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Albert Roussel

(1869 - 1937)

 

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The Operas of  Albert Roussel




Padmâvatî


Opera-ballet en deux actes

Libretto by Louis Laloy

Music by Albert Roussel


Cast:

Padmâvatî, épouse de Ratan-Sen, contralto
Ratan-Sen, roi deTchitor, tenor
Alaouddin, sultan des Mongols, baritone
Nakamti, jeunefilledeTchitor, mezzo-soprano
Le Brahmane attaché à la personne d'Alaouddin , tenor
Gora, intendantdu Palais, baritone
Badal, envoyé de Ratan­Sen, tenor
Leveilleur, tenor
Un prêtre, basse
Première femme du Palais, mezzo-soprano
Deuxième femme du Palais, contralto
Un guerrier, baritone
Un marchand, tenor
Un artisan, baryton
Femmes du peuple, 3 sopranos




Acte I
Acte II





Acte I


Une place à Tchitor. Au fond à gauche,
le Palais du Roi précédé d'une terrasse.

PRELUDE

Scène 1
Gora, puis Badal, le veilleur, peuple, guerriers.
Les jeunes filles étendent des tapis à terre
et parent de fleurs les images sacrées. Animation joyeuse.

Le veilleur
Le sultan des Mogols a passé la troisième porte.
(Des hommes et des femmes accourent effrayés. )

Hommes et femmes du peuple
Les Mogols! Les Mogols!

Une femme
Les Mogols dans la ville! ô malheur!

Un guerrier
(les arrêtant)
Les Mogols vent amis aujourd'hui.
(Gora s avance au bord de /a terrasse.)

Gora
(s'adressant au peuple)
Guerriers, artisans, marchands,
et vous brahmanes, écoutez!
Notre ancien ennemi se présente aujourd'hui
dans Tchitor sans menace et sans armes.
Il deviendra par un serment juré le frère de nos frères,
ie protecteur de nos maisons et le vengeur de nos injures.
Il faut aller vers lui les mains tendues
et le cœur bondissant de joie,
comme l'épouse au retour de l'époux.

Un guerrier
Les Mogols ont maudit notre race!

Un marchand
Ils méprisent nos dieux!

Une femme
Ils ont tué mon firs!

Un artisan
Il faut se réjouir puisque c'est lordre.

Le veilleur
Le Sultan a passé la quatrième porte.
Voix dans la foule
Place! Place à l'envoyé du Roi!

Un guerrier
C'est le prince Badal!

Un artisan
Il vient de saltier le sultan étranger.

Un marchand
Son cheval est blanc d'écume!
(Badel descend de cheval dans le fond de la scene.)

Une femme
Son visage adolescent est grave.

Gora
Que vous a-t-il dit!

Badal
Des paroles flatteuses.
Mais dressé sur les étriers
J'ai lancé mes regards aux confine de la plaine,
L'armée est avec lui!

Gora
L'armée!

Badal
J'ai vu sous le soleil luire les armes.

Gora
O traîtrise!

Badal
Et les eaux du fleuve étaient noires…

Gora
C'étaient les éléphants?

Badal
Les éléphants de guerre qui passaient.

Gora
Il faut avertir le Roi!
(Badal entre dans le palais.)

Le veilleur
Le Sultan a passé la cinquième porte.

Un marchand
Hâtons-nous!

Un guerrier
J'entends le grondement des tambours.

Une femme
Etendez encore ce tapis plus doux que ltherbe des clairières.

Les jeunes filles
Prudent Ganesha, veuille accepter ces fleurs,
les roses du bonheur, les Iys de la constance,
le jasmin de la sagesse, puissent­elles
ne se faner jamais en notre ville!

Voix dans la foule
Les voici! Les voici!

Les gardes
Ecartez­vous!

Voix dans la foule
Sans un regard ils passent, Leurs visages
semblent des masques d'or, la terreur rayonne alentour.

