CLÉOMÈNE
Oui, ma foi t'est donnée.

SCÈNE TROISIÈME
Les mêmes, Pamyra.

CLÉOMÈNE
Approche, Pamyra. Cette grande journée
Peut nous être fatale, et doit fixer ton sort.
Ton père en combattant peut rencontrer la mort,
La mort est préférable au malheur d'être esclave;
Pour être ton appui, j'ai fait choix du plus brave,
De Néoclès...

PAMYRA
(à part)
Qu'entends-je!...

NÉOCLÈS
Assure mon bonheur;
Et du pied des autels, je vole au champ d'honneur.

PAMYRA
(à part)
Ô douleur!

CLÉOMÈNE
Viens, suis-nous, et deviens sa conquête.

PAMYRA
Quoi! dans ce jour de deuil!...

NÉOCLÈS
Pamyra!...

CLÉOMÈNE
Qui t'arrête?

PAMYRA
vous donne mes jours, mon père, ils sont à vous;
Mais cet hymen...

CLÉOMÈNE et NÉOCLÈS
Grand Dieu!

PAMYRA
J'embrasse vos genoux.

NÉOCLÈS Jour fatal!

CLÉOMÈNE
Coupable mystère!
Ton coeur a-t-il flatté les voeux d'un autre amant?

PAMYRA
Almanzor, dans Athène, a reçu mon serment.

CLÉOMÈNE
Quel est cet Almanzor, quel est ce témeraire?

PAMYRA
Pamyra lui garde sa foi.

CLÉOMÈNE
Bannis cet amour de ton âme;
Si tu ne renonçais à ta coupable flamme,
Le courroux paternel retomberait sur toi.

Trio

PAMYRA
Disgrâce horrible!
Affreux tourmens!
Ce coup terrible
Glace mes sens.

CLÉOMÈNE et NÉOCLÈS
Mystère horrible!
Affreux tourmens!
Ce coup terrible
Glace mes sens.

PAMYRA
Ciel! sois propice à ma prière!
Tu vois ma peine, en toi j'espère;
Puisse ma honte et ma misère
Calmer d'un père
L'affreux courroux.

CLÉOMÈNE
Ciel, sois propice à ma prière,
Tu vois ma peine, en tois j'espère...
Ah! mets un terme à ma misère!
Du sort contraire
Suspends les coups.

NÉOCLÈS
Ciel, sois propice à ma prière!
Tu vois ma peine, en toi j'espère;
Puisse sa honte et sa misère
Calmer d'un père
L'affreux courroux.

SCÈNE QUATRIÈME
Les précédens, des guerriers grecs et plusieurs femmes
grecques, entrent en désordre sur la scène.

CHOEUR
(à Cléomène)
Dans les deux camps, un cri de mort s'élève,
Déjà le fer brille de toutes parts,
Guidez nos pas, voici l'instant du glaive;
Les Musulmans montent sur nos remparts.

PAMYRA et LES FEMMES
Ô jour de deuil! un cri de mort s'élève...
Déjà le fer brille de toutes parts...

CLÉOMÈNE et NÉOCLÈS
Guidons leurs pas, et reprenons le glaive,
Courons défendre nos remparts.

CLÉOMÈNE
Marchons, guerriers, marchons!

PAMYRA
Ô mon père! Ô douleur!

CLÉOMÈNE
Si le sort trompe ma valeur,
Si nous tombons frappés dans les champs du carnage,
De la honte des fers subiras-tu l'outrage?

PAMYRA
Mon père!

CLÉOMÈNE
(lui donnant un poignard)
Que ce fer me réponde de toi.

PAMYRA
Je vous comprends... rassurez vous, mon père.

NÉOCLÈS
L'ennemi terrassé va mordre la poussière.

CLÉOMÈNE
(à Pamyra)
Sois digne de ton nom, de la Grèce et de moi.

PAMYRA
Rassure-toi, mon père, en ce moment funeste,
Je saurai braver leur fureur.
J'ai ton nom à défendre, et ce poignard me reste,
Si la Grèce succombe, il percera mon coeur.

PAMYRA et CHOEUR DE FEMMES
Ô Dieu, toi que j'implore, et dont l'appui me reste,
Protège la patrie... en ce moment funeste,
Seconde leur valeur.

CLÉOMÈNE, NÉOCLÈS et CHOEUR D'HOMMES
En ce moment funeste, un courage indomptable
Enflamme notre coeur;
Du sort inexorable
Nous bravons la fureur.

CLÉOMÈNE
Ma fille!... souviens-toi...

PAMYRA
Mon père... ce poignard...

CLÉOMÈNE
Ah! sois digne de moi.

PAMYRA et LES AUTRES
Ah! si le sort funeste
Trahit notre/votre valeur,
Ce fer vengeur me/lui reste,
Il percera mon/son coeur.

NÉOCLÈS
Ah! quel instant funeste!
Ce glaive seul me reste;
Mais je brave leur fureur.

