Lieder complete
index:
Lieder-index b:
op. 46.
no. 1. Les présents
no. 2. Clair de Lune
op. 51.
no. 1. Larmes
no. 2. Au cimetière
no. 3. Spleen
no. 4. La rose
op. 57.
no. 1. Chanson
no. 2. Madrigal
op 58 "Cinq mélodies "De Venise""
1.Mandoline
2.En sourdine
3.Green
4.À Clymène
5.C'est l'extase
op 61 "La bonne chanson"
1. Une Sainte en son
auréole
2. Puisque l'aube grandit
3. La lune blanche
4. J'allais par
les chemins perfides
5. J'ai presque
peur, en vérité
6. Avant que tu ne t'en
ailles
7. Donc, ce
sera par un clair jour d'été
8. N'est-ce pas?
9. L'hiver a cessé
op. 76.
no. 1. Le parfum impérissable
no. 2. Arpège
op. 83.
no. 1. Prison
no. 2. Soir
op. 85.
no. 1. Dans la forêt de Septembre
no. 2. La fleur qui va sur l'eau
no. 3. Accompagnement
op. 87.
no. 1. Le plus doux chemin
no. 2. Le ramier
Op.106 "Le jardin clos"
1.Exaucement
2.Quand tu
plonges tes yeux dans mes yeux
3.La
messagère
4.Je me poserai sur ton
coeur
5.Dans la Nymphée
6.Dans
la pénombre
7.Il m'est cher,
Amour, le bandeau
8.Inscription sur le sable
Op.113 "Mirages"
1. Cygne sur l'eau
2. Reflets dans l'eau
3. Jardin nocturne
4. Danseuse
Op.118 "L'Horizon chimérique"
1. La Mer est infinie
2. Je me suis embarqué
3. Diane, Séléné
4. Vaisseaux,
nous vous aurons aimés
Op.46
no.1 "Les présents"
Text by Auguste, Comte de Villiers de l'Isle-Adam (1838-1889)
Music by Gabriel Fauré, Op. 46 no. 1 (1887), first published 1888, dedicated to Count
Robert de Montesquiou Fezensac
Si tu demandes quelque soir
Le secret de mon coeur malade,
Je te dirai pour t'émouvoir,
Une très ancienne ballade!
Si tu me parles de tourments,
D'espérance désabusée,
J'irai te cueillir seulement
Des roses pleines de rosée!
Si pareille à la fleur des morts,
Qui fleurit dans l'exil des tombes,
Tu veux partager mes remords.
Je t'apporterai des colombes!
Op.46
no.2 "Clair de Lune"
Text by Paul Verlaine (1844-1896)
Music by Gabriel Fauré, Op. 46 no. 2 (1887), first
published 1888, dedicated to Emmanuel Jadin
See also:
Claude Debussy (1862-1918), Fêtes Galantes I, 2
Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmants masques et bergamasques,
Jouant du luth et dansant, et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques,
Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune.
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur,
Et leur chanson se mêle au clair de lune,
Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver, les oiseaux dans les arbres,
Et sangloter d'extase les jets d'eau,
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.
Op.51
no.1 "Larmes"
Text by Jean Richepin (1849-1926)
Music by Gabriel Fauré, Op. 51 no. 1 (1888), first
published 1888, dedicated to Princess Edmond de Polignac
Pleurons nos chagrins, chacun le nôtre,
Une larme tombe, puis une autre,
Toi, qui pleures-tu? ton doux pays,
Tes parents loin tains, ta fiancée.
Moi, mon existence dépensée
En voeux trahis!
Pleurons nos chagrins, chacun le nôtre,
Une larme tombe, puis une autre,
Semons dans le mer ces pâles fleurs
A notre sanglot qui se lamente
Elle répondra par la tourmente
Des flots hurleurs.
Pleurons nos chagrins, chacun le nôtre,
Une larme tombe, puis une autre,
Peut-être toi-même, ô triste mer,
Mer au goût de larme âcre et salée,
Es-tu de la terre inconsolée
Le pleur amer!
Op.51
no.2 "Au cimetière"
Text by Jean Richepin (1849-1926)
Music by Gabriel Fauré, Op. 51 no. 2 (1888), first
published 1888, dedicated to Mme. Maurice Sulzbach
Heureux qui meurt ici,
Ainsi que les oiseaux des champs!
Son corps, près des amis,
Est mis dans l'herbe et dans les chants.
Il dort d'un bon sommeil vermeil,
Sous le ciel radieux.
Tous ceux qu'il a connus, venus,
Lui font de longs adieux.
À sa croix les parents pleurants,
Restent a genouillés,
Et ses os, sous les fleurs, de pleurs
Sont doucement mouillés
hacun sur le bois noir,
Peut voir s'il était jeune ou non,
Et peut, avec de vrais regrets.
