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Gabriel Fauré

(1845 - 1924)
 

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The Lieder of Gabriel  Fauré


Lieder – complete index:

Lieder-index a:

 
?? Dans la plaine immense
?? En prière
op. 1.
     no. 1. Le papillon et la fleur
     no. 2. Mai
op. 2.
     no. 1. Dans les ruines d'une abbaye
     no. 2. Les matelots
op. 3.
     no. 1. Seule!
     no. 2. Sérénade Toscane
op. 4.
     no. 1. Chanson du pêcheur (Lamento)
     no. 2. Lydia
op. 5.
     no. 1. Chant d'automne
     no. 2. Rêve d'amour (Dream of love)
     no. 3. L'absent
op. 6.
     no. 1. Aubade
     no. 2. Tristesse
     no. 3. Sylvie
op. 7.
     no. 1. Après un rêve
     no. 2. Hymne
     no. 3. Barcarolle
op. 8.
     no. 1. Au bord de l'eau
     no. 2. La rançon
     no. 3. Ici-bas!
op. 18.
     no. 1. Nell
     no. 2. Le voyageur
     no. 3. Automne
op.21 "Poëme d'un jour: Rencontre"
    1.Rencontre
    2.Toujours
    3.Adieu
op. 23.
     no. 1. Les berceaux
     no. 2. Notre amour
     no. 3. Le secret
op. 27.
     no. 1. Chanson d'amour
     no. 2. La fée aux chansons
op. 39
     no. 1. Aurore
     no. 2. Fleur jetée
     no. 3. Le pays des rêves
     no. 4. Les roses d'Ispahan
op. 43.
     no. 1. Noël
     no. 2. Nocturne

Op. ? "Dans la plaine immense"
 
Text by Paul de Chazot
Music by Gabriel Fauré, without opus number

 
Dans la plaine immense,
Le travail commence
Aux feux du matin,
Au doux chant des merles,
Quand d'humides perles
Tremblant sur le thym,
Enfants, jeunes filles,
prenez vos faucilles
Coupez blés et fleurs;
Quand la plaine est blonde,
Chantez votre ronde,
Joyeux moissonneurs.
Chantez, chantez, joyeux moissonneurs.
Fauchez sans relâche,
Hardis à la tâche,
Fauchez le sillon,
Les épis superbes
Qui roulent leurs gerbes
Dans un tourbillon;
La vive alouette
Se lêve inquiète,
Craignant pour son nid;
La jeune couvée
Sera préservée,
Car Dieu la bénit.
Chantez, chantez, joyeux moissonneurs.

Op. ?? "En prière"
 
Text by Stephan Bordèse (b. 1847)

Music by Gabriel Fauré, without opus number (1889), first published 1890, dedicated to Mme. Leroux Ribeyre
 

 
Si la voix d'un enfant peut monter jusqu'à Vous,
Ô mon Père,
Écoutez de Jésus, devant Vous à genoux,
La prière!
Si Vous m'avez choisi pour enseigner vos lois
Sur la terre,
Je saurai Vous servir auguste Roi des rois,
Ô Lumière!
Sur mes lèvres, Seigneur, mettez la vérité
Salutaire,
Pour que celui qui doute, avec humilité
Vous révère!
Ne m'abandonnez pas, donnez-moi la douceur
Nécessaire,
Pour apaiser les maux, soulager la douleur,
La misère!
Révèlez Vous à moi, Seigneur en qui je crois
Et j'espère:
Pour Vous je veux souffrir et mourir sur la croix,
Au calvaire!

Op.1 no.1 "Le papillon et la fleur"
 
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855)
Music by Gabriel Fauré, Op. 1 no. 1 (1861), first published in 1869, dedicated to Caroline Miolan-Carvalho
 
 


 
La pauvre fleur disait au papillon céleste:
Ne fuis pas!...
Vois comme nos destins sont différents, je reste.
Tu t'en vas!
Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes,
Et loin d'eux!
Et nous nous ressemblons et l'on dit que nous sommes
Fleurs tous deux!
Mais hélas, l'air t'emporte, et la terre m'enchaine.
Sort cruel!
Je voudrais embaumer ton vol de mon haleine.
Dans le ciel!
Mais non, tu vas trop loin, parmi des fleurs sans nombre.
Vous fuyez!
Et moi je reste seule à coir tourner mon ombre.
A mes pieds!
Tu fuis, puis tu reviens, puis tu t'en vas encore
Luire ailleurs!
Aussi me trouves-tu toujours à chaque aurore
Tout en pleurs!
Ah! pourque notre amour coule des jours fidèles.
Ô mon roi!
Prends comme moi raeine ou donne-moi des ailes
Comme toi!
 