Scène 2
Les mêmes, pais Ratan­Sen, Alaouddin,
le brahmane, guerriers mogols. Entrée du cortège.
L'escorte d'Alaouddin se masse sur la place,
parmi la foule cuneuse. Ratan­Sen sort du palais,
s'entretenant à voix basse avec Badal.
Entrée d'Alaouddin. Alaouddin s'avance vers Ratan­Sen.


Alaouddin
Souverain d'un peuple florissant,
puisse ton cœur se rafraîchir toujours
aux sources de la paix limpide.

Ratan­Sen
Puisse la victoire toujours illuminer ton visage!

Alaouddin
La blancheur de ta ville m'apparaissait lointaine
ainsi que la lune à l'horizon.

Ratan­Sen
Je crois entendre la rumeur des batailles en tes discours.

Alaouddin
Si pourtant mes paroles savaient traduire ma pensée,
elles seraient plus douces que le chant du rossignol.

Ratan­Sen
(lui présentant la coupe d'alliance)
C'est la coupe de prospérité,
les dieux résident sur ses bords,
nos sangs unis seront l'offrande.

Gora
(au Brahmane)
Nul ne doit demeurer ici pendant le rite de 'alliance.

Alaouddin
Ce brahmane est mon conseiller,
il joindra ses prières aux vôtres.
Mais pourquoi tent de hâte?
Laissez­moi admirer les merveilles de ce sejour.

Ratan­Sen
Que veux­tu? Les fleurs de mes jardins ou les fontaines,
ou bien dans mon palais les salles hautes où fut,
pour mon repos, emprisonnée l'ombre éterneile des forêts?

Alaouddin
A la beauté des pierres et des charpentes
je préfère la beauté vivante.

Ratan­Sen
La promptitude et la vigueur de mes guerriers
saura­t­elle combler tes vœux?

Alaouddin
Tu les dépasses!

DANSE GUERRIÈRE

Alaouddin
A voir ces guerriers bondir comme des tigres,
quel ennemi ne tremblerait?
Mais un ami est près de toi
et demande un spectacle plus doux.

Ratan­Sen
Mes danseuses vont te l'offrir.

DANSE DES FEMMES ESCLAVES

Alaouddin
On croft voir tourner des pétales de roses
que la rafale entraîne.
Mais ce vent des esclaves des pays étrangers.

Ratan­Sen
Il est interdit aux femmes de notre race…

Alaouddin
De se montrer aux infidèles
Je ne suis plus un infidèle,
ce Brahmane en témoignera.

Le brahmane
Le Seigneur Alaouddin, sultan des Mogols,
a suivi mes conseils et vénère nos dieux.

Ratan­Sen
Je ne savais pas la bravoure unie à tent de prévoyance.

ENTREE ET DANSE DES FEMMES DU PALAIS

Alaouddin
Ce sont les femmes du palais; mon cœur est baigné de joie.
Leurs tailles vent pareilles à des lianes d’or;
leurs yeux, sous liombre des sourcils,
ont l'éclat éloigné des lampes;
dans leurs pieds vent des serpents aux fins museaux qui se dérobent.
(Fin de la danse. Les femmes du palais sortent en cortège.)
Je devine les noms de ces beautés
Celle ci prend le sien au lasmin candide;
Cette autre à la perle changeante,
Cette-là au calme nénuphar.
Aucune cependant n'est­elle consacrée
à la fleur de perfection divine,
Au lotus que vos prêtres nomment Padma?

Ratan­Sen
Aucune…

Alaouddin
N'y a­t­il pas ici une Padmâvatî?

Ratan­Sen
Que veux­tu dire?

Alaouddin
On peut enfermer ltor au creux des coffres;
Les feux du diamant ne traversent pas les voûtes souterraines;
Mais il est des trésors qui répandent au loin
leurs effluves comme des fleurs dans les ténèbres.

Ratan­Sen
Padmâvatî, Princesse de Singhal, est mon épouse légtime.

