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Ernest Chausson

(1855 - 1899)
 

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The Lieder of Ernest Chausson

 

Lieder index:
 
 
"Poème de l'Amour et de la Mer" op.19
     n. 1. La fleur des eaux
     n. 2. La mort de l'amour
"Serres Chaudes" op.24
     n.1. Serre Chaude
     n.2. Serre d'ennui
     n.3. Lassitude
     n.4. Fauves Las
     n.5. Oraison
Trois Lieder op.?
     n. 1. Les Heures
     n. 2. Ballade
     n. 3. Les Couronnes
Lieder op. 2.
     no. 1. Nanny
     no. 2. Le charme
     no. 3. Les Papillons
     no. 4. La dernière feuille
     no. 5. Sérénade Italienne
     no. 6. Hébé
     no. 7. Le Colibri
Lieder op. 8.
     no. 1. Nocturne
     no. 2. Amour D'Antan
     no. 3. Printemps Triste
     no. 4. Nos Souvenirs
Lieder op. 13.
     no. 1. Apaisement (La lune blanche)
     no. 2. Sérénade
     no. 3. L'Aveu
     no. 4. La Cigale
op. 14. La Caravane
op. 341. La chanson bien douce

Op.19 "Poème de l'Amour et de la Mer"
 
Texts by Maurice Bouchor (1855-1929)
Music by Ernest Amédée Chausson, op. 19, à Henri Duparc
 
     n. 1. La fleur des eaux

     n. 2. La mort de l'amour

Op.19 n. 1. "La fleur des eaux"
 
L'air est plein d'une odeur exquise de lilas,
Qui, fleurissant du haut des murs jusques en bas,
Embaument les cheveux des femmes.
La mer au grand soleil va toute s'embrasser,
Et sur le sable fin qu'elles viennent baiser
Roulent d'éblouissantes lames.
O ciel qui de ses yeux dois porter la couleur,
Bri se qui vas chanter dans les lilas en fleur
Pour en sortir tout embaumée,
Ruisseaux, qui mouillerez sa robe,
O verts sentiers,
Vous qui tressaillerez sous ses chers petits pieds,
Faites-moi voir ma bien aimée!
Et mon coeur s'est levé par ce matin d'été;
Car une belle enfant était sur le rivage,
Laissant erer sur moi des yeux pleins de clarté,
Et qui me souriait d'un air tendre et sauvage.
Toi que transfiguraient la Jeunesse et l'Amour,
Tu m'apparus alors comme l'âme des choses;
Mon coeur vola vers toi, tu le pris sans retour,
Et du ciel entr'ouvert pleuvaient sur nous des roses.
Quel son lamentable et sauvage
Va sonner l'heure de l'adieu!
La mer roule sur le rivage,
Moqueuse, et se souciant peu
Que ce soit l'heure de l'adieu.
Des oiseaux passent, l'aile ouverte,
Sur l'abîme presque joyeux;
Au grand soleil la mer est verte,
Et je saigne, silencieux,
En regardant briller les cieux.
Je saigne en regardant ma vie
Qui va s'éloigner sur les flots;
Mon âme unique m'est ravie
Et la sombre clameur des flots
Couvre le bruit de mes sanglots.
Qui sait si cette mer cruelle
La ramènera vers mon coeur?
Mes regards sont fixés sur elle;
La mer chante, et le vent moqueur
Raille l'angoisse de mon coeur.

Op.19 n. 2. "La mort de l'amour"

Bientôt l'île bleue et joyeuse
Parmi les rocs m'apparaîtra;
L'île sur l'eau silencieuse
Comme un nénuphar flottera.
A travers la mer d'améthyste
Doucement glisse le bateau,
Et je serai joyeux et triste
De tant me souvenir Bientôt!
Le vent roulait les feuilles mortes;
Mes pensées
Roulaient comme des feuilles mortes,
Dans la nuit.
Jamais si doucement au ciel noir n'avaient lui
Les mille roses d'or d'où tombent les rosées!
Une danse effrayante, et les feuilles froissées,
Et qui rendaient un son métallique, valsaient,
Semblaient gémir sous les étoiles, et disaient
L'inexprimable horreur des amours trépassés.
Les grands hêtres d'argent que la lune baisait
Etaient des spectres: moi, tout mon sang se glaçait
En voyant mon aimée étrangement sourire.
Comme des fronts de morts nos fronts avaient pâli,
Et, muet, me penchant vers elle, je pus lire
Ce mot fatal écrit dans ses grands yeux: l'oubli.
 