Op.1 no.2 "Mai"
 
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855)

Music by Gabriel Fauré, Op. 1 no. 2 (1862?), first published 1871, dedicated to Mme. Henri Garnier

 
 
Puis-que Mai tout en fleurs dans les prés nous réclame.
Viens, ne te lasse pas de mêler à ton âme
La campagne, les bois, les ombrages charmants,
Les larges clairs de lune au bord des flots dormants:
Le sentier qui finit où le chemin commence.
Et l'air, et le printemps et l'horizon immense.
L'horizon que ce monde attache humble et joyeux,
Comme une lèvre au bas de la robe des cieux.
Viens, et que le regard des pudiques étoiles,
Qui tombe sur la terre à travers tant de voiles.
Que l'arbre pénétré de parfum et de chants.
Que le souffle embrasé de midi dans les champs;
Et l'ombre et le soleil, et l'onde, et la verdure,
Et le rayonnement de toute la nature,
Fassent épanouir, comme une double fleur,
La beauté sur ton front et 'amour dans ton coeur!

Op.2 no.1 "Dans les ruines d'une abbaye"
 
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855)
Music by Gabriel Fauré, Op. 2 no. 1 (1866?), first published 1869, dedicated to Henriette Escalier
 
 


 
Seuls, tous deux, ravis, chantants,
Comme on s'aime;
Comme on cueille le printemps
Que Dieu sème.
Quels rires étincelants
Dans ces ombres,
Jadis pleines de fronts blancs,
De coeurs sombres.
On est tout frais mariés,
On s'envoie
Les charmants cris variés
De la joie!
Frais échos mèlés
Au vent qui frissonne.
Gaîté que le noir couvent
Assaisonne.
On effeuilles des jasmins
Sur la pierre.
Où l'abbesse joint les mains,
En prière.
On se cherche, on se poursuit,
On sent croître
Ton aube, Amour, dans la nuit
Du vieux cloître.
On s'en va se becquetant,
On s'adôre,
On s'embrasse à chaque instant,
Puis encore,
Sous les piliers, les arceaux,
Et les marbres,
C'est l'histoire des oiseaux
Dans les arbres.

Op.2 no.2 "Les matelots"
 
Text by Théophile Gautier (1811-1872)

Music by Gabriel Fauré, Op. 2 no. 2 (1870?), first published 1876, dedicated to Mme. Edouard Lalo
 


Sur l'eau bleue et profonde,
Nous allons voyageant.
Environnant le monde
D'un sillage d'argent.
Des îles de la Sonde,
De l'Inde au ciel brulé,
Jusqu'au pòle gelé!
Nous pensons à la terre
Que nous fuvons toujours.
A notre vieille mère,
A nos jeunes amours.
Mais la vague légère
Avec son doux refrain,
Endort notre chagrin!
Existence sublime,
Bercés par notre nid.
Nous vivons sur l'abime,
Au sein de l'infini,
Des flots rasant la cîme.
Dans le grand désert bleu
Nous marchons avec Dieu!

Op.3 no.1 "Seule!"
 
Text by Théophile Gautier (1811-1872)

Music by Gabriel Fauré, Op. 3 no. 1, composed and first published in 1871, dedicated to E. Fernier 


Dans un baiser l'onde au rivage
Dit ses douleurs!
Pour consoler la fleur sauvage
L'aube a des pleurs.
Le vent du soir conte sa plainte
Aux vieux cyprès,
La tourterelle au térébinthe
Ses longs regrets.
Aux flots dormants, quand tout repose
Hors la douleur;
La lune parle et dit la cause
De sa pâleur.
Ton dôme blanc, Saint Sophie,
Parle au ciel bleu,
Et tout rêveur le ciel confie
Son rêve à Dieu!
Arbre ou tombeau, colombe ou rose,
Onde ou rocher.
Tout ici-bas a quelque chose
Pour s'épancher
Moi je suis seule et rien au monde
Ne me répond!
Rien que ta voix morne et profonde,
Sombre Hellespont!

Op.3 no.2 "Sérénade Toscane"
 
French text by Romain Bussine in an adaptation of an anonymous Italian text

Music by Gabriel Fauré, Op. 3 no. 2 (1878?), first published 1879, dedicated to the Baroness de Montagnac, née de Rosalès
 

Ô toi que berce un rêve enchanteur,
Tu dors tranquille en ton lit solitaire,
Éveillei-toi, regarde le chanteur,
Esclave de tes yeux, dans la nui claire!
Éveille-toi mon âme, ma pensée,
Entends ma voix par la brise emportée:
Entends ma voix chanter!
Entends ma voix pleurer, dans la rosée!
Sous ta fenêtre en vain ma voix expire.
Et chaque nuit je redis mon martyre,
Sans autre abri que la voùle étoilée.
Le vent brise ma voix et la nuit est glacée:
Mon chant s'éteint en un accent suprême,
Ma lèvre tremble en murmurant je t'aime.
Je me peux plus chanter!
Ah! daigne te montrer! daigne apparaitre!
Si j'étais sûr que tu ne veux paraître
Je m'en irais, pour t'oublier, demander au sommeil
De me bercer jusqu'au matin vermeil,
De me bercer jusqu'à ne plus t'aimer!

