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Camille Saint-Saëns

(1835 - 1921)

[ Saint-SaensComposers | Mp3 | Home Page ]

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The Operas of  Camille Saint-Saëns


Ascanio


Opéra en 5 actes et 7 Tableaux

D'Après le drame "Benvenuto Cellini"
de Paul Meurice

Poème de Louis Gallet

Musique de C. Saint-Saëns


DISTRIBUTION:

Benvenuto-Cellini, Baryton
Ascanio, Ténor
François, Ier Basse
Un Mendiant, Baryton
Charles-Quint, Basse
Pagolo, Basse
D'Estourville, Ténor
D'Orbec, Ténor
La Duchesse d'Étampes, Soprano dramatique
Scozzone, Contralto-Mezzo-Soprano

(Le rôle de Scozzone, écrit par l'Auteur
pour la voix de contralto,
a été pointé pour mezzo-soprano spécialement
en vue des représentations à l'Opéra)

Colombe d'Estourville, Soprano
Une Ursuline, Soprano
Dame Périne, Mime

Ouvriers, Apprentis, Elèves des Benvenuto,
Seigneurs et Dames de la Cour de François Ier,
Gardes, Homes et Femmes du Peuple.



ACTE I
ACTE II
ACTE III
ACTE IV
ACTE V




ACTE I


(Les ateliers de Benvenuto Cellini à Paris. Vieille salle
avec des établis devant une garde verrière claire,
des dressoirs, des bahuts pleins de pièces d'orfèvrerie,
des chevalets, des cartons, etc. Sièges de bois.
Au premier plan, une table.
Sur la table, une grande coupe dans laquelle sont des bijoux.
Sur une crédence le modèle en argile d'une statue de Jupiter,
Au fond, la forge, qui sert de pièce d'entrée.)


Scène 1re
Benvenuto, Ascanio, Pagolo
(Au lever du rideau, les élèves, les apprentis,
les ouvriers sont au travail, très appliqués.
Au fond, dans la forge, on entend battre l'enclume.
Bientôt la sonnerie de l'enclume s'arrête et Benvenuto parait.
Au milieu d'un silence recueilli, Benvenuto s'avance,
s'arrêtant, çà et là près de l'un des ses élèves.
Il arrive ainsi jusqu'à la place vide d'Ascanio,
y prend un dessin, qu'il examine longuement.)


BENVENUTO
(montrant le dessin d'Ascanio)
Très-bien!
Voilà comme il faut me comprendre!
Ah! quelle grâce et quelle pureté!
Cette figure d'ange est telle, en vérité,
Que le plus délicat ne saurait qu'y reprendre
Ascanio, mes amis, est un maître!

PAGOLO
(à part, avec envie)
Ascanio!
Toujours pour celui là la même préférence.

BENVENUTO
Toi, Pagolo, voyons!
Oh! oh!
Quelle erreur! quelle différence!
Ton ange est un démon!
Regarde donc le Sien!
C'est à recommencer.

PAGOLO
C'est bien!
Je recommencerai
(Il déchire son dessin.)
(à part)
Maudit!
Ah! bientôt vienne
L'heure où de ton dédain se vengera ma haine
(Il se lève.)

BENVENUTO
Où donc est Ascanio?

PAGOLO
Dans sa chambre.
(venant près de Benvenuto avec un sentiment de jalousie ironique)
Amoureux,
Artiste, il est toujours également heureux!
Artiste, vous l'aimez, amoureux, on l'adore…
(en confidence)
Un messager mystérieux
A remis pour lui ce matin encore
Un billet doux qu'il est allé lire par là…
Il a bien des secrets!…

BENVENUTO
(avec une bonhomie moqueuse)
Mon pauvre ami, voilà
Ce que rapporte aux gens leur galante tournure!…
Il t'arrivera jamais même aventure!

PAGOLO
(à part, avec rage)
Ah! les frapper tous deux!
(Cloches entend sonner midi.)

LE CHOEUR
Midi! Midi!
A table! allons! à table!
(Tous se lèvent, en tumulte, et, rapidement,
rangent leur travail, les banes, les sièges, etc.
faisant la place nette au milieu l'atelier.)


BENVENUTO
C'est une heure perdue;
Au moins faites la brève, enfants!
Je vous ai dit
Quelle illustre visite est par nous attendue
Le roi peut venir aujourd'hui
Et j'entends vous voir tous réunis devant lui!
Allez!
(Tous s'éloignent. Au même moment,
Ascanio parait et se dispose à les suivre.
Benvenuto l'arrête du geste.


Scène 2me
Ascanio, Benvenuto

BENVENUTO
Reste, Ascanio!
(Benvenuto après avoir contemplé Ascanio pendant un instant
avec affection, lui pred la main.)

Tu sais combien je t'aime!
Ah! je retrouve en toi comme un autre moi-même,
Jeune, vaillant et triomphant.
Toi que j'ai recueilli naguère
Des bras défaillants de ta mère,
Mon frère de cœur, mon enfant!
Ah! par la noble et sainte femme
Que je pleure encor comme toi,
Dis-moi quel émoi
Se reflète en tes yeux, clair miroir de ton âme?
(aved quelque hésitation)
Cette lettre reçue?

ASCANIO
(simplement)
Eh! quoi?
Pagolo vous a dit?

BENVENUTO
Peut-être suis-je indiscret?

ASCANIO
(avec élan)
Vous, maître!
Ah! lisez!
(Il lui donne la lettre ouvert.)

BENVENUTO
(tout en lisant)
Pas de nom!…
Un rendez-vous
(lui rendant la lettre)
Eh bien! Iras-tu?

ASCANIO
(indifférent, puis s'animant)
Si j'irai?
Non…Oui!
Je n'en sais rien!
Si je croyais pourtant
Si cela venait d'elle?

BENVENUTO
D'Elle, as-tu dit?
Allons! je ne me trompais pas!
Oui, tu souffres d'Amour la blessure cruelle!
Achève! parle!

ASCANIO
Hélas!
Si loin et si haut dans l'espace,
Ma céleste vision passe,
Trompant mes regards éperdus!
C'est l'éblouissement d'un rêve!
L'illusion rapide et brève
Qui s'envole et ne revient plus
N'exigez pas que je la nomme:
Il n'est point au pouvoir de l'homme
De m'ouvrir le chemin des cieux!
Aucun vain espoir ne me leurre,
Mais sa pensée en moi demeure
Comme un parfume délicieux.

BENVENUTO
Va donc! maître toujours des secrets de ta vie!
Si l'avenir te garde un bonheur, sacrifie
A tes jeunes amours notre vieille amitié
Mais si c'est un péril, soyons-y de moitié!
(le poussant dehors avec une brusquerie affectueuse.)

Scène 3me
Scozzone, Benvenuto

SCOZZONE
Maître!

BENVENUTO
(joyeux)
Bon! après l'ami, l'amie!
Scozzone! double joie,
O chère, chère enfant!
(Il la prend dans ses bras. Elle lui résiste un peu, se dérobe.)
Eh! quoi, méchante, on se défend!

SCOZZONE
(le regardamt d'un air fâché)
Oui, vous ne m'aimez plus!

BENVENUTO
Ne plus t'aimer, lumière!
Ne plus t'aimer, gaîté!
Toi qui, pour me suivre as quitté
Ta riante Florence, et de ton amour fière,
As tout sacrifié pour moi,
Ne plus t'aimer!

SCOZZONE
(avec un regard défiant)
Pourquoi,
Songeant à votre œuvre nouvelle
Cherchez-vous un autre modèle?

BENVENUTO
(l'attirant vers lui et de belle humeur)
Jeanne, je t'ai nommée à bon droit
"Casse-cou" "Scozzone."
Ton esprit va, va, sans savoir où!
Comment! j'ai fait de toi
Junon, Vénus, Diane,
La fierté, la beauté, la splendeur!
Dieu me damne!
Il te faut encor la candeur?
(la regardant avec amour)
Non! ces yeux, ces beaux yeux ne sont pas ceux d'Hébé la candide!
Hébé n'est pas vous!
De l'idéal vers qui mon rêve pur me guide
Votre cœur est-il donc jaloux?

SCOZZONE
(ardemment)
Jaloux de tout!

BENVENUTO
Ah! pourquoi ce front pâle Soudain?
Tu n'as qu'une rivale:
L'éternelle beauté, qui fait l'art immortel,
La muse, la maîtresse impeccable et sévère!
Puisque c'est toi que j'aime sur la terre
Laisse-moi librement l'adorer dans le ciel!

SCOZZONE
(avec passion)
Vers cette divine conquête,
Maître! marchez sans hésiter!
Moi! de l'humble part qui m'est faite

Ensemble

BENVENUTO
Rassure-toi! tête folle!
Rassure-toi
Tout cède à ton charme vainqueur!

SCOZZONE
Je me tiendrai pour satisfaite
Si je ne dois pas vous quitter
Si vous me gardez dans notre âme
Une place que nulle femme
Ne doive un jour me disputer!
Par votre noble parole
Vous rassurez mon faible cœur!
Vous rassurez mon faible cœur!

BENVENUTO
Un souffle, un rien, une parole,
A donc troublé ce pauvre cœur!
A donc troublé ce pauvre cœur!
(lui baisant la main)
Allons!Souriez, chère belle!
Et dites quelle nouvelle
Vous m[apportiez ce matin.

SCOZZONE
(près de lui, confiante, heureuse)
De ceux que vous aimez me touche le destin;
Les servant, je vous sers!
Un vrai danger menace
Votre ami le plus cher, Ascanio.

BENVENUTO
(vivement, inquiet)
Lui! de grâce,
Parle! Le danger vient?

SCOZZONE
D'une femme!

BENVENUTO
Son nom?

SCOZZONE
La Duchesse d'Etampe.

BENVENUTO
Ah! ton amie!

SCOZZONE
Amie?
Si vous voulez…peut-être non!
Je l'ai connue en Italie,
Enfant, j'ai partagé ses jeux;
Elle me dit "ma sœur" et le passé nous lie,
Mais non pas à ce point que je ferme les yeux
Sur sa dangereuse folie.
Ascanio lui plaît fort, je crois

BENVENUTO
Ah! qu'as-tu dit?
Cet amour maudit,
Pour lui c'est la mort, peut-être?
Les amants qu'elle fait rivaux du roi son maître,
On le sait, meurent tous et misérablement.
(comme à lui même)
Je n'ai plus à chercher d'où venait cette lettre

SCOZZONE
D'elle à lui?

BENVENUTO
D'elle, assurément
(résolument)
J'empêcherai qu'elle ait Ascanio pour amant.

Scène 4me
Les mêmes, Pagolo puis les Elèves, Ascanio,
Le Roi François Ier, la Douchesse d'Etampes
avec une suite de Seigneurs et de Dames,
Pages précédant et escortant le Roi,
Hallebardiers et Gardes restant ou fond.)

PAGOLO
(accourant en toute hâte)
Le Roi
Voici le Roi

BENVENUTO
Seul?

PAGOLO
Le cour tout entière,
Je crois des cavaliers, des dames en litière…
Voyez!

BENVENUTO
(après un regard au dehors)
Ouvrez partout!
(Les ouvriers, les apprentis,
les élèves arrivent par groupes empressés.
On ouvre les bahuts.
On range repadement quelques pièces d'ofevreie.
Puis une haie se forme, attendant la venue du Roi
paraît bientôt au milieu des Noël! De chœur.)


LE CHOEUR
Noël!
Noel au Roi!
Noël!
Noël au Roi!
Noël!

LE ROI
Bonjour! Benvenuto!

BENVENUTO
(s'inclinant profondément)
Sire!

LE ROI
(à la Duchesse d'Etampes)
Je vous présente, Duchesse, un souverain plus souverain que moi;
Maître, à son gré, de tout ce qui le tente
Un poëte, un soldat, un peintre, un ciseleur,
Un Archimède, un Praxitèle,
Même un musicien, je crois!
Sa part est belle,
N'est-ce pas?
Et je puis envier sa valeur!
(à Benvenuto)
Montrez-nous vos travaux!