Let temps des lilas et le temps des roses
Ne reviendra plus à ce printemps-ci;
Le temps des lilas et le temps des roses
Est passés, le temps des oeillets aussi.
Le vent a changé, les cieux sont moroses,
Et nous n'irons plus courir, et cueillir
Les lilas en fleur et les belles roses;
Le printemps est triste et ne peut fleurir.
Oh! joyeux et doux printemps de l'année,
Qui vins, l'an passé, nous ensoleiller,
Notre fleur d'amour est si bien fanée,
Las! que ton baiser ne peut l'éveiller!
Et toi, que fais-tu? pas de fleurs écloses,
Point de gai soleil ni d'ombrages frais;
Le temps des lilas et le temps des roses
Avec notre amour est mort à jamais.

Op.24 "Serres Chaudes"
 
Texts by Maurice Maeterlinck (1862-1949)
Music by Ernest Amédée Chausson, op. 24
 
     n.1. Serre Chaude

     n.2. Serre d'ennui
     n.3. Lassitude
     n.4. Fauves Las
     n.5. Oraison

Op.24 n.1 "Serre Chaude"

O serre au milieu des forêts!
Et vos portes à jamais closes!
Et tout ce qu'il y a sous votre coupole!
Et dans mon âme en vos analogies!
Les pensées d'une princesse qui a faim,
L'ennui d'un matelot dans le désert,
Une musique de cuivreaux fenêtres des incurables.
Allez aux angles les plus tièdes!
On dirait une femme évanouie un jour de moisson,
Il y a des postillons dans la cour de l'hospice.
Au loin passe un chasseur d'élan devenu infirmier
Examinez au clair de lune. Oh! rien n'y est à sa place.
On dirait une folle devant les juges,
Un navire de guerre à pleines voiles
Sur un canal des oiseaux de nuit sur des lis
Un glas vers midi (Là-bàs sous ces cloches!)
Une étape de malades dans la prairie
Une odeur d'éther un jour de soleil
Mon Dieu! Mon Dieu! Quand aurons-nous la pluie
Et la neige et le vent dans la serre!

Op.24 n.2 "Serre d'ennui"

O cet ennui bleu dans le coeur!
Avec la vision meilleure,
Dans le clair de lune qui pleure,
De mes rêves bleus de langueur!
Cet ennui bleu comme la serre,
Où l'on voit closes à travers
Les vitrages profonds et verts,
Couvertes de lune et de verre
Les grandes végétations
Dont l'oubli nocturne s'allonge,
Immobilement comme un songe
Sur les roses des passions.
Où de l'eau très lente s'élève
En mélant la lune et le ciel
En un sanglot glauque éternel
Monotonement comme un rêve.

Op.24 n.3 "Lassitude"

Ils ne savent plus où se poser ces baisers,
Ces lèvres sur des yeux aveugles et glacés;
Désormais endormis en leur songe superbe,
Ils regardent rêveurs comme des chiens dans l'herbe,
La foule des brebis grises à l'horizon
Brouter le clair de lune épars sur le gazon.
Aux caresses du ciel, vague comme leur vie,
Indifférent et sans une flamme d'envie
Pour ces roses de joie écloses sous leurs pas
Et ce long calme vert qu'ils ne comprennent pas.

Op.24 n.4 "Fauves Las"

O les passions en allées,
Et les rires et les sanglots!
Malades et les yeux miclos
Parmi les feuilles effeuillées,
Les chiens jaunes de mes péchés,
Les hyènes louches de mes haines
Et sur l'ennui pâle des plaines
Les lions de l'amour couchés!
En l'impuissance de leur rêve
Et languides sous la langueur
De leur ciel morne et sans couleur
Elles regarderont sans trève
Les brebis des tentations
S'éloigner lentes un à une
En l'immobile clair de lune
Mes immobiles passions!