L'appeler par son nom,
Combien plus malchanceux sont ceux qui meurent à la mé,
Et sous le flot profond
S'en vont loin du pays aimé!
Ah! pauvres! qui pour seul linceuls
Ont les goëmons verts,
Où l'on roule inconnu, tout nu,
Et les yeux grands ouverts!
Op. 51
no.2 "Spleen"
Text by Paul Verlaine (1844-1896)
Music by Gabriel Fauré, Op. 51 no. 3 (1888), first
published 1888, dedicated to Mme. Henri Cochin
Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville.
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur?
O bruit doux de la pluie,
Par terre et sur les toits!
Pour un coeur qui s'ennuie,
O le chant de la pluie!
Il pleure sans raison
Dans mon coeur qui s'écoeure.
Quoi! nulle trahison?
Mon deuil est sans raison.
C'est bien la pire peine,
De ne savoir pourquoi,
Sans amour et sans haine,
Mon coeur a tant de peine.
Op.51
no.4 "La rose", Ode anacréontique
Text by Charles-Marie-René Leconte de Lisle (1818-1894)
Music by Gabriel Fauré, Op. 51 no. 4 (1890), first
published 1890, dedicated to Maurice Bagès
Je dirai la Rose aux plis gracieux.
La Rosé est le souffle embaumé des Dieux,
Le plus cher souci des Muses divines!
Je dirai ta gloire, ô charme des yeux,
Ô fleur de Kypris, reine des collines!
Tu t'épanouis entre les beaux doigts
De l'Aube écartant les ombres moroses;
L'air bleu devient rose et rose les bois;
La bouche et le sein des vierges sont roses!
Heureuse la vierge aux bras arrondis
Qui dans les halliers humides te cueille!
Heureux le front jeune où tu resplendis!
Heureus la coupe où nage ta feuille!
Ruisselante encor du flot paternel,
Quand de la mer bleue Aphrodite éclose
Etincela nue aux clartés du ciel,
La terre jalouse enfanta la rose;
Et l'Olympe entier, d'amour transporté,
Salua la fleur avec la Beauté!
Op.57
no.1 "Chanson"
Text by Edmond Haraucourt (1856-1896)
Music by Gabriel Fauré, Op. 57 no. 1 (1889), first
published 1889, from the incidental music to the play Shylock
Oh! les filles! Venez, les filles aux voix douces!
C'est l'heure d'oublier l'orgueil et les vertus,
Et nous regarderons éclore dans le mousses,
La fleur des baisers défendus.
Les baisers défendus c'est Dieu qui les ordonne
Oh! les filles! Il fait le printemps pour les nids,
Il fait votre beauté pour qu'elle nous soit bonne,
Nos désirs pour qu'ils soient unis.
Oh! filles! Hors l'amour rien n'est bon sur la terre,
Et depuis les soirs d'or jusqu'aux matin rosés
Les morts ne sont jaloux, dans leur paix solitaire,
Que du murmure des baisers!
Op.57
no.2 "Madrigal"
Text by Edmond Haraucourt (1856-1896)
Music by Gabriel Fauré, Op. 57 no. 2 (1889), first
published 1889, from the incidental music to the play Shylock
Celle que j'aime a de beauté
Plus que Flore et plus que Pomone,
Et je sais pour l'avoir chanté
Que sa bouche est le soir d'automne,
Et son regard la nuit d'été.
Pour marraine elle eut Astarté,
Pour patronne elle a la madone
Car elle est belle autant que bonne
Celle que j'aime!
Elle écoute, rit, et pardonne,
N'écoutant que par charité:
Elle écoute mais sa fierté
N'écoute, ni moi ni personne
Et rien encore n'a tenté
Celle que j'aime!
Op.58 "Cinq mélodies "De Venise"
"
Texts by Paul Verlaine (1844-1896)
Music by Gabriel Fauré, Op. 58 (1891), first published
1891, dedicated to Princesse Edmond de Polignac
1.Mandoline
2.En sourdine
3.Green
4.À Clymène
5.C'est l'extase
1.
Mandoline
See also:
Claude Debussy (1862-1918)
Les donneurs de sérénades
Et les belles écouteuses
Echangent des propos fades
Sous les ramures chanteuses.
C'est Tircis et c'est Aminte,
Et c'est l'éternel Clitandre,
Et c'est Damis qui pour mainte
Cruelle fait maint vers tendre.
Leurs courtes vestes de soie,
Leurs longues robes à queue,
Leur élégance, leur joie
Et leurs molles ombres bleues,
Tourbillonent dans l'extase
D'une lune rose et grise,
Et la mandoline jase
Parmi les frissons de brise.