BENVENUTO
A vos ordres…
(voyant la Duchesse d'Etampes examiner divers bijoux
qu'elle a pris dans la coupe posée sur la table)

Madame,
Vous regardez cela?
Quelques bijoux de femme

LA DUCHESSE
Charmant!

BENVENUTO
Ce bracelet
N'est pas de ma façon
Ascanio mon élève
L'a fait sans mes conseils.
Il est d'un art parfait.

LE ROI
Si grand soit son talent c'est de vous qu'il relève, Maître!

BENVENUTO
Sire!

LE ROI
(simplement)
Voyons d'abord ce médaillier;
Puis, vous me montrerez le trésor du joaillier,
Puis l'œuvre du sculpteur.
(Benvenuto, marchant a côté du Roi,
va à un meuble, l'œuvre et lui montre diverses médailles,
puis l'examen continue; les deux personnages s'arrêtent
devant chaque dressoir.)


LA DUCHESSE
(très doucement)
Ascanio!
(Ascanio s'approche avec respect.)
(lui montrant le bracelet)
Je suppose
Que ce bijou n'a point de maître encor,
Voyez,
S'il va bien à mon bras?
(lui tendant son bras, le regardant avec un sourire)

ASCANIO
(sans s'approcher)
Oh! sans doute!

LE DUCHESSE
(elle fait un pas vers lui)
Essayez
Pourtant…ne tremblez pas
(Ascanio attache le bracelet au bras de la Duchesse.)
Ah! que cet émail rose est fin dans cet or mat
C'est le ton de la chair…
Le prix?
Qu'importe!
Un tel joyau n'est jamais cher…
Il est à moi.

ASCANIO
(s'inclinant avec joie)
Merci, madame!

LA DUCHESSE
Il faut encore
Créer pour moi…voyons? un lis en diamants!
J'en ai de merveilleux
(à part)
Il a des yeux charmants
A la fois doux et fiers!
Et son front se colore
D'un beau rayon d'orgueil…et peut-être…d'amour
(haut à Ascanio)
Donnez-moi ce travail bientôt!
Ensemble

LA DUCHESSE
(à part à elle-même, avec passion)
Avant ce jour ai-je jamais aime?

SCOZZONE
(les observant)
Comme elle le regarde!
(passant près de la Duchesse)
Le Roi revient vers nous, madame.
Prenez garde!

LA DUCHESSE
(avec emportement)
Laisse! me défier,
Jeanne, c'est m'enhardir!
Je l'aime!
Ah! l'aime!
Je l'aime.
(Le Roi et Benvenuto ont achevé de visiter
les dressoirs et les bahuts.
Ils arrivent devant la crédence où est le Jupiter.)


LE ROI
Voilà le pur chef-d'œuvre, ami, ce Jupiter!
Ces beaux traits respirant la majesté suprême
Ces bras levé qui, dans l'éther
Va sur nos fronts déchaîner le tonnerre,
Voilà l'Olympien, le maître de la terre,
Voilà le roi des dieux, voilà le dieu des rois!
Avant un mois
Il faut me fondre en or ce dieu d'argile!

BENVENUTO
Belle entreprise, hélas! mais difficile!
Ici nous sommes à l'étroit.

LE ROI
Si l'un de nos hôtels…

BENVENUTO
Il en est un, je croi,
Qui nous conviendrait fort.

LE ROI
Et lequel?

BENVENUTO
Le grand Nesle!

LE ROI
Il est à vous.

LA DUCHESSE
(vivement, se rapprochant)
Sa Majesté dit-elle
Qu'elle reprend le Nesle au Prévôt de Paris,
A monsieur d'Estourville?
Un homme à moi!

LE ROI
(simplement)
Je dis
Que le grand Nesle étant désert, avant une heure
Cellini peut en faire sa demeure.
(à un des gentilshommes de sa suite)
Ecrivez l'ordre!

BENVENUTO
Sire! ah! c'est trop de bonté!
(Un gentilhomme écrit l'ordre
sur la table de l'atelier et le remet au Roi.)


LE ROI
J'attends l'Empereur Charles-Quint, mon frère
Et veux qu'il soit royalement fêté!
A votre invention donnez libre carrière:
Faites-nous quelque plan de fêtes et de jeux
qui dans Fontainebleau puisse éblouir ses yeux!
Nous serons quittes.
Puis fondez cette statue…
(avec intention)
Pour moi seul!

BENVENUTO
Vous serez obéi, Sire!

LE ROI
(lui remettant l'ordre puis lui tendant la main)
Adieu!

ASCANIO
Vivre au grand Nesle, près de Colombe, ô mon Dieu!
Quelle ivresse!
(Le Roi s'éloigne avec la Duchesse.)

LES HOMMES
Noël au Roi!
Noël au Roi!

SCOZZONE
(à Benvenuto)
Elle l'aime!

BENVENUTO
Ah! cet amour qui tue!
(à Scozzone)
Je l'en préserverai!

LES HOMMES
Noël au Roi!
Noël au Roi!

BENVENUTO
(à Scozzone en lui montrant la Duchesse avec un geste de défi.)
Qu'elle aille au rendez-vous maintenant, j'y serai!

ASCANIO
Vivre près d'elle, près de Colombe!
O mon Dieu!

LES HOMMES
Noël au Roi!
Noël au Roi!

Fin du 1er Tableau

2e Tableau
La place du cloître des Augustins.
A droite du spectateur, la porte du chevet
de la chapelle des Augustins. Puis les deux Nesle.
De l'autre côté de la scène, en face de la chapelle, des tavernes.


Scène 1re

ÉCOLIERS
(devant la taverne)
Quand nous serons devenus
Goutteax, fourbus et chenus,
Nous moisirons en nos gîtes;
Quand on lira sur nos fronts
Du temps les tristes affronts,
Il sera temps, il sera temps d'être ermites!
Ta bellions,
Chicanous,
Docteurs, on rira de nous
Et de nos mines confites!
Bon! La maussade saison
Est encor lointaine!
Bon! La maussade saison
Est encor lointaine!
Verse, Madeleine!
Verse, Marion!
Verse, Madeleine!
Verse, Marion!
Çà, mordons vite aux fruits verts
Au temps grognon des hivers
Nous prêcherons, pour les autres!
Quand nous serons rebutés
Des moins sauvages beautés
On nous verra, on nous verra bons apôtres
Laids, édentés, et cassés,
Alors nous aurons assez
De mâcher des patenôtres!
Bon! La maussade saison
Est encor lointaine!
Bon! La maussade saison
Est encor lointaine!
Verse, Madeleine!
Verse, Marion!
Verse, Madeleine!
Verse, Marion!

Scène 2me
Colombe, Ascanio, Un Mendiant.
(Colombe et Dame Périne viennent vers la chapelle lentement.
Ascanio, sa toque à la main, marche avec elles,
parlant respectueusement à Colombe.
Les écoliers ont cessé leur chanson.)


ASCANIO
Pardonnez-moi, mademoiselle,
D'avoir en recevant le billet que voici,
Pu songer qu'il venait de vous, peut-être…
(montrant Dame Peine)
…ou d'elle,
Et que, pour vous servir vous me mandiez ici.
Hélas! une place prise
Pendant l'office, à vos genoux,
L'eau bénite offerte, à l'église
Ne sont pas pour créer un lien entre nous
Je confesse ma faute
Et je reprends ma route.
(Il va pour s'éloigner.)

COLOMBE
Oui, quelqu'autre dame sans doute
Vous a fait tenir cet écrit.

ASCANIO
Non! un jeu d'atelier peut-être
Quelque tour plaisant dont on rit!

COLOMBE
(innocemment, avec une sorte de crainte instinctive)
Ainsi donc, monsieur, cette lettre,
Vous n'en garderez plus souci!

ASCANIO
(heureux, légèrement)
Ah!
J'ai d'autres soins, Dieu merci!
(s'animant)
Savez-vous bien, mademoiselle,
Que nous serons voisins tantôt?

COLOMBE
(souriante)
Ah!

ASCANIO
Le roi donne le grand Nesle
A mon maître Benvenuto.

COLOMBE
Le grand Nesle, un nid de feuillage!
Un séjour paisible et charmant!

ASCANIO
(avec intention, la regardant)
Et les anges du voisinage
Egayent ce recueillement!

COLOMBE
(un peu troublée)
Adieu! car nous oublions l'heure;
La salut sera commencé.

ASCANIO
(à lui-même)
Ma lèvre rit, mon âme pleure.
Ensemble

COLOMBE
Adieu!
Le salut sera (simplement) commencé!

ASCANIO
Adieu mon beau rêve insensé!
Adieu mon beau rêve insensé!
(Au moment où Colombe remonte vers la chapelle,
un pauvre, vieux et courbé, à cheveux blancs, s'approche d'elle.)


UN MENDIANT
La charité, ma belle dame!

ASCANIO
(à Colombe)
Pauvre homme! il est vieux et tremblant!

UN MENDIANT
Que la pitié touche votre âme.

COLOMBE
(à Ascanio)
Voyez! Il pleure en nous parlant!
(Tous deux ont mis en même temps la main à leur escarcelle.)

ASCANIO
Mademoiselle mon offrande
Passant par vos mains vaudrait mieux!
Humble elle est, vous la ferez grande,
Si vous la faites pour nous deux.

COLOMBE
Volontiers!
(se reprenant)
Mais, c'est mal peut-être
D'accepter, même pour donner,
(avec hésitation)
De vous, Seigneur, sans vous connaître!

ASCANIO
Le but vous fera pardonner.

COLOMBE
(avec une vivacité gracieuse)
Non! tenez, faisons un échange:
Je donnerai pour vous, vous donnerez pour moi.
(Mouvement joyeux d'Ascanio qui vient près d'elle.)

LE MENDIANT
Douce âme d'ange,
Cœurs pleins d'amour, de candeur et de foi
Emus de ma douleur et touchés de ma plainte
Que le ciel exauce vos vœux
Qu'il vous paie en bonheur votre charité sainte,
Mon joli couple du bon Dieu!

ASCANIO
(troublé)
Hélas! que dites-vous, brave homme?
Nous ne sommes pas mariés!

LE MENDIANT
Fiancés alors!

COLOMBE
(riant)
Voyez comme Il s'égare Dieu!
(au pauvre)
Vous riez!

LE MENDIANT
Pas même fiancés!
O Seigneur! quel dommage!
Allez, pourtant, mes chers enfants de charité;
Votre commune aumône est comme un mariage
Confondant vox deux cœurs dans la même bonté
L'avenir vous promet des heures fortunées.
Laissez, laissez vos mains dans la mienne s'unir!
Puisse Dieu que m'entend comme moi vous bénir
Et quelque jour lier vos destinées.

COLOMBE
(troublée)
Ah! que dit-il?

ASCANIO
En ce vieillard je vois un prêtre,
et Dieu par sa lèvre peut-être
A consacré mon plus doux vœu!

COLOMBE
Ne nous oubliez pas, bon père!

ASCANIO & COLOMBE
Ne nous oubliez pas, bon père!
Ensemble

COLOMBE
O saint homme
O saint homme! qui parlez à Dieu!
Dans votre fervente prière
Ne nous oubliez pas, bon père!
Bon père, adieu!

ASCANIO
O saint homme! qui parlez à Dieu!
Dans votre fervente prière!
Bon père, adieu!

LE MENDIANT
Que Dieu consacre votre vœu,
Mon joli couple du bon Dieu!
(Le Mendiant s'éloigne.
Colombe entre la chapelle où Ascanio la suit à distance.)


Scène 3me
(D'Estourville et d'Orbec viennent entourés d'un groupe
de gentilhommes brillants et bruyants.)


LE PETIT CHOEUR
(D'Orbec avec la Ténors)
Ah! la plaisante audace!
Céderez-vous la place,
Mon cher à ce croquant?

D'ESTOURVILLE
(très excité)
Non! non! mille fois non!

LE PETIT CHOEUR
Du Sire d'Estourville
Ira-t-on par la ville
Riant et se moquant?

D'ESTOURVILLE
Non! non! mille fois!

LE PETIT CHOEUR
Dira-t-on que, sans peine
Chacun sur son domaine
Peut planter son pennon?

D'ESTOURVILLE
Non! non! mille fois non!