Op.24 n.5 "Oraison"

Vous savez, Seigneur, ma misère!
Voyez ce que je vous apporte
Des fleurs mauvaises de la terre
Et du soleil sur une morte...
Voyez aussi ma lassitude,
La lune éteinte et l'aube noire;
Et fécondez ma solitude
En l'arrosant de votre gloire.
Ouvrez-moi, Seigneur, votre voie,
Eclairez mon âme lasse
Car la tristesse de ma joie
Semble de l'herbe sous la glace.

Op. ? "Trois Lieder"
 
Texts by Camille Mauclair (1872-??)
Music by Ernest Amédée Chausson
 
     n. 1. Les Heures
     n. 2. Ballade
     n. 3. Les Couronnes

n. 1 "Les Heures"

Les pâles heures, sous la lune,
En chantant jusqu'à mourir,
Avec un triste sourire,
Vont une à une
Sur un lac baigné de lune,
Où, avec un sombre sourire,
Elles tendent, une à une,
Les mains qui mènent à mourir;
Et certains, blèmes sous la lune
Aux yeux d'iris sans sourire,
Sachant que l'heure est de mourir,
Donnent leurs mains une à une
Et tous s'en vont dans l'ombre et dans la lune
Pour s'alanguir et puis mourir
Avec les Heures une à une,
Les Heures au pàle sourire.

n. 2 "Ballade"

Quand les anges se sont perdus
Qui s'en venaient sur la mer
Les oiseaux les ont attendus
En criant éperdus
Dans le vent amer.
Quand les vaisseaux se sont perdus
Qui s'en venaient sur la mer,
Les oiseaux les ont attendus,
Puis, s'en sont allés dans le vent amer.
S'en sont allés jusqu'aux chaumières
Qui dorment au bord de la mer;
Et ils ont dit qu'étaient perdus
Les anges attendus.
S'en sont allés aux clochers des églises
Qui chantent selon la brise,
Et ils ont dit qu'étaient perdus
Les vaiseaux attendus.
Et la nuit les enfants étranges
Ont vu les ailes des anges
Comme des vaisseaux flotter au ciel,
Ont vu des voiles comme des ailes
Planer vers les étoiles.
Et mêlant les ailes, les voiles,
Et les navires et les anges,
Ils ont prié, les enfants frêles,
Dans une ignorance blanche.

n. 3 "Les Couronnes"

C'est la fillette aux yeux cernés,
Avec son air étonné
Et ses trois frêles couronnes:
L'une de fraîche pimprenelle,
L'autre de vigne en dentelle,
Dans la troisième une rose d'automne.
La pimprenelle est pour son âme,
La vigne est pour l'amuser,
La rose à qui voudra l'aimer.
Beau chevalier! Beau chevalier!
Mais il ne passe plus personne,
Et la fillette aux yeux cernés
A laissé tomber les courronnes.

Op.2 n.1 "Nanny"
 
Text by Charles-Marie-René Leconte de Lisle (1818-1894) (from "Poëmes antiques")

Music by Ernest Amédée Chausson, op. 2 no. 1
 
 
Bois chers aux ramiers, pleurez, doux feuillages,
Et toi, source vive, et vous, frais sentiers;
Pleurez, ô bruyères sauvages,
Buissons de houx et d'églantiers.
Printemps, roi fleuri de la verte année
O jeune Dieu, pleure! Été mùrissant,
Coupe ta tresse couronnée;
Et pleure, Automne rougissant.
L'angoisse d'aimer brise un coeur fidèle.
Terre et ciel, pleurez! Oh! Que je l'aimais!
Cher pays, ne parle plus d'elle;
Nanny ne reviendra jamais!

Op.2 n.2 "Le Charme"
 
Text by Armand Silvestre (1837-1901) (from "Chanson des heures")
Music by Ernest Amédée Chausson, op. 2 no. 2
 
 
Quand ton sourire me surprit,
Je sentis frémir tout mon être,
Mais ce qui domptait nous esprit,
Je ne pus d'abord le connaître.
Quand ton regard tomba sur moi,
Je sentis mon âme se fondre,
Mais ce que serait cet émoi,
Je ne pus d'abord en répondre.
Ce qui me vainquit à jamais,
Ce fut un plus douloureux charme;
Et je n'ai su que je t'aimais,
Qu'en voyyant ta première larme.

