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Camille Saint-Saëns

(1835 - 1921)

[ Saint-SaensComposers | Mp3 | Home Page ]

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The Operas of  Camille Saint-Saëns



Henry VIII


Opéra in 4 acts et 5 scenes

Libretto by Pierre Léonce Détroyat and Armand Silvestre
after the works of William Shakespeare and Calderón

Music by Camille Saint-Saëns


Cast:

Henry VIII, baritone
Catherine d'Aragon, soprano
Anne Boleyn, mezzo soprano
Don Gomez de Feria, tenor
Le Duc de Norfolk, baritone
Le Comte de Surrey, tenor
Cardinal Campeggio, bass
Cranmer, Archbishop de Cantertury, bass
Garter
Lady Clarence
Un huissier
Un officier
4 seigneurs
4 dames d'honneur




ACTE I
ACTE II
ACTE III
ACTE IV



ACTE I


Scène I

NORFOLK, DON GOMEZ DE FERIA
Une salle du palais d' Henri VIII à Londres,
avec deux grandes fenêtres à gauche donnant
sur la place publique.)


NORFOLK
Trop heureux, Don Gomez, de vous revoir ici!
Nous y reparlerons de nos beaux jours de France,
De la cour de François où vous étiez aussi.

DON GOMEZ
De votre souvenir, mon cher Norfolk merci!
Celle à qui j'avais dit ma secrète espérîànce,
Comme compatriote intercédant pour moi,
La reine Catherine obtint de votre roi
Qu ' ambassadeu r d'Espagne en Anglererre
A sa cour je fusse accepté.

NORFOLK
Nul mieux que vous ne l'avait mérité.

DON GOMEZ
A vous, Norfolk, je n'en fais pas mystère:
Pour rien dans mon désir, l'ambition n'entrait
Et de mon cœur plus doux est le secret.

NORFOLK
Quoi, l'amour?

DON GOMEZ
Oui l'amour qui m'a percé d'un trait.
La beauté que je sers est telle
Que jamaus les regards ne sauraient s'en lasser
Et que, rien qu'à a voir passer,
On la prend pour une immonelle!
Si je vous disais ses appas,
Ses charmes, sa grâce ingénue,
Vous l'auriez bientôt reconnue,
Bien que je ne la nomme pas.

NORFOLK
C'est donc du ciel qu'elle est venue
Celle dont vous suivez les pas!

DON GOMEZ
La beauté que je sers est blonde
Ses cheveux sont plus clairs que l'or vivant des blés,
Et ses yeux dans les cœurs troublés
Versent une langueur profonde!
Le long du chemin de ses pas
Les roses pâlissent d'envie!
Elle est la lumière et la vie!
Ne la reconnaissez­vous pas?

NORFOLK
Comme elle a votre âme ravie
Celle dont vous suivez les pas!

DON GOMEZ
Quoi! votre esprit ne devine pas celle
Qui, comme une étincelle
Dans tous les cœurs allumant le desir,
Fut à la cour de Blois la reine du plaisir?

NORFOLK
Anne Boleyn?

DON GOMEZ
Elle­même!

NORFOLK
Et vous croyez qu'elle vous aime
Aurant que vous l'aimez?

DON GOMEZ
J'en suis cenain vraiment!
Tenez! la reine en garde une preuve fidèle.

NORFOLK
Une preuve?

DON GOMEZ
Une lettre d'elle.
De ce billet charmant
La tendresse nous fit Catherine clémente.

NORFOLK
Je suis ravi!

DON GOMEZ
De quoi?

NORFOLK
Mais que cela démente
Certains bruits…

DON GOMEZ
Qu'est­ce donc?

NORFOLK
On contait, à la cour,
Que le roi, mai guéri de son ancien amour
Pour la soeur d'Anne aujourd'hui trépassée
Voulait s'en faire aimer...

DON GOMEZ
La chose est insensée!
De Marguerite délaissée
Le souvenir saurait la protéger
De ce danger!
D'ailleurs, elle m'aime!

NORFOLK
On ajoute
Que pour la fasciner sans doute
Dès aujourd'hui notre maître et seigneur
De la reine la veut nommet dame d'honneur.

DON GOMEZ
Il n'est, de tout cela, rien que mon cteur redoure.

ENSEMBLE

DON GOMEZ
Oui, je suis sùt de son amour!
Toute ma foi tepose en elle.
C'est une tendresse éternelle
Qui nous enchaîne sans retout.
Oui, je suis sût de son amour.

NORFOLK
Le ciel vous garde son amour!
Et puissiez­vous ttouver en elle,
Avec la constance éternelle
L'objet d'un bonheur sans retour.
Le ciel vous garde son amour!
Si vous connaissiez notte toi,
Peut­être auriez­vous plus d'efftoi?!
Pour Henry VIII, il n est chose sacrée:
L'amitié, l'amour les serments,
Tout est litière à ses emportemènts.
Il n'est pour lui ni loi, ni foi jurce.
La preuve: Buchngham était son favori
Ainsi qu'un traître, on le juge à certe heure
Et que je meure
Si ce soir même il n'a péri.
(bruit sur la place)
Mais c'est du tribunal que la fouie s'empresse.
(Des seigneurs entrent.)

Scène 2

LES MÊMES, DES SEIGNEURS
NORFOLK
(allant aux seigneurs)
La nouvelle, messieurs? Buckingham?

CHŒUR DES SEIGNEURS
Condamné.

NORFOLK
Quel châtiment?

CHŒUR DES SEIGNEURS
La mort!

NORFOLK
L'avaisje deviné?

CHŒUR DES SEIGNEURS
Pauvre Buchngham que, dans sa détresse
Nul de nous ne peut secourir,
De ton royal ami la menteuse tendresse
Sans éclair de pitié, te laissera mourir!

PREMIER SEIGNEUR
C'est tout à l'heute qu'on l'emmène
Et l'échafaud déjà l'attend!

DEUXIÈME SEIGNEUR
Pour faire une chose inhumaine
Le roi ne perd pas un instant.

TROISIÈME SEIGNEUR
Nous pourrons dc cette fenêtre
Le voir quand on le conduira.

QUATRIÈME SEIGNEUR
Certes! mais de le reconnaitre
Nul de nous ne s'avisera!

PREMIER SEIGNEUR
A la cour, messieurs, le plus sage
Est de vivte chacun pour soi!...

DEUXIÈME, TROISIÈME,
et QUATRIÈME SEIGNEURS
Rien en effct ne nous présage
Ce qu'il faut attendre du roi!

REPRISE DU CHŒUR
Pauvre Buckingham, etc.

LES QUATRE SEIGNEURS
Nous vivons sous un roi terrible, impie et traître
Et par son joug de fer notre front est meurtri.
(Le roi apparatt.)
Mais le voici.
(sur un ton mielleux)
Salut à notre noble maître!
A notre doux seigneur, au trés dément Henry!
Salut au prince magnanime
Dont le hras de fer revêtu,
Impitoyable pour le crimé,
Est toujours doux à la vertu!
(Ils saluent avec obséquiosité 1e roi
qui ne fait attention à eux et se retirent en se courbant.)


Scène 3

NORFOLK, DON GOMEZ, HENRY, SURREY

NORFOLK
(présentant Don Gomez au roi)
Daignez, sire, accueillir celui qui m'accompagne,
Don Gom" de Féria, I'ambassadeur d'Espagne!