2. En
sourdine
See also:
Claude Debussy (1862-1918), Fetes Galantes I
Calmes dans le demi-jour
Que les branches hautes font,
Pénétrons bien notre amour
De ce silence profond.
Mêlons nos âmes, nos coeurs
Et nos sens extasiés,
Parmi les vagues langueurs
Des pins et des arbousiers.
Ferme tes yeux à demi,
Croise tes bras sur ton sein,
Et de ton coeur endormi
Chasse à jamais tout dessein.
Laissons-nous persuader
Au souffle berceur et doux
Qui vient, à tes pieds, rider
Les ondes des gazons roux.
Et quand, solennel, le soir
Des chênes noirs tombera
Voix de notre désespoir,
Le rossignol chantera.
3. Green
See also:
Claude Debussy (1862-1918), Ariettes Oubliées no. 5
Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.
J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.
Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers ;
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête,
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.
4. À
Clymène
Mystiques barcarolles,
Romances sans paroles,
Chère, puisque tes yeux,
Couleur des cieux,
Puisque ta voix, étrange
Vision qui dérange
Et trouble l'horizon
De ma raison,
Puisque l'arôme insigne
De ta pâleur de cygne,
Et puisque la candeur
De ton odeur,
Ah! puisque tout ton être,
Musique qui pénètre,
Nimbes d'anges défunts,
Tons et parfums,
Asur d'almes cadences,
En ces correspondances
Induit mon coeur subtil,
Ainsi soit-il !
5.
C'est l'extase
See also:
Claude Debussy (1862-1918), Ariettes Oubliées no. 1
Camille Saint-Saëns (1835-1921),
"Le vent dans la plaine" (1912)
C'est l'extase langoureuse,
C'est la fatigue amoureuse,
C'est tous les frissons des bois
Parmi l'étreinte des brises,
C'est vers les ramures grises
Le choeur des petites voix.
O le frêle et frais murmure !
Cela gazouille et susurre,
Cela ressemble au cri doux
Que l'herbe agitée expire...
Tu dirais, sous l'eau qui vire,
Le roulis sourd des cailloux.
Cette âme qui se lamente
En cette plainte dormante
C'est la nôtre, n'est-ce pas ?
La mienne, dis, et la tienne,
Dont s'exhale l'humble antienne
Par ce tiède soir, tout bas ?
Op.61 "La bonne chanson"
Texts by Paul Verlaine (1844-1896)
Music by Gabriel Fauré, Op.61, À Mme Sigismond Bardac
1. Une Sainte en son
auréole
2. Puisque l'aube grandit
3. La lune blanche
4. J'allais par
les chemins perfides
5. J'ai presque
peur, en vérité
6. Avant que tu ne t'en
ailles
7. Donc, ce
sera par un clair jour d'été
8. N'est-ce pas?
9. L'hiver a cessé
1. Une Sainte
en son auréole
Une Sainte en son auréole
Une Châtelaine en sa tour,
Tout ce que contient la parole
Humaine de grâce et d'amour.
La note d'or que fait entendre
Un cor dans le lointain des bois,
Mariée à la fierté tendre
Des nobles Dames d'autrefois ;
Avec cela le charme insigne
D'un frais sourire triomphant
Eclos de candeurs de cygne
Et des rougeurs de femme-enfant ;
Des aspects nacrés, blancs et roses,
Un doux accord patricien :
Je vois, j'entends toutes ces choses
Dans son nom Carlovingien
2. Puisque l'aube grandit
Puisque l'aube grandit, puisque voici l'aurore,
Puisque, après m'avoir fui longtemps, l'espoir veut bien
Revoler devers moi qui l'appelle et l'implore,
Puisque tout ce bonheur veut bien être le mien,
Je veux, guidé par vous, beaux yeux aux flammes douces,
Par toi conduit, ô main où tremblera ma main,
Marcher droit, que ce soit par des sentiers de mousses
Ou que rocs et cailloux encombrent le chemin ;
Et comme, pour bercer les lenteurs de la route,
Je chanterai des airs ingénus, je me dis
Qu'elle m'écoutera sans déplaisir sans doute ;
Et vraiment je ne veux pas d'autre Paradis.
3. La
lune blanche
See also:
Ernest Chausson (1855-1899), Op. 13 no. 1
"Apaisement"
Igor Stravinsky (1882-1971),
Op. 9, "La bonne chanson"
La lune blanche
Luit dans les bois ;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée...
O bien aimée.
L'étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure...
Rêvons c'est l'heure,
Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l'astre irise...
C'est l'heure exquise.
4. J'allais par les chemins perfides
J'allais par les chemins perfides
Douloureusement incertain
Vos chères mains furent mes guides.
Si pâle à l'horizon lointain
Luisait un faible espoir d'aurore ;
Votre regard fut le matin.
Nul bruit, sinon son pas sonore,
N'encourageait le voyageur.