LE PETIT CHOEUR
Que, rendu débonnaire,
Il consent qu'on enterre
Son antique rrenom!

D'ESTOURVILLE
Non! non! mille fois non!

D'ORBEC
Comte, l'ordre est formel.
Vous céderez le Nesle.

D'ESTOURVILLE
(outré)
Je ne céderai rien à cet aventurier,
(outré)
Un artisan, un…serrurier.
Par dieu, son impudence est telle
Que j'en suis à douter…

D'ORBEC
L'ordre est au nom du roi,
Signé de l'entendant dees châteaux.

D'ESTOURVILLE
Je suis, moi,
Maître au grand Nesle, autant que le roi maître au Louvre
Qu'on vienne m'assiéger, vous verrez si je l'ouvre

Scène 4me
Les mêmes, Benvenuto

PETIT CHOEUR
(voyant arriver Benvenuto)
Voilà l'envahisseur!

BENVENUTO
(très gracieux)
Pardon! messieurs, pardon!
C'est là le grand Nesle!

D'ESTOURVILLE
(se détachant du groupe et brusquement)
Oui!

BENVENUTO
(toujours gracieux)
Comment pénètre-t-on
Dans l'hôtel?

D'ESTOURVILLE
(rogue)
Eh! monsieur! personne n'y pénètre;
Personne n'y demeure, et j'y suis le seul maître!

BENVENUTO
(toujours très gracieux)
Je n'ai pas besoin d'en savoir davantage
Nous ferons tous les deux le meilleur voisinage;
A nous le petit Nelse, à moi, le grand.
Voilà Mon titre.

D'ESTOURVILLE
(toujours brusque)
Bon! je vais examiner cela.
(Il prend le parchemin et le passe à sa ceinture sans le lire.)

BENVENUTO
(d'un ton ferme, le regardant en face)
Examinez, monsieur, vous avez tout une heure!
(reprenant le ton léger et ironique)
Pendant ce, je ferai le tour de ma demeure
Pour voir si, par hasard, je ne découvre pas
Parmi les belles de la ville
La nymphe Hébé.
J'en désespère, hélas!
Tant le choix en est difficile.
Je suis votre valet.
(Il fait un grand salut et s'éloigne.)

LE PETIT CHOEUR
(d'Orbec avec les Ténors)
Il se moque de vous.

D'ESTOURVILLE
Je me moque de lui.
Vous le verrez bien tous!
Ah! la plaisante audace!
Je c"ederais la place
A ce maudit croquant!

LE PETIT CHOEUR
Non! non! milles fois non!

D'ESTOURVILLE et D'ORBEC
Du sire d'Estrouville
On irait par la ville,
Riant et se moquant?

LE PETIT CHOEUR
Non! non! milles fois non!

D'ESTOURVILLE et D'ORBEC
On dirait que sans peine
chacun sur son domaine
Peut planter son pennon?

LE PETIT CHOEUR
Non! non! milles fois non!

D'ESTOURVILLE et D'ORBEC
Que, rendu débonnaire,
Il consent qu'on enterre
Son antique renom?

LE PETIT CHOEUR
Non! non! milles fois non!

D'ESTOURVILLE et D'ORBEC
Non! non! milles fois non! mille fois non!

LE PETIT CHOEUR
Milles fois non!
Milles fois non!
Milles fois non!

D'ORBEC
Qui vous défendra?

D'ESTOURVILLE
(solennellement)
La duchesse D'Etampes!

D'ORBEC et LE PETIT CHOEUR
(avec importance)
La reine du roi!
De son esprit elle est maîtresse
Et d'un mot lui fait la loi!

D'ESTOURVILLE
Elle saura m'épargner un outrage!

Scène 5me
La Duchesse, D'Estourville, D'Orbec
La Duchesse arrive en litière, masquée.
La litière s'éloigne sur un geste d'elle.
Scozonne paraît presque en même temps,
couverte d'une grande cape
qui dérobe ses traits et son costume.


D'ESTROUVILLE
C'est elle!
(La Duchesse, à la vue de l'Estourville,
ôtant son masque.)


LA DUCHESSE
(simplement, à d'Estourville)
J'ai reçu comte, votre message.
Ce que vous demandez est grave, cependant
J'y veux songer.
Rentrez chez vous en attendant
Et restez aux aguets dans votre petit Nesle
Il se peut que bientôt ici je vous rappelle
Adieu, messieurs.
(Tous s'inclinent et entrent dans le Nesle,
à la suite de d'Estourville.)


Scène 6me
La Duchesse, Scozzone
(La Duchesse fronçant le sourcil
en voyant Scozzone près d'elle.)


LA DUCHESSE
Jeanne,
Je te l'ai dit:
Qui veut me défier sûrement m'enhardit.
Tu blâmes mon projet.
Pourquoi m'as-tu suivie?
Je n'en veux pas à ton cher Florentin, Cellini.
Laisse donc s'accomplit de destin.

SCOZZONE
Si le roi découvrait!
Il y va de la vie D'Ascanio.

LA DUCHESSE
Ne crains rien
Au reste,
Il n'est plus temps!
Regarde.

Scène 7me
Les mêmes, Ascanio, puis Benvenuto
(Ascanio a paru sur les marches de la chapelle.
La Duchesse remet son masque.
Scozzone se retire vers le fond.)


ASCANIO
(à lui-même, relisant le billet)
Il ne faut pas, si ce rendez-vous cache
Un péril être pris cependant pour un lâche.
Je veux voir.
(apercevant la Duchesse masquée qui semble l'observer)
C'est bien vous madame, que j'attends,
Si j'en crois ce billet et l'heure qu'il indique!
(Entrée de Benvenuto, après un moment d'examen
Benvenuto descend en scène derrière la Duchesse et Ascanio.)


LA DUCHESSE
Moi-même!
Etes-vous prêt a braver un danger?

BENVENUTO
(à Ascanio)
Madame t'interroge et c'est moi qui réplique
(à la Duchesse)
Pardon! c'est moi d'abord qui veux interroger.
(à la Duchesse interdite)
Et un mot,
Il faut m'entendre seul
(impérieusement sur un mouvement de révolte de la Duchesse)
Je vous dis qu'il le faut!

LA DUCHESSE
(outrée)
Monsieur!

BENVENUTO
(rapidement)
Ni lui, ni moi ne savons qui vous êtes.
(à Ascanio)
Tu l'ignores, n'est-il pas rien?

ASCANIO
Sur l'honneur!

BENVENUTO
Réfléchis! si tu veux, tu m'arrêtes!…
Fais un signe et je pars!

ASCANIO
Madame seule ordonne.
Qu'elle parle, j'obéirai.

LA DUCHESSE
(nerveusement)
Allez!

ASCANIO
A vous je m'abandonne
O maître vénéré.
(Ascaion s'éloigne.)

Scène 8me
Benvenuto, La Duchesse

BENVENUTO
Il est deux nobles cœurs que j'aime:
L'un, Ascanio, celui-là même
Que vous venez de voir;
C'est le fils de mon âme.
L'autre, un très haut seigneur, dont les bienfaits, madame,
M'enseignent mon devoir

LA DUCHESSE
(contenant sa colère)
Que m'importe cela?

BENVENUTO
Une femme est entre eux
Maîtresse du plus fort, de l'autre elle est éprise;
Sous le masque elle suit sa galante entreprise
Funeste à tous les deux.
Pour sa beauté mortelle combien ont succombé,
qu'on disait aimés d'elle,
Frappés sous son balcon, dans la nuit terrassés!
Le compte est assez long des caprices passés!
(marchant vers elle)
Je ne veux pas que mon Ascanio meure!

LA DUCHESSE
(avec violence)
Assez!
Quels droits avez-vous sur ma vie?
Que faites-vous sur mon chemin?

BENVENUTO
Je vous épargne une folie qui serait un crime demain.

LA DUCHESSE
Ah! prenez garde!

BENVENUTO
Est-ce la guerre?
Luttons!
(fièrement)
Contre votre beauté,
Votre esprit et votre colère
Il suffit de ma loyauté!
Luttons!
Il faut savoir en somme,
Puisque l'on en vient aux défis
Lequel de cette femme aimée ou de cet homme,
De cet artiste honoré
Que je suis,
Doit l'emporter auprès du Roi François!

LA DUCHESSE
(avec effroi)
Silence!
(agressive)
Nommer le roi, c'est presque me nommer!
Si je crois encor à votre ignorance
Vous pouvez prétendre à me désarmer;
mais songez-y bien: ce nom que je cache,
Ce nom prononcé par vous, c'est ici
Un affront sanglant; c'est masque qu'on m'arrache!
Ce masque arraché, c'est la guerre sans merci!

BENVENUTO
Eh! bien, je vous en conjure,
Renoncez à l'amour d'Ascanio laissez pure
L'âme de cet enfant doux et béni!

LA DUCHESSE
(passionnément)
Jamais!

BENVENUTO
(allant à elle menaçant)
Jamais!

LA DUCHESSE
Une menace!

BENVENUTO
Défi pour défi!
Combat face à face!

LA DUCHESSE
(emportée)
Je me vengerai,
Signor Cellini!

SCOZZONE
Dieu!

BENVENUTO
Je ne vous crains pas,
Duchesse d'Etampes!

LA DUCHESSE
(avec rage, arrachant son masque)
Ah!
(Elle va vers le Nesle dont la porte s'ouvre assitôt.)
…d'Estroville
A moi!

SCOZZONE
(à Benvenuto)
Qu'avez-vous fait là,
Maître? elle n'oubliera jamais pareille offense!

BENVENUTO
Que m'importe?

Scène 9me
Les mêmes, D'Estrouville, Colombe
(Des groupes commencent à descendre de l'église.
Beaucoup restent en scène s'intéressant à ces qui suite.)


BENVENUTO
(à lui-même apercevant Colombe et la suivant de regard)
La divine enfant!

SCOZZONE
(à part avec jalousie)
Ah! Quelle extase en sa présence!
En vain d'un doute amer mon esprit se défend!

BENVENUTO
La divine enfant!
(La Duchesse qui a disparu un instant ressort
du Nesle avec d'Estourville.)


SCOZZONE
Voilà peut-être celle
Qui va me le ravir!

LA DUCHESSE
(à d'Estourville)
Défendez le grand Nesle!
Auprès du roi vous avez mon appui!

BENVENUTO
Hébé! céleste Hébé! que l'Olympe aujourd'hui
Ne te reprenne pas!

D'ESTOURVILLE
(à Colombe)
Rentrez, ma fille!

BENVENUTO
(à part, avec joie)
Sa fille! au Nesle! O Dieu d'ineffable bonté!
(S'interposant au moment ou le Prévôt va rentrer au Nesle.)
Eh! monsieur le Prévôt! ne passez pas la grille
De votre hôtel
Sans voir un peu de ce côté!

D'ESTOURVILLE
(impertinemment et très haut)
Ah! votre acte?
C'est vrai!
Par dieu!
Je n'en puis dire
Qu'un mot:
Je ne l'ai pas trouvé fort régulier!
(Il déchire l'acte.)
Voilà! n'en parlons plus!
(Benvenuto met la main à sa dague.
Mouvement très violent aussitôt contenu à la vue de Colombe
qui s'est jetée au devant son père et supplie Benvenuto du regard.)


BENVENUTO
(à d'Estourville lui montrant Colombe)
Messire
Remerciez-la bien
Elle vous a suavé
Tout simplement la vie!

SCOZZONE
(à Benvenuto l'imlorant)
Maître!

BENVENUTO
Nous nous retrouverons!

D'ESTOURVILLE
(de seuil du Nesle en ricanant)
Je vous attends, messieurs les forgerons.

SCOZZONE
(à part)
O saignante blessure!
O sombre jalousie!
L'aime-t-il donc?
Ah! si c'est vrai,
Même au prix d'un remords je les séparerai!

Scène 10me
(Les ouvriers, les apprentis, les élèves de Benvenuto
arrivent au fond avec une charrette encombrée l'objets divers;
plusieurs portent des outils, des armes,
des ustensiles qu'ils entassent dès leur entrée
à côté de la charrette arrêtée.