HENRY
(gracieusement, à Don Gomez)
A notre cour, monsieur, soyez le bienvenu
Car vous m'étiez déjà connu.
La reine qui pour vous s'est fort intéressée,
M'a parlé d'une fiancée
Dont les beaux yeux vous attiraient ici,
Que vous aimiez, qui vous aimait aussi.
Remise par vous, une lettre d'elle,
Lui fut de cet amour une preuve fidèle,
Je ne sais rien de plus, mais de tels sentiments
Méritent qu'on ies récompense:
Les rois sont trop heureux de servir les amants!
Si, comme je le pense,
Remercier la reine est pour vous un désir,
Dans un instant vous aurez ce plaisir
Par moi, devant la cour en ces lieux arrêtée,
Une dame d'honneur lui sera présentée.

DON GOMEZ
(surpris et à part)
Une dame d'honneur! Norfolk dirait­il vrai?
(Le roi les congédie, sauf Surrey).

Scène 4
HENRY, SURREY

HENRY
(se rapprochant vivement de Surrey)
Donc le pape esr hostile à ma secrète envie?

SURREY
Oui, sire!

HENRY
Je l'y soumettrai!

SURREY
Mais il y va pour vous du trône et de la vie!

HENRY
Que m'importe, Surrey? Dans mon âme reine
Rien ne demeure plus quand l'amour est entré.
Je souffre, pour cette retelle,
Des maux plus durs que le trépas!

SURREY
Près de la femme la plus belle
Un roi commande er ne soupire pas!

HENRY
Qui donc commande quand il aime?
Et quel empire reste au cœur
Où l'amour met son pied vainqueur?
Ah! c'est la torture suprême:
Espérer et craindre à la fois!
Er vivre, exilé de soi­même
Ayant des caprices pour lois!
Qui donc commande quand il aime?
Elle veut et puis ne veut plus,
Elle me cherche et puis m'évite.
Le souvenir de Marguerite
Fait­il mes regrets superflus?
Elle me cherche et puis m'évite,
Elle veut et puis ne veut plus.
Ah! c'est la torrure suprême:
Espérer et craindre à ia fois!
Et vivre exilé de soi­même
Ayant des raprices pour lois!
Qui donc commande quand il aime?

SURREY
(apercevant Catherine)
Sire, la reine!
(Surrey sort, entre Catherine.)

Scène 5
HENRY, CATHERINE

CATHERINE
Ô mon mattre et seigneur,
Vous m'avez demandée?

HENRY
(courtoisement)
En effet, noble reine,
C'est pour vous présenter une dame d'honneur
Dont vous serez bientôt la souveraine.
Sachez, avant même son nom,
Que de la cour de France, ici le ciel l'envoie.

CATHERINE
(joyeusement)
Anne Boleyn?

HENRY
(inquiet)
Quoi? vous la connaissez?

CATHERINE
Non!
(bas)
Gardons à Don Gomez le secret de sa joie.
(haut)
Le bruit de sa beauté parYint seul jusqu'à moi.

HENRY
Le présent de vous n'en est que plus digne.

CATHERINE
Je l'accepterai donc, puisqu'il vient de mon roi,
Dont j'artends à mon tour une faveur insigne.

HENRY
(gracieusement)
Parlez! Vous plaire en rour est ma plus chère loi.

CATHERINE
De Buckingham je sais le sort terrible.
Donnez­moi sa grâce.

HENRY
(doucement)
Impossible.

CATHERINE
Cependant vous m'aviez promis...

HENRY
Ma justice est inexorable!

CATHERINE
Mais il était de vos amis!

HENRY
Il n'en est que plus méprisable!

CATHERINE
J'en appelle à votre pitié!

HENRY
Je n'en ressens pas pour un traitre.

CATHERINE
Peut­être on l'a ralomnié.

HENRY
Apprenez à mieux le connaître:
Pour lui prêter votre secours,
Reine, vous ignorez peut­être
Qu'il fut votre ennemi toujours!

CATHERINE
Je suis chrétienne, ô mon maitre
Pardonnez!

HENRY
Buckingham a mérité la mort!
Cessez pour le sauver un inutile effort!

CATHERINE
Triste secret de mes vreux superfius!
Mon seigneur, vous ne m'aimez plus!

HENRY
Que dites­vous là, Catherine?
Eh! quoi donc! votre humeur chagrine
Méconnait l'amour que pourtant
Je vous témoigne à tout instant,
Domptant jusqu'à ma conscience,
Pour rester toujours votre époux!

CATHERINE
(épouvantée)
Que dites­vous? que dites­vous?

HENRY
Je dis que quelquefois je pense
Que Dieu maudit norre union,
Comme illégitime et contraire
À la sainte prescription
Qui défend d'épouser la veuve de son frère.

CATHERINE
Ô mon maltre, vous blasphémez!
Car le pape a béni les nceuds par nous formés.

HENRY
(avec hypocrisie)
Que le pape soit infaillible
On le prétend et c'est possible
Mais le lévitique est formel,
Et ce livre nous vient du cid.

CATHERINE
Où voulez­vous en venir, je vous prie?

HENRY
(avec une feinte bonhomie)
Moi? Mais à rien Catherine chérie,
Rassurez­vous, j'ai voulu seulement
Vous rendre juste envers ùn sentiment
Qui, surmontant la différence d'àge
Et l'absence de fils, fait encor davantage
En bravant jusqu'à Dieu pour garder son serment.
HENRY
A­t­elle compris? Elle tremble.
Du triste hymen qui nous rassemble
L'amour d'Anne sera vainqueur!
La paix de l'àme étant perdue,
Ah! du moins cette ivresse est due
À mon cceur!

CATHERINE
(avec désespoir)
Ah! j'ai tout compris er je tremble!
Du saint hymen qui nous rassemble,
Un amour coupable est vainqueur!
Plus de justice m'était due,
Je me sens à jamais perdue
Dans son cœur!
(bruit au dehors)

HENRY
Mais voici venir ce me semble
Celle que dans ce lieu nous attendons ensemble.
(Entre Anne conduite par Surrey
et accompagnéc de demoiselles d'honneur. ­
De tous côtés entrent des seigneurs
avec Norfolk a Don Gomez de Féria.)


Scène 6

LES MÉMES, ANNE, DON GOMEZ
NORFOLK, SURREY
DAMES, SEIGNEURS

ANNE
(apercevant Don Gomez)
Don Gomez, juste ciel!

DON GOMEZ
(apercevant Anne)
C'est bien elle vraiment!

HENRY
(qui s'est apercu de leur mouvement ­ à Anne)
Vous vous reconnaissez, vous étant vus en France?

ANNE
(se remettant)
Sire, précisément.

HENRY
(prèsentant Anne à Catherine)
Reine, pour vous donner la nouvelle assurance
De notre amour royal, nous plaçons près de vous
Dame Anne Boleyn que mon frère Louis douze
Honorait autrefois d'une amirié jalouse
Venant d'un peuple ami, ce présent nous est doux.

CHŒUR DE FEMMES
(entourant Anne)
Salut?à toi qui nous viens de la France!
Nos deux pays ont les mêmes aïeux,
Gage de paix et gage d'espérance,
Salut à toi, vierge au front radieux!

CATHERINE
(à part)
De celle­là du moins, quoiqu'elle soit belle
Un autre amour protoge mon bonheur.
(haut et affectueusement à Anne)
Soyez la bienvenue ici, mademoiselle
Ma nouvelle dame d'honneur.

ANNE
(avec résolution en lui baisant la main)
Reine, à vous bien servir je mertrai tout mon zèle.

HENRY
(se rapprochant d'Anne)
Pour honorer encore en vous
Un poste dont vous êtes digne,
J'y veux joindre, faveur insigne,
Un ritre désiré de tous:
De Pembroke sayez marquise!

LE CHŒUR
De Pembroke le roi la nomme aussi marquise!