Votre voix me dit : ``Marche encore !''
Mon coeur craintif, mon sombre coeur
Pleurait, seul, sur la triste voie ;
L'amour, délicieux vainqueur,
Nous a réunis dans la joie.
5. J'ai presque peur, en vérité
J'ai presque peur, en vérité
Tant je sens ma vie enlacée
A la radieuse pensée
Qui m'a pris l'âme l'autre été,
Tant votre image, à jamais chère,
Habite en ce coeur uniquement jaloux
De vous aimer et de vous plaire ;
Et je tremble, pardonnez-moi
D'aussi franchement vous le dire,
A penser qu'un mot, un sourire
De vous est désormais ma loi,
Et qu'il vous suffirait d'un geste,
D'une parole ou d'un clin d'oeil,
Pour mettre tout mon être en deuil
De son illusion céleste.
Mais plutôt je ne veux vous voir,
L'avenir dût-il m'être sombre
Et fécond en peines sans nombre,
Qu'à travers un immense espoir,
Plongé dans ce bonheur suprême
De me dire encore et toujours,
En dépit des mornes retours,
Que je vous aime, que je t'aime !
6. Avant que tu ne t'en ailles
Avant que tu ne t'en ailles,
Pâle étoile du matin
"Mille cailles
Chantent dans le thym."
Tourne devers le poète
Dont les yeux sont pleins d'amour;
"L'alouette
Monte au ciel avec le jour."
Tourne ton regard que noie
L'aurore dans son azur ;
"Quelle joie
Parmi les champs de blé mûrs."
Puis fais luire ma pensée
Là-bas,--bien loin oh, bien loin !
"La rosée
Gaîment brille sur le foin."
Dans le doux rêve où s'agite
Ma vie endormie encor...
"Vite, vite,
Car voici le soleil d'or."
7. Donc, ce sera par un clair jour
d'été
Donc, ce sera par un clair jour d'été
Le grand soleil, complice de ma joie,
Fera, parmi le satin et la soie,
Plus belle encor votre chère beauté ;
Le ciel tout bleu, comme une haute tente,
Frissonnera sompteux à longs plis
Sur nos deux fronts heureux qu'auront pâlis
L'émotion du bonheur et l'attente ;
Et quand le soir viendra, l'air sera doux
Qui se jouera, caressant, dans vos voiles,
Et les regards paisibles des étoiles
Bienveillamment souriront aux époux.
8.
N'est-ce pas?
N'est-ce pas? nous irons gais et lents, dans la voie
Modeste que nous montre en souriant l'Espoir,
Peu soucieux qu'on nous ignore ou qu'on nous voie.
Isolés dans l'amour ainsi qu'en un bois noir,
Nos deux coeurs, exhalant leur tendresse paisible,
Seront deux rossignols qui chantent dans le soir.
Sans nous préoccuper de ce que nous destine
Le Sort, nous marcherons pourtant du même pas,
Et la main dans la main, avec l'âme enfantine.
De ceux qui s'aiment sans mélange, n'est-ce pas?
9.
L'hiver a cessé
L'hiver a cessé : la lumière est tiède
Et danse, du sol au firmament clair.
Il faut que le coeur le plus triste cède
A l'immense joie éparse dans l'air.
J'ai depuis un an le printemps dans l'âme
Et le vert retour du doux floréal,
Ainsi qu'une flamme entoure une flamme,
Met de l'idéal sur mon idéal.
Le ciel bleu prolonge, exhausse et couronne
L'immuable azur où rit mon amour
La saison est belle et ma part est bonne
Et tous mes espoirs ont enfin leur tour.
Que vienne l'été ! que viennent encore
L'automne et l'hiver ! Et chaque saison
Me sera charmante, ô Toi que décore
Cette fantaisie et cette raison !
Op.76
no.1 "Le parfum impérissable"
Text by Charles-Marie-René Leconte de Lisle (1818-1894)
Music by Gabriel Fauré, Op. 76 no. 1 (1897), first
published 1897, dedicated to Paolo Tosti
Quand la fleur du soleil, la rose de Lahor,
De son âme odorante a rempli goutte à goutte,
La fiole d'argile ou de cristal ou d'or,
Sur le sable qui brûle on peut l'épandre toute.
Les fleuves et la mer inonderaient en vain
Ce sanctuaire étroit qui la tint enfermée,
Il garde en se brisant son arôme divin
Et sa poussière heureuse en reste parfumée.
Puisque par la blessure ouverte de mon coeur
Tu t'écoules de même, ô céleste liqueur,
Inexprimable amour qui m'enflammais pour elle!
Qu'il lui soit pardonné que mon mal soit béni!
Par de là l'heure humaine et le temps infini
Mon coeur est embaumé d'une odeur immortelle!