Op.2 n.3 "Les Papillons"
 
Text by Théophile Gautier (1811-1872)
Music by Ernest Amédée Chausson, op. 2 no. 3
 
 
Les papillons couleur de neige
Volent par essaims sur la mer;
Beaux papillons blaues, quand pourrai-je
Prendre le bleu chemin de l'air.
Savez-vous, ô belle des belles,
Ma bayadère aux yeux de jais,
S'ils me voulaient prêter leurs ailes,
Dites, savez-vous, où j'irais?
Sans prendre un seul baiser aux roses,
À travers vallons et forêts,
J'irais à vos lèvres micloses,
Fleur de mon âme, et j'y mourrais.

Op.2 n.4 "La dernière feuille"
 
Text by Théophile Gautier (1811-1872)
Music by Ernest Amédée Chausson, op. 2 no. 4

 
Dans la forêt chauve et rouillée
Il ne reste plus au rameau
Qu'une pauvre feuille oubliée,
Rien qu'une feuille et qu'un oiseau,
Il ne reste plus en mon âme
Qu'un seul amour pour y chanter;
Mais le vent d'automne, qui brame,
Ne permet pas de l'écouter.
 
L'oiseau s'en va, la feuille tombe,
L'amour s'éteint, car c'est l'hiver.
Petit oiseau, viens sur ma tombe
Chanter quand l'arbre sera vert.

Op.2 n.5 "Sérénade italienne"
 
Text by Paul Bourget (1852-1935)
Music by Ernest Amédée Chausson, op. 2 no. 5
 
 
Partons en barque sur la mer
Pour passer la nuit aux étoiles.
Vois, il souffle juste assez d'air
Pour enfler la toile des voiles.
Le vieux pêcheur italien
Et ses deux fils, qui nous conduisent,
Écoutent mais n'entendent rien
Aux mots que nos bouches se disent.
Sur la mer calme et sombre. Vois,
Nous pouvons échanger nos âmes,
Et nul ne comprendra nos voix,
Que la nuit, le ciel et les lames.

Op.2 n.6 "Hébé", Chanson Greque dans le mode phrygien
 
Text by Louise Ackermann (1813-1890)
Music by Ernest Amédée Chausson, op. 2 no. 6
 
 
Les yeux baissés, rougissante et candide,
Vers leur banquet quand Hébé s'avançait.
Les Dieux charmés tendaient leur coupe vide,
Et de nectar l'enfant la remplissait.
Nous tous aussi, quand passe la jeunesse,
Nous lui tendons notre coupe à l'envi.
Quel est le vin qu'y verse la Déesse?
Nous l'ignorons; il enivre et ravit.
Ayant souri dans sa grâce immortelle,
Hébé s'éloigne; on la rappelle en vain.
Longtemps encor sur la route éternelle,
Notre oeil en pleurs suit l'échanson divin.

Op.2 n.7 "Le Colibri"
 
Text by Charles-Marie-René Leconte de Lisle (1818-1894)
Music by Ernest Amédée Chausson, op. 2 no. 7
 
 
Le vert colibri, le roi des collines,
Voyant la rosée et le soleil clair,
Luire dans son nid tissé d'herbes fines,
Comme un frais rayon s'échappe dans l'air.
Il se hâte et vole aux sources voisines,
Où les bambous font le bruit de la mer,
Où l'açoka rouge aux odeurs divines
S'ouvre et porte au coeur un humide éclair.
Vers la fleur dorée, il descend, se pose,
Et boit tant d'amour dans la coupe rose,
Qu'il meurt, ne sachant s'il l'a pu tarir!
Sur ta lèvre pure, ô ma bien-aimée,
Telle aussi mon âme eut voulu mourir,
Du premier baiser qui l'a parfumée.