Op.4 no.1 "Ma belle amie est morte"
 
Text by Théophile Gautier (1811-1872)
Music by Gabriel Fauré, Op. 4 no. 1 "Chanson du pêcheur (Lamento)"
 
See also:
 
Hector Berlioz
(1803-1869),

Op. 7 no. 3 "Sur les Lagunes" from "Les Nuits d'Été"
Félicien David (1810-1876), "La chanson du pêcheur"
Louis Lacombe (1818-1884), "Lamento - La chanson du pêcheur"
 
Ma belle amie est morte,
Je pleurerai toujours;
Sous la tombe elle emporte
Mon âme et mes amours.
Dans le ciel, sans m'attendre,
Elle s'en retourna;
L'ange qui l'emmena
Ne voulut pas me prendre.
Que mon sort es amer!
Ah! sans amour s'en aller sur la mer!
La blanche créature
Est couchée au cercueil;
Comme dans la nature
Tout me paraît en deuil!
La colombe oubliée
Pleure et songe à l'absent;
Mon âme pleure et sent
Qu'elle est dépareillée.
Que mon sort est amer!
Ah! sans amour s'en aller sur la mer!
Sur moi la nuit immense
[S'étend] comme un linceul,
Je chante ma romance
Que le ciel entend seul.
Ah! comme elle était belle,
Et [comme] je l'aimais!
Je n'aimerai jamais
Une femme autant qu'elle
Que mon sort est amer!
Ah! sans amour s'en aller sur la mer!
S'en aller sur la mer!

Op.4 no.2 "Lydia"
 
Text by Charles-Marie-René Leconte de Lisle (1818-1894)
Music by Gabriel Fauré, Op. 4 no. 2
 


Lydia sur tes roses joues
Et sur ton col frais et si blanc,
Roule étincelant
L'or fluide que tu dénoues;
Le jour qui lui est le meilleur,
Oublions l'éternelle tombe.
Laisse tes baisers de colombe
Chanter sur ta lèvre en fleur.
Un lys caché répand sans cesse
Une odeur divine en ton sein;
Les délices comme un essaim
Sortent de toi, jeune déesse.
Je t'aime et meurs, ô mes amours.
Mon âme en baisers m'est ravie!
O Lydia, rends-moi la vie,
Que je puisse mourir, mourir toujours!

Op.5 no.1 "Chant d'automne"
 
Text by Charles Baudelaire (1821-1867)

Music by Gabriel Fauré, Op. 5 no. 1, composed 1871? first published 1879, dedicated to Mme. M. Camille Clerc

See also:

Joseph Guy Marie Ropartz (1864-1955), 1905
 


Bientôt nous plongerons dans les froides ténêbres,
Adieu vive clarté de nos étés trop courts!
J'entends déjà tomber, avec [un choc funèbre],
Le bois retentissant sur le pavé des cours.
[Tout l'hiver va rentrer dans mon être: colère,
Haine, frissons, horreur, la beur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.]
J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe;
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part!
Pour qui? c'était hier l'été; voici l'automne!
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ!
J'aime, de vos longs yeux, la lumière verdâtre.
Douce beauté! mais [aujourd'hui tout] m'est amer!
Et rien ni votre amour ni le boudoir, ni l'âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer!
[Et pour tant aimez moi, tendre coeur! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.
Courte câche! La tombe attend; elle est a vide!
Ah! laissez moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l'été blanc et torride,
De l'arrière saison le rayon jaune et doux!]

Op.5 no.2 "S'il est un charmant gazon"
 
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855), No 22 of Les Chants du Crépuscule (1834)

Music by Gabriel Fauré, Op. 5 no. 2, "Rêve d'amour"

See also:
 
Franz Liszt
(1811-1886), S. 284 "S'il est un charmant gazon"
Camille Saint-Saëns (1835-1921), 1851? "Nouvelle chanson sur un vieil air"

 
S'il est un charmant gazon
Que le ciel arrose,
Où [brille] en toute saison
Quelque fleur éclose,
Où l'on cueille à pleine main
Lys, chèvre-feuille et jasmin,
J'en veux faire le chemin
Où ton pied se pose!
S'il est un sein bien aimant
Dont l'honneur dispose,
Dont le ferme dévouement
N'ait rien de morose,
Si toujours ce noble sein
Bat pour un digne dessein,
J'en veux faire le coussin
Où ton front se pose!
S'il est un rêve d'amour,
Parfumé de rose,
Où l'on trouve chaque jour
Quelque douce chose,
Un rêve que Dieu bénit,
Où l'âme à l'âme s'unit,
Oh! j'en veux faire le nid
Où ton coeur se pose!