Benvenuto, Ascanio, les écoliers, Scozzone,
foule, les ouvriers et les élèves de Benvenuto
puis d'Estourville dans le Nestle.)


Ensemble

ÉLÈVES et OUVRIERS
Amis! bonjour!
Amis! bonjour!

ÉCOLIERS
Amis, la bienvenue!
Amis, la bienvenue!

ÉLÈVES et OUVRIERS
Maître!
Nous voici tous à l'heure convenue

BENVENUTO
(qui a repris son entrain et sa bonne humeur)
C'est parfait, mes enfants!

ÉLÈVES et OUVRIERS
Le grand Nesle?

BENVENUTO
C'est là!
Le roi nous l'a donné, mais, seulement, voilà!
Le Prévôt qui le tient ne veut pas nous le rendre.

ÉLÈVES et OUVRIERS
Qu'allez vous faire alors!

BENVENUTO
Le prendre!
Ensemble

ÉLÈVES et OUVRIERS
Ah! bien parlé! Bien parlé!
Eh! gens de l'hôtel! répondez! Gens de l'hôtel répondez!

ÉCOLIERS
Ah! bien parlé! bien! bien parlé! gens de l'hôtel répondez!

ÉLÈVES et OUVRIERS
D'Estourville! D'Estourville!
D'Estourville! D'Estourville!
Tous tes sergents à la file
Comme toi seront navrés, comme toi seront navrés
D'Estourville! D'Estourville!
D'Estourville! D'Estourville!

BENVENUTO
Attendez!
(Il a parlé bas à Ascanio. Il se fait un grand silence.
Ascanio s'avance seul vers le Nesle.


ASCANIO
(avec une emphase moqueuse; sans mesure)
De par le roi, monsieur le Prévôt, je vous somme

ECHO
…somme

ASCANIO
Au nom de mon maître,
noble homme Benvenuto Cellini, ciseleur,

ECHO
…ciseleur,

ASCANIO
Ayant congé royal pour occuper la place
De nous ouvrir de bonne grâce,
Sinon nous vous prendrons d'assaut.

ECHO
…prendrons d'assaut…
(D'Estourville parait au balcon,
sur les derniers mots de la sommation d'Ascanio,
une arquebuse à la main)


D'ESTOURVILLE
A toi! voleur!
(coup d'arquebuse)

ÉCOLIERS, FOULE, ÉLÈVES et OUVRIERS
Ah!
Ensemble

BENVENUTO
Allons, enfants, à l'escalade!

ÉCOLIERS et FOULE
Au meurtre à nous! au meurtre!

BENVENUTO
Il paîra cher cette bravade!
Armez-vous comme vous pourrez!

TOUS
D'Estourville! D'Estourville!
D'Estourville! D'Estourville!
Tous tes sergents à la file
Comme toi seront navrés, comme toi seront navrés
D'Estourville! D'Estourville!
Ah!
Amis! sus! forçons la porte
Et que le grand diable emporte
Le Prévôt avec ses gens.
Oui! plaie et bosse, bataille!
Oui, plaie et bosse, bataille!
Armons-nous vaille que vaille,
Tout est bon aux assiégeants!

ASCANIO, BENVENUTO, ÉLÈVES et OUVRIERS
Nos marteaux seront des masses
Et nous aurons pour cuirasse
Nos plaques de fin métal!
A l'assaut! à l'escalade!

ÉCOLIERS et FOULE
Ah!
A l'assaut! A l'escalade!
Le prévôt est bien malade!
Enfonçons son arsenal
A l'assut! à l'esclade!
En fonçons son arsenal!




ACTE II

ACTE I
ACTE II
ACTE III
ACTE IV
ACTE V


1er Tableau

L'atelier de Benvenuto au grand Nesle.
On aperçoit par la galerie les terrasses
et les jardins du Petit Nesle.
Baie latérale voilée d'une tenture en tapisserie
et conduisant dans une chambre un peu obscure.
Sur une selle de modeleur une statuette d'argile
soigneusement couverte de lignes.
Au lever du rideau les ouvriers
achèvent de monter une châsse d'orfèvrerie.
Cette châsse s'ouvre largement;
le panneau de devant se rabat
et le couvercle se relève au moyen de charnières.
Le modèle du Jupiter est à la même place qu'au premier tableau.


Scène 1re
Pagolo, Scozzone, Ouvriers, élèves, apprentis.
(Ascanio parmi les ouvriers. Pagolo est dans la châsse.
A demi couché, vissant quelques dernières pièces.)


OUVRIERS et APPRENTIS
Frappe! Frappe!
Cogne! Cogne!
Marteaux, sonnez dans notre main!
Frappe! Frappe!
Cogne! Cogne!
Marteaux, sonnez dans notre main!
Marteaux, sonnez dans notre main!
Hâtons-nous! car le maître a promis que demain
L'œuvre serait terminée.

SCOZZONE
A qui la châsse d'or est-elle destinée?

OUVRIERS et APPRENTIS
Aux Ursulines de Paris.

PAGOLO
(de mauvaise humeur)
Eh! là, les apprentis, un peu plus de courage!
N'écoutez pas Scozzone, et finissons l'ouvrage!

OUVRIERS et APPRENTIS
Frappe!
Cogne!
Marteaux, sonnez dans notre main!
Frappe!
Cogne!

SCOZZONE
(d'après une chanson du 16e siècle)
…la la la la
"Fiorentinelle!"
Ah! qui m'appelle?
En sentinelle
Qui donc est là?
Ensentinelle
Qui donc est là?
Nex en l'air, entre deux bornes,
C'est le seigneur podestat!
La lune lui fait les cornes
A le voir en tel état:
A le voir en tel état:
Les yeux en boule
Il me roucoule
Une chanson
De sa faon:
"Ah! belle, belle Fiorentinelle,
Bella, bella Fiorentina!
Ah!
Bella Fiorentina!
Fier galant à barbe grise
Chantez, chantez; moi je ris
Sachant l'aimable surprise
Qui vous attend au logis.
Courez! courez! madame
Toute de flamme
Charme le temps
A vos dépens!
Effaré, cognant les bornes,
Fuit le seigneur podestat:
La lune lui fait les cornes
A le voir en tel état
A le voir en tel état
"Ah! la cruelle Fiorentinelle!?"
Cruda, cruda Fiorentina!
Ah!
Bella Fiorentina!
(Les ouvriers et les apprentis entourent Scozzone.)

LES OUVRIERS et LES APPRENTIS
Pourquoi vous taisez-vous?
Pourquoi vous taisez-vous?
Quand vous chantez, Scozzone,
Quand vous chantez, Scozzone!
A nos yeux tout-à-coup rayonne
Le ciel italien si riant et si doux!

SCOZZONE, ASCANIO,
LES OUVRIERS et LES APPRENTIS
A nos yeux, à nos yeux rayonne
Le ciel itailen si riant et si doux.

SCOZZONE
Ah!

ASCANIO, LES OUVRIERS et LES APPRENTIS
(Les apprentis se concertant.)
Chantez, Scozzone!
Chantez encor, chantez, Scozzone!

PAGOLO
(donnant un dernier tour de vis
et se préparant à sortir de la châse)

Là! c'est parfait!

LES APPRENTIS
Allons! un! deux! Trois!

PAGOLO
Ah!
(Ils rient aux éclats.)

LES APPRENTIS
Il est pris! Il est pris!
Holà!
(Les Apprentis groupées autour de la châsse,
pendant que Paolo fait de vains efforts pour ouvrir.)


LES APPRENTIS
Pagolo, fais ta prière!
Voici ton heur dernière!
Entends nos de Profundis!
C'est un grand mal que de vivre;
Beins donc qui t'en délivre!
Et t'envoie en Paradis!

SCOZZONE
(s'nterposant)
Méchants garçons!
(Les apprentis s'écartent.
Un des ouvriers rabat le devant de la châsse.
Pagolo en tombe et se redresse pâle et effaré.)

PAGOLO
(aux apprentis)
Ah! la sotte plaisanterie!
Malheureux! si le fermoir à secret
Etait en place…

LES APPRENTIS
Ah! ah! ah! ah!

PAGOLO
Seul le maître aurait
Pu me tirer de peine, et vous risquiez ma vie!
(Paraît Benventu, accompagnant un gentilhomme
de haute mine, sévèrement vêtu à l'espagnole,
qu'il reconduit cérémonieusement;
il sort avec le gentilhomme.
Ascanio resté seul en scène,
regarde longuement les jardins du Nesle.)


ASCANIO
(cantabile)
A l'ombre des noires tours,
Dans le jardin plein de roses
La-bas passent mes amours!
Espérances, fleurs écloses
D'un rayon de ses beaux yeux
Parfumez mon cœur joyeux!
Proche est l'heure désirée,
O ma Colombe adorée!
Et mon âme est préparée
A tous les combats pour te conquérir.
Ah! l'amour ne peut plus grandir ni mourir!
D'un rayon de ses beaux yeux
Emplissez mon cœur joyeux!
Espérances, fleurs écloses!
A l'ombre des noires tours
Là-bas passent mes amours
Dans le jardin plein de roses!

Scène 2me
Les mêmes, Benvenuto

BENVENUTO
(à part)
L'empereur Charles-Quint, arrivé ce matin
Auprès de lui déjà me mande.
Mais j'appartiens au roi; que l'empereur attende!
(aux ouvriers, en montrant la chasse)
La reine donne aussi le tapis de satin
Où dormira la sainte….
(revenant en scène)
Allez! L'œuvre est plus grande
Qui nous réclame tous
Préparez le métal
Pour notre Jupiter, superbe, triomphal!
Si la mort ne m'arrête,
Si vous restez vaillants, le triomphe est certain.
(à part)
Ah! qu'un plus cher objet cependant m'inquiète!
(à Ascanio)
Laissez-moi seul!
(à Pagolo impérieusement)
Laissez-moi seul!
(Tous sortent par la porte latérale.)

Scène 3me
Colombe, Benvenuto

BENVENUTO
(regardant vers le Petit Nesle)
Ah! le destin va-t-il réaliser mon rêve
(Il va s'assurer que les portes sont closes
et ferme complètement les tentures.)

O vision qui fais l'heure si brève
Vas-tu tarder encor?
(des rumeurs vagues viennent du côté du Petit Nesle)
(regardant encore au dehors)
(rapidement)
Que se passe-t-il donc au Nesle?
Ces serviteurs!
Ces gens empressés!
Veindra-t-elle?
O mon divin modèle
Vais-je te voir glisser dans la lumière d'or?
(Colombe paraît au fond, passant lentement sur la terrasse.
Elle vient s'accouder rêveuse à la balustrade.)

O fortune elle vient!
(avec ardeur)
Avare, à son trésor!
(Benvenuto défait lentement les linges qui entourent la statuette.
Puis, il met à travailler,
entremêlant son travail fièvreux de lentes contemplations.)


COLOMBE
(à distance)
Mon cœur est sous la pierre
Où nous l'avons scellé
Quand tu t'en es allé!
Dans cette ombre il espère,
Il espère le jour
De ton retour!
Et seule ta voix chère
Peut finir son tourment
En un moment.
Rompant toute barrière
Vers toi dans la lumière
Le captif rappelé
Bien vite aura volé!
Mon cœur est sous la pierre
Où nous l'avons scellé…

BENVENUTO
O douce Hébé, candeur, jeunesse
Idéale maîtresse,
Ravis mon âme jusqu'aux cieux
La voilà, mortelle et céleste!
Ah! reste ainsi, par pitié, reste!
Charme mon cœur, emplis mes yeux.
Ah! reste encor!
Grandis sous ma main frémissante,
De l'humble argile sors vivante,
Ma muse mon amour, ma foi!
Brûle-moi, flamme du génie!
Soutiens-moi, tendresse bénie!
Souffle divin, emporte-moi!
Chaste vierge, ah! je te possède!
O déesse, viens à mon aide!
Je ne veux plus te dire adieu!
Je suis un homme, fais moi Dieu!
Chaste déesse, fais moi Dieu!

Scène 4me
Benvenuto, Scozzone

BENVENUTO
(Un moment léger se fait vers le fond.)
Qui vient?
(Il voile rapidement la figure d'argile. Colombe disparaît.)
Que me veux-tu?