ANNE
Sire, c'est vraiment me combler.
(On entend dans la coulisse les accents d'une marche funèbre:
c'est celle qui conduit Buckingham au suppliee.
Catherine, Don Gomez, Surrey, Norfolk, les dames d'honneur
et les seigneurs se précipitent à la fenêtre, tandis que Anne
et le roi continuent à se parler sur le devant de la scène.)


HENRY
(bas et gracieusement)
Quel bienfait pourrait égaler
L'éclat de cette grâce exquise!

ANNE
Non, c'est trop!

HENRY
Ce n'est pas assez!
(avec passion et plus bas encore)
Si ru ravais comme je t'aime!

ANNE
(à elle­même)
Mon cœur s'emplit de réves insensés.

HENRY
(même jeu)
Je suis ici maître suprême!
Si tu savais comme je r'aime!
(Depuis un instant la marche funèbre de Buckingham sefait entendre;
elle s'est rapprochée et on entend distinetement le chœur des moines
qui l'accompagnent au suppice.)


CHŒUR DES MOINES
De profundis! de profundis!
Que Dieu dans sa miséricorde
Au pécheur repentant accorde
Une place en son paradis!
De proEundis!

ANNE
(épouvantée)
Quel est ce chant de deuil dont mon âme est troublée?

HENRY
(avec indifference)
Rien! un traitre qui meurt!

ANNE
(portant la main à ses yeux comme si une vision terrible 1'obsédait)
Une hache! du sang! Ô sombre vision de l'enfer envolée! J'ai peur!

HENRY
(tâchant de la rassurer)
Ô ma colombe au regard innocent,
Reviens à toi. mon bien suprême!
(avec passion)
Si tu savais comme je t'aime!

REPRISE DU CHŒUR DES MOINES

ANNE
Taisez­vous! taisez­vous! une hache, du sang
O sombre vision qui sur mon Eont descend!
(La marche funèbre s'est éloignée)
C'était un sombre réve
ui s'envole et s'achève,
Mais dans mon cteur reste un secret effroi!
Ah! d'un coupable amour, seigneur, protège­moi.

HENRY
(regardant Anne)
C'était un sombre réve
Qui s'envole et s'achève,
La mort est due à qui trahit son roi.
Non! rien ne la saurait déhendre contre moi.

DON GOMEZ
(regardant Anne)
Hélas, c'est mon doux réve
Qui s'envole et s'achève!
Comment lutter contre l'amour d'un roi?
De ce tourment jaloux, seigneur, protège­moi.

CATHERINE ET LE CHŒUR
Hélas! c'est sous le glaive
Qu'un sort brillant s'achève!
Qui tenterait de désarmer le roi?
Dédaigneux de l'amour, il régne par l'effoi!




ACTE II

ACTE I
ACTE II
ACTE III
ACTE IV


Scène I

NORFOLK, DON GOMEZ DE FERIA
Une salle du palais d' Henri VIII à Londres,
avec deux grandes fenêtres à gauche donnant
sur la place publique.)


NORFOLK
Trop heureux, Don Gomez, de vous revoir ici!
Nous y reparlerons de nos beaux jours de France,
De la cour de François où vous étiez aussi.

DON GOMEZ
De votre souvenir, mon cher Norfolk merci!
Celle à qui j'avais dit ma secrète espérîànce,
Comme compatriote intercédant pour moi,
La reine Catherine obtint de votre roi
Qu ' ambassadeu r d'Espagne en Anglererre
A sa cour je fusse accepté.

NORFOLK
Nul mieux que vous ne l'avait mérité.

DON GOMEZ
A vous, Norfolk, je n'en fais pas mystère:
Pour rien dans mon désir, l'ambition n'entrait
Et de mon cœur plus doux est le secret.

NORFOLK
Quoi, l'amour?

DON GOMEZ
Oui l'amour qui m'a percé d'un trait.
La beauté que je sers est telle
Que jamaus les regards ne sauraient s'en lasser
Et que, rien qu'à a voir passer,
On la prend pour une immonelle!
Si je vous disais ses appas,
Ses charmes, sa grâce ingénue,
Vous l'auriez bientôt reconnue,
Bien que je ne la nomme pas.

NORFOLK
C'est donc du ciel qu'elle est venue
Celle dont vous suivez les pas!

DON GOMEZ
La beauté que je sers est blonde
Ses cheveux sont plus clairs que l'or vivant des blés,
Et ses yeux dans les cœurs troublés
Versent une langueur profonde!
Le long du chemin de ses pas
Les roses pâlissent d'envie!
Elle est la lumière et la vie!
Ne la reconnaissez­vous pas?

NORFOLK
Comme elle a votre âme ravie
Celle dont vous suivez les pas!

DON GOMEZ
Quoi! votre esprit ne devine pas celle
Qui, comme une étincelle
Dans tous les cœurs allumant le desir,
Fut à la cour de Blois la reine du plaisir?

NORFOLK
Anne Boleyn?

DON GOMEZ
Elle­même!

NORFOLK
Et vous croyez qu'elle vous aime
Aurant que vous l'aimez?

DON GOMEZ
J'en suis cenain vraiment!
Tenez! la reine en garde une preuve fidèle.

NORFOLK
Une preuve?

DON GOMEZ
Une lettre d'elle.
De ce billet charmant
La tendresse nous fit Catherine clémente.

NORFOLK
Je suis ravi!

DON GOMEZ
De quoi?

NORFOLK
Mais que cela démente
Certains bruits…

DON GOMEZ
Qu'est­ce donc?

NORFOLK
On contait, à la cour,
Que le roi, mai guéri de son ancien amour
Pour la soeur d'Anne aujourd'hui trépassée
Voulait s'en faire aimer...

DON GOMEZ
La chose est insensée!
De Marguerite délaissée
Le souvenir saurait la protéger
De ce danger!
D'ailleurs, elle m'aime!

NORFOLK
On ajoute
Que pour la fasciner sans doute
Dès aujourd'hui notre maître et seigneur
De la reine la veut nommet dame d'honneur.

DON GOMEZ
Il n'est, de tout cela, rien que mon cteur redoure.

ENSEMBLE

DON GOMEZ
Oui, je suis sùt de son amour!
Toute ma foi tepose en elle.
C'est une tendresse éternelle
Qui nous enchaîne sans retout.
Oui, je suis sût de son amour.

NORFOLK
Le ciel vous garde son amour!
Et puissiez­vous ttouver en elle,
Avec la constance éternelle
L'objet d'un bonheur sans retour.
Le ciel vous garde son amour!
Si vous connaissiez notte toi,
Peut­être auriez­vous plus d'efftoi?!
Pour Henry VIII, il n est chose sacrée:
L'amitié, l'amour les serments,
Tout est litière à ses emportemènts.
Il n'est pour lui ni loi, ni foi jurce.
La preuve: Buchngham était son favori
Ainsi qu'un traître, on le juge à certe heure
Et que je meure
Si ce soir même il n'a péri.
(bruit sur la place)
Mais c'est du tribunal que la fouie s'empresse.
(Des seigneurs entrent.)

Scène 2
LES MÊMES, DES SEIGNEURS

NORFOLK
(allant aux seigneurs)
La nouvelle, messieurs? Buckingham?

CHŒUR DES SEIGNEURS
Condamné.

NORFOLK
Quel châtiment?

CHŒUR DES SEIGNEURS
La mort!

NORFOLK
L'avaisje deviné?

CHŒUR DES SEIGNEURS
Pauvre Buchngham que, dans sa détresse
Nul de nous ne peut secourir,
De ton royal ami la menteuse tendresse
Sans éclair de pitié, te laissera mourir!