(Cléomène embrasse sa fille et sort ensuite avec
Néoclès, allant vers la citadelle. Pamyra, suivie
de ses femmes, sort du côté opposé).

Le théâtre change et représente la place de Corinthe.
Des soldats musulmans traversent le théâtre,
poursuivant des soldats grecs; D'autres soldats turcs
arrivent pêle-mêle.

SCÈNE CINQUIÈME

Choeur.

CHOEUR
La flamme rapide,
Le glaive homicide
D'un peuple perfide
Punit la fureur.
Corinthe enfin cède à notre valeur.
Image effroyable
De deuil et d'horreur,
La ville coupable
Maudit son erreur.

(À la fin du choeur, Mahomet arrive suivi de ses
généraux et d'un corps d'élite).

SCÈNE SIXIÈME
Les mêmes, Mahomet et sa suite.

MAHOMET
(à ses guerriers)
Qu'à ma voix la victoire s'arrête!
Guerriers, relevez-vous: au sein de ces remparts,
Respectez ces palais, ces prodiges des arts;
Je veux y graver ma conquête,
Je veux, à la postérité,
Qu'ils recommandent ma mémoire:
Sans les arts, frères de la gloire,
Il n'est point d'immortalité.

CHOEUR
La gloire et la fortune, à ses armes fidèles,
De palmes immortelles
Couronnent ses travaux.
Hommage, honneur et gloire au plus vaillant héros.

MAHOMET
Chef d'un peuple indomptable et guidant sa vaillance,
Je vais à ma puissance
Soumettre l'univers.

CHOEUR
Soumise à ta puissance,
L'Asie est dans les fers.

MAHOMET
Je vais à ma puissance,
Soumettre l'univers.

SCÈNE SEPTIÈME
Les mêmes, Omar.

OMAR
Nous avons triomphé; mais de leur citadelle,
Les Grecs encor défendent les chemins;
Un de leurs chefs est tombé dans nos mains;
Ordonnez-vous sa mort?

MAHOMET
Qu'en ces lieux on l'appelle,
Allez; je veux l'interroger.
(Il fait signe aux gardes).

OMAR
Mahomet est vainqueur et craint de se venger.

MAHOMET
Ami, pardonne à ma faiblesse:
Avant d'y paraître en vainqueur,
Sous le nom d'Almanzor, je parcourus la Grèce.

OMAR
Sous le nom d'Almanzor?

MAHOMET
Une jeune beauté
Se montra dans Athène à mon oeil enchanté,
Je marche vers Athène et mon bonheur commence.
Ami, j'adore ses appas,
Son souvenir m'ordonne la clémence;
Mais mon captif porte vers moi ses pas.

SCÈNE HUITIÈME
Les mêmes, Cléomène au milieu des gardes.

MAHOMET
Chef des Grecs révoltés, ordonne à tes soldats
De déposer le glaive.

CLÉOMÈNE
Ils n'obéiront pas,
La Grèce à sa gloire est fidelle.

MAHOMET
On dit que vers la citadelle,
Tes bataillons s'empressent d'accourir;
Pourront-ils s'y défendre?

CLÉOMÈNE
Ils pourront y mourir.

MAHOMET
Réprime les transports où se livre ton âme,
Vieux-tu que sur ces murs mon bras lance la flamme?

CLÉOMÈNE
Tu n'en as pas besoin;
Les Grecs, s'ils sont vaincus, t'épargneront ce soin.

MAHOMET
Téméraire!

CLÉOMÈNE
Ils bravent ta haine;
Ils rejoindront leurs frères expirans:
Leur trépas héroïque est l'effroi des tyrans!
(Regardant Mahomet)
Tu frémis!

MAHOMET
Gardes! qu'on l'entraîne.
De leur audace ils subiront la peine;
Que dans les fers ils soient précipités.

SCÈNE NEUVIÈME
Pamyra, les précédens, Ismène, femmes grecques.

PAMYRA
Arrêtez! écoutez!...

MAHOMET
(aux gardes)
Obéissez!

PAMYRA
(à Cléomène)
Mon père! Ô fortune cruelle!
Mes larmes du vainqueur fléchiront le courroux.
(À Mahomet)
Seigneur, je tombe à vos genoux.

MAHOMET
(reconnaissant Pamyra)
Quelle voix!...

PAMYRA
(reconnaissant Mahomet)
Almanzor!

MAHOMET
Pamyra!... Oui, c'est elle!
Je sens désarmer ma fureur.

PAMYRA
Grand Dieu! quelle peine!
Fortune inhumaine!
L'amant qui m'enchaîne
Mérite ma haine...
Ciel, je t'implore...
Ah! brise la chaîne
Qui fait mon malheur.

CLÉOMÈNE
Fortune inhumaine!

MAHOMET
L'amour qui m'entraîne
Eteint ma fureur.