Alaouddin
Est­elle indigne de sa renommée? Parle, brahmane, m'as­tu trompé?
(Pendant le chant du brahmane, Ratan­Sen délibère
à voix basse avec Gora et Badal,
observé sournoisement par Alaouddin.
Ratan-Sen se décide enfin à faire paraître
Padmâvatî et Badal va donner l ordre.)


Le brahmane
(avec une expression passionnée et comme dans une hallucination)
Padmâvatî est l'image vivante du lotus céleste.
Unique, pure, souveraine Padmâvatî!
Elle respire un parfum si suave qu'un murmure
d'abeilles invisibles est autour d'elle.
Son corps est vêtu de clarté.
Padmâvatî est la douceur de la brise
des mers où la terre est flottante.
Ses yeux soent les étoiles du ciel des immortals,
Elle glisse dans l'air comme un cygne
sur l'eau immobile des lacs.
Les fleurs naissent de son sourire.
Padmâvatî est le rêve dont s'éveilla le créateur des mondes;
son visage est l'aurore du néant bienheureux.
Vers elle les désirs de l'univers s'élancent et meurent à sa vue.
Sa voix est le chant de l'oubli.
(Sur un signe de Ratan­Sen, Badal entre au palais.)

Scène 3
Les mêmes, PadmSvati, Nakamti.
(Padmâvatî parait à un balcon du palais.)

Nakamti
(se détachant du groupe de jeunes filles)
Elle monte au ciel où reve le printemps,
Dominant la terre obscure de son front éclatant,
et chassant la nun'. Et la fleur s'éveille,
Et l'oiseau pour elle exhale son chant,
La forêt pour elle a de longs sanglots.

Voix dans la foule
Padmâvatî, ô râni Padmâvatî, que Siva te soit favorable,
que Lakshmi garde ta beauté, ô fille de Singhai,
ô râni Padmâvatî, que les dieux te protècent.

Nakamti
O Padmâvatî, ô reine de nos nun's,
prends pitié de nous, abaisse vers nous
la douceur de tes Yeux.

Alaouddin
Son voile! Quielle écarte son voile!
(Ratan­Sen fait signe à Padmâvatî décarter son voile.
Padmâvatî obéit et passe dédaigneuse,
tandis que le peuple se prosterne sur un geste de Gora.
Alaouddin se léve comme attiré et retombe sur son siège, accablé.
Le brahmane s'approche de lui. )

Je nty puis croire; elle a passé; il me semble que j'expire…
La nuit est passée sur mes yeux.

Le brahmane
Seigneur, il faut partir!

Gora
Et l'alliance?

Le brahmane
L'alliance est trompeuse quand le cœur est troublé.

Ratan­Sen
Reste­t­il à mon frère un désir que je puisse exaucer?

Alaouddin
Je suis accablé de regrets,
de bonheur et de reconnaissance;
Demain, je reviendrai, maître de mod,
et mon escorte plus nombreuse portera
des présents dignes de vos bienfaits.
(Alaouddin descend les degrés de la terrasse
du palais en s'appoyant à l épaule du brahmane.
L'escorte se forme rapidement et bouscule la foule.)


Voix dans la foule
Ils stenfuient, ils stenfuient comme des voleurs.
(Un guerrier se détache de la foule et s'adresse
au brahmane qui est resté au bas des degrés.)


Un guerrier
Qui es­tu, brahmane?

Un artisan
Il me semble tiavoir vu à Tchitor.

Un guerrier
N'est­ce pas toi qu'on a chassé du temple
et de la ville?

Un marchand
Les gardes du palais t'avaient pris, un matin,
sous les fenêtres de la reine.

Un guerrier
Pourquoi restes­tu en arrière?
(Le brahmane remonte les degrés sans répondre.)

Badal
Donnez­moi l'ordre et mon cheval au galop
me mettra avant eux aux portes de la ville.