Op.8 n.1 "Nocturne"
 
Text by Maurice Bouchor (1855-1929)
Music by Ernest Amédée Chausson, op. 8 no. 1
 
 
La nuit était pensive et ténébreuse; à peine,
Quelques épingles d'or scintillaient dans l'ébène
De ses grands cheveux déroulés,
Qui, sur nous, sur la mer lointaine et sur la terre
Ensevelie en un sommeil plein de mystère,
Secouaient des parfums ailés.
Et notre jeune amour, naissant de nos pensées,
S'éveillait sur le lit de cent roses glacées
Qui n'avaient respiré qu'un jour;
Et moi, je lui disais, pâle et tremblant de fière,
Que nous mourrions tous deux, le sourire à la lèvre,
En même temps que notre amour.

Op.8 n.2 "Amour d'antan"
 
Text by Maurice Bouchor (1855-1929)
Music by Ernest Amédée Chausson, op. 8 no. 2
 
 
Mon amour d'antan, vous souvenez-vous?
Nos coeurs ont fleuri tout comme deux roses
Au vent printanier des baisers si doux.
Vous souvenez-vous de ces vieilles choses?
Voyez-vous toujours en vos songes d'or
Les horizons bleus, la mer soleilleuse
Qui baisant vos pieds lentement s'endort?
En vos songes d'or peut être oublieuse?
Au rayon pâli des avrils passés
Sentez-vous s'ouvrir la fleur de vos rêves,
Bouquet d'odorants et de frais pensers?
Beaux avrils passés là-bas, sur les grêves!

Op.8 n.3 "Printemps triste"
 
Text by Maurice Bouchor (1855-1929)
Music by Ernest Amédée Chausson, op. 8 no. 3
 
 
Nos sentiers aimés s'en vont refleurir
Et mon coeur brisé ne peut pas renaître.
Aussi chaque soir me voit accourir
Et longuement pleurer sous ta fenêtre.
Ta fenêtre vide où ne brille plus
Ta tête charmante ett ton doux sourire;
Et comme je pense à nos jours perdus,
Je me lamente, et je ne sais que dire.
Et toujours les fleurs, et toujours le ciel,
Et l'âme des bois dans leur ombre épaisse
Murmurant en choeur un chant éternel
Qui se répond dans l'air chargé d'ivresse!
Et la mer qui roule au soleil levant,
Emportant bien loin toutes mes pensées...
Qu'elles aillent donc sur l'aile du vent
Jusques à toi, ces colombes blessées!

Op.8 n.4 "Nos Souvenirs"
 
Text by Maurice Bouchor (1855-1929)
Music by Ernest Amédée Chausson, op. 8 no. 4
 
 
Nos souvenirs, toutes ces choses
Qu'à tous les vents nous effeuillons
Comme des pétales de roses
Ou des ailes de papillons,
Ont d'une joie évanouie
Gardé tout le parfum secret,
Et c'est une chose inouïe
Comme le passé reparait.
A de certains moments il semble
Que le rêve dure toujours
Et que l'on soit encore ensemble
Comme au temps des défunts amours;
Pendant qu'à demi l'on sommeille,
Bercé par la vague chanson
D'une voix qui charme l'oreille,
Sur les lèvres voltige un nom.
Et cette heure où l'on se rappelle
Son coeur follement dépensé,
Est comme un frissonnement d'aile
Qui s'en vient du joyeux passé

Op.13 n.1 "La lune blanche"
 
Text by Paul Verlaine (1844-1896)
Music by Ernest Amédée Chausson, "Apaisement" (Calm), op. 13 no. 1

See also:

Frederick Delius (1862-1934), "La lune blanche"
Gabriel Fauré (1845-1924), "La lune blanche", op. 61, from La bonne chanson, n. 3
Reynaldo Hahn (1875-1947), "L'heure exquise"

Igor' Stravinsky (1882-1971), "La bonne chanson", op. 9 no. 2

 
La lune blanche
luit dans les bois.
De chaque branche
part une voix
sous la ramée.
O bien aimé[e]....
L'étang reflète,
profond miroir,
la silhouette
du saule noir
où le vent pleure.
Rêvons, c'est l'heure.
Un vaste et tendre
apaisement
semble descendre
du firmament
que l'astre irise.
C'est l'heure exquise!