Op.5 no.3 "L'absent"
 
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855)

Music by Gabriel Fauré, Op. 5 no. 3 (1871), first published 1879, dedicated to Romain Bussine

 
Sentiers où l'herbe sa balance,
Vallons, côteaux, bois chevelus,
Pourquoi ce deuil et ce silence?
"Celui qui venait ne vient plus!"
Pourquoi personne à ta fenêtre?
Et pourquoi ton jardin sans fleurs?
Ô maison où donc est ton maîre?
"Je ne sais pas! il est ailleurs."
Chien veille au logis! "Pourquoi faire?
La maison est vide à présent!"
Enfant qui pleures-tu? "Mon père!"
Femme, qui pleures-tu? "L'absent!"
Où donc est-il allé? "Dans l'ombre!"
Flots qui gémissez sur l'écueil,
D'où venez-vous? "Du bagne sombre!"
Et qu'apportez-vous? "Un cerceuil!"

Op.6 no.1 "Aubade"
 
Text by Louis Pommey
Music by Gabriel Fauré, Op. 6 no. 1 (1873), dedicated to Amélie Duez

 
 
L'oiseau dans le buisson
À salué l'aurore,
Et d'un pâle rayon
L'horizon se colore,
Voici le frais matin!
Pour voir les fleurs à la lumière.
S'ouvrir de toute part.
En trouvre ta paupière,
Ô vierge au doux regard!
La voix de ton amant
A dissipé ton rêve
Je vois ton rideau blanc
Qui tremble et se soulève,
D'amour signal charmant!
Descends sur ce tapis de mousse
La brise est tiède encor,
Et la lumière est douce,
Accours, ô mon tresor!

Op.6 no.2 "Tristesse"
 
Text by Théophile Gautier (1811-1872)

Music by Gabriel Fauré, Op. 6 no. 2 (1873), first published in 1876, dedicated to Mme Edouard Lalo
 


Avril est de retour,
La première des roses,
De ses lèvres micloses,
Rit au premier beau jour,
La terre bien heureuse
S'ouvre et s'épanouit
Tont aime, tout jouit,
Hélas! j'ai dans le coeur
Une tristesse affreuse!
Les buveurs en gaité,
Dans leurs chansons vermeilles,
Célébrent sous les treilles
Le vin et la beauté,
La musique joyeuse,
Avec leur rire clair,
S'éparpille dans l'air.
Hélas! j'ai dans le coeur
Une tristesse affreuse!
En déshabillé blanc
Les jeunes demoiselles
S'en vont sous les tonnelles
Au bras de leur galant,
La Inne langoureuse
Argente leurs baisers
Longuement appuyés,
Hélas! j'ai dans le coeur
Une tristesse affreuse!
Moi je n'aime plus rien.
Ni l'homme ni la femme,
Ni mon corps, ni mon âme,
Pas même mon vieux chien:
Allez dire qu'on creuse
Sous le pâle gazon
Une fosse sans nom.
Hélas! j'ai dans le coeur
Une tristesse affreuse!

Op.6 no.3 "Sylvie"
 
Text by Paul de Choudens (1850-1925)

Music by Gabriel Fauré, Op. 6 no. 3 (1878), first published 1879, dedicated to the Viscountess de Gironde

 
 
Si tu veux savoir ma belle,
Où s'envole à tire d'aile,
L'oiseau qui chantait sur l'ormeau?
Je te le dirai ma belle,
Il vole vers qui l'appelle
Vers celui-là
Qui l'aimera!
Si tu veux savoir ma blonde,
Pourquoi sur terre, et sur l'onde
La nuit tout s'anime et s'unit?
Je te le dirai ma blonde,
C'est qu'il est une heure au monde
Où, loin du jour,
Veille l'amour!
Si tu veux savoir Sylvie,
Pourquoi j'aime a la folie
Tes yeux brillants et langoureux?
Je te le dirai Sylvie,
C'est que sans toi dans la vie
Tout pour mon coeur
N'est que douleur!

Op.7 no.1 "Après un rêve"
 
Text by Romain Bussine

Music by Gabriel Fauré, Op. 7 no. 1 (1878), published 1878, dedicated to Marguerite Baugnies
 

 
Dans un sommeil que charmait ton image
Je rêvais le bonheur ardent mirage,
Tes yeux étaient plus doux, ta voix pure et sonore,
Tu rayonnais comme un ciel éclairé par l'aurore;
Tu m'appelais et je quittais la terre
Pour m'enfuir avec toi vers la lumière,
Les cieux pour nous entr'ouvraient leurs nues,
Splendeurs inconnues, lueurs divines entrevues,
Hélas! Hélas! triste réveil des songes
Je t'appelle, ô nuit, rends moi tes mensonges,
Reviens, reviens radieuse,
Reviens ô nuit mystérieuse!