PREMIER SEIGNEUR
C'est tout à l'heute qu'on l'emmène
Et l'échafaud déjà l'attend!

DEUXIÈME SEIGNEUR
Pour faire une chose inhumaine
Le roi ne perd pas un instant.

TROISIÈME SEIGNEUR
Nous pourrons dc cette fenêtre
Le voir quand on le conduira.

QUATRIÈME SEIGNEUR
Certes! mais de le reconnaitre
Nul de nous ne s'avisera!

PREMIER SEIGNEUR
A la cour, messieurs, le plus sage
Est de vivte chacun pour soi!...

DEUXIÈME, TROISIÈME,
et QUATRIÈME SEIGNEURS
Rien en effct ne nous présage
Ce qu'il faut attendre du roi!

REPRISE DU CHŒUR
Pauvre Buckingham, etc.

LES QUATRE SEIGNEURS
Nous vivons sous un roi terrible, impie et traître
Et par son joug de fer notre front est meurtri.
(Le roi apparatt.)
Mais le voici.
(sur un ton mielleux)
Salut à notre noble maître!
A notre doux seigneur, au trés dément Henry!
Salut au prince magnanime
Dont le hras de fer revêtu,
Impitoyable pour le crimé,
Est toujours doux à la vertu!
(Ils saluent avec obséquiosité 1e roi
qui ne fait attention à eux et se retirent en se courbant.)


Scène 3
NORFOLK, DON GOMEZ, HENRY, SURREY

NORFOLK
(présentant Don Gomez au roi)
Daignez, sire, accueillir celui qui m'accompagne,
Don Gom" de Féria, I'ambassadeur d'Espagne!

HENRY
(gracieusement, à Don Gomez)
A notre cour, monsieur, soyez le bienvenu
Car vous m'étiez déjà connu.
La reine qui pour vous s'est fort intéressée,
M'a parlé d'une fiancée
Dont les beaux yeux vous attiraient ici,
Que vous aimiez, qui vous aimait aussi.
Remise par vous, une lettre d'elle,
Lui fut de cet amour une preuve fidèle,
Je ne sais rien de plus, mais de tels sentiments
Méritent qu'on ies récompense:
Les rois sont trop heureux de servir les amants!
Si, comme je le pense,
Remercier la reine est pour vous un désir,
Dans un instant vous aurez ce plaisir
Par moi, devant la cour en ces lieux arrêtée,
Une dame d'honneur lui sera présentée.

DON GOMEZ
(surpris et à part)
Une dame d'honneur! Norfolk dirait­il vrai?
(Le roi les congédie, sauf Surrey).

Scène 4
HENRY, SURREY

HENRY
(se rapprochant vivement de Surrey)
Donc le pape esr hostile à ma secrète envie?

SURREY
Oui, sire!

HENRY
Je l'y soumettrai!

SURREY
Mais il y va pour vous du trône et de la vie!

HENRY
Que m'importe, Surrey? Dans mon âme reine
Rien ne demeure plus quand l'amour est entré.
Je souffre, pour cette retelle,
Des maux plus durs que le trépas!

SURREY
Près de la femme la plus belle
Un roi commande er ne soupire pas!

HENRY
Qui donc commande quand il aime?
Et quel empire reste au cœur
Où l'amour met son pied vainqueur?
Ah! c'est la torture suprême:
Espérer et craindre à la fois!
Er vivre, exilé de soi­même
Ayant des caprices pour lois!
Qui donc commande quand il aime?
Elle veut et puis ne veut plus,
Elle me cherche et puis m'évite.
Le souvenir de Marguerite
Fait­il mes regrets superflus?
Elle me cherche et puis m'évite,
Elle veut et puis ne veut plus.
Ah! c'est la torrure suprême:
Espérer et craindre à ia fois!
Et vivre exilé de soi­même
Ayant des raprices pour lois!
Qui donc commande quand il aime?

SURREY
(apercevant Catherine)
Sire, la reine!
(Surrey sort, entre Catherine.)

Scène 5
HENRY, CATHERINE

CATHERINE
Ô mon mattre et seigneur,
Vous m'avez demandée?

HENRY
(courtoisement)
En effet, noble reine,
C'est pour vous présenter une dame d'honneur
Dont vous serez bientôt la souveraine.
Sachez, avant même son nom,
Que de la cour de France, ici le ciel l'envoie.

CATHERINE
(joyeusement)
Anne Boleyn?

HENRY
(inquiet)
Quoi? vous la connaissez?

CATHERINE
Non!
(bas)
Gardons à Don Gomez le secret de sa joie.
(haut)
Le bruit de sa beauté parYint seul jusqu'à moi.

HENRY
Le présent de vous n'en est que plus digne.

CATHERINE
Je l'accepterai donc, puisqu'il vient de mon roi,
Dont j'artends à mon tour une faveur insigne.

HENRY
(gracieusement)
Parlez! Vous plaire en rour est ma plus chère loi.

CATHERINE
De Buckingham je sais le sort terrible.
Donnez­moi sa grâce.

HENRY
(doucement)
Impossible.

CATHERINE
Cependant vous m'aviez promis...

HENRY
Ma justice est inexorable!

CATHERINE
Mais il était de vos amis!

HENRY
Il n'en est que plus méprisable!

CATHERINE
J'en appelle à votre pitié!

HENRY
Je n'en ressens pas pour un traitre.

CATHERINE
Peut­être on l'a ralomnié.

HENRY
Apprenez à mieux le connaître:
Pour lui prêter votre secours,
Reine, vous ignorez peut­être
Qu'il fut votre ennemi toujours!

CATHERINE
Je suis chrétienne, ô mon maitre
Pardonnez!

HENRY
Buckingham a mérité la mort!
Cessez pour le sauver un inutile effort!

CATHERINE
Triste secret de mes vreux superfius!
Mon seigneur, vous ne m'aimez plus!

HENRY
Que dites­vous là, Catherine?
Eh! quoi donc! votre humeur chagrine
Méconnait l'amour que pourtant
Je vous témoigne à tout instant,
Domptant jusqu'à ma conscience,
Pour rester toujours votre époux!

CATHERINE
(épouvantée)
Que dites­vous? que dites­vous?

HENRY
Je dis que quelquefois je pense
Que Dieu maudit norre union,
Comme illégitime et contraire
À la sainte prescription
Qui défend d'épouser la veuve de son frère.

CATHERINE
Ô mon maltre, vous blasphémez!
Car le pape a béni les nceuds par nous formés.

HENRY
(avec hypocrisie)
Que le pape soit infaillible
On le prétend et c'est possible
Mais le lévitique est formel,
Et ce livre nous vient du cid.

CATHERINE
Où voulez­vous en venir, je vous prie?

HENRY
(avec une feinte bonhomie)
Moi? Mais à rien Catherine chérie,
Rassurez­vous, j'ai voulu seulement
Vous rendre juste envers ùn sentiment
Qui, surmontant la différence d'àge
Et l'absence de fils, fait encor davantage
En bravant jusqu'à Dieu pour garder son serment.

HENRY
A­t­elle compris? Elle tremble.
Du triste hymen qui nous rassemble
L'amour d'Anne sera vainqueur!
La paix de l'àme étant perdue,
Ah! du moins cette ivresse est due
À mon cceur!

CATHERINE
(avec désespoir)
Ah! j'ai tout compris er je tremble!
Du saint hymen qui nous rassemble,
Un amour coupable est vainqueur!
Plus de justice m'était due,
Je me sens à jamais perdue
Dans son cœur!
(bruit au dehors)

HENRY
Mais voici venir ce me semble
Celle que dans ce lieu nous attendons ensemble.
(Entre Anne conduite par Surrey
et accompagnéc de demoiselles d'honneur. ­
De tous côtés entrent des seigneurs
avec Norfolk a Don Gomez de Féria.)