Op. 76
no.2 "Arpège"
Text by Albert Victor Samain (1858-1900)
Music by Gabriel Fauré, Op. 76 no. 2 (1897), first
published 1897, dedicated to Mme. Charles Dettelbach
L'âme d'une flûte soupire
Au ford du parc mélodieux;
Limpide est l'ombre où l'on respire
Ton poème silencieux,
Nuit de langueur, nuit de mensonge,
Qui poses, d'un geste ondoyant,
Dans ta chevelure de songe
La lane, bijou d'Orient.
Sylva, Sylvie et Sylvanire,
Belles au regard bleu changeant,
L'étoile aux fontaines se mire.
Allez par les sentiers d'argent,
Allez vite, l'heure est si brève,
Cueillir au jardin des aveux,
Les coeurs qui se meurent du rêve
De mourir parmi vos cheveux!
Op. 83
no.1 "Le ciel est, par-dessus le toit si bleu, si calme"
Text by Paul Verlaine (1844-1896)
Music by Gabriel Fauré, "Prison", Op. 83 no. 1 (1894), first published 1896
See also:
Frederick Delius (1862-1934), "Le ciel est,
par-dessus le toit"
Marie-Joseph-Alexandre-Deodat de Severac (1872-1921), "Le ciel est,
par-dessus le toit"
Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme,
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.
La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte,
Un oiseau, sur l'arbre qu'on voit,
Chante sa plainte.
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille!
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.
Qu'as-tu fait, ô toi que voilà,
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse?
Op. 83
no.2 "Soir"
Text by Albert Victor Samain (1858-1900)
Music by Gabriel Fauré, Op. 83 no. 2 (1894), first published 1896
Voici que les jardins de la nuit vont fleurir.
Les lignes, les couleurs, les sons deviennent vagues;
Vois! le dernier rayon agonise à tes bagues,
Ma soeur, entends-tu pas quelque chose mourir?
Mets sur mon front tes mains fraîches comme une eau pure,
Mets sur mes yeux tes mains douces comme des fleurs,
Et que mon âme où vit le goût secret des pleurs.
Soit comme un lys fidèle et pâle à ta ceinture!
C'est la pitié qui pose ainsi son doigt sur nous,
Et tout ce que la terre a de soupirs qui montent,
Il semble, qu'à mon coeur enivré, le racontent
Tes yeux levés au ciel, si tristes et si doux!
Op.85
no.1 "Dans la forêt de Septembre"
Text by Catulle Mendès (1841-1909)
Music by Gabriel Fauré, Op. 85 no. 1 (1902), first published 1902, dedicated to Lydia
Eustis
Ramure aux rumeurs amollies,
Troncs sonores que l'âge creuse,
L'antique forêt douloureuse
S'accorde à nos mélancolies.
Ô sapins agriffés au gouffre,
Nids déserts aux branches brisées,
Halliers brûlés, fleurs sans rosées,
Vous savez bien comme l'on souffre!
Et lorsque l'homme, passant blême,
Pleure dans le bois solitaire,
Des plaintes d'ombre et de mystère
L'accueillent en pleurant de même.
Bonne forêt! promesse ouverte
De l'exil que la vie implore,
Je viens d'un pas alerte encore
Dans ta profondeur encor verte.
Mais d'un fin bouleau de la sente,
Une feuille, un peu rousse, frôle
Ma tête et tremble à mon épaule;
C'est que la forêt vieillissante,
Sachante l'hiver, où tout avorte,
Déjà proche en moi comme en elle,
Me fait l'aumône fraternelle
De sa première feuille morte!
Op.85
no.2 "La fleur qui va sur l'eau"
Text by Catulle Mendès (1841-1909)
Music by Gabriel Fauré, Op. 85 no. 2 (1902), first
published 1902, dedicated to Pauline Segond
Sur la mer voilée
D'un brouillard amer
La Belle est allée,
La nuit, sur la mer!
Elle avait aux lèvres
D'un air irrité,
La Rose des Fièvres,
La Rose Beauté!
D'un souffle farouche
L'ouragan hurleur
Lui baisa la bouche
Et lui prit la fleur!
Dans l'océan sombre,
Moins sombre déjà,
Où le trois mâts sombre,
La fleur surnagea
L'eau s'en est jouée,
Dans ses noirs sillons;
C'est une bouée
Pour les papillons
Et l'embrun, la Houle
Depuis cette nuit,
Les brisants où croule
Un sauvage bruit,
L'alcyon, la voile,
L'hirondelle autour;
Et l'ombre et l'étoile
Se meurent d'amour,
Et l'aurore éclose
Sur le gouffre clair
Pour la seule rose
De toute la mer!