Le brahmane
O frère de mon maître, me sera­t-il permis?

Badal
Que nous veux-tu?

Le brahmane
J'ai un message...

Badal
Un message?

Le brahmane
Je ne serais pas demeuré ici, sans ordre.
(Il salue lonquement.)

Ratan­Sen
Qu'attends­tu pour parler?

Le brahmane
L'instant fixé par le destin.

Badal
(le poignard à la main)
Parle. ou meurs!

Le brahmane
Je suis Brahmane et j'appartiens au sultan des Mogols.

Le veilleur
Le sultan a dépassé les murs de la ville.

Le brahmane
Voici ce que dit le sultan:
Pour gage d'amitié, il demande à son frère un seul joyau,
Le joyau vivant qui est l'image du lotus céleste..;.

Ratan­Sen
La reine!

Le brahmane
(menaçant)
Si le présent lui est refusé, il viendra sten saisir.
Déjà son armée gronde à l'entour de la ville,
comme une mer en furie.

Ratan­Sen
Préparez mon armure! Faites sonner l'appel de guerre!
Et toi, va répondre à ton maître que je ttaurais livré au bourreau
si tu ntétais pas consacré aux dieux.
(Il se retire avec Badal. )

Gora
Alarme! Alarme!
(I1 se retire.)

Le veilleur
Alarme!

La foule
Alarme! Alarme!

Un guerrier
C'est toi, brahmane, qui nous apportes la guerre?
(La foule entoure le brahmane.)

Le brahmane
Ecartez­vous, profanes!
(défiant la foule et avec une exaltation croissante)
Victoire à Siva destructeur!
La mort l'emporte sur la vie,
La nun' a étouffé le jour
Les guerriers seront égorgés dans la plaine,
Les enfants pleureront dans l'épouvante,
Les femmes hurleront sous la douleur,
La cité où l'or répondait aux feux du soleil
ne sera plus qu'un amas d'obscures décombres,
La reine, pareille au lotus, montera sur le bûcher des veuves
Sa beauté sera réduite en fumée et en cendres,
Pour avoir offensé les puissances du mal!

La foule
La reine! Il a maudit la reine! à mort! à mort!
(La foule se jette sur le brahmane
qui disparait dans le remous.)


Le brahmane
(I1 émerge un moment de la foule furieuse
et apparait le visage ruisselant de sang.)

La mort ltemporte! La mort! La mort!
(La foule se disperse, le brahmane reste étendu, mort.)

Scène 4
Padmâvatî

Voix derrière la scène
Aux armes! aux armes!
(Padmâvatî parait et s'avance sur la terrasse du palais.)

Padmâvatî
Il est trop tard... Je n'ai pu prévenir le sacrilège!
Les dieux ne m écoutent plus. Quelle est donc mon offense?
La place est déserte comme un rivage où la vague soudaine a passé…
Les hommes éprouvent le trenchant des épées,
Et les femmes au fond des chambres se lamentent.
Le premier meurtre est accompli, l'orage se déchai net
J'avais livré ma vie à mon maltre, et son désir était ma pensée.
O dieux, je n'ai qu'une prière: ne me séparez pas de lui.
Accordez­moi plutôt la mort.
Vivre ou mourir auprès du mfitre est un égal bonheur.

(Le rideau se ferme lentement.)




Acte II

Acte I
Acte II


L’intérieur du Temple de Siva, dans l ombre.
Au fond, la statue colossale du dieu.
Dans le socle, l'acces d une crypte.
Portes à gauche et à droite, et au fond.
En avant, à gauche, une dalle ensanglantée.
En avant, à droite, un siège de marbre blanc.


PRÉLUDE

Scène 1
Padmâvatî, pais les prêtres.
Padmâvatî est appayée à un piller,
dans une attitude suppliante.
Les Prêtres vent dans la crypte.


Les prêtres
Om! Siva, terreur des hommes et des dieux!
Om! Siva, au corps de flamme, aux yeux de cendre!