Scène 6
LES MÉMES, ANNE, DON GOMEZ
NORFOLK, SURREY
DAMES, SEIGNEURS

ANNE
(apercevant Don Gomez)
Don Gomez, juste ciel!

DON GOMEZ
(apercevant Anne)
C'est bien elle vraiment!

HENRY
(qui s'est apercu de leur mouvement ­ à Anne)
Vous vous reconnaissez, vous étant vus en France?

ANNE
(se remettant)
Sire, précisément.

HENRY
(prèsentant Anne à Catherine)
Reine, pour vous donner la nouvelle assurance
De notre amour royal, nous plaçons près de vous
Dame Anne Boleyn que mon frère Louis douze
Honorait autrefois d'une amirié jalouse
Venant d'un peuple ami, ce présent nous est doux.

CHŒUR DE FEMMES
(entourant Anne)
Salut?à toi qui nous viens de la France!
Nos deux pays ont les mêmes aïeux,
Gage de paix et gage d'espérance,
Salut à toi, vierge au front radieux!

CATHERINE
(à part)
De celle­là du moins, quoiqu'elle soit belle
Un autre amour protoge mon bonheur.
(haut et affectueusement à Anne)
Soyez la bienvenue ici, mademoiselle
Ma nouvelle dame d'honneur.

ANNE
(avec résolution en lui baisant la main)
Reine, à vous bien servir je mertrai tout mon zèle.

HENRY
(se rapprochant d'Anne)
Pour honorer encore en vous
Un poste dont vous êtes digne,
J'y veux joindre, faveur insigne,
Un ritre désiré de tous:
De Pembroke sayez marquise!

LE CHŒUR
De Pembroke le roi la nomme aussi marquise!

ANNE
Sire, c'est vraiment me combler.
(On entend dans la coulisse les accents d'une marche funèbre:
c'est celle qui conduit Buckingham au suppliee.
Catherine, Don Gomez, Surrey, Norfolk, les dames d'honneur
et les seigneurs se précipitent à la fenêtre, tandis que Anne
et le roi continuent à se parler sur le devant de la scène.)


HENRY
(bas et gracieusement)
Quel bienfait pourrait égaler
L'éclat de cette grâce exquise!

ANNE
Non, c'est trop!

HENRY
Ce n'est pas assez!
(avec passion et plus bas encore)
Si ru ravais comme je t'aime!

ANNE
(à elle­même)
Mon cœur s'emplit de réves insensés.

HENRY
(même jeu)
Je suis ici maître suprême!
Si tu savais comme je r'aime!
(Depuis un instant la marche funèbre de Buckingham sefait entendre;
elle s'est rapprochée et on entend distinetement le chœur des moines
qui l'accompagnent au suppice.)


CHŒUR DES MOINES
De profundis! de profundis!
Que Dieu dans sa miséricorde
Au pécheur repentant accorde
Une place en son paradis!
De proEundis!

ANNE
(épouvantée)
Quel est ce chant de deuil dont mon âme est troublée?

HENRY
(avec indifference)
Rien! un traitre qui meurt!

ANNE
(portant la main à ses yeux comme si une vision terrible 1'obsédait)
Une hache! du sang! Ô sombre vision de l'enfer envolée! J'ai peur!

HENRY
(tâchant de la rassurer)
Ô ma colombe au regard innocent,
Reviens à toi. mon bien suprême!
(avec passion)
Si tu savais comme je t'aime!

REPRISE DU CHŒUR DES MOINES

ANNE
Taisez­vous! taisez­vous! une hache, du sang
O sombre vision qui sur mon Eont descend!
(La marche funèbre s'est éloignée)
C'était un sombre réve
ui s'envole et s'achève,
Mais dans mon cteur reste un secret effroi!
Ah! d'un coupable amour, seigneur, protège­moi.

HENRY
(regardant Anne)
C'était un sombre réve
Qui s'envole et s'achève,
La mort est due à qui trahit son roi.
Non! rien ne la saurait déhendre contre moi.

DON GOMEZ
(regardant Anne)
Hélas, c'est mon doux réve
Qui s'envole et s'achève!
Comment lutter contre l'amour d'un roi?
De ce tourment jaloux, seigneur, protège­moi.

CATHERINE ET LE CHŒUR
Hélas! c'est sous le glaive
Qu'un sort brillant s'achève!
Qui tenterait de désarmer le roi?
Dédaigneux de l'amour, il régne par l'effoi!





ACTE III

ACTE I
ACTE II
ACTE III
ACTE IV



La salle du Parlement où a lieu le jugement de la Reine
Scène 1
HENRY, DON GOMEZ, CATHERINE,
LADY CLARENCE, GARTER
CRANMER, puis CAMPEGGIO, IUGES,
GENTILS HOMMES, HUISSIERS

(La salle immense avec son pub1ic d'assatants ­
Fanfares au dehors, puis marche sur lequelle est introduit le cortège.
Le Roi est conduit à son trone occupant la gauche;
puis la Reine est amenée sur un trone situé vis­à­vis
et Gomez s'assied à ses pieds.
Les juges entrent les derniers et prennent place.)


GARTER
Le synode est ouvert. À tous Dieu fasse droit!

L’ARCHEVÊQUE DE CANTERBURY
(solennellement)
Toi qui veilles sur l'Angleterre,
Dieu puissant, dicte­nous ta loi.
Toi qu'entoure un triple mystère
A tes enfants révèle­toi!
Toi qui veilles sur l'Angleterre,
Garde la patrie et le roi!

GARTER
Henry, roi d'Angleterre, avancez devant nous.

L'HUISSIER
(répétant)
Henry, roi d'Angleterre, avancez devant nous.

HENRY
Présent.

GARTER
Et vous, à reine, avancez devant nous.

L'HUISSIER
(répétant)
Ô reine Catherine, avancez devant nous.

CATHERINE
Mon maître et mon seigneur, je me soumets à vous.

HENRY
(se levant)
Vous tous qui m'écoutez, gens d'Église et de loi,
En ce jour solennel, votre seigneur et roi,
Demande à voir briser, comme à sa foi contraire,
L'hymen qui lui donna la veuve de son frère.
Sur le saint Lévitique appuyant son désir,
Il soumet cette cause à votre bon plaisir,
Et la confie aussi à votre conscience,
Priant Dieu qu'il l'éclaire en sa toute­puissance!

GARTER
Maintenant, la parole est à dame la reine.

CATHERINE
(descendant de son trône et s'adressant au roi)
À ta bonté souveraine,
Seule, dans cet instant, je m'adresse, ô mon roi!
Prends pirié de la pauvre femme
Qui t'a donné toute son âme,
Et toujours t'a gardé sa foi!
Car je ne suis au'une étrangère
Qui t'aborde d'un ton soumis,
Et qui, dans cette cour légére,
Toi la quittant, n'a plus d amis!
N'ai-je donc pas été l'épouse,
Loyale et pure en sa maison,
Et jamais ton âme jalouse
M'atteignit­elle d'un soupçon?
Henry, c'est ta femme fidèle
Qui vient supplier son seigneur
De se souvenir encor d'elle,
Et de ne pas briser son creur!