SCOZZONE
Peut-être
Ami
Comme jadis voudrez-vous me permettre,
Muette, de m'asseoir là devant vous ainsi…
Et de voir…

BENVENUTO
(l'éloignant d'un geste impatient.)
Non! Scozzone, laisse!
Défends qu'on m'importune; il me faut ici qu'Hébé…

SCOZZONE
(agressive)
Ta nymphe, ta déesse!
Celle que tu cherchais!

BENVENUTO
Ne le savais-tu pas?

SCOZZONE
(avec une passion qu'elle ne peut contenir)
Tu l'as trouvée!
Hélas!
Une fleur de jeunesse!
Un trésor de beauté!
Ah! montre la moi donc. cette divinité!

BENVENUTO
Non!

SCOZZONE
(avec colère)
Amoureux!

BENVENUTO
(moqueur)
Jalouse!

SCOZZONE
Oui si tu me refuses.

BENVENUTO
Non!
dis-je.
Laisse-moi.
Va-t-en!

SCOZZONE
Ah! je connais toutes tes ruse,

BENVENUTO
(se contenant à peine)
Scozzone!

Ensemble

SCOZZONE
Et je sais le sort qui m'attend!

BENVENUTO
Scozzone! ne m'irritez pas!

SCOZZONE
Ingrat, voilà donc tes promesses!
Pour avoir connu trop d'ivresses
Ton cœur est las!
Pour avoir connu trop d'ivresses
Ton cœur est las!
Va! tu peux voiler son image,
Tu peux m'en dérober les traits!
Je saurai, sans voir son visage
Pénétrer tes secrets!
Va! couvre-la d'un voile épais!
Je sais son nom et qu'elle est belle,
Celle-là pour qui tu m'est infidèle,
Mais nous ne sommes pas quittes encor tous deux!

Ensemble

BENVENUTO
(avec violence)
Que dis-tu, malheureuse!
(lui montrant la porte)
Épargne-moi tes pleurs
Épargne-moi tes pleurs!

SCOZZONE
(avec violence)
Eh! c'est toi qui le veux!
(avec menace, du seuil)
Garde bien ta maîtresse!

BENVENUTO
La pauvre âme!
Elle souffre!
Ah! j'ai trop de rudesse!
D'un mot son repos est détruit!
Je lui pouvais épargner cette peine!
O triste joie humaine
Faite toujours, hélas! de la douleur d'autrui.
(On frappe légèrement à la porte. Ascanio paraît.)

Scène 5me
Benvenuto, Ascanio

ASCANIO
(lui présentant un pli scellé)
Un message du Roi.

BENVENUTO
(prenant la lettre et la posant sur la table.)
Viens, ami
(Il amène vivement Ascanio près du lui)
Ma pensée
T'appelait.
Tu liras dans mon âme blessée!
Un divin mais fol amour
Est dans cette âme;
Il me torture, il m'enflamme
Il me ravit tour à tour!
C'est un rêve de poète,
Charme et danger.
Ma raison reste muette
Quand je veux l'interroger.
L'Hébé que je cherchais, la pureté rêvée,
Miraculeusement troublée,
M'a pris le cœur à tout jamais
(avec une foi naïve)
Je croyais l'admirer seulement,
Je l'aimais!

ASCANIO
(souriant et heureux)
Quelle femme ne serait fière,
Maître, de s'attacher à vous
De conquérir votre âme altière,
De vous fixer à ses genoux!
Aimez!
Soyez heureux!

BENVENUTO
(l'embrassant)
Ah! sois bénie,
Voix consolante, voix amie!
(rapidement)
Celle que j'aime, connais là!
sois le premier pour qui ce voile tombe!
Ma reine, ma beauté, ma muse…
(dévoilant la statuette)
…la voilà!

ASCANIO
(terrifié; à part)
Colombe!
(à Benvenuto d'une voix entrecoupée avec un sourire forcé)
La fille…du Prétôt n'est-ce pas?
(Benvenuto fait un signe joyeux d'affirmation.)
(à part)
O douleur!

BENVENUTO
(avec exaltation)
O beauté, j'ai compris ta puissance!
On n'est fort qu'après avoir aimé.
Sois le but de ma jeune espérance,
Paradis que je croyais fermé ô beauté!

Ensemble

ASCANIO
(à part)
O douleur! Mortelle confidence
Il l'aimait!
L'avenir, à jamais m'est fermé
Contre tous m'eût armé ma vaillance,
Mais hélas! contre lui je sens désarmé
Mon bienfaiteur, mon père,
Il est là, radieux et vainqueur
Je ne puis que m'indigner me taire
Et pleurer dans le deuil de mon cœur!

BENVENUTO
J'ai compris ta puissance!
On n'est fort qu'après avoir aimé!
Art divin, tu m'as livré la terre,
Des plus grands tu m'as fait le vainqueur
Pur amour, que je ne veux plus taire,
A ton tour mets la force en mon cœur!

Scène 6me
Les mêmes, Scozzone, Pagolo et les apprentis)
(Une musique grotesque éclate venant
du jardins du Petit Nesle.)


LES APPRENTIS
(accourant et riant)

BENVENUTO
Qu'est-ce donc?

LES APPRENTIS
(regardant du coté où vient le concert)
Une symphonie!

BENVENUTO
(surpis)
Dans le Nesle?

SCOZZONE
(méchamment le regardant bien en face)
Une aubade! une galanterie
D'un seigneur à sa belle!
(à l'orchestre)
Ah! fort triste moment pour bien des amoureux.
La Duchesse marie Hébé, notre voisine

BENVENUTO
Elle est folle! Elle ment!

SCOZZONE
(tranquillement cruelle)
Non!
J'apprends à l'instant ce bruit qui court la ville
Le comte d'Orbec et Colombe d'Estourville
S'épousent dans huit jours

BENVENUTO
(hors de lui, frappant du poing)
Jamais! cela! Jamais!

SCOZZONE
Ah! tu vois bien que tu l'aimais
(Mouvement violent de Benvenuto qu'elle brave du regard)

ASCANIO
(à part, douloureusement)
Colombe!

BENVENUTO
(fièrveux)
Ils ont compté sans moi par le ciel!
Mais
Je vais parler au Roi lui dire
Ah! cette lettre!
J'oubliais!
Le Roi m'attend peut-être!
(à Ascanio)
Tout est bien tu verras!
(Il ouvre rapidement la lettre.)
Ah! l'infâme action!
(lisant)
"Cellini peut rester en France
A mon service, mais pour une grave offense
Qui m'a blessé dans ma plus chère affection,
Je le bannis de ma présence!"
(avec fureur)
Ah! la Duchesse d'Etampe!
Oui, c'est elle!

SCOZZONE
A ce trait
Vous n'en sauriez douter, je pense!
Je vous avais bien dit qu'elle se vengerait!

BENVENUTO
(prenant à la hâte ses armes, son manteau; funroso)
Ah! vraiment, on m'insulte, on me raille!
Ah! le Roi maintenant me bannit!
Mort et sang!
Non! non!
Tout n'est pas dit!
(avec bravade)
Je ne suis pas sujet du Roi!
Bataille!
Puisqu'on le veut!
(le poing tendu vers le vers le Petit Nesle)
d'Orbec, pâle coquin,
A nous deux!
Tu vas voir que tu n'es pas de taille!

ASCANIO et PAGOLO
Où donc allez-vous?

BENVENUTO
Chez l'Empereur Charles-quint!
(Il sort violemment.)

2me Tableau
Au Louvre. Petite salle précédant une grande galerie.
Au fond, réunion brillante de gentilshommes
et des dames causant par groupes.
Parmi eux, d'Estourville, d'Orbec.
Au Ier plus, la Duchesse à demi éntendu sur une ottomane.
Le Roi près d'elle.


Scène 1re
Le Roi, La Duchesse

LE ROI
(à la Duchesse tendrement)
Je suis votre féal!
Etes-vous satisfaite?
Ce pauvre Cellini!
De l'offense qu'il vous a faite
Le trouez vous assez puni?

LA DUCHESSE
(languissamment lui tendant la main)
Oui! vous m'aimez toujours!

LE ROI
Adieu, beauté, ma mie,
Ma vie!
Quand je suis près de vous
L'aurore fraîche éclose,
Plus rose,
A des rayons plus doux!
Et s'il faut que je quitte
Le gîte
Où Vénus m'a conduit
Je vois sur moi descendre,
S'étendre
La noirceur de la nuit!
Je souffre mort cruelle,
Ma belle,
Quand je suis loin de vous!
Mais! gai, je ressuscite,
Bien vite,
De mon trésor jaloux!
Amour à la rescousse
Me pousse,
Quand je suis près de vous!

LA DUCHESSE
L'instant qui nous sépare,
O mon roi, vous prépare
A de nobles travaux
Si l'absence m'est dure,
D'un cœur fier je l'endure,

Ensemble

LA DUCHESSE
Rêvant d'exploits nouveaux
L'instant qui nous sépare
Vous prépare à de nobles travaux.

LE ROI
La raison nous sépare,
De doux loisirs avare,
Prodigue de travaux.
Ah! que le jour me dure!
L'absence que j'endure
Est le pire des maux!

LA DUCHESSE
Si l'absence m'est dure,
D'un cœur fier je l'endure,
Rêvant d'exploits nouveaux. Ah!

LE ROI
A l'instant qui me presse
De quitter votre seuil,
Je sens mieux ma tendresse,
Je hais mieux mon orgueil.
Je sens mieux ma tendresse,
Je hais mieux mon orgueil!

LA DUCHESSE
Et l'heure qui vous presse,
Cruelle à ma tendresse
Est douce à mon orgueil. ah! ah!
(confidentiellement)
Puis…maintenant que vous m'avez vengée
De l'impudent qui m'avait outragée,
Songez que vous allez tenir votre ennemi,
L'empereur Charles-Quint, sur la terre de France.
Gardez-le prisonnier
Il est sans défiance.
Prévenez le réveil du trompeur endormi!
A trompeur, trompeur et demi

LE ROI
(aux courtisans)
Nous fêtons mon bon frère d'Espagne
Au palais de Fontainebleau.
Toute la cour nous accompagne,
Nous aurons un ballet et des joutes sur l'eau.
(Le Roi sort avec la Duchesse. Tout suivent et disparaissent.
Presque aussitôt Ascanio, conduit par un officier
qui le fait entrer et se retire, s'avance avec hésitation.)


Scène 2me
Ascanio seul

ASCANIO
(quasi récit.)
Quelle folle chimère me tient à sa merci?
Que faut-il que j'espère?
Une force pourtant m'entraîne…
Malgré moi
Je voudrais disputer à tous, fut-ce à mon maître
Celle que j'aime!
Dieu!
Je vais la voir peut-être,
O douloureux émoi!

Scène 3me
La Duchesse, Ascanio

LA DUCHESSE
(souriante)
Vous? Ascanio!
(l'appelant près d'elle)
Venez.

ASCANIO
J'ai fait pour vous, Madame,
Le bijou commandé… votre lis,
(Il lui présente un écrin d'où il tire un lis de pierreries
qu'elle prend aussitôt.)


LA DUCHESSE
C'est vraiment
Une merveille! Et ce beau diamant
Lui met au cœur une attirante flamme!
Vous excellez en cet art précieux.
(avec beaucoup de séduction)
Parlez! Demandez-moi pour prix, pour récompense,
Tont ce que peut rêver la plus haute espérance
Et ne craignez pas d'être ambitieux!
Et ne craignez pas d'être ambitieux!

ASCANIO
(sans comprendre)
Ambitieux! Je le suis trop sans doute.

LA DUCHESSE
(près de lui, charmée)
Que voulez-vous dire! j'écoute.

ASCANIO
(timidement)
J'ai fait un rêve enchanteur
Et menteur,
J'aime!
C'est une chimère!
Et pourtant
Malgré moi, mon cœur attend,
Il espère
Le but est toujours si haut
Ou j'aspire!
Mon sort n'est pas en mon pouvoir
Mieux vaut, aimant sans espoir,
Ne rien dire!

LA DUCHESSE
(radieuse)
Ah! parlez!