Op.7 no.2 "Hymne"
 
Text by Charles Baudelaire (1821-1867)

Music by Gabriel Fauré, Op. 7 no. 2 (1870), first published 1871, dedicated to Félix Lévy

 
 
À la très chère, à la très belle,
Qui remplit mon coeur de clarté,
À l'ange, à l'idole immortelle,
Salut en immortalité,
Salut en immortalité!
Elle se répand dans ma vie,
Comme un air imprégné de sel,
Et dans mon âme inassouvie,
Verse le goût de l'Eternel
Comment, amor incorruptible,
T'exprimer avec vérité,
Grain de musc, qui gîs invisible,
Au fond de mon éternité?
À la très chère, à la très belle,
Qui remplit mon coeur de clarté,
À l'ange, à l'idole immortelle,
Salut en immortalité,
Salut en immortalité!

Op.7 no.3 "Barcarolle"
 
Text by Marc Monnier (1827-1885)

Music by Gabriel Fauré, Op. 7 no. 3 (1873), first published 1877, dedicated to Pauline Viardot
 

 
Gondolier du Rialto
Mon château c'est la lagune,
Mon jardin c'est le Lido.
Mon rideau le clair de lune,
Gondolier du grand canal,
Pour fanal j'ai la croisée
Où s'allument tous les soirs,
Tes yeux noirs mon épousée.
Ma gondole est aux heureux,
Deux à deux je ls promène,
Et les vents légers et frais
Sont discret sur mon domaine.
J'ai passé dans les amours,
Plus de jours et de nuits folles,
Que Venise n'a d'ilots
Que ses flots n'ont de gondoles. 

Op.8 no.1 "Au bord de l'eau"
 
Text by René-François Sully-Prudhomme (1839-1907)

Music by Gabriel Fauré, Op. 8 no. 1 (1875), first published 1877, dedicated to Claudie Chamerot

 
 
S'asseoir tous deux au bord du flot qui passe,
Le voir passer,
Tous deux s'il glisse un nuage en l'espace,
Le voir glisser,
À l'horizon s'il fume un toit de chaume
Le voir fumer,
Aux alentours si quelque fleur embaume
S'en embaumer,
Entendre au pied du saule où l'eau murmure
L'eau murmurer,
Ne pas sentir tant que ce rêve dure
Le temps durer.
Mais n'apportant de passion profonde
Qu'à s'adorer,
Sans nul souci des querelles du monde
Les ignorer;
Et seuls tous deux devant tout ce qui lasse
Sans se lasser,
Sentir l'amour devant tout ce qui passe
Ne point passer!

Op.8 no.2 "La rançon"
 
Text by Charles Baudelaire (1821-1867)

Music by Gabriel Fauré, Op. 8 no. 2 (1871?), first published 1879, dedicated to Henri Duparc
 

 
L'homme a, pour payer sa rançon
Deux champs au tuf profond et riche,
Qu'il faut qu'il remue et défriche
Avec le fer de la raison
Pour obtenir la moindre rose,
Pour extorquer quelques épis,
Des pleurs salés de son front gris,
Sans cesse il faut qu'il les arrose!
L'un est l'Art et l'autre, l'Amour:
Pour rendre le juge propice,
Lorsque de la stricte justice
Paraitra le terrible jour,
Il faudra lui montrer des granges
Pleines de moissons et de fleurs,
Dont les formes et les couleurs
Gagnent le suffrage des Anges. 

Op.8 no.3 "Ici-bas!"
 
Text by René-François Sully-Prudhomme (1839-1907)

Music by Gabriel Fauré, Op. 8 no. 3 (1874?), published 1877, dedicated to Mme. Georges Lecoq, née Mac-Brid
 


Ici-bas tous les lilas meurent,
tous les chants des oiseaux sont courts,
je rêve aux étés qui demeurent toujours!
Ici-bas les lèvres effleurent
sans rien laisser de leur velours,
je rêve aux baisers qui demeurent toujours!
Ici-bas, tous les hommes pleurent
leurs amitiés ou leurs amours,
je rêve aux couples qui demeurent toujours!

Op.18 no.1 "Nell"
 
Text by Charles-Marie-René Leconte de Lisle (1818-1894)

Music by Gabriel Fauré, Op. 18 no. 1 (1878), first published 1880, dedicated to Mme. Camille Saint-Saëns
 

 
Ta rose de pourpre à ton clair soleil,
Ô Juin. Étincelle enivrée,
Penche aussi vers moi ta coupe dorée:
Mon coeur à ta rose est pareil.
Sous le mol abri de la feuille ombreuse
Monte un soupir de volupté:
Plus d'un ramier chante au bois écarté.
Ô mon coeur, sa plainte amoureuse.
Que ta perle est douce au ciel enflammé.
Étoile de la nuit pensive!
Mais combien plus douce est la clarté vive
Qui rayonne en mon coeur, en mon coeur charmé!
La chantante mer. Le long du rivage,
Taira son murmure éternel,
Avant qu'en mon coeur, chère amour.
Ô Nell, ne fleurisse plus ton image!