Padmâvatî
Siva, laisse ma voix se joindre
à ces voex souterraines.
Nos guerriers vent tombés
comme la moisson que le fer tranche.
Nous avons quitté le palais clair
pour le refuge de ce temple funèbre,
Avec les débris de l'armée Ratan­Sen
tense un dernier effort.
J'écoute au loin la rumeur du combat.
Est­ce délivrance ou désastre?
(Padmâvatî se dissimule,
les Prêtres sortent de la crypte en cortège.)


Les prêtres
Siva chasseur des existences, pourvoyeur de la mort!
Om! Siva, nous avons dressé le bûcher sous tes pieds,
abaisse tes regards et que jaillisse le Feu!
(Ils tournent autour de la dalle de gauche,
pais du siège de droite, puis se prosternent devant la crypte. )


Les prêtres
Sur la pierre sanglante, la Mort.
Sur la pierre brillante, la Vie.
Dans la nun' flamboyante,
la Vie conduite par la Mort!

Padmâvatî
(se rapprochant)
Que dites-vous? Répondez! c'est votre reine.
(Les Prêtres sortent par le côté gauche,
sans répondre. Seul, le dernier d'entre eux se détache.)


Un prêtre
Nous avons vu sourire dans l'ombre la face terrible.
Nous avons consulté les filles de Siva,
les blanches, puis les noires.
Elles ont promis, tour à tour,
pour l'aurore, un sacrifice souverain.

Padmâvatî
Quel sacrifice?
(librement)
Est­ce moi qui dois m'offrir?
(Tirant à demi un poignard de sa ceinture.)
Vois, l'arme est prête.

Un prètre
II y aura plus d'une victime.
(Il sort.)

Padmâvatî
Plus d'une victime!
Le silence est noir comme la tombe.
(Elle remet lentement le noianard au fourreau.

Scène 2
Padmâvatî Ratan­Sen.

Ratan­Sen
(appelant)
Padmâvatî!
(I1 entre, il est ensanalanté.)

Padmâvatî
Vous! Seianeur! Blessé?

Ratan­Sen
La derniere eneinte est tombée.

Padmâvatî
Ma prière fut vaine!

Ratan­Sen
Une trêve est accordée jusau'à l'aurore.

Padmâvatî
L'aurore!

Ratan­Sen
Le sultan a fixé ce délai.
II vengera sur la cité entière le refus de son désir.

Padmâvatî
Ce vent nos derniers instants sur cette terre.
(avec émotion)
O visage qui fit mon bonheur!
(Elle le contemple.)

Ratan­Sen
Padmâvatî!

Padmâvatî
Douceur d'entendre cette voix encore!

Ratan­Sen
Padmâvatî! La cité va périr.

Padmâvatî
Nous mourrons avec elle!

Ratan­Sen
Par notre faute!

Padmâvatî
Par la volonté de Siva! Vous avez fait votre devoir.

Ratan­Sen
Notre devoir est plus terrible.

Padmâvatî
Retournez au combat pour une mort glorieuse.

Ratan­Sen
Ce n'est Das la mort aue je redoute.

Padmâvatî
Je lure de monter avec vous sur le bûcher.

Ratan­Sen
Padmâvatî, du haut des terrasses,
n'avez­vous pas entendu les cris des blessés,
les râles des mourants?
N'avez­vous pas vu le ciel
s'ensanglanter des rougeurs d'incendie?

Padmâvatî
Je saurai mourir.

Ratan­Sen
Non! Il faut vivre.

Padmâvatî
(presque à voix basse dans un sentiment d'effroi)
Vous voulez me livrer!

Ratan­Sen
(avec insistence)
Padmâvatî! Songez aux mères
qui verront leurs enfants égorgés!
Songez aux femmes que leurs maris
ne défendront plus.
Songez aux jeunes filles dont le chant de noces
sera la clameur d'agonie!