Op.85
no.3 "Accompagnement"
Text by Albert Victor Samain (1858-1900)
Music by Gabriel Fauré, Op. 85 no. 3 (1902), first
published 1903, dedicated to Mme. Edouard Risler
Tremble argenté, tilleul, bouleau...
La lune s'effeuille sur l'eau...
Comme de longs cheveux peignés au vent du soir,
L'odeur des nuits d'été parfume le lac noir;
Le grand lac parfumé brille comme un miroir.
Ma rame tombe et se relève;
Ma barque glisse dans le rêve,
Ma barque glisse dans le ciel,
Sur le lac immatériel!
En cadence les yeux fermés,
Rame, ô mon coeur, ton indolence
A larges coups lents et pâmés.
Là-bas la lune écoute, accoudée au côteau,
Le silence qu'exhale en glissant le bateau.
Trois grands lys frais coupés meurent sur mon manteau...
Vers tes lèvres, ô nuit voluptueuse et pâle,
Est-ce leur âme, est-ce mon âme qui s'exhale?
Cheveux des nuits d'argent peignés aux longs roseaux...
Comme la lune sur les eaux,
Comme la rame sur les flots
Mon âme s'effeuille en sanglots.
Op.87
no.1 "Le plus doux chemin"
Text by Armand Silvestre (1837-1901)
Music by Gabriel Fauré, Op. 87 no. 1 (1904), first
published 1907, dedicated to Mme. Edouard Risler
A mes pas le plus doux chemin
Mène à la porte de ma belle,
Et, bien qu'elle me soit rebelle,
J'y veux encor passer demain.
Il est tout fleuri de jasmin
Au temps de la saison nouvelle,
Et, bien qu'elle me soit cruelle
J'y passe, des fleurs à la main.
Pour toucher son coeur inhumain
Je chante ma peine cruelle,
Et, bien qu'elle me soit rebelle,
C'est pour moi le plus doux chemin.
Op.87
no.2 "Le ramier"
Text by Armand Silvestre (1837-1901)
Music by Gabriel Fauré, Op. 87 no. 2 (1904), first
published 1904, dedicated to Claudie Segond
Avec son chant doux et plaintif,
Ce ramier blanc te fait envie:
S'il te plait l'avoir pour captif,
J'irai te le chercher, Sylvie.
Mais là près de toi dans mon sein,
Comme ce ramier mon coeur chante,
S'il t'en plait faire le larcin,
Il sera mieux à toi, méchante.
Pour qu'il soit tel qu'un ramier blanc,
Le prisonnier que tu recèles,
Sur mon coeur, oiselet tremblant,
Pose tes mains comme deux ailes.
Op.106
"Le jardin clos"
Texts by Charles van Lerberghe (1861-1907)
Music by Gabriel Fauré, Op.106
1.Exaucement
2.Quand tu
plonges tes yeux dans mes yeux
3.La
messagère
4.Je me poserai sur ton
coeur
5.Dans la Nymphée
6.Dans
la pénombre
7.Il m'est cher,
Amour, le bandeau
8.Inscription sur le sable
1. Exaucement (À Mme Albert Mockel)
Alors qu'en tes mains de lumière
Tu poses ton front défaillant,
Que mon amour en ta prière
Vienne comme un exaucement.
Alors que la parole expire
Sur ta lèvre qui tremble encor,
Et s'adoucit en un sourire
De roses en des rayons d'or ;
Que ton âme calme et muette,
Fée endormie au jardin clos,
En sa douce volonté faite
Trouve la joie et le repos.
2. Quand tu plonges tes yeux dans mes
yeux (À Mme Germaine Sanderson)
Quand tu plonges tes yeux dans mes yeux,
Je suis toute dans mes yeux.
Quand ta bouche dénoue ma bouche,
Mon amour n'est que ma bouche.
Quand tu frôles mes cheveux,
Je n'existe plus qu'en eux.
Quand ta main effleure mes seins,
J'y monte comme un feu soudain.
Est-ce moi que tu as choisie ?
Là est mon âme, là est ma vie.
3. La messagère (À Mme Gabrielle Gills)
Avril, et c'est le point du jour.
Tes blondes soeurs qui te ressemblent,
En ce moment, toutes ensembles
S'avancent vers toi, cher Amour.
Tu te tiens dans un clos ombreux
De myrte et d'aubépine blanche ;
La porte s'ouvre entre les branches ;
Le chemin est mystérieux.
Elles, lentes, en longues robes,
Une à une, main dans la main,
Franchissent le seuil indistinct
Où de la nuit devient de l'aube.
Celle qui s'approche d'abord,
Regarde l'ombre, te découvre,
Crie, et la fleur de ses yeux s'ouvre
Splendide dans un rire d'or.
Et, jusqu'à la dernière soeur
Toutes tremblent, tes lèvres touchent
Leurs lèvres, l'éclair de ta bouche
Eclate jusque dans leur coeur.