Op.18 no.2 "Le voyageur"
 
Text by Armand Silvestre (1837-1901)

Music by Gabriel Fauré, Op. 18 no. 2 (1878?), first published 1880, dedicated to Emmanuel Jadin
 

 
Voyageur, où vas-tu, marchant
Dans l'or vibrant de la poussière?
"Je m'en vais au soleil couchant,
Pour m'endormir, dans la lumière,
Car j'ai vécu nayant qu'un Dieu.
L'astre qui luit et qui féconde.
Et c'est dans son linceul de feu
Que je veux m'en aller du monde!"
Voyageur, presse donc le pas:
L'astre, vers l'horizon, decline...
"Que m'importe, j'irai plus bas
L'attendre au pied de la colline.
Et lui montrant mon coeur ouvert.
Saignant de son amour fidèle.
Je lui dirai: j'ai trop souffert.
Soleil! emporte moi loin d'elle!"

Op.18 no.3 "Automne"
 
Text by Armand Silvestre (1837-1901)

Music by Gabriel Fauré, Op. 18 no. 3 (1878), first published 1880, dedicated to Alice Boissonnet
 

 
Automne au ciel brumeux, aux horizons navrants.
Aux rapides couchants, aux aurores pâlies.
Je regarde couler, comme l'eau du torrent.
Tes jours faits de mélancolie.
Sur l'aile des regrets mes esprits emportes,
Comme s'il se pouvait que notre âge renaisse!
Parcourent en rêvant les coteaux enchantés,
Où, jadis, sourit ma jeunesse!
Je sens, au clair soleil du souvenir vainqueur.
Refleurir en bouquet les roses deliées.
Et monter à mes yeux, des larmes, qu'en mon coeur.
Mes vingt ans avaient oubliées!

Op.21 "Poëme d'un jour: Rencontre"
 
Text by Charles Jean Grandmougin (1850-1930)

Music by Gabriel Fauré, Op. 21 (1878), first published 1880, dedicated to the Countess de Gauville
  
1.Rencontre
2.Toujours
3.Adieu

1. Rencontre
 
J'étais triste et pensif quand je t'ai rencontrée,
Je sens moins aujourd'hui mon obstiné tourment;
Ô dis-moi, serais-tu la femme inespéré,
Et le rêve idéal poursuivi vainement?
Ô, passante aux doux yeux, serais-tu donc l'amie
Qui rendrait le bonheur au poète isolé,
Et vas-tu rayonner sur mon âme affermie,
Comme le ciel natal sur un coeur d'exilé!
Ta tristesse sauvage, à la mienne pareille,
Aime à voir le soleil décliner sur la mer!
Devant l'immensité ton extase s'éveille,
Et le charme des soirs à ta belle âme est cher;
Une mystérieuse et douce sympathie
Déjà m'enchaîne à toi comme un vivant lien,
Et mon âme frémit, par l'amour envahie,
Et mon coeur te chérit sans te connaître bien!

2. Toujours

Vous me demandez de ma taire,
De fuir loin de vous pour jamais,
Et de m'en aller, solitaire,
Sans me rappeler qui j'aimais!
Demandez plutôt aux étoiles
De tomber dans l'immensité,
À la nuit de perdre ses voiles,
Au jour de perdre sa clarté,
Demandez à la mer immense
De dessécher ses vastes flots,
Et, quand les vents sont en démence,
D'apaiser ses sombres sanglots!
Mais n'espérez pas que mon âme
S'arrache à ses âpres douleurs
Et se dépouille de sa flamme
Comme le printemps de ses fleurs!

3. Adieu
 
Comme tout meurt vite, la rose
Déclose,
Et les frais manteaux diaprés
Des prés;
Les longs soupirs, les bienaimées,
Fumées!
On voit dans ce monde léger
Changer,
Plus vite que les flots des grèves,
Nos rêves,
Plus vite que le givre en fleurs,
Nos coeurs!
À vous l'on se croyait fidèle,
Cruelle,
Mais hélas! les plus longs amours
Sont courts!
Et je dis en quittant vos charmes,
Sans larmes,
Presqu'au moment de mon aveu,
Adieu!

Op.23 no.1 "Les berceaux"
 
Text by René-François Sully-Prudhomme (1839-1907)

Music by Gabriel Fauré, Op. 23 no. 1 (1879), first published in 1881, dedicated to Alice Boissonnet
 

 
Le long du Quai, les grands vaisseaux,
Que la houle incline en silence,
Ne prennent pas garde aux berceaux,
Que la main des femmes balance.
Mais viendra le jour des adieux,
Car il faut que les femmes pleurent,
Et que les hommes curieux
Tentent les horizons qui leurrent!
Et ce jour-là les grands vaisseaux,
Fuyant le port qui diminue,
Sentent leur masse retenue
Par l'âme des lointains berceaux.