CHŒUR DES ASSISTANTS
(très bas)
Ah! pauvre femme et pauvre reine!
Comment ne pas compatrir à sa peine?
(signes d'impanence du roi)

CATHERINE
Sire Henry, le roi votre père
Était un roi juste et clément,
Et du mien vous avez, j'espère
Gardé le même sentiment.
En unissant nos mains sans doute
Ils ont bien fait ce qu'ils ont fait.
Le pape a béni notre route
Qui long~temps fut douce, en effet.
Donc aujourd'hui c'est votre femme
Qui vous somme, dans ce saint lieu,
De respecter, suivant votre âme,
Votre père, je pape et Dieu!

CHŒUR DES ASSISTANTS
(murmures)
Ah! pauvre femme! ah! pauvre reine!
Comment ne pas comparir à sa peine
Pour elle nous implorons Dieu.
(signes de mécontentement du roi)

CATHERINE
(se tournant vers les juges)
Et vous, messieurs, que le roi fit mes juges,
Si la pitié régne en vos cœurs,
Que ma douleur trouve en vous des refuges
Epargnez­moi, voyez mes pleurs!
Peu m'importent le diadème
Et les tristes faveurs du sort.
Mais rendez­moi l'époux que j'aime,
Et dont l'adieu serait ma mort!
(Elle sanglote.)

CHŒUR DES ASSISTANTS
(plus fort)
Ah! pauvre femme et pauvre reine!
Comment ne pas compatir à sa peine?
Quoi! d'une si longue amitié,
Le roi n'a­t­il donc pas pitié?!

HENRY
(se levant furieux et promenant sur les Juges
et sur l'assistance des regard menaçants)

Il suffit.

CATHERINE
(avec un geste de désespoir)
Ah! je suis perdue!
(Elle va s'asseoir avec découragement.)

GARTER
Messieurs, la cause est entendue,
A moins qu'un défenseur, sans nous en prevenir,
Air projeté d'intervenir.

DON GOMEZ
(se levant)
Je serais celui­là que vous n'attendiez guère.
La reine est espagnole et je suis son sujet.
Au nom de mon pays, votre allié naguère.
Je proreste en ce jour contre un pareil projet,
Entre peuples amis pouvanr causer la guerre.

UN GROUPE DE SEIGNEURS
Qui donc nous ose menacer?

UN AUTRE
(se retournant vers le roi)
C est au roi de punir ui nous vient offenser!
(Murmures de la fo1e)

HENRY
(froidement et avec hauteur)
Monsieur l'ambassadeur, si j'ai compris la chose,
Pour peser sur!'arrêt vous comptiez sur l'effroi.
Mais tout mon peuple, Je suppose,
Pense en cela comme son roi.
Les fils de la noble Angleterre,
Sachant combattre et se venger,
N'ont pas coutume de se taire,
Pour laisser parler l'étranger!

LE CHŒUR
Vivat! vivat! Les fils de la noble Angleterre,
N'ont pas coutume de se taire,
Pour laisser parler l'étranger!
(Les juges commencent à délibérer.
Curiosité inquiète des assistants.)


CHŒUR DES ASSISTANTS
Mais nous ne saurions supporter
Certes, nous aimons notre reine;
Qu'un étranger vienne insulter
De notre roi la grandeur souveraine.
Que le ciel dicte donc l'arrêt.
A l'accepter, chacun de nous esr prêt!

UN OFFICIER
La Cour va prononcer.

L'ARCHEVÊQUE
Sire! Illustre assistance!
En vertu des pouvoirs à nous par Dieu donnés
Déclarons par notre sentence
Nul er contraire aux lois l'hymen à nous soumis.

CATHERINE
Dieu! Vodà que! forfalt ta Justlce a permis.
Soit Mais avant de fuir ce tribunal infâme
Où Je cherchals des Juges et ne vois qu ennemis
Devant tous je proclame mon trône vainement contesté,
Je proteste du fond de l'âme et j'en appelle à la postérité.

UN OFFICIER
(annonçant)
Sire, le légat du Saint Père.
(Entrée du Légat suivi des cardinaux
qui se rangent derrière lui.)


LE LÉGAT
(tirant de sa robe la brulle du pape)
Au nom de Clément sept, pontife souverain,
Délibérant en paix et que nul ne contraint,
Je viens ratifier par la présente bulle,
Ton premier mariage, Henry huit, et j'annule
Toute décision contraire.

HENRY
Par ma foi!
C'est fort bien! mes sujas vous répondront pour moi.
Qu'on fasse entrer le peuple!
(Les potres sont ouvertes
et l'encrinte s'emplit d'une foule nombreuse.)

Enfants de l'Angleterre,
Libres fils d une terre libre,
Vous plâît­il de recevoir des lois de l'étranger?

LE PEUPLE
Non! non! jamais!

HENRY
Vous connent­il qu un homme,
Dont le vrai pouvoir est à Rome,
Sur mon rrône m ose outrager?

LE PEUPLE
Non! non! jamais!

HENRY
S'contre la puissance
Du pape­roi las de l'obéissance,
Je me léve?

LE PEUPLE
Nous te suivrons!

HENRY
Si dans le sein d'une Êglise nouvelle,
Je vous appelle?

LE PEUPLE
Nous irons!

HENRY
S'il faut un chef pour y guider les âmes,
Choisirez­vous, vous, vos fils er vos femmes,
Votre roi?

LE PEUPLE
Nous te le jurons!

HENRY
Écoutez! Henry huit se proclame à la terre
Chef de l'Ê`ue d'Angleterre,
Et pour sa temme il prend dame Anne Boleyn,
Marquise de Pembrcke!
(La reine pousse un cri et tombe
à demi évanouie; on l'entraîne.)


LE LEGAT
Au nom du Dieu que l'on reine,
Henry huit, je t'excommunie
(Le Légat sort.)

LE PEUPLE
Vive le roi! Vivat!

CHŒUR
Gloire au chef de l'État! Gloire au chef de l'Église,
Henry huit dour le nom désormais symbolise
Deux pouvoirs réunis dans une même main.
Que Dieu bénisse son hymen!

HENRY ET LE CHŒUR
C'en est donc fait, il a brisé ta chaîne!
Ô peuple épris de liberté!
Trop longtemps dompté
Par home souveraine,
Ton âme sereine
Reprend sa fierté!
(Cris de Vive le roi!
Des drapeaux s'agitent dans la foule.
Enthousiasme général.)




ACTE IV

ACTE I
ACTE II
ACTE III
ACTE IV



Chez Anne Boleyn ­
Un salon dans le goût de la Renaissance anglaise ­
Au lever du rideau, dames a seigneurs repètent,
au fond du théâtre, les pas d'un ballet galant
en l'honneur du roi dont c'est la fête native-
Anne préside à cette répétition.


Premier Tableau

Scène 1
ANNE, NORFOLK, SURREY,
SEIGNEURS, DAMES

Sur une musique de scène, la danse se poursuit dans le fond.
Anne suit avec intérét et fait des signes d'assentiment -
Pendant ce temps­là, Norfolk
et Surrey viennent causer dans un coin en avant.


NORFOLK
(à Anne)
Bravo! du divertissemenr.
Le roi, je crois, sera content.
(à Surrey mystéricusement)
Avez­vous remarqué l'humeur sombre et farouche
Du roi depuis le jour de son nouvel hymen?

SURREY
Certes! Les mots amers montent seuls à sa bouche
Et vers nous, ses amis, ne se tend plus sa main.

NORFOLK
On dirait qu'un secret dans son ombre l'entraine.

SURREY
Mieux encore! On dirait qu'il doute de la reine.

NORFOLK
(avec effroi)
Taisez­vous!