Padmâvatî
(avec indignation)
Me livrer vivante! Moi! votre épouse!
O mon maître!
Vous pouvez torturer ma chair par le fer ou par le feu,
Vous pouvez priver de la lumière ces yeux
où tent de fois vous avez lu mon amour.
Mais vous ne pouvez pas faire
que ces yeux supportent le regard d'un autre époux,
Que cette chair subisse l'outrage des baisers du vainqueur.

Ratan­Sen
L'aurore maudite est sur nous!

Padmâvatî
Quand j'ai quitté Singhal et traversé la mer,
votre peuple me re,cut avec joie,
Et j'ai vécu heureuse en vos palais.
L'étreinte de mes bras nta­t­elle
pas scellé notre union éternelle?
Et quand sur mon sein vous reposiez votre tête lasse,
ô mon maître, avez­vous pu douser que le même soir funèbre
nous verrait entrer tous deux dans le néant divin?

Ratan­Sen
Padmâvatî, le soleil va bientôt reparaître
et l'horreur du massacre se lever avec lui!
J'ai Dromis à Siva de sauver mon peuple.

Padmâvatî
Sacrilège!
Par devant le feu pur du foyer,
vous avez posé votre main sur mon cœur
et tracé sur mon front l'emblème de la possession.
Celui qui brise un tel lien renahra bête immonde!

Ratan­Sen
Je prends sur moi l'expiation!

Padmâvatî
Je ne veux pas que votre ârne se charge d'un tel crime.

Ratan­Sen
(lui prenant la main)
Vous me devez obéissance!

Padmâvatî
(elle tire son poignard)
Plutôt vous voir mort que coupable!

Ratan­Sen
Venez!

Padmâvatî
Protège­nous, Siva!
(Elle frappe de son arme Ratan­Sen qui chancelle.)

Ratan­Sen
Ah! Qu'avez­vous fait?
(I1 tombe.)
Où êtes­vous?

Padmâvatî
(à genoux près de lui)
Je ne vous quitte pas. La mort va nous unir.
(Il meunt. Elle se relève et court à la porte
de gauche, pais à celle de droite.)

A moi, prêtres,
Les deux victimes vous attendant.
Accourez, mes soeurs, pour la parure dernière.

Scène 3

Padmâvatî, les prêtres, les femmes du palais,
puis les Six Messageres de Siva, évoquées par les prêtres
Les prêtres entrent par la porte de gauche,
portent des torches qu'ils élèvent devant Padmâvatî.
Elle incline la tête en silence.
Puis, par la porte de droite, les femmes, voilées et tremblantes.
Les prêtres portent le corps de Ratan­Sen vers la gauche.
Les femmes s'empressent autour de Padmâvatî assise à droite.


Padmâvatî
O mes sceurs fidèles,
Ne pleurez pas sur moi,
Rien ne m'est plus au monde.
Mes yeux verront briller, sans crainte,
à l'heure suprême, l'ardent regard de Kali.
(Deux par deux les femmes lui remettent le peigne,
le miroir, le collier et le voile de noces.)

Peigne qui tombas le premier soir,
miroir qui unis nos images,
Perles dont j'interrogeais la fuite caressante,
voile où ma tendresse prit courage.
Le soleil est mort.
Seule dans la nuit obscure,
j'écoute la voix confuse des étoiles.
Mon âme m'abandonne.
(Les prêtres, ayant achevé la toilette funèbre,
s'alignent au fond et commencent les incantations.
Les femmes restent autour de Padmâvatî.)


Les prêtres
Sur la pierre sanglante, la mort!
Les filles blanches de Siva, Prithivi! Parvati!
Ouma! Gaouri! Vous que le meurtre rassasie,
Cherchez votre victime.