Op.23 no.2 "Notre amour"
 
Text by Armand Silvestre (1837-1901)

Music by Gabriel Fauré, Op. 23 no. 2 (1879?), first published 1882, dedicated to Mme A. Castillon

 
 
Notre amour est chose légère,
Comme les parfums que le vent
Prend aux cimes de la fougère,
Pour qu'on les respire en rêvant;
Notre amour est chose légère!
Notre amour est chose charmante,
Comme les chansons du matin,
Où nul regret ne se lamente,
Où vibre un espoir incertain;
Notre amour est chose charmante!
Notre amour est chose sacrée,
Comme les mystères des bois,
Où tressaille une âme ignorée,
Où les silences ont des voix;
Notre amour est chose sacrée!
Notre amour est chose infinie,
Comme les chemins des couchants,
Où la mer, aux cieux réunie,
S'endort sous les soleils penchants;
Notre amour est chose éternelle,
Comme tout ce qu'un dieu vainqueur
A touché du feu de son aile,
Comme tout ce qui vient du coeur;
Notre amour est chose éternelle!

Op.23 no.3 "Le secret"
 
Text by Armand Silvestre (1837-1901)

Music by Gabriel Fauré, Op. 23 no. 3 (1880-1), first published 1881, dedicated to Alice Boissonnet
 


Je veux que le matin l'ignore
Le nom que j'ai dit à la nuit,
Et qu'au vent de l'aube, sans bruit,
Comme un larme il s'évapore.
Je veux que le jour le proclame
L'amour qu'au matin j'ai caché,
Et sur mon coeur ouvert penché
Comme un grain d'encens il l'enflamme.
Je veux que le couchant l'oublie
Le secret que j'ai dit au jour,
Et l'emporte avec mon amour,
Aux plis de sa robe pâlie! 

Op.27 no.1 "Chanson d'amour"
 
Text by Armand Silvestre (1837-1901)

Music by Gabriel Fauré, Op. 27 no. 1 (1882), first published 1882, dedicated to Jane Huré

 
 
J'aime tes yeux, j'aime ton front,
Ô ma rebelle, ô ma farouche,
J'aime tex yeux, j'aime ta bouche
Où mes baisers s'épuiseront.
J'aime ta voix, j'aime l'étrange
Grâce de tout ce que tu dis,
Ô ma rebelle, ô mon cher ange,
Mon enfer et mon paradis!
J'aime tout ce qui te fait belle,
De tes pieds jusqu'à tes cheveux,
Ô toi vres qui montent mes voeux,
Ô ma farouche, ô ma rebelle!

Op.27 no.2 "La fée aux chansons"
 
Text by Armand Silvestre (1837-1901)

Music by Gabriel Fauré, Op. 27 no. 2 (1882), first published 1883, dedicated to Mme. Edmond Fuchs

 
Il était une Fée
D'herbe folle coiffée,
Qui courait les buissons
Sans s'y laisser surprendre
En Avril, pour apprendre
Aux oiseaux leurs chansons.
Lorsque geais et linottes
Faisaient des fausses notes
En récitant leurs chants
La Fée, avec constance,
Gourmandait d'importance
Ces élèves méchants.
Sa petite main nue,
D'un brin d'herbe menue
Cueilli dans les halliers,
Pour stimuler leurs zèles,
Fouettait sur leurs ailes
Ces mauvais écoliers.
Par un matin d'automne,
Elle vient et s'étonne,
De voir les bois déserts:
Avec les hirondelles
Ses amis infidèles
Avaient foi dans les airs.
Et tout l'hiver la Fée,
D'herbe morte coiffée,
Et comptant les instants
Sous les forêts immenses,
Compose des romances
Pour le prochain Printemps!

Op.39 no.1 "Aurore"
 
Text by Armand Silvestre (1837-1901)

Music by Gabriel Fauré, Op. 39 no. 1 (1884), first published 1885, dedicated to Mme. H. Roger-Jourdain

 
Des jardins de la nuit s'envolent les étoiles,
Abeilles d'or qu'attire un invisible miel;
Et l'aube, au loin, tendant la candeur de ses toiles,
Trame de fils d'argent le manteau bleu du ciel.
Du jardin de mon coeur qu'un rêve lent enivre,
S'envolent mes désirs sur les pas du matin,
Comme un essaim léger qu'à l'horizon de cuivre,
Appelle un chant plaintif, éternel et lointain.
Ils volent à tes pieds, astres chassés des nues,
Exilés du ciel d'or où fleurit ta beauté
Et, cherchant jusqu'à toi des routes inconnues,
Mêlent au jour naissant leur mourante clarté.