CHOEURS DES MUSULMANS
Ses larmes... sa peine,
Désarment son coeur.
Sa gràce est certaine;
Il plaint son malheur.
Quel charme l'entraîne! Il cède...
Elle enchaîne
Le noble vainqueur.

ISMÈNE et CHOEUR DES FEMMES GRECQUES
Fortune inhumaine!
Sa perte est certaine,
L'objet qui l'enchaîne
Mérite sa haine,
Ciel, je t'implore... ah! brise la chaîne
Qui fait son malheur.

MAHOMET
Pamyra m'est rendue!

PAMYRA
En quel jour de douleur!

MAHOMET
Ce jour peut se changer en un jour d'allégresse;
Qu'elle soit mon épouse et je sauve la Grèce.

PAMYRA
Ô mon père! Ô mon père!

CLÉOMÈNE
Ô contrainte! ô fureur!
(à Pamyra)
Repousse un coupable hyménée.

MAHOMET
(à Pamyra)
Viens, suis-moi dans mon camp.

CLÉOMÈNE
(à la même)
Suis ton père à la mort.
À Néoclès tu fus donnée.

PAMYRA et MAHOMET
À Néoclès...

CLÉOMÈNE
Lui seul dispose de ton sort.

PAMYRA
Non, jamais.

CLÉOMÈNE
Fille ingrate! opprobre de ton père,
À ton front criminel j'attache ma colère,
Je te maudis...

TOUS excepté CLÉOMÈNE
Affreux transport!

PAMYRA
Jour effroyable!
Le sort m'accable!
Ah! je succombe à ma douleur.

CLÉOMÈNE
Fille rebelle à la voix de ton père,
Crains la colère
D'un Dieu vengeur.

PAMYRA
Jour fatal! Ô remords! Ô souffrance!
Mon amour me condamne au malheur!
Dieu puissant, ah! rends-moi l'espérance,
Et suspends sa funeste rigueur.

MAHOMET
(à Pamyra)
Viens, suis-moi... mon amour, ma puissance
Vont bientôt désarmer sa vengeance;
Sa fureur, sa coupable arrogance,
Livreraient tout un peuple au malheur.

CLÉOMÈNE
Dieu puissant, ah! punis son offense!
Sur sa tête accomplis ta vengeance;
Rien ne peut égaler ma souffrance;
Son amour me condamne au malheur.

ISMÈNE et FEMMES GRECQUES
De l'amour la funeste puissance
Lui ravit le repos, l'espérance;
Rien ne peut égaler sa souffrance,
Et le ciel la condamne au malheur.

OMAR et CHOEUR DE TURCS
L'insensé croit dompter sa puissance;
Il nourrit une vaine espérance;
Sa fureur, sa coupable croyance,
Livreraient tout un peuple au malheur.
(Mahomet entraîne Pamyra).




ACTE I
ACTE II
ACTE III

ACTE SECOND

Le théâtre représente le pavillon de Mahomet.

SCÈNE PREMIÈRE
Pamyra, Ismène, femmes turques.

PAMYRA
Que vais-je devenir?... Ô destin déplorable!
Ah! comment résister au pouvoir indomptable
D'un amant, d'un vainqueur?
Le courroux paternel me poursuit et m'accable...
Corinthe est dans les fers... Jour de deuil et d'horreur!
Vos chants, vos jeux, ces fleurs, ces flambeaux, cette fête...
Tout augmente ma douleur.
De noirs cyprès je dois couvrir ma tête...
La mort, oui, la mort seule est l'espoir de mon coeur.

Air

Ô patrie infortunée!
Quelle affreuse destinée!
Ah! de gloire environnée,
Je voudrais briser tes fers.

CHOEUR
(à Pamyra)
De la Grèce infortunée
Tu déplores les revers;
Mais, de gloire environnée,
Tu pourras briser ses fers.

PAMYRA
Du séjour de la lumière,
Daigne hélas! ma tendre mère,
Daigne accueillir ma prière,
Et veiller sur mon destin.

CHOEUR
Ah! dissipe ton chagrin!
Il vient... couronne sa tendresse,
Et ne verse plus de pleurs;
Monte au trône, sauve la Grèce,
Mets un terme à ses malheurs.

PAMYRA
Mais après un long orage,
À l'abri de l'esclavage,
Ma patrie... Ô doux présage!
Reverra ses plus beaux jours.

CHOEUR
Du trône il offre le partage
À l'objet de ses amours:
À la Grèce, après l'orage,
Il peut rendre ses beaux jours.

SCÈNE DEUXIÈME
Les mêmes, Mahomet.

MAHOMET
(à Pamyra)
Rassure-toi... mon pouvoir t'environne;
Je dépose à tes pieds l'orgueil de ma couronne;
La victoire a placé vingt sceptres dans ma main;
Ils t'appartiennent tous...

PAMYRA
Ciel!

MAHOMET
Pourquoi ces alarmes?
Tout reconnaît ici le pouvoir de tes charmes.

PAMYRA
Ah! de Corinthe en deuil reprenons le chemin...
Infidèle à mon Dieu, maudite par mon père...