ASCANIO
Je suis noble! Hélas!
Cela ne suffit pas!
Je suis pauvre, obscur oserai-je
Confesser mon espoir?

LA DUCHESSE
(avec une passion débordante)
Quand l'amour vous protège,
Que redouteriez-vous?
Parlez!
(Il regarde, un peu troublé.)
Parlez!
On saura vous comprendre!
Il est si doux de les entendre,
Ces aveux d'un cœur fier tendrement exhalés!
Il est si doux de se l'entendre dire,
Ce mot qu'un bien aimé soupire
En tremblant, dans l'ombre à genoux!
Ah! parlez!
Qui donc aimez-vous?

ASCANIO
(simplement, les yeux sur elle)
J'adore un ange pur et doux

LA DUCHESSE
(très frappée)
Que dites-vous?

ASCANIO
(à part, apercevant Colombe qui vient en scène)
Colombe.

LA DUCHESSE
(à part)
A sa vue il est troublé
(à part, avec rage)
C'est elle!

Scène 4me
Colombe, La Duchesse, Ascanio

LA DUCHESSE
(nerveusement à Colombe)
Ah! vous voilà venue à propos,
mon enfant dites-moi votre avix!

COLOMBE
(timidement)
Madame.

LA DUCHESSE
N'est-ce pas ma chère, que ce lis
Fera bien dans votre parure,
Le jour prochain où je vous marierai?
(Prenant le bouquet que porte Colombe)
Vous en avez un là dont la fleur fraîche et pure
Ne vaut pas celui-ci que je vous offrirai
(brusquement)
Le seigneur Ascanio, qu'en pense-t-il?
(Trouble d'Ascanio et de Colombe.)
(à part, avec haine)
C'est elle!

ASCANIO
(avec émotion, montrant tour à tour les deux lys)
Ah! cette fleur peut-être est belle;
Mais comme celle-ci vaut mieux,
Eclose d'un rayon des cieux!
Perles et diamants, lumière,
Dont l'ouvrier s'est fait un jeu!
Cela n'est rien cela n'est rien
(regardant Colombe)
O fleur sincère!
O chef d'œuvre de Dieu!
C'est toi, c'est toi que je préfère!
(Il présente la fleur à Colombe.
La Duchesse s'interpose et la reprend.)


LA DUCHESSE
Insensé!
N'avez vous pas compris?
Êtes-vous donc passé sans voir et sans entendre?

COLOMBE
Madame, mon beau lis, voulez-vous me le rendre?

LA DUCHESSE
(fiévreuse, arrachant les pétales du lis)
Effeuillé…c'est fatal…la candeur, la vertu!
A la cour si l'on doit vivre,
De ces façons il faut qu'on se délivre!
Un vrai lis d'innocence est bientôt abattu!

COLOMBE
(la regardant)
Je ne vous comprends pas…

LA DUCHESSE
(méchamment)
Vous comprendrez, j'espère,
Bientôt! quand vous serez mariée!

ASCANIO
Ah! me taire…je ne le puis
Mon secret trop longtemps contenu, je le dis!
(à Colombe)
Oui, pour vous chaste et candide
Pour vous, sans soutien, sans guide
Il est ici plus d'un mortel danger:
Mais s'il faut pour vous protéger
Un cœur loyal et sans faiblesse,
Une sainte et noble tendresse,
Oublieux de toutes les lois
Et de tous les respects,
Oublieux de moi-même,
je vous le dis ici pour la première fois:
Ma vie est à vous, je vous aime!

LA DUCHESSE
(folle de colère)
Ah! c'est là Monsieur, un sanglant outrage!

COLOMBE
(radieuse)
Un fier, un généreux langage!

LA DUCHESSE
(durement)
Vous voilà déjà bien hardie!
Oubliez-vous
Qu'à moi seule appartient le choix de votre époux?

COLOMBE
(avec exaltation)
En ce péril suprême
Ascanio vient de m'engager sa foir
Je me consacre à qui se donne à moi:
Ma vie est à vous,
Je vous aime!

ASCANIO
(dolce appassionato)
Que mon âme ravie
Vous demeure asservie
Et vivons notre vie,
Des méchants oubliés.

COLOMBE
Que mon âme ravie
Vous demeure asservie
Et vivons notre vie,
Des méchants oubliés.

ASCANIO
Nul effort, nulle haine,

Ensemble

ASCANIO
Nul effort, nul haine,
Ne rompra cette chaîne
Dont nous sommes liés
Dont nous sommes liés!

COLOMBE
Nul effort, nul haine,
Ne rompra cette chaîne
Dont nous sommes liés
Dont nous sommes liés!

LA DUCHESSE
Vengeance! Ardente flamme!
Livre un jour cette femme
A mon courroux vainqueur.

ASCANIO et COLOMBE
Que mon âme ravie
Vous demeure asservie,
Et vivons notre vie,
Des méchants oubliés.

LA DUCHESSE
O vengeance! Que ta flamme
Embrase mon cœur.

ASCANIO et COLOMBE
Non! nulle force humaine,
Ne rompra cette chaîne dont nous sommes liés.

COLOMBE
Nul effort nulle haine

ASCANIO
Nul effort nulle haine

LA DUCHESSE
Ardente flamme
Embrase mon cœur!
Ah! Vengeance
Ah!

ASCANIO et COLOMBE
Ne rompra cette chaîne
Dont nous sommes liés!
Nul effort ne rompra cette chaîne
Donc nous sommes liés!






ACTE III

ACTE I
ACTE II
ACTE III
ACTE IV
ACTE V



Le jardin des buis Fontainebleau, à droite et à gauche
de la scène terrasse peu élevées tapissées de verdure.
A droite estrade royale et tribunes.
Au fond une pièce d'eau avec cascade qui laisse entrevoir la forêt.
François Ier, Charles-Quint, la Duchesse d'Etampes, Scozzone,
Colombe, Benvenuto, Ascanio, d'Estourville, D'Orbec,
Seigneurs et dames de la cour, Gardes etc. etc.
partie en scène, partie arrivant en scène.

Trompettes et Trombones sur le théâtre.

LA COUR
Gloire au roi François!
Gloire à l'Empereur!
Espagne et France!
Gloire au roi François!
(Pendant le chœur d'introduction la Duchesse d'Etampes
aperçoit Benvenuto souriant et railleur au premier rang
des officiers de la suite de Charles-Quint.
Ascanio est près de Benvenuto.
La Duchesse le montre au roi et lui parle avec animation.


LE ROI
(se dirigeant vers Charles-Quint)
Pardonnez-moi, mon frère,
Je parlerai franchement.
Je vous laisse fort librement
Passer en France sur ma terre,
Pour aller châtier vos Gantois révoltés,
Cependant que je vois, debout à vos côtés,
Un mutin, grâce à vous riant de ma colère!

CHARLES-QUINT
(avec une simplicité un peu ironique)
J'ai recueilli, selon mon droit,
Comme un trésor qu'on m'abandonne,
Un fleuron que vous avez, roi,
Détaché de votre couronne!
(montrant Benvenuto)
Ce noble artiste que j'aimais,
Que je vous disputai naguère,
Il est à moi.
Puisse jamais
Ne surgir entre nous d'autre sujet de guerre!
Jaloux tous deux de ses brillants travaux
Nous resterons amis en devenant rivaux.

LE ROI
(un peu agressif)
Si vous y tenez, certe,
Je puis vous le laisser,
Sans me passer de lui.

CHARLES-QUINT
Oui, sans doute, en nous gardant, aujourd'hui,
Ensemble, prisonniers!
(fièrement)
Si votre âme est ouverte
A de pareils des desseins, mon frère, par ma foi, suivez-les!

BENVENUTO
(s'interposant)
Sire, écoutez-moi!
Mon humble personne vaut-elle
Entre deux rois si grands l'ombre d'une querelle!
Je ne suis nimutin,
Sire, ni revolté.
C'est vous, hélas! qui m'avez rejeté
(avec élan)
Ah! permettez que mon œuvre s'achève
Et dans trois jours j'aurais fondu le Jupiter!

LE ROI
Dans trois jours!

LA DUCHESSE
(à part)
C'est un rêve insensé!

BENVENUTO
Ce projet superbe vous est cher
Laissez-moi l'accomplir et racheter ma faute.

LE ROI
(entraîné)
Ah! si tu réussis, la faveur la plus haute!

BENVENUTO
(vivement)
La faveur la plus haute.
Me l'accorderez-vous?

LE ROI
Toi-même choisiras.
(Benvenuto s'agenouille devant le Roi et lui baise la main.)

LA DUCHESSE
(à Scozzone)
Va! la revanche est prête;
Laisse-le triompher!

BENVENUTO
(au Roi)
Je suis à vos genoux!

LA DUCHESSE
(au Roi)
Ah! Sire, soyez bon,
Et faites deux heureux pour finir cette fête.
Du vicomte d'Orbec approuvez l'union
Avec Colombe d'Estrouville!

COLOMBE, ASCANIO et BENVENUTO
Grand Dieux!

LE ROI
(vers Colombe)
Charmante enfant!
(à la Duchesse)
Ah! de grand cœur!
(à d'Orbec)
Sa main
Dans la vôtre, d'Orbec!

BENVENUTO
(à part, à Ascanio)
Accord bien inutile
Que je romprai!

LE ROI
(à la Duchesse)
Quand les mariez-vous?

LA DUCHESSE
Demain!

BENVENUTO
(à part)
Demain!
Quand il me faut trois jours!

LE ROI
(à Charles-Quint)
Allez, mon frère, allez en confiance;
Rien ne prévaut contre ma loyauté.
Soyez chez vous sur la terre de France,
N'y craignez rien pour votre liberté!
Allez, comptez de nouvelles victoires,
De vos exploits je ne suis pas jaloux
(montrant Benvenuto)
Vous me laissez de triomphantes gloires
Et l'art divin me fait grand comme vous!

LA COUR
Gloire au roi François!
Gloire à l'Empereur!
Vivat! Espagne et France!
Double splendeur et double majesté!
Plus de combats
Plus de combats!
Plus de rivalité!
Ensemble

LA DUCHESSE
Voici l'heure de la vengeance
En vain ils ont lutté.
Morte à jamais leur espérance!
Morte à jamais la fragile espérance;
Nous renaissons à la réalité!

BENVENUTO
Demain! Demain!
Non! j'ai gardé la puissance
Que donne au cœur que donne au cœur le courage indompté!
Le courage indompté!

LE ROI
Allez, mon frère, allez en confiance.
Rien ne prévaut contre ma loyauté.
Meure à jamais notre rivalité.

COLOMBE et ASCANIO
(avec désespoir)
Demain! Demain!
Adieu l'espérance
Morte à jamais la fragile espérance
C'est vainement que nous avons lutté que nous avons lutté.

D'ESTROUVILLE et D'ORBEC
Voici l'heure de la vengeance;
En vain ils ont lutté.
Morte à jamais leur espérance!
Nous renaissons à la réalité! A la réalité.

SCOZZONE
Voici l'heure de la vengeance,
En vain ils ont lutté.
Morte à jamais leur espérance!
Morte à jamais la fragile espérance;
Nous renaissons à la réalité! A la réalité.

CHARLE-QUINT
Adieu mon frère!
Je m'en remets à votre loyauté.
Meure à jamais notre rivalité.

LA COUR
Gloire! Gloire!
Plus de rivalité
Gloire! Gloire! au roi Français!
(François Ier et Charles-Quint prennent place
dans la tribune royale avec leur suite.)


DIVERTISSEMENT
1
Entrée du Maître des Jeux
(qui, après avoir salué les Souverains,
donne le signal des divertissements.)
Réveil et Scène de la Nymphe de Fontainbleau
Evocation et apparition des Dieux et Déesses
2
Vénus, Junon et Pallas
3
Diane, Dryades et Naïades
4
Bacchus et les Bacchantes
5
Apparition de Phœbus-Apollo et des 9 Muses
6
Phœbus prend salyre et évoque l'Amour
Entrée de l'Amour
Danse des Dieux et des Déesses autour de l'Amour
7
L'Amour fait apparaître Psyché
Scène entre l'Amour et Psyché
Psyché enlève le voile de l'Amour
8
Ensemble de Phœbus, diane, Erigone,
Nicœa et Bacchus aved les Muses,
les Nymphes et les Bacchantes
9
Variation de l'Amour
10
Un page personnifiant de Dragon des Hespérides
apporte la pomme d'or
Vénus, Junon et Pallas se disputent la pomme
L'Amour donne la pomme à la duchesse d'Etampes
11
Final. Les Déesses, Bacchantes, Naïades et Dryades.
12
Apothéose





ACTE IV


ACTE I
ACTE II
ACTE III
ACTE IV
ACTE V



Même décor qu'au 3e tableau.
La châsse achevée est à l'entrée
de la baie coulissant à la chambre de Scozzone.
La draperie de la baie est relevée.