4. Je me poserai sur ton coeur (À Mme Louis
Vuillemin)
Je me poserai sur ton coeur
Comme le printemps sur la mer,
Sur les plaines de la mer stérile
Où nulle fleur ne peut croître,
A ses souffles agiles,
Que des fleurs de lumière.
Je me poserai sur ton coeur
Comme l'oiseau sur la mer,
Dans le repos de ses ailes lasses,
Et que berce le rythme éternel
Des flots et de l'espace.
Je me poserai sur ton coeur
Comme le printemps sur la mer.
5. Dans la Nymphée (À Mme Croiza)
Quoique tes yeux ne la voient pas,
Sache, en ton âme, qu'elle est là,
Comme autrefois divine et blanche.
Sur ce bord reposent ses mains.
Sa tête est entre ces jasmins ;
Là, ses pieds effleurent les branches.
Elle sommeille en ces rameaux.
Ses lèvres et ses yeux sont clos,
Et sa bouche à peine respire.
Parfois, la nuit, dans un éclair
Elle apparaît les yeux ouverts,
Et l'éclair dans ses yeux se mire.
Un bref éblouissement bleu
La découvre en ses longs cheveux ;
Elle s'éveille, elle se lève.
Et tout un jardin ébloui
S'illumine au fond de la nuit,
Dans le rapide éclair d'un rêve.
6. Dans la pénombre (À Mme
Houben-Kufferath)
A quoi, dans ce matin d'avril,
Si douce et d'ombre enveloppée,
La chère enfant au coeur subtil
Est-elle ainsi tout occupée ?
Pensivement, d'un geste lent,
En longue robe, en robe a queue,
Sur le soleil au rouet blanc
A filer la laine bleue
A sourire à son rêve encor,
Avec ses yeux de fiancée,
A tresser des feuillages d'or
Parmi les lys de sa pensée.
7. Il m'est cher, Amour, le bandeau (À Mme
Faliero-Dalcroze)
Il m'est cher, Amour, le bandeau
Qui me tient les paupières closes ;
Il pèse comme un doux fardeau
De soleil sur de faibles roses.
Si j'avance, l'étrange chose !
Je parais marcher sur les eaux ;
Mes pieds trop lourds où je les pose,
S'enfoncent comme en des anneaux.
Qui donc a délié dans l'ombre
Le faix d'or de mes longs cheveux ?
Toute ceinte d'étreintes sombres,
Je plonge en des vagues de feu.
Mes lèvres où mon âme chante,
Toute d'extase et de baiser,
S'ouvrent comme une fleur ardente
Au-dessus d'un fleuve embrasé.
8. Inscription sur le sable (À Mme Durand-Texte)
Toute, avec ta robe et ses fleurs,
Elle, ici, redevint poussière,
Et son âme emportée ailleurs
Renaquit en chant de lumière.
Mais un léger lien fragile
Dans la mort brisé doucement,
Encerclait ses tempes débiles
D'impérissables diamants.
En signe d'elle, à cette place,
Seules, parmi le sable blond,
Les pierres éternelles tracent
Encor l'image de son front.
Op.113
"Mirages"
Texts by Mme la Baronne Renée de Brimont
Music by Gabriel Fauré, Op.113, À Mme Gabriel Hanotaux
1. Cygne sur l'eau
2. Reflets dans l'eau
3. Jardin nocturne
4. Danseuse
1.
Cygne sur l'eau
Ma pensée est un cygne harmonieux et sage
Qui glisse lentement aux rivages d'ennui
Sur les ondes sans fond du rêve, du mirage,
De l'écho, du brouillard, de l'ombre, de la nuit.
Il glisse, roi hautain fendant un libre espace,
Poursuit un reflet vain, précieux et changeant,
Et les roseaux nombreux s'inclinent lorsqu'il passe,
Sombre et muet, au seuil d'une lune d'argent;
Et des blancs nénuphars chaque corolle ronde
Tour à tour a fleuri de désir ou d'espoir...
Mais plus avant toujours, sur la brume et sur l'onde,
Vers l'inconnue fuyant glisse le cygne noir.
Or j'ai dit: "Renoncez, beau cygne chimérique,
A ce voyage lent vers de troubles destins;
Nul miracle chinois, nulle étrange Amérique
Ne vous accueilleront en des havres certains;
Les golfes embaumés, les îles immortelles
Ont pour vous, cygne noir, des récifs périlleux;
Demeurez sur les lacs où se mirent, fidèles,
Ces nuages, ces fleurs, ces astres et ces yeux."
2. Reflets dans l'eau
Etendue au seuil du bassin,
Dans l'eau plus froide que le sein
Des vierges sages,
J'ai reflété mon vague ennui,
Mes yeux profonds couleur de nuit
Et mon visage.