MAHOMET
Nous apaiserons sa colère,
Et lui-même en ces lieux bénira ton hymen.
(Pamyra témoigne la plus vive douleur, et
verse des larmes).


Duo

MAHOMET
Que vois-je! hélas! tu verses des larmes!
D'où naissent tes alarmes?
Ah! dévoile-moi ton coeur.

PAMYRA
Oui, la douleur me fait verser des larmes...
Les plus cruelles alarmes
Sans cesse agitent mon coeur.

Ensemble

PAMYRA
(à part)
Dans un modeste asile,
Mon âme était tranquille...
Autheur de tous mes maux,
L'amour troubla ma vie;
À ses lois asservie,
Je n'ai plus de repos.
Sans l'aveu de mon père...
Ô serment trop coupable!
Le ciel inexorable
Me punit et m'accable.
La mort, oui, la mort seule, en ce fatal moment,
Peut apaiser mon tourment.

MAHOMET
(à part)
Ciel! quel étrange délire!
Interdite... agitée... elle tremble et soupire.
Quel trouble! quel martyre!
Dans son coeur je voudrais lire...
Trahit-elle son serment?

PAMYRA
J'aime, et le ciel condamne un coupable transport.
Maudite par mon père!...
Je dois chercher la mort.

MAHOMET
D'une injuste colère
Méprise le transport.
Si la Grèce t'est chère,
Viens partager mon sort.
Ah! viens, ou pour ton père
Crains l'opprobre et la mort.

PAMYRA
Ô comble de misère!
Ô coupable transport!
Rien ne peut me soustraire
À mon funeste sort.

SCÈNE TROISIÈME
Les mêmes, guerriers turcs, suite de Mahomet, Imans,
odalisques, etc.

CHOEUR
La fête d'hyménée
Nous appelle en ces lieux.
Ô chaîne fortunée!
Transports délicieux!
Quelle heureuse journée!
Tout sourit à ses voeux.

PAMYRA
(à part)
Affreuse destinée!
Le ciel maudit mes feux.

MAHOMET
(à Pamyra)
Ah! viens combler mes voeux!
Triomphe, Pamyra, de l'effroi qui t'arrête;
Mon peuple vient, préside à cette illustre fête.
(Pamyra s'assied à côté de Mahomet).

Divertissement

ISMÈNE
L'hymen lui donne
Une couronne,
Et l'environne
De sa splendeur.
Mais le remords trouble son âme;
Elle maudit la flamme
Qui cause son malheur.
Ciel! de son père éteins la haine,
Ou romps la chaîne
Du tendre amour;
Sèche ses larmes;
Et du sein des alarmes
Ah! puisse-t-elle enfin voir renaître un beau jour.

CHOEUR
(à Pamyra)
Calme ta peine.
Sois souveraine
De ce séjour.
Sèche tes larmes,
Goûte les charmes
Du tendre amour.

Après le divertissement

CHOEUR
Divin prophète
Entends nos voeux;
L'hymen s'apprête,
Bénis leurs noeuds.
Ciel, sois propice, et sur leur tête
Verse à jamais
Tes doux bienfaits.
(Pendant le choeur, on place un autel sur le milieu
du théâtre, et tout se prépare pour l'hymen).

Après le choeur

MAHOMET
(descendant de son trône)
Pamyra!

PAMYRA
(avec crainte)
Cet autel...

MAHOMET
Quel bruit se fait entendre?

SCÈNE QUATRIÈME
Les précédens, Omar, puis Néoclés enchaîné.

OMAR
À nous combattre encore un Grec osait prétendre;
Un désespoir funeste égarait sa raison.
Tout chargé de fers on l'amène.
De la fille de Cléomène,
Dans ses affreux transports, il prononçait le nom.

PAMYRA
(à part)
Que vois-je! Néoclès.

NÉOCLÈS
(à part)
C'est elle!

MAHOMET
Jeune Grec, esclave rebelle,
Quel espoir aux combats a pu te rappeler?
Seul... que prétendais-tu?

NÉOCLÈS
Mourir ou t'immoler.
Voilà ce que des Grecs un tyran doit attendre,
Et la paix qu'en leur nom je devais t'apporter.

MAHOMET
Ils repoussent la main que je daignais leur tendre.

NÉOCLÈS
Toi qui les vis combattre, en pouvais-tu douter?
Sais-tu qu'en ce moment, de notre mort jalouses,
Nous disputant l'honneur de garder ce rempart,
Nos vierges en deuil, nos épouses,
De la palme funèbre ont réclamé leur part?
D'un beau trépas tout respire l'ivresse,
Tandis que Pamyra par ses chants d'allégresse,
Accueille un vainqueur flétrissant,
Et, sur le tombeau de la Grèce,
Ose couvrir son front de fleurs teintes de sang.

PAMYRA
Où fuir?

MAHOMET
(à Néoclés)
À ma fureur rien ne peut te soustraire:
Quel es-tu? quel es-tu?