Au lever du rideau, Pagolo en scène,
épiant Ascanio, qui mystérieusement escalade la galerie
du fond et disparaît dans le Petit Nesle.
Peu après, deux coups frappés à la porte. Il va ouvrir.

Parait Scozzone, suivre de la Duchesse.
Toutes deux sont enveloppées d'un cape,
noire, pour la Duchesse, rouge, pour Scozzone,
dont la tête est voilée d'une mantille à l'espagnole,
qu'elle quitte des son entrée.


Scene 1re
La Duchesse, Scozzone, Pagolo
(Tous ces récits presque parlés.)


SCOZZONE
(du seuil, discrètement)

PAGOLO
La maître est à la fonderie
Entrez!
Aucun danger.
(Les deux femmes entrent.)

SCOZZONE
Répète, je te prie,
tout ce que tu m'as dit ce matin, n'omets rien.

PAGOLO
(entre les deux femmes)
Du maître et d'Ascanio
J'ai surpris l'entretien
Cette nuit par
(hypocritement)
hasard.

LA DUCHESSE
(froçant le courcil)
Au but!
Que veut-il faire?

PAGOLO
Enlever Colombe!

LA DUCHESSE
Ah! comment?

PAGOLO
Et puis!…l'enfermer dans ce reliquaire
La faire porter au couvent
Dont la prieure est la marraine
De Colombe, où pourra la protéger la reine.

SCOZZONE
(à la Duchesse)
Vous voyez qu'il est temps d'agir!

LA DUCHESSE
(à Pagolo)
Certes! c'est bon!
(à Scozzone un peu à l'écart)
Tu sais mon désir et je sais le tien
Jeanne, pas de faiblesse!
Ton Benvenuto, dans trois jours peut triompher…
Ascanio…pour toujours
M'échapper!.. ah! jamais!
(avec une résolution farouche)
S'ils retrouvent Colombe
Il faut que ce soit
(désignant la châsse d'un geste rapide)
dans la tombe!

SCOZZONE
(avec horreur)
Oh!

LA DUCHESSE
(revenant à Pagolo)
Combien de temps, sans risque de mort,
Peut-on s'enfermer là?

PAGOLO
Plusieurs heures peut-être
Mais jamais plus d'un jour, a dit le maître.

LA DUCHESSE
(allant au reliquaire qu'elle examine)
Ce volet s'ouvre…

PAGOLO
En poussant ce ressort.
(Il fait le ressort fermant et ouvrant alternativement
la châsse puis montrant le fermoir à la Duchesse.)

Du dehors seulement

LA DUCHESSE
Du dehors!
Bien!

SCOZZONE
(près de la Duchesse)
Madame!
A quoi songez vous donc?

LA DUCHESSE
Je songe, sur mon âme
Que le bonheur n'est pas trop payé d'une remord.
(Elle fait un geste de congé à Pagolo
qui salue profondément, s'éloigne et disparaît.)

(attirant Scozzone près d'elle)
Ecoute!
(montrant la châsse; presque parlé)
Colombe est dans la châsse.. ils l'importent…
En route
Pour le couvent, ils la montent chez moi,
Au Louvre
(avec intention très marquée)
car je veux la faire voir au roi;
Mais d'abord je la garde
Trois grands jours!

SCOZZONE
(terrifiée)
Trois jours, Dieu!

LA DUCHESSE
(froidement)
Le reste me regarde.

SCOZZONE
Ah! c'est horrible!

LA DUCHESSE
Ah! tu n'aimes donc pas!
Tu faiblis, âme timorée
Meure la rivale abhorrée!

SCOZZONE
(après une lutte)
Meure la rivale abhorrée!

LA DUCHESSE
Jure-le! Jure-le!

SCOZZONE
Je le jure!
(La Duchesse s'éloigne.)

Scène 2me
Scozzone

SCOZZONE
(très agitée)
Hélas ah! ma douleur soutiendra ma colère!
Je me vengerai, je saurai me taire!
J'ai juré!
Car je t'aime, ô maître adoré
Jusqu'à la honte, jusqu'au crime,
Qu'importe une victime!
Oui, je me vengerai, j'as juré!

Scène 3me
Scozzone, Benvenuto

BENVENUTO
(de très bonne humeur)
Ah! te voilà donc revenue!
Mauvaise tête eh! eh! si je ne t'avais vue
Près de ta belle amie, hier et ne te savais
D'ailleurs très sage!

SCOZZONE
(à part, outrée)
Il raille ah!
(nerveusement)
Je m'en vais!
Vous avez dû comprendre
Que je ne pouvais plus rester ici, l'attendre…
Elle

BENVENUTO
(avec pitié)
Ma pauvre enfant!

SCOZZONE
Je sais tous tes projets!
Je sais que dans ce reliquaire
Tu prétends enlever Colombe…cacher là ton trésor.

BENVENUTO
Malheureuse!
Ah! qui t'a dit cela?

SCOZZONE
Je sais tout jusqu'aux faits qu'on a soin de nous taire!
Et je m'étonne enfin de votre aveuglement!
Ah! tu crois follement que ta Colombe t'aime!
Aux bras de son amant ici veux la voir?
Oui! ton Ascanio!

BENVENUTO
Blasphême!

SCOZZONE
Les voici! Viens tu vas tout savoir!
(Elle entraîne Benvenuto frappé de stupeur)

Scène 4me
Les Mêmes, Colombe, Ascanio

ASCANIO
(tendant la main à Colombe)
Inclinez-vous, mon lis.
(Colombe descend dans l'atelier en s'aidant
d'un marchepied de sculpteur.)

Là! vous violà sauvée!

COLOMBE
(inquiète)
Sauvée!
Ah! je ne le croirai que ce soir, arrivée
Près de ma marraine, au couvent.
J'entendrai toujours les mots méchants de cette femme
Sans vous elle m'eût prise en quelque obscure trame
Ah! comme elle me hait!…
Que votre maître est bon
De me défendre, lui! que je vais l'aimer.

ASCANIO
Non! ne l'aimez pas au moins comme il vous aime!
Car ainsi que moi-même
Il vous aime d'amour et moi je sois jaloux.

COLOMBE
Dieu! que dites-vous?
(Elle regarde autour d'elle avec effroi.)

BENVENUTO
Il l'aime!

COLOMBE
Et vous m'avez conduite ici?

ASCANIO
Pour vous sous traîne
Au plus pressant danger;
Seul mon maître le pouvait faire,
Lui seul peut vous protéger
Ensemble

BENVENUTO
Il l'aime, il l'aime o désespoir! ô rage!

ASCANIO
Ah! j'aurai le courage
De lui révéler notre amour

SCOZZONE
J'ai bien souffert! souffre à ton tour!

ASCANIO
Mais pour rassurer ma faiblesse
Dites encor que vous m'aimez!

SCOZZONE
Elle vient l'heure vengeresse
De tous mes dédains essuyés.

ASCANIO
Dites encor que vous m'aimez

COLOMBE
O Dieu! douter de ma tendresse!
Ami, vos yeux sont donc fermés.

BENVENUTO
Enfant ingrat! Ame traîtresse.
(douloureusement)
Quoi! tous mes bienfaits oubliés!
(Colombe pence sa tête sur l'épaule d'Ascanio.)

ASCANIO
En ton amour ma foi profonde
A dans mon cœur ouvert les cieux…
A nous demain l'oubli du monde
Et le bonheur silencieux

COLOMBE
En votre amour ma foi profonde
A dans mon cœur ouvert les cieux…
A nous demain l'oubli du monde
Et le bonheur silencieux
Ensemble

BENVENUTO
Bravez l'océan qui gronde,
Riez de ses flots furieux,
Riez, riez de ses flots furieux!
Toi saigne, ô blessure profonde!
Saigne en mon cœur silencieux!
O blessure,
Saigne en mon cœur
Saigne en mon cœur
O blessure profonde,
Saigne en mon cœur silencieux!
Saigne en mon cœur silencieux…

SCOZZONE
Mesure ta chute profonde,
Cœur insensé, cœur orgueilleux!
Vainement ta colère gronde!
Vainement ta colère gronde
Vainement ta colère gronde
Comme un océan furieux! cœur insensé!
cœur insense, cœur orgueilleux!
Cœur insensé! cœur orgueilleux!

COLOMBE
Je vois les cieux!…
Dans votre amour ma foi profonde
A fait mon cœur audacieux.
Dans tes regards ah! je vois je vois les cieux, je vois les cieux!
Dans tes regards je vois les cieux! Je vois les cieux…

ASCANIO
Je vois les cieux!…
Dans ton amour ma foi profonde, ma foi profonde
A fait mon cœur, mon cœur audacieux.
Dans tes regards je vois les cieux!
Dans tes regards ah! je vois, je vois les cieux, je vois les cieux!
Dans tes regards je vois les cieux! Je vois les cieux…
(résolument à Colombe)
Ah! je veux tout lui dire!
Oui! notre amour béni me fait plus fort que lui.
Viens!
(avec découragement)
Non…fou…je délire!
Quel homme est assez fort pour vaincre Cellini?

BENVENUTO
(surgissant entre eux)
Lui même!

COLOMBE et ASCANIO
Ah! maître!

BENVENUTO
(d'un voix brisée)
Enfants, je ne vous en veux pas!
Ce n'est pas votre faute, hélas!
Si vous aimer, si l'on vous aime!
Allez, jeunesse! Allez, aurore!
Pour nous autres
Faites pour vivre seuls, pareils à des loups,
Notre rêve se brise à se heurter aux vôtres.
Allez! aimez-vous! allez! aimez-vous!

ASCANIO
(douloureusement)
Votre bonté m'accable! Elle m'est presque amère.

BENVENUTO
Va! par le saint nom de ta mère,
Mon triomphe te sera doux.
Le Hupiter fondu,
Sais-tu ce qu'en échange
Je compte demander au roi?
C'est toujours la main de cet ange;
Seulement…ce sera…non pour moi…
(prenant et unissant les mains de Colombe et d'Ascanio)
…mais pour toi!

COLOMBE, SCOZZONE et ASCANIO
O bonté profonde,
Reflet de la bonté des cieux!
Ensemble

ASCANIO
O mon père!
Reflet de la bonté des cieux
Vous sur qui notre espoir se fonde,
Soyez béni, cœur généreux!

COLOMBE et SCOZZONE
O bonté profonde
Reflet de la bonté des cieux
Vous sur qui notre [leur] espoir se fonde,
Soyez béni cœur généreux!

BENVENUTO
A vous les sourires, les sourires du monde
A vous les ivresses des cieux!
(à Scozzone)
Et toi ma pauvre enfant, pardonne
Le mal que je t'ai fait souffrir.

SCOZZONE
Moi! moi! vous pardonner!

BENVENUTO
Ton âme est grande et bonne.

SCOZZONE
Ne dites pas cela! Dieu!
Je voudrais mourir…
Mourir pour vous!

BENVENUTO
Mourir! Non! il faut vivre
Pour sauver ces enfants.
(montrant Colombe)
C'est toi qui vas la suivre,
Assurer son bonheur.
Mais laisse que d'abord
J'écrive à la prieure et lui fasse connaître
Ce qui je veux!
Je vais te donner cette lettre
(Il s'assied devant une table et se met a écrire.
Ascanio et Colombe restent près de lui se parlant à voix basse,
avec timidité, se montrant par instants. Benvenuto,
dont l'émotion est encore évidente et qui lentement avec réflexion,
s'arrêtant parfois, comme se relisant.)