SURREY
Anne, hélas! senr aussi bien que nous
Qu'un mal mystérieux tourmenre son époux.
Elle sourit ici, mais chez elle, elle pleure!
Tout l ui fai1 peur: - Tenez, le roi qui, tout à l'heure
Devait venir, n'est pas venu ­ nouvel effroi!

NORFOLK
Elle a raison de craindre: elle connaît le roi!

SURREY
Sait­on ce que deYient la reine Catherine?

NORFOLK
Au château de Kimbolt elle languit, chagrine
Et bien prés de mourir. ­ On m'a même conté
Que le roi s'informait beaucoup de sa santé.

SURREY
C'cst un peu tard, vraiment, pour s'inquieter d'elle.

NORFOLK
Il punit celle­là d'avoir été fidèle!
(Bravos dans le fond. -
Les deux seigneurs se prennent le bras
et rentrent dans les groupes.)


UN HUISSIER
(annonçant)
Monsieur l'ambassadeur d'Espagne!
(Mouvement de surprise)

Scène 2
LES MEMES, DON GOMEZ

ANNE
(avec terreur)
Encore lui!
Que vient­il faire à la cour aujourd'hui?
Rien qu'à le voir mon sang se glace

DON GOMEZ
(entrant en saluant)
Salut, messieurs!
(apercevant Anne)
Pardon. madame, mais de grâce
Si je vous trouble, excusez­moi.
On m'avait dit qu'ici je trouverais le roi
À qui j'apportais un message
De dame Catherine...

ANNE
Ô ciel!
(aux dames et seigneurs)
Éloignez ­vous
Un instant seulement.
(Les dames et seigneurs obéissent,
en chantant en sourdine.)


SURREY ET NORFOLK
Depuis ce mariage Tout est mystère autour de nous.

Scène 3
ANNE, DON GOMEZ

ANNE
(fiévreusement)
Vous venez pour me perdre ici?

DON GOMEZ
Qui? Moi, Madame?
Vous perdre? Et pourquoi donc? Sachez que, dans mon âme
La haine est morte avec l'amour.

ANNE
Mais ce message de la reine?

DON GOMEZ
Contient les vœux qu'elle adresse en ce jour
À celui qui l'aima.

ANNE
Mais qui me rend certaine
Qu'il ne renferme rien de plus?

DON GOMEZ
En vérité,
Que voulez­vous donc qu'il contienne?

ANNE
Et, que sais­je!… Un message, et par vous apporté,
À raison, m'est suspect. N'avez­vous pas encore
Des armes contre moi?

DON GOMEZ
Des armes?

ANNE
Oui, vraiment Mes lettres d'auttefois.

DON GOMEZ
Ce que le feu dévore
Ne trahit plus le faux serment
Et les promesses violées.

ANNE
(joyeusement)
Ainsi vous les avez brûlérs?

DON GOMEZ
Toutes!

ANNE
Toutes!... Et celle aussi
Qui décida votre arrivée ici
En qualité d'ambassadeur?

DON GOMEZ
Non, celle­ci
Existe encore.

ANNE
(avec terreur)
Où donc est­elle?

DON GOMEZ
Dans les mains de la reine.

ANNE
Hélas! Terreur mortelle!
(Henry apparaît.)

Scène 4
LES MÊMES, HENRY

HENRY
Elle encore avec lui! Nous allons bien savoir...
(à Anne, brusquement)
Madame, laissez­nous.

ANNE
(se retirent tremblante)
Je n'ai plus qu'un espoir.

Scène 5
HENRY, DON GOMEZ

HENRY
(durement)
Après ce qui s'était passé, monsieur, naguère,
N'e soyez pas surpris si je n'espérais guère
Vous revoir en ces lieux. D'ailleurs, sachez­le bien,
Si vous avez gardé ce poste en Angleterre,
Pour ce nouveau bienfait vous ne me devez rien.
C'est que j'avais besoin de vous pour un mystère
Que je veux'pénétrer.

DON GOMEZ
(froidement)
Sire, de mon côté Si j'au gardé le poste autrefois accepté,
C'est qu'un dernier devoir à cette cour m'enchaîne,
Étant le seul ami de celle qui fut reine.

HENRY
(se radoucissant subitement)
De dame Catherine, en effet, parlez­moi.

DON GOMEZ
D'un message pour vous je suis chargé par elle.

HENRY
Parlez.

DON GOMEZ
Si ma mémoire est en tous noinrs fidèle.
Voici ce qu'elle a dit en pleurant: "Ô mon roi!
Bien qu'étant par vous délaissée
Je ne veux pas laisser passer ce jour
Sans vous dire que ma pensce
Vous reste encore fidèlé sans retour!
Mes tristes vreux et ma prière
Gémissants montent vers les cieux,
Et je vous bénirai jusqu'à l'heure dernière
Qui bientôt fermera mes yeux."

HENRY
Pauvre reine vraiment! Son discours fait revivre
Plus ardent!e désir que j'ai de la revoir.

DON GOMEZ
(salvant)
Je me retire donc.

HENRY
Non pas! Veuillez me suivre.

DON GOMEZ
Pourquoi, sire?

HENRY
(d'un accent menaçant)
À Kimbolt vous allez le savoir.
(à part)
Qui sait si le secret que je cherche n'est pas
Aux mains de Catherine? Ensemble seuls là­bas,
Elle doir tout savoir car il doit tout lui dire.
La reine est Espagnole, et malgré sa bonté,
L'ardeur de se venger d'Anne peut la conduire
À me dire la vérité.

ENSEMBLE

DON GOMEZ
Quel dessein à Kimbolt l'entraîne?
Que peut­il vouloir à la reine?
J'ai peur de sa fausse bonté...
Pour un crime nouveau quel démon l'a tenté?

HENRY
Enfin ma vengeance est prochaine!
Je ferai bien parler la reine
Par la rigueur ou la bonté.
Car je veux aujourd'hui savoir la vérité!

SECOND TABLEAU
Dans la retraite de Cetherine à Kimbo1t

Scène 1
Au lever du rideau, la reine est assise auprès d une haute cheminée -
Chant du dehors où le peuple célèbre lejour natal de Henry VIII.


CHŒUR DU PEUPLE
(au dehors)
Vive notre roi!
En ce jour prospère,
Naquit notre père,
Du méchant l'effroi!

CATHERINE
(tristement)
Ô souvenirs cruels!
Là­bas, dans ma patrie
Le nom du roi mon père était ainsi fêté!
Tout me parle de toi dans ma captivité,
Ô berceau de mes jours, mon Espagne chérie!

I
Je ne te reverrai jamais,
Ô douce terre où je suis née!
Au destin qui m'a condamnée
Sans révolte je me soumets.
Mais du moins garde à ma mémoire
Un souvenir plein de pitié,
Ô pays d'amour et de gloire
Que je n'ai jamais oublié!

II
La mort m'eût été moins amère
Si, comme autrefois, le sommeil,
Je l'avais trouvée, à ma mère,
Sur ton sein fécond et vermeil
Comme un soldat vaincu je tombe
Sur une rerre de douleurs...
Ceux^là sont heureux dont la tombe
De leur berceau garde des fleurs.
(Sur un appel de Catherinr, ses femma entrent)

Scène 2
CATHERINE, SES FEMMES

CATHERINE
(les appelant autour d'elle et leur distribuant des bijoux)
Chèra filles venez! Prête à quitter la terre,
Te veux que vous gardiez un souvenir de moi...
À toi cet anneau d'or, cette croix est pour toi,
Gardez de mon amour cette preuve dernière.
(Prenent un livre d'heures et y mettent une lettre
qu'elle a tirée du coffret où étient sa bijoux.)