NÉOCLÈS
Je suis...

PAMYRA
Il est mon frère.

MAHOMET
(à Néoclés)
Son frère!

PAMYRA
(à part)
De la mort j'ai dû le préserver.

Final

MAHOMET
Il est son frère!
Sa voix si chère
De ma colère
Doit le sauver.

PAMYRA
Il est mon frère!
Ma voix si chère
De sa colère
Doit le sauver.

NÉOCLÈS
(à part)
Qui! moi, son frère!
Sa voix si chère
De sa colère
Veut me sauver.

MAHOMET
Qu'on détache ses fers.

NÉOCLÈS
(à part)
Ô contrainte! Ô fureur!

MAHOMET
Tu seras le témoin de l'hymen de la soeur.

NÉOCLÈS Qu'entends-je?

MAHOMET
Vois l'autel, la pompe est déjà prête.

NÉOCLÈS
Je serais le témoin de cette horrible fête?
Non, la mort...

MAHOMET
Insensé!

PAMYRA
Mahomet!

MAHOMET
(à Pamyra)
Calme-toi.
Viens, l'autel est paré.

PAMYRA
Que résoudre? que faire?

MAHOMET
Songe à tous nos sermens.

NÉOCLÈS
Souviens-toi de ton père:
Il t'appelle, il t'attend...

MAHOMET
Pamyra, sois à moi.
Idole de mon âme,
Viens, l'autel te réclame;
Couronne enfin la flamme
D'un amant, d'un vainqueur.

PAMYRA
Le trouble est dans mon âme;
Je rougis de ma flamme,
Mon père me réclame,
Ô remords! Ô douleur!

NÉOCLÈS
(à part)
Son père la réclame...
Dieu! faut-il qu'en son âme
Elle écoute sa flamme?
Ô vengeance! Ô fureur!

SCÈNE CINQUIÈME
Le mêmes, Omar.

OMAR
Corinthe nous défie; elle a repris les armes.

MAHOMET
Corinthe!... quand je puis la livrer au trépas!...

OMAR
Entends au loin le cri d'alarmes;
Les vierges sur les murs se mêlent aux soldats.
Regarde...
(Le rideau du fond se lève, et laisse voir la
citadelle couverte de femmes et de guerriers
armés).

NÉOCLÈS
Quel spectacle!

PAMYRA
Ô remords!

MAHOMET
Ô délire!

NÉOCLÈS
Pamyra!

PAMYRA
Je t'entends, et mon amour expire.

CHOEUR DE GRECS
(du haut de la citadelle)
Bravons son empire,
Vengeons nos affronts;
Palmes du martyre,
Ombragez nos fronts.

MAHOMET
Funeste délire!
Ô comble d'affronts!
Devant mon empire,
Courbez tous vos fronts.

PAMYRA
Mon amour expire,
Vengeons nos affronts;
Palmes du martyre,
Ombragez nos fronts.

CHOEUR DE TURCS
Reprends ton empire;
Marchons, combattons:
Que ce peuple expire;
Marchons, combattons.

NÉOCLÈS
Bravons leur empire,
Vengeons nos affronts;
Palmes du martyre,
Ombragez nos fronts.

CHOEUR DE FEMMES TURQUES
Funeste délire!
Souffrez vos affronts:
Devant son empire
Courbez tous vos fronts.

MAHOMET
(à Pamyra)
Tu l'entends... tu peux seule apaiser ma furie:
Tu tiens entre tes mains le sort de ta patrie;
Tous les Grecs vont périr sous le fer, dans les feux,
Si ta main... dans l'instant...

PAMYRA
Qu'on m'immole avec eux!

NÉOCLÈS
Je triomphe!...

MAHOMET
Qu'oses-tu dire?

PAMYRA
Oui, j'aspire comme eux aux lauriers du martyre.

MAHOMET
Mon espoir, tes sermens, mes voeux, seraient trahis!

PAMYRA
J'adorais Almanzor... je meurs pour mon pays.

NÉOCLÈS
(avec joie)
Pamyra!...

MAHOMET
Sois à moi...

PAMYRA
Plus d'hymen.

MAHOMET
Suis mes pas.

NÉOCLÈS
Je triomphe!

MAHOMET
Oh fureur!

PAMYRA
Ô mon père!

NÉOCLÈS
Ô victoire!

MAHOMET
Vois l'autel.

PAMYRA
Non, la mort!

NÉOCLÈS
Cette mort.

PAMYRA
C'est la gloire.

MAHOMET
Je frémis

PAMYRA
Viens, mon frère!

NÉOCLÈS
Oui, marchons.

PAMYRA
Au trépas.

MAHOMET
(avec fureur)
Eh bien! que le soleil, témoin de ma victoire,
Demain cherche Corinthe et ne la trouve pas.

MAHOMET, OMAR et CHOEUR DES TURCS
Aux armes! ma fureur se ranime
Dans le fond de ce coeur frémissant;
Tout un peuple sera ma victime,
Ces flambeaux s'éteindront dans le sang.