Op.39 no.2 "Fleur Jetée"
 
Text by Armand Silvestre (1837-1901)
Music by Gabriel Fauré, Op. 39 no. 2 (1884), first published 1885, dedicated to Mme. Jules Gouin

See also:

Cécile Chaminade (1857-1944)
 


Emporte ma folie
Au gré du vent,
Fleur en chantant cueillie
Et jetée en rêvant,
Emporte ma folie
Au gré du vent:
Comme la fleur fauchée
Périt l'amour;
La main qui t'a touchée
Fuit ma main sans retour.
Comme la fleur fauchée
Périt l'amour.
Que le vent qui te sèche
Ô pauvre fleur,
Tout à l'heure si fraîche
Et demain sans couleur;
Que le vent qui te sèche,
Sèche mon coeur!

Op.39 no.3 "Le pays des rêves"
 
Text by Armand Silvestre (1837-1901)

Music by Gabriel Fauré, Op. 39 no. 3 (1884), first published 1885, dedicated to Thérèse Guyon
 


Veux-tu qu'au beau pays des rêves
Nous allions la main dans la main?
Plus loin que l'odeur des jasmins,
Plus haut que la plainte des grèes.
Veux-tu du beau pays des rêves
Tous les deux chercher le chemin?
J'ai taillé dans l'azur les toiles
Du vaisseau qui nous portera,
Et doucement nous conduira
Jusqu'au vreger d'or des étoiles.
J'ai taillé dans l'azur les toiles
Du vaisseau qui nous conduira.
Mais combien la terre est lointaine,
Que poursuivent ses blancs sillons,
Au caprice des papillons
Demandons la route incertaine.
Ah, combien la terre est lointaine
Où fleurissent nos visions!
Vois-tu: le beau pays des rêves
Est trop haut pour les pas humains.
Respirons à deux les jasmins,
Et chantons encor sur les grèves
Vois-tu: du beau pays des rêves
L'amour seul en sait les chemins.

Op.39 no.4 "Les roses d'Ispahan"
 
Text by Charles-Marie-René Leconte de Lisle (1818-1894)

Music by Gabriel Fauré, Op. 39 no. 4 (1884), first published 1885, dedicated to Louise Collinet
 

 
Les roses d'Ispahan dans leur gaîne de mousse,
Le jasmins de Mossoul, les fleurs de l'oranger,
Ont un parfum moins frais, ont une odeur moins douce,
Ô blanche Leïlah! que ton souffle léger.
Ta lèvre est de corail et ton rire léger
Sonne mieux que l'eau vive et d'une voix plus douce.
Mieux que le vent joyeux qui berce l'oranger,
Mieux que l'oiseau qui chante au bord d'un nid de mousse,
Ô Leïlah! depuis que de leur vol léger
Tous les baisers ont fui de ta lèvre si douce
Il n'est plus de parfum dans le pâle oranger,
Ni de céleste aromeaux roses dans leur mousse.
Oh! que ton jeune amour ce papillon léger
Revienne vers mon coeur d'une aile prompte et douce.
Et qu'il parfume encor la fleur de l'oranger,
Les roses d'Ispahan dans leur gaîne de mousse.

Op.43 no.1 "Noël"
 
Text by Victor Wilder

Music by Gabriel Fauré, Op. 43 no. 1 (1886), first published 1886, dedicated to A. Talazac

 
La nuit descend du haut des cieux,
Le givre au toit suspend ses franges.
Et, dans les airs, le vol des anges
Éveille un bruit mystérieux.
L'étoile qui guidait les mages,
S'arrête enfin dans les nuages,
Et fait briller un nimbe d'or
Sur la chaumiére où Jésus dort.
Alors, ouvrant ses yeux divins,
L'enfant couché, dans l'humble crèche,
De son berceau de paille fraîche,
Sourit aux nobles pélérins.
Eux, s'inclinant, lui disent: Sire,
Reçois l'encens, l'or et la myrrhe,
Et laisse-nous, ô doux Jésus,
Baiser le bout de tes pieds nus.
Comme eux, ô peuple, incline-toi,
Imite leur pieux exemple,
Car cette étable, c'est un temple,
Et cet enfant sera ton roi!

Op.43 no.2 "Nocturne"
 
Text by Auguste, Comte de Villiers de l'Isle-Adam (1838-1889)

Music by Gabriel Fauré, Op. 43 no. 2 (1886), first published 1886, dedicated to Mme. H. Roger-Jourdain
 

 
La nuit, sur le grand mystère,
Entr'ouvre ses écrins bleus:
Autant de fleurs sur la terre,
Que d'étoiles dans les cieux!
On voit ses ombres dormantes
S'éclairer à tous moments,
Autant par les fleurs charmantes
Que par les astres charmants.
Moi, ma nuit au sombre voile
N'a, pour charme et pour clarté,
Qu'une fleur et qu'une étoile
Mon amour et ta beauté!