SCOZZONE
(à part)
O cœur pur, généreux et fort!
Ah! quand il s'immolle lui-même,
J'hésiterais devant un pareil dévouement!
Non! tout est dit! Voici l'instant suprême
Où mon œuvre commence, où finit mon tourment.
(à elle-même)
Va sans regrets, va, misérable,
Et qu'il garde en son souvenir
Ton image bénie, aimée, ineffaçable,
Et que rien de son cœur ne puisse te bannir!
(On frappe violemment à la porte. Benvenuto se lève.
Trouble de Colombe et d'Ascanio.
Mouvement de Scozzone vers Benvenuto.)


LES SOLDATS
Ouvrez au nom du Roi!

COLOMBE
(avec crainte)
Seigneur!

LES SOLDATS
Ouvrez!

BENVENUTO
(à Colombe et Ascanio)
Silence!
Oui déjà votre absence
Est connue.
On vous cherche…
(avec le sentiment de sa force)
Ah! mais ne craignez rien;
Vous sortirez d'ici.
(à Scozzone lui montrant la châsse)
Tu sais par quel moyen
Va! je te la confie!

ASCANIO
(avec supplication à Scozzone)
Scozzone, mon bonheur, mon avenir; ma vie!

SCOZZONE
(regardant Benvenuto d'un air étrange)
Vous le voulez!

BENVENUTO
Tu l'accompagneras
Au couvent.

SCOZZONE
Et j'y resterai moi-même.

BENVENUTO
Scozzone! oh! non! tu me pardonneras!
Tu sais bien qu'ici l'on t'aime
Tu me reviendras!

SCOZZONE
(à part)
Ah! jamais!

BENVENUTO
Voici la lettre à la prieure!

SCOZZONE
(prenant la lettre, à part)
Fasse Dieu qu'il me pleure autant que je l'aimais!
(Scozzone sort en regardant Benvenuto
avec des yeux attendris et emmène Colombe.)

Adieu!
(On frappe de nouveau à la porte.)

Scène 5me
Les mêmes, d'Orbec, Soldats, etc.

BENVENUTO
Ouvre à présent!
(D'Orbec entre vivement, escorté et suivi de soldats.
Des ouvriers de Benvenuto paraissent en même temps.)


D'ORBEC
Qu'on garde chaque porte!
Sans mon congé que nul ne sorte!

BENVENUTO
Pardieu, Monsieur! que voulez-vous de moi?

D'ORBEC
Ordre du roi!
(montrant Ascanio)
Vous êtes tous les deux prisonniers dans le Nesle!

BENVENUTO
Moi, prisonnier!
En vérité!
Que me reporche-t-on?

D'ORBEC
Votre complicité
(montrant Ascanio)
Avec ce ravisseur de noble demoiselle Colombe d'Estourville.
Elle est cachée ici!

BENVENUTO
Faites votre devoir.
Pourtant souffrez aussi
Que je fasse le mien.
C'est le vœu de la Reine
Que je livre à l'instant,
Un donqu'elle a promis, la châsse qu'on attend
Aux Ursulines.
(Il montre la châsse.)

D'ORBEC
(hautain et dédaigneux)
Soit!
Que quelqu'un d'ici
Prenne ce soin pour vous!

BENVENUTO
Merci!
Scozzone y suffira.

D'ORBEC
(d'un air d'intelligence)
Ah! Scozzone!
Fort bien!
La Florentine aura
Pour aides vos gens, les meins pour escorte.

BENVENUTO
La châsse est là!

D'ORBEC
Qu'on l'emporte!
(Le rideau relevé voir la châsse fermée.
Une femme sous les habits de Scozzone est près de la châsse.
Sur un signe de Benvenuto quelques hommes
se disposent à enlever la châsse.)


BENVENUTO
Et moi-même,
Monsieur, je dois, de cet enfer
Sortir quelque jour, je suppose!

D'ORBEC
(de haut, dédaigneusement)
Si jamais vous fondez ce fameux Jupiter!
Vous pourrez plaider votre cause
Au Louvre.

BENVENUTO
C'est au mieux!
(avec audace lui montrant les diverses portes)
Allez! Messieurs!
(Pendant ce qui précède, les hommes désignés par Benvenuto
ont pris la châsse sur leurs épaules et s'oignent lentement,
escortés par les soldats. Sous la cape et la mantille de Scozzone,
la femme sort avec eux. D'Orbec montre
à ses hommes la baie où était la châsse
et pénètre avec eux dans le logis de Benvenuto.)


BENVENUTO
(à sa femme voilée, de loin)
Scozzone…au revoir…
(La femme continue impassiblement son chemin et disparaît.)
Cœur farouche!
Elle est impitoyable
O les tristes adieux!
(à Ascanio, lui saisissant la main)
Mais ce n'est pas mon deuil, ma gloire qui me touche
Non! ton amour, ton bonheur avant tout!
Le moule est prêt, le métal bout
(Otant son pourpoint avec ardeur)
Au travail!
(La porte latérale s'ouvre. Lueur rougeâtre de la fonderie.)
A la fonte!
A moi les cœurs vaillants et les bras vigoureux!
(entraînant Ascanio)
Il n'est rien désormais que ma force ne dompte;
J'ai souffert bien assez pour que tu sois heureux!

OUVRIERS
Gloire…

BENVENUTO, ASCANIO et LES OUVRIERS
Gloire à Jupiter triomphant!
Dans sa splendeur impérissable
Parmi les hommes il descend.
Il sort de l'argile et du sable
Le dieu superbe et tout puissant
Le dieu superbe et tout puissant
Gloire à Jupiter triomphant!





ACTE V


ACTE I
ACTE II
ACTE III
ACTE IV
ACTE V


Au Louvre. Un oratoire précédant une vaste salle,
dont les tentures sont closes.
La châsse est sur une estrade dans la baie d'une fenêtre.
Un rayon de lune en éclaire les orfèvreries.
Demi obscurité sur la scène.)


Scène 1re
La Duchesse
Au lever du rideau, la scène est vide.
La Duchesse paraît, un flambeau à la main.
Elle pose le flambeau sur une crédence.
Elle jette un regard sur le reliquaire
et fait quelques pas en silence pour s'en approcher.)


LE DUCHESSE
Trois jours!
Tout est fini!
Dans l'ombre sépulcrale
Pour jamais elle dort!
Je suis sûre à présent de mon œuvre fatale,
De mon crime et de mon remord.
(avec une ironie féroce)
Ce Florentin riait devant moi tout à l'heure
Glorieux d'avoir réussi!
Le monde est à lui!
Non! l'espoir dont il se leurre
Va se briser devant le cercueil que voici!
(songeant)
Il riait!
Ah! ce reliquaire est vide
Peut-être?
(avec un mouvement vers le reliquaire)
…je veux le savoir!
(s'arrêtant)
J'ai peur…si devant moi, rigide,
La morte se dressait!..
La regarder!.. le voir!..
Voir ses grands yeux ouverts…terribles!
Voir sa bouche,
Par la douleur crispée!
Il suffit que je touche!
Que je sache bien qu'elle est là!
(Elle arrive au pied de l'estrade.
Elle étend la main, puis recule.)

Lâche!
Je tremble encor!
(résolue)
Démon qui m'as poussée,
Ne m'abandonne pas!
(Elle touche le ressort du reliquaire.
Avec un frémissement, elle glisse sa main par l'ouverture;
puis avec un cri d'horreur, descendant en scène.)

Oh! cette main glacée!
C'est donc bien vrai…c'est moi…
Moi…j'ai voulu cela!

(Soudain éclate un chœur au fond, d'abord invisible.
Les draperies se relèvent tirées par des Pages.
La grande salle apparaît brillamment illuminée, pleine de monde.
Au centre, se dresse le Jupiter pareil au modèle du 1er Tableau,
mais resplendissant de l'éclat du métal.
Toute la cour entoure et félicite Benvenuto
qui vient en scène avec le Roi.
Ascanio marche près de lui. La Duchesse d'Etampes,
aux premières mesures du chœur à fait un mouvement,
se dérobant un instant aux yeux pour reparaître
au Ier rang pendant ce qui soit.


Scène 2e
La Duchesse, Benvenuto, Ascanio, Le Roi
d'Estourville, d'Orbec, puis Colombe et une Ursuline.

CHOEUR
Dans sa splendeur impérissable,
Parmi hommes il descend, il descend,
Le Dieu superbe, le Dieu triomphant!
(Tous viennent en scène avec Benvenuto.)
Il vient proclamant ton génie,
O maître qui soumets l'univers à tes lois!
Les grands Olympiens sont rendus à la vie!
Voilà le roi des dieux!
Voilà, le roi des dieux!
Voila le dieu des rois!

LE ROI
Benvenuto, ton œuvre est accomplie!
Je tiens ma parole de Roi:
Parle.
Qu'exiges tu de moi?

BENVENUTO
Sire, je vous demande,
Non pour moi, mais pour lui,
(Il fait avancer Ascanio.)
…la faveur la plus grande:
(sur un geste encourageant du Roi)
Ascanio des Gaddi, très noble Florentin
Que vous ferez seigneur de Nesle, avec charge à la cour,
Implore ici la main d'une enfant qu'il adore.

LE ROI
(souriant)
Et c'est…

BENVENUTO
(hautement)
Mademoiselle Colombe d'Estourville

Le ROI
Ah! qu'il en soit ainsi,
Si madame y consent, car elle a ma parole.

LA DUCHESSE
(très pâle s'approchant)
Sire, je vous la rends!
(regardant tour à tour Benvenuto
et Ascanio avec une ironie amère)

Rien ne vous manque ici…sinon la fiancée!

BENVENUTO
Elle! mais la voici!
(Un groupe s'écarte et laisse Colombe,
conduite par une Ursuline.)


COLOMBE
Sire!
Mon père Ascanio!

LA DUCHESSE
(à part; comme écrasée)
Je suis folle!
Elle…là…là…
Vivante devant moi!
(Le Roi conduisant Colombe vers Ascanio
avec un regard d'autorité à d'Estourville
qui s'incline humblement.)


LE ROI
Je tiens ma parole de roi!

CHOEUR
(voix seules)
O force immense du génie!
Il passe, il va dictant autour de lui ses lois

Ensemble

COLOMBE, UNE URSULINE, ASCANIO,
D'ESTOURVILLE, D'ORBEC, LE ROI
Il commande au bonheur à l'amour, à la vie!

LA DUCHESSE
(à part)
Qui t'a rendu la vie,
Fantôme qui reviens triomphant devant moi!

CHOEUR
Il commande au bonheur, à l'amour, à la vie!

ASCANIO, D'ESTOURVILLE, D'ORBEC, LE ROI
Il commande au bonheur, à la vie!

COLOMBE et UNE URSULINE
Homme bon comme Dieu, plus puissant que les rois!

ASCANIO et LE CHOEUR
Homme bon comme Dieu, plus puissant que les rois!

BENVENUTO
Que votre majesté soit bénie!
Voyez-les souriants à l'amour, à la vie!
J'ai fait œuvre de père, et vous œuvre de roi!
Ensemble

COLOMBE
O force immense du genie!

UNE URSULINE, ASCANIO, D'ESTOURVILLE,
D'ORBEC, LE ROI
Il commeande au bonheur,
Il commande au bonheur, à l'amour, à la vie!

LE CHOEUR
Il commande au bonheur, au bonheur, à l'amour, à la vie!

BENVENUTO
Voyez les souriant au bonheur, à l'amour, à la vie.

TOUS
Homme grand comme Dieu, plus puissant que les rois.

LA DUCHESSE
(à Benvenuto)
Si Colombe est vivante, ah! qui donc est là, morte?

BENVENUTO
(frappé de son égarement)
Morte! que dites-vous? ce reliquaire!
(Il va au reliquaire, l'ouvre violemment, puis avec un cri terrible.)
Ah! Dieu! Scozzone! et pour moi!
(éclatant en sanglots)
Gloire,…avenir,…que m'importe!
C'est le dernier lambeau de mon cœur qu'elle emporte!
(tombant à genoux)
Adieu, gaîté! lumière! Adieu, jeunesse! Adieu!




F I N



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ACTE II
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ACTE IV
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