Quant au livre où je lis chaque soir ma prière,
Il est pour Don Gomez. Il y rerrouvera
Cet écrit que j'y mets et que lui seul lira,
La preuve de l'amour que lui donna l'infâme
Qui m'a pris mon époux et tortura son âme!

UNE FEMME
(entrant)
Reine, une femme est là, qui, sous son voile, attend
L'heure de vous parler.

CATHERINE
(éloignent ses femmes)
Qu'on nous laisse un instant!
Qui rait, quelque douleur confiante à la mienne...
(Les femmes s'éloignent et on introduit Anne voilée.
à Anne)

Entrez, vous qui souffrez rans doute... car ici
C'est le triste séjour du deuil et du souci.
(Anne soulève son voile.)

Scène 3
CATHERINE, ANNE

CATHERINE
(aprés avoir poussé un cri de surprise et d'indignation)
Anne! venez­vous donc pour me braver encore?

ANNE
(humblement)
Vous braver! non! je vous implore.

CATHERINE
Et de moi que voulez­vous donc?

ANNE
Rien qu'un mot de pardon.

CATHERINE
Vous pardonner! jamais!

ANNE
Ce n'est pas à la reine
Que j'ai parlé, mais c'est à la chrétienne.

CATHERINE
La chrétienne au Seigneur demandera l'oubli.

ANNE
Ah! connaissez du moins le remords qui m'accable.

CATHERINE
Que me fait le remords
D'un mal irréparable
Laissez dormir en paix mon cœur ensaveli.

ANNE
Mon crime est sans appel, mais du roi d'Angleterre
Le trône m'apparut... un venige me prit...
Et mon rêve immola mon cœur à mon esprit,
Car moi j'aimais aussi, mais d'un amour sans crime...

CATHERINE
(durement)
C es: vrai, je ne fus pas votre seule victime,
Et votre main perça du même coup deux cœurs;
Mais vous ne l'aimiez pas celui dont la blessure
Saigne encore aujourd'hui sous vos mépris vainqueurs!
Vous ne l'aimiez pas, j'en suis sûre!

ANNE
(humblement)
Hélas! qui moins que vous, madame, en douterait?
N'avez­vous donc pas mon secret...

CATHERINE
Quel secret?

ANNE
(avec embarras)
Mais la preuve entre vos mains laissée
De l'amour que Gomez m'inspirait autrefois?

CATHERINE
(avec des éclats d'indégnation)
Ah! je comprends enfin pourquoi je te revois!
Tu viens ici, par la terreur poussée,
M'arracher cette preuve et, pour l'anéantir
Me parler de ton repentir.
Dis donc que je n'ai pas deviné ta pensée?

ANNE
(suppliente et s'humiliant)
Je suis folle! j'ai peur, peur de vous, peur du roi,
Ah! je vous en supplie, ayez pitié de moi!
Rendez­moi cette lettre.

CATHERINE
(avec colère)
Eh bien non! misérable!
Non, non, fille sans cœur!
(Elle va à son livre d'heures et en retire la lettre)
Regarde, le voilà
Cet ecrit qui te perd, et me fait redourable!...

ANNE
(à genoux et tendant la main pour s'emparer de la lettre)
Ah! grâce!

CATHERINE
(reculant et impitoyable)
Et si le roi, ton époux, était là
C'est à lui...
(Le roi apparaît suivi de Don Gomez.)
Le roi!
(Anne se relève épouvantée.
Catherine froisse la lettre dans ses mains. -
Henry entre suivi de Don Gomez.)


Scène 4
ANNE, CATHERINE,
HENRY, DON GOMEZ

HENRY
(à Anne)
Vous ici, madame!
J'en suis fort heureux sur mon âme!
(allant à Catherine et lui parlent
sur le ton d'un faux repentir)

Mon cœur fut pour vous sans merci,
Madame je vous fis, avant le temps, ma veuve,
Mais je viens aujourd'hui vous demander la preuve
Que je fus lâche et fou de vous traiter ainsi,
En vous délairsant, noble femme
Honneur d'une antique maison,
Pour une créature infâme
Dont le cœur n'est que trahison.
Cette preuve en vos mains, l'avez­vous, Catherine?

ANNE
C'est est fait!

DON GOMEZ
Ciel!

CATHERINE
(froissant nerveusement la lettre entre ses mains)
Pourquoi me tentez­vous, seigneur?

HENRY
(après un silence)
Vous vous raisez?
(bas)
En torturant son cœur.
La jalousie et la douleur
La feront parler, j'imagine.
(haut)
Reine, votre silence est doux à mon amour:
Croyez à ma reconnaissance!
Il témoigne de l'innocence,
De celle que j'osais soupçonner en ce jour.
(s'approchant d'Anne evec tendresse)
Anne, pardonne­moi l'injure
Dont t'effieura mon cœur jaloux!
Ta rivale, elle­même, oubliant son coutroux,
Te proclame fidèle et pure.
Anne ma chère idole, jure
Que tu n'aimas jamais que ton époux,.

CHŒUR
(en coulisses)
Chantons le jour où naquit notre Roi!

ANNE
(avec effort et tremblante)
Je n'ai jamaus aimé que vous.

CATHERINE
(avec angouse pendant que le roi l'observe)
Seigneur! Seigneur! pourquoi me tentez­vous?

HENRY
(bas)
Elle se tait!
(prenant Anne dans ses bras. -
Chœur joyeux du peuple au dehors)

Anne, ma bien­aimée.
Écoute donc, autour de nous
Monter dans la nuit parfumée
Ces chants harmonieux et doux!

CATHERINE
(prête à lui donner le bilet)
Seigneut! seigneur, pourquoi me tentez­vous?

ANNE
Dans mon cœur quel effroi!
Ô Dieu, conseille­moi.

DON GOMEZ
Dans mon cœur quel effroi!
Que va faire le Rol?

HENRY
Ils disent notre amour immense
Et le bonheur qui recommence
Pour nos cœurs où renaît le foi.

CATHERINE
(qui va ceder la tentation)
Seigneur, Seigneur, ayez pitié de moi!

HENRY
Car, sache­le, mon bien suprême,
Anne, c'est toi seule que j'aime!
Je n'ai jamais aimé que toi!

CATHERINE
Ô torture, ô suprême outrage,
Ô mal impossible à souffrir
Je sens détullir mon courage
Seigneur!

ANNE
Ô torture, ô suprême outrage
En voyant fléchir son courage
Je me sens mourir!

DON GOMEZ
Ô torture, ô suprême outrage
Ô mal impossible à souffrir
L'injure a brisé son courage
Va­t­elle parler?

HENRY
L'injure a brisé son courage,
Enfin tout va se découvrir.
Par cet outrage
J'ai brisé son courage.

(Il serre Anne dans ses bras. Cathenne pousse un cri terrib1e
comme si quelque chose se déchirait dans son cœur -
Elle jette la lettre dans la cheminée où elle disparaît immédiatement,
brûlée, et se laisse retomber presque inanimée sur un fauteuil).


CATHERINE
(d'une voix mourante)
Auprès de tes élus, Dieu juste, accueille­moi!
(à Don Gomez, lui montrant la lettre qui brûle)
Comme moi, pardonnez!
(Elle meurt - Ses femmes accourent)

HENRY
(qui s'est degagé avec fureur de l'étreinte d'Anne
et contemple froidement le cadavre de Catherine)

Morte avec son secret! Mais si j'apprends jamais
Qu'on s'est raillé de moi, la hache désormais!
(Il lance un regard temb1e à Anne, folle de terreur)

RIDEAU





F I N




ACTE I
ACTE II
ACTE III
ACTE IV




- Karadar Bertoldi Ensemble - Studio Informatico Anesin -