Op.13 n.2 "Sérénade"
 
Text by Jean Lahor (1840-1909)
Music by Ernest Amédée Chausson, op. 13 no. 2
 
Tes grands yeux doux semblent des îles
Qui nagent dans un lac d'azur;
Aux fraîcheurs de tes yeux tranquilles,
Fais-moi tranquille et fais-moi pur.
Ton corps a l'adorable enfance
Des clairs paradis de jadis;
Enveloppe-moi de silence,
Du silence argenté des lys.
Alangui par les yeux tranquilles
Des étoiles caressant l'air,
J'ai tant rêvé la paix des îles,
Sous un soir frissonant et clair!

Op.13 n.3 "L'Aveu"
 
Text by Auguste, Comte de Villiers de l'Isle-Adam (1838-1889)
Music by Ernest Amédée Chausson, op. 13 no. 3
 
J'ai perdu la forêt, la plaine,
Et les frais avrils d'autre-fois.
Donne tes lèvres, leur haleine
Ce sera le souffle des bois.
J'ai perdu l'océan morose,
Son deuil, ses vagues, ses échos;
Dis-moi n'importe quelle chose,
Ce sera la rumeur des flots.
Lourd d'une tristesse royale
Mon front songe aux soleils enfuis.
Oh! cache-moi dans ton sein pâle!
Ce sera le calme des nuits.

Op.13 n.4 "La Cigale"
 
Text by Charles-Marie-René Leconte de Lisle (1818-1894)
Music by Ernest Amédée Chausson, op. 13 no. 4
 
O Cigale, née avec les beaux jours,
Sur les verts rameaux, dès l'aube posée,
Contente de boire un peu de rosée,
Et telle qu'un roi, tu chantes toujours.
Innocente à tous, paisible et sans ruses,
Le gai laboureur, du chêne abrité,
T'écoute de loin annoncer l'Été
Apollôn t'honore autant que les Muses,
Et Zeus ta donné l'Immortalité!
Salut, sage enfant de la terre antique,
Dont le chant invite à clore les yeux,
Et qui, sous l'ardeur du soleil attique,
N'ayant chair ni sang, vis semblable aux Dieux.

Op.14 "La Caravane"
 
Text by Théophile Gautier (1811-1872)
Music by Ernest Amédée Chausson, op. 14
 
La caravane humaine, au Sahara du monde,
Par ce chemin des ans qui n'a plus de retour,
S'en va, traînant le pied, brùlée aux feux du jour,
Et buvant sur ses bras la sueur qui l'inonde.
Le grand lion rugit, et la tempète gronde:
A l'horizon fuyard, ni minaret, ni tour.
La seule ombre qu'on ait c'est l'ombre du vautour
Qui traverse le ciel, cherchant sa proie immonde.
L'on avance toujours, et voici que l'on voit
Quelque chose de vert que l'on se montre au doigt!
C'est un bois de cyprès semé de blanches pierres.
Dieu, pour vous reposer, dans le désert du temps,
Comme des oasis a mis les cimetières.
Couchez-vous, et dormez, voyageurs haletants!

Op. 341 ? "La chanson bien douce"
 
Text by Paul Verlaine (1844-1896)
Music by Ernest Amédée Chausson, op341 ?
 
Écoutez la chanson bien douce
Qui ne pleure que pour vous plaire...
Elle est discrète, elle est légère:
Un frisson d'eau sur de la mousse.
La voix vous fut connue et chère,
Mais à présent elle est voilée
Comme une veuve désolée
Pourtant comme elle encore fière
Et dans les longs plis de son voile
Qui palpite aux brises d'automne
Cache et montre au coeur qui s'étonne
La vérité comme une étoile.
Elle dit, la voix reconnue
Que la bonté c'est notre vie
Que de la haine et de l'envie
Rien ne reste, la mort venue.
Accueillez la voix qui persiste
Dans son naïf épithalame
Allez, rien n'est meilleur à l'âme
Que de faire une âme moins triste.
Elle est en peine et de passage
L'âme qui souffre sans colère
Et comme sa morale est claire...
Écoutez la chanson bien sage.