NÉOCLÈS
Oh transport! sa fureur se ranime
Dans le fond de son choeur frémissant!
Des combats je peux être victime,
L'héroïne est digne de mon sang.

PAMYRA
De la mort je peux être victime.
Je souris au destin qui m'attend;
Ô transport! tout mon coeur se ranime,
À l'espoir d'un trépas éclatant.

CHOEUR DES FEMMES TURQUES
Ô douleur! sa fureur se ranime
Dans le fond de ce coeur frémissant,
Tout un peuple sera sa victime,
Ces flambeaux s'éteindront dans le sang.

CHOEUR DES GRECS
De la mort je puis être victime,
Je souris au destin qui m'attend.
Oh transport! tout mon coeur se ranime,
À l'espoir d'un trépas éclatant.
(À un signe de Mahomet, les gardes entourent
Néoclès et Pamyra.
Sortie tumultueuse).



ACTE I
ACTE II
ACTE III


ACTE TROISIÈME

Le théâtre représente les tombeaux de Corinthe,
éclairés par des feux multipliés.

SCÈNE PREMIÈRE
Néoclès, seul.

NÉOCLÈS
Avançons... oui, ces murs... c'est ici... plus d'effroi.
Salut, tombeaux sacrés! salut, dernier asyle,
Où pour fuir l'esclavage un grand peuple s'exile,
J'arrive à temps, les Grecs ne mourront pas sans moi.

SCÈNE DEUXIÈME
Néoclès, Adraste.

ADRASTE
(avec surprise)
Ciel! que vois-je! quels traits à mes regards offerts!
Néoclès avec nous dans ces demeures sombres?

NÉOCLÈS
À la faveur du combat et des ombres,
J'ai trompé mes gardiens et j'ai brisé mes fers;
Qui, sous ces voûtes funéraires,
À la lueur des sinistres flambeaux,
Je viens joindre une offrande à celle de mes frères.

ADRASTE
Les destins ont trompé nos efforts téméraires,
Et la patrie, hélas! n'est plus qu'en ces tombeaux.

NÉOCLÈS
De mon retour avertis Cléomène,
Sa fille revient parmi nous.
Sa fille, qu'en ces murs Néoclès lui ramène,
Lui demande en pleurant d'embrasser ses genoux.
(Adraste sort).

SCÈNE TROISIÈME
Néoclès, seul.

NÉOCLÈS
Les destins ont trompé notre attente,
Un grand peuple périt opprimé;
Mais fuyant une chaîne insultante,
Chez les morts il descend tout armé.
(On entend au-dessus de la voûte le chant des filles
grecques).

Prière

CHOEUR
Dieu tout-puissant que je révère,
Vers toi j'élève ma prière!...

NÉOCLÈS
Qu'entends-je! Pamyra, du fond du sanctuaire,
Au ciel, avec ses soeurs, élève sa prière.

CHOEUR
Ah! lance le tonnerre!
Et dompte la colère
Des monstres furieux,
Qui menacent ces lieux.

Air

NÉOCLÈS
Grand Dieu, faut-il qu'un peuple qui t'adore
Quitte à jamais les foyers paternels?
Tout l'abandonne... il t'appelle... il t'implore...
Laisseras-tu renverser tes autels?
Non, non, j'en crois ta parole immortelle;
Contre ta loi l'enfer conspire en vain;
Nous périrons; mais la race infidelle
Paîra bientôt son triomphe inhumain.
De Pamyra j'ai pu briser la chaîne,
Et du tyran mépriser le courroux;
Ah! c'est le Ciel qui dans ces lieux l'amène
Pour triompher ou mourir avec nous.
Près de l'urne de sa mère,
En ce séjour ténébreux,
Soumise aux lois d'un père,
Elle fuit d'horribles noeuds.
C'est toi, grand Dieu, qui des bords de l'abîme
Sauvant l'innocente victime,
Daignez combler mes voeux.

SCÈNE QUATRIÈME
Néoclès, Cléomène.

NÉOCLÈS
(accourant vers Cléomène)
Cher Cléomène...

CLÉOMÈNE
Ô toi, que je croyais perdu,
À notre dernier jour tu nous es donc rendu!
Un fils me reste encor pour essuyer mes larmes.

NÉOCLÈS
(avec hésitation)
Pamyra! cet objet de vos tendres alarmes!...

CLÉOMÈNE
L'infidèle a brisé nos plus sacrés liens;
Qu'elle épargne à mon coeur sa présence ennemie.

NÉOCLÈS Elle a sauvé mes jours!

CLÉOMÈNE
Elle a flétri les miens.
Je descends au tombeau tout chargé d'infamie!

NÉOCLÈS
Si, conduite à vois pieds par un remords soudain...

CLÉOMÈNE
Ce poignard, à tes yeux, lui percerait le sein.

NÉOCLÈS
Sa douleur...