PANTOMIME

Ils allument un feu dans un brasero au milieu de la scene,
et jettent sur la flamme une poudre
qui dégage une abondante fumée.
Quand la fumée se dissipe, on volt paraitre,
se détachant du mur, quatre figures blanches,
sortes de vampires qui s'avancent, rôdant flairant le sang.
Elles découvrent le cadavre
et en vent écantées par les prêtres.
Les deux premières s'approchent davantage
et tournent autour des prêtres, Repoussées,
elles vont somber dans le recoin à gauche.
Les deux autres les imitent Padmâvatî
et les femmes détournent leurs regards.


Les prètres
Sur la pierre brillante, la vie!
Les filles noires de Siva! Kali, qui blesses de désir,
Dougga, serpent de la douceur perfide!
Tentez l'épreuve!

DANSE ET PANTOMIME

Les prêtres jettent de nouveau la poudre sur la flamme.
Quand la fumée se dissipe, Kali s'est élancêe de la crypte,
agile, tenant un trident.
Dourga s'avance, souple, donnant l'illusion du serpent Kali
entoure de gestes avides la dense onduleuse de Dourga.
Dourga feint de chercher un refuge aupres des femmes.
Toutes b repoussent Une se laisse fléchir.
Dourga, glissant à ses pieds, l'enveloppe de ses bras
et la livre au trident de Kali. La femme s'abat, terrifiée.
Les autres femmes se dispersent, poursuivies par Kali.
Elles tombent et jonchent le sol.
Alors, Kali et Dourga tournent autour de Padmâvatî
en cercles de plus en plus serrés.
Padmâvatî se lève, sur la défensive.
Dourga veut envelopper les francs de Padmâvatî,
pendant que Kali s'approche.
Mais Padmâvatî, avec un frisson d'horreur bondit de côté,
les mains étendues en signe de conjuration.
Kali et Dourga vent précipitées l'une sur l'autre
et vont s'abattre dans le recoin à droite.


Les prêtres
Dans la nuit flamboyante, la vie conduite par la Mort!
Filles blanches, Filles noires, douces, divines, apaisées,
Répandez les fleurs des noces éternelles.
Om bhour! Om bhouvah! On svah!
Om mahah! Om djanah! Om toupas! Om satyram!

CERÉMONIE FUNÈBRE

Les quatre filles blanches et les deux filles noires reparaissent,
transfigurées en Apsâras.
Elles s'avancent portent des guirlandes
et vont d'abord au corps du rod, puis à Padmêvatî.
L'un et l'autre vent parés de fleurs.
Padmâvatî est conduite par elles auprès de Ratan­Sen.
Elle place la main sur son cœur
et de l'autre main fait un signe sur son front
Les rites des noces funèbres s'accomplissent
autour du feu qui brûle toujours.
Cependant, au dehors, on entend des cris.


Les guerriers
(au dehors)
Indraya! Indraya namah!

Les prêtres
L'aurore stest montrée.
Le carnage approche Délivrance! Délivrance!
(Le cortège se forme.
Les prêtres d'abord, pontant le brasero allumé,
disparaissent dans la crypte en chantant.
La crypte s'éclaire de lueurs rouges,
Les prêtres qui portent le corps du roi y entrent a leur tour.)


Les prêtres
Siva! Quand parait ton éclat,
Le jour se change en nuit, les apparences s'évaporent,!
'amour rentre dans le néant.

(Padmâvatî vient en­quite, conduite par les Apsâras.
Le bûcher flamboie dans la crypte. A l'instant d'entrer,
Padmâvatî a un mouvement d'effroi.
Les Apsâras la soulèvent et la portent doucement.
La porte du fond cède.
Le sultan Alaouddin parait vainqueur dans l'aube pâle.
Les femmes jusque­là prosternées à terre,
se relevent, cherchant à fair.
Alaouddin, arrêtant d'un geste ses soldats sur le seuil du temple,
regarde, immobile, la fumée qui monte de la crypte.
Le rideau tombe lentement.)





F I N




Acte I
Acte II




- Karadar Bertoldi Ensemble - Studio Informatico Anesin -