CLÉOMÈNE
Et la mienne!...

NÈOCLÈS
Un père...

CLÉOMÈNE
Plus de grâce
Ciel! où suis-je!

SCÈNE CINQUIÈME
Les mêmes, Pamyra.

PAMYRA
(se précipitant aux genoux de son père)
Elle expire à vos pieds qu'elle embrasse.

CLÉOMÈNE
(il porte les mains sur son poignard, Néoclès le retient)
Que me veux-tu, perfide? et quel est ton dessein?

PAMYRA
Mon père!...

CLÉOMÈNE
Quelle est ta famille?
Je fus père autrefois; mais je n'ai plus de fille,
Dans le camp d'un barbare, elle a porté ses pas.

PAMYRA
Elle est à vos genoux.

CLÉOMÈNE
Je ne l'aperçois pas.
Je n'y vois qu'un objet, dont l'impure fai blesse,
D'une honte éternelle a couvert ma vieillesse,
Et qui, pour me fléchir, feignant un vain remords,
Vient jusqu'en ces tombeaux
Déshonorer ma mort
Fuis; nos tyrans te redemandent,
Au sérail du vainqueur les voluptés t'attendent.
Embrâsés par nos mains, nos palais, nos tombeaux,
À ton affreux hymen serviront de flambeaux;
Et ton regard, demain, dans la pompe des fêtes,
Au bout d'un fer sanglant, verra passer nos têtes;
Va couronner ton front d'un approbre éclatant,
Fuis! quitte ces tombeaux, ou j'en sors à l'instant.

PAMYRA
Mon père!...

NÉOCLÈS
Ayez pitié de sa douleur mortelle.

CLÉOMÈNE
Loin de ces murs sacrés qu'elle porte ses pas.

PAMYRA
Qui vient pour y mourir ne les quittera pas.

CLÉOMÈNE
Y mourir! la patrie exile une infidèle!
Il faut pour le trépas des âmes dignes d'elle.
Esclave d'un tyran, de quel front oses-tu
Réclamer les honneurs gardés à la vertu?
Ton exécrable amour...

PAMYRA
Il expire en mon âme
La patrie, en mourant, l'épure de sa flamme.

NÉOCLÈS
(à Cléomène)
Hé bien!

CLÉOMÈNE
S'il était vrai... si digne encor de moi,
Tu jurais d'étouffer ta flamme criminelle...

PAMYRA
Devant la tombe maternelle,
À Néoclès je viens donner ma foi.

NÉOCLÈS et CLÉOMÈNE Ciel!

PAMYRA
Trompons un tyran dans sa fureur jalouse.

CLÉOMÈNE
Mes enfans!..

NÉOCLÈS
Pamyra!...

PAMYRA
Sans autels, ni flambeaux,
Que j'emporte au cercueil le nom de ton épouse.

NÉOCLÈS
Que son char vainqueur passe entre nos deux tombeaux,

CLÉOMÈNE
Venez, venez tous deux; que ma main vous bénisse.
Ce tombeau pour autel... qu'un père vous unisse.
(Il les unit).

Trio

PAMYRA, CLÉOMÈNE et NÉOCLÈS
Céleste providence!
J'implore ta puissance:
Termine la souffrance
D'un peuple malheureux;
Jamais de l'innocence
Tu n'as trompé lex voeux.

PAMYRA
(à Cléomène et a Néoclès, prêts à sortir)
Mon père!..

CLÉOMÈNE
Il faut partir...

NÉOCLÈS
Ah! reçois nos adieux!

CLÉOMÈNE et NÉOCLÈS
(à Pamyra)
Nous nous reverrons dans les cieux.
(Cléomène et Néoclés sont prêts à sortir;
Hièros les arrête).

SCÈNE SIXIÈME
Les précédens, Hiéros, suivi d’Adraste et d'Ismène,
femmes, jeunes filles et guerriers grecs.

HIÉROS
Je viens de parcourir la belliqueuse enceinte;
Déjà les Musulmans s'avancent sur nos pas:
Nous n'avons plus d'espoir que dans un beau trépas.

CLÉOMÈNE
À cette mort auguste et sainte
Les trois cents immortels ne se refusaient pas;
Nous ne cédons point cette gloire.
Je veux que devant nos tombeaux

Le Musulman troublé doute de sa victoire.
Vieillard, chéri du ciel, bénissez nos drapeaux.

HIÈROS
Les siècles à venir garderont la mémoire
De ce noble trépas qui venge nos affronts.
Guerriers, prosternez tous vos fronts.
(Tous les guerriers se prosternent, ainsi que les femmes).
Fermez-vous tous vos coeurs à d'indignes alarmes?

CHOEUR GÉNÉRAL
Oui, tous.

HIÉROS
Guerriers, reviendrez-vous avec ou sur vos armes?

CHOEUR
Oui, tous.

HIÉROS
Saurez-vous tous mourir pour la patrie en larmes?

CHOEUR
Oui, tous.

HIÉROS
Au nom de Dieu qui vous inspire,
Je bénis vos fronts glorieux;
J'attache à vos drapeaux les palmes du martyre,
Levez-vous pour mourir; je vous ouvre les cieux.
(Après avoir touché les drapeaux).
Prophétie
Marchons; mais, Ô transports! Ô prophétique ivresse!
Dieu lui-même commande à mes sens agités;
Il dévoile à mes yeux l'avenir de la Grèce...
Avant de mourir, écoutez.

CHOEUR GÉNÉRAL
Dieu, dévoile à ses yeux l'avenir de la Grèce,
Ecoutez! Ecoutez!

HIÉROS
Quel nuage sanglant a voilé ce rivage!
Tout un peuple s'endort du sommeil du trépas;
Je vois peser sur lui cinq siècles d'esclavage,
Et le bruit de ses fers ne le réveille pas!

CHOEUR GÉNÉRAL
Et le bruit de ses fers ne le réveille pas!
Hélas! Hélas!

HIÉROS
Il se réveille enfin; peuples, séchez vos larmes.

CHOEUR GÉNÉRAL
Séchons, séchons nos larmes.

HIÉROS
Ô Grèce! tous tes fils se lèvent à ton nom.
Le vent fait voler sur leurs armes
La poussière de Marathon.

CHOEUR GÉNÉRAL
Marathon! Marathon!

HIÉROS
Comme un grand bouclier,
Dieu protège nos villes,
Notre cendre féconde enfante des soldats;
L'écho sacré des Thermopyles
Se souvient de Léonidas.

CHOEUR GÉNÉRAL
Léonidas! Léonidas!

HIÉROS
Répondons à ce cri de victoire,
Méritons un trépas immortel;
Nous verrons dans les champs de la gloire
Le tombeau se changer en autel.

TOUS ENSEMBLE
Répondons à ce cri de victoire,
Méritons un trépas immortel;
Nous verrons dans les champs de la gloire
Le tombeau se changer en autel.
(Tous sortent, excepté Pamyra et les femmes).

SCÈNE SEPTIÈME
Pamyra, Ismène, femmes grecques.

PAMYRA
L'heure fatale approche... il faut vaincre ou périr!
Pour leur Dieu, pour la Grèce, ils sauront tous mourir.
Voûtes paisibles et sombres,
Asile de la mort,
Vous qui nous protégez et couvrez de vos ombres,
Ah! si le sort des Grecs trahit le noble effort,
Écroulez-vous... que parmi vos décombres
Les vils esclaves du Croissant,
Affamés de carnage et de crimes,
En cherchant leurs victimes,
N'y trouvent que du sang.

Prière

Juste ciel. Ah! ta clémence
Est ma seule espérance!
Daigne plaindre ma souffrance,
Mets un terme à nos malheurs.

CHOEUR
Juste ciel! que ta clémence
Mette un terme à nos malheurs.

PAMYRA
Victime volontaire,
Pamyra n'a plus rien qui l'attache à la terre!
Entourez-moi, mes soeurs.

SCÈNE HUITIÈME
Les précédens, troupe de Musulmans.

CHOEUR DE MUSULMANS
Frappons, frappons sans plus attendre,
Foulons aux pieds leurs corps

PAMYRA, ISMÈNE et CHOEUR DE FEMMES
Ils sont tous morts pour nous déféndre.
Viens, fier vainqueur, viens, je t'attends.

SCÈNE NEUVIÈME
Les précédens, Mahomet.

MAHOMET
Que Pamyra soit ma conquête!
Qu'on la saisisse! Allez!...

PAMYRA
Arrête,
Ou ce poignard perce mon sein.

MAHOMET
(avec effroi)
Pamyra!.. Ciel! quelle tempête,
Autour de nous, mugit soudain.
(On entend éclater l'incendie; le mur s'écroule.
On voit Corinthe embrâsée).

PAMYRA
Entends les chants de notre fête;
Vois les flambeaux de notre hymen.

Ensemble

ISMÈNE et CHOEUR DE FEMMES
Chantons, chantons l'hymne au courage!
Un Dieu nous voit du haut des cieux;
Pour fuir les fers de l'esclavage,
Corinthe expire dans les feux.

PAMYRA
Chantons, chantons l'hymne au courage!
Un Dieu nous voit du haut des cieux;
Pour fuir les fers de l'esclavage,
Ce fer sacré reste à mes voeux.
(Elle se frappe).

MAHOMET
Cruel délire! aveugle rage!
Nuit sanglante! désastre affreux!
Pour fuir les fers de l'esclavage,
Corinthe expire dans les feux.

CHOEUR DE MUSULMANS
Heureux délire! ô douce image!
Corinthe expire dans les feux;
Tous ces malheurs sont notre ouvrage,
Le sort enfin comble nos voeux.
(La toile tombe).




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ACTE II
ACTE III

- Karadar Bertoldi Ensemble - Studio Informatico Anesin -