Et dans ce miroir incertain
J'ai vu de merveilleux matins...
J'ai vu des choses
Pâles comme des souvenirs,
Dans l'eau que ne saurait ternir
Nul vent morose.
Alors - au fond du Passé bleu -
Mon corps mince n'était qu'un peu
D'ombre mouvante;
Sous les lauriers et les cyprès
J'aime la brise au souffle frais
Qui nous évente...
J'aimais vos caresses de soeur,
Vos nuances, votre douceur,
Aube opportune;
Et votre pas souple et rythmé,
Nymphes au rire parfumé,
Au teint de lune;
Et le galop des aegypans,
Et la fontaine qui s'épand
En larmes fades...
Par les bois secrets et divins
J'écoutais frissonner sans fin
L'hamadryade,
Ô cher Passé mystérieux
Qui vous reflétez dans mes yeux
Comme un nuage,
Il me serait plaisant et doux,
Passé, d'essayer avec vous
Le long voyage !...
Si je glisse, les eaux feront
Un rond fluide... un autre rond...
Un autre à peine...
Et puis le miroir enchanté
Reprendra sa limpidité
Froide et sereine.
3.
Jardin nocturne
Nocturne jardin tout empli de silence,
Voici que la lune ouverte se balance
En des voiles d'or fluides et légers ;
Elle semble proche et cependant lointaine...
Son visage rit au coeur de la fontaine
Et l'ombre pâlit sous les noirs orangers.
Nul bruit, si ce n'est le faible bruit de l'onde
Fuyant goutte à goutte au bord des vasques rondes,
Ou le bleu frisson d'une brise d'été,
Furtive parmi des palmes invisibles...
Je sais, ô jardins, vos caresses sensibles
Et votre languide et chaude volupté !
Je sais votre paix délectable et morose,
Vos parfums d'iris, de jasmins et de roses,
Vos charmes troublés de désirs et d'ennui...
Ô jardin muet ! -- L'eau des vasques s'égoutte
Avec un bruit faible et magique... J'écoute
Ce baiser qui chante aux lèvres de la Nuit.
4. Danseuse
Soeur des Soeurs tisseuses de violettes,
Une ardente veille blémit tes joues...
Danse ! Et que les rythmes aigus dénouent
Tes bandelettes.
Vaste svelte, fresque mouvante et souple,
Danse, danse, paumes vers nous tendues,
Pieds étroits fuyant, tels des ailes nues
Qu'Eros découple...
Sois la fleur multiple un peu balancée,
Sois l'écharpe offerte au désir qui change,
Sois la lampe chaste, la flamme étrange,
Sois la pensée !
Danse, danse au chant de ma flûte creuse,
Soeur des Soeurs divines.-- La moiteur glisse,
Baiser vain, le long de ta hanche lisse...
Vaine danseuse !
Op.118
"L'Horizon chimérique"
Texts by Jean de la Ville de Mirmont (1858-1924)
Music by Gabriel Fauré, Op.118, À Charles Panzéra
1. La Mer est infinie
2. Je me suis embarqué
3. Diane, Séléné
4. Vaisseaux,
nous vous aurons aimés
1.
La Mer est infinie
La Mer est infinie et mes rêves sont fous.
La mer chante au soleil en battant les falaises
Et mes rêves légers ne se sentent plus d'aise
De danser sur la mer comme des oiseaux soûls.
Le vaste mouvement des vagues les emporte,
La brise les agite et les roule en ses plis ;
Jouant dans le sillage. Ils feront une escorte
Aux vaisseaux que mon coeur dans leur fuite a suivis.
Ivres d'air et de sel et brûlés par l'écume
De la mer qui console et qui lave des pleurs
Ils connaîtront le large et sa bonne amertume ;
Les goélands perdus les prendront pour des leurs.
2.
Je me suis embarqué
Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse
Et roule bord sur bord et tangue et se balance.
Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins ;
Les vagues souples m'ont appris d'autres cadences
Plus belles que le rythme las des chants humains.
A vivre parmi vous, hèlas ! avais-je une âme ?
Mes frères, j'ai souffert sur tous vos continents.
Je ne veux que la mer, je ne veux que le vent
Pour me bercer, comme un enfant, au creux des lames.
Hors du port qui n'est plus qu'une image effacée,
Les larmes du départ ne brûlent plus mes yeux.
Je ne me souviens pas de mes derniers adieux...
O ma peine, ma peine, où vous ai-je laissée ?
3.
Diane, Séléné
Diane, Séléné, lune de beau métal,
Qui reflète vers nous, par ta face déserte,
Dans l'immortel ennui du calme sidéral,
Le regret d'un soleil dont nous pleurons la perte.
O lune, je t'en veux de ta limpidité
Injurieuse au trouble vain des pauvres âmes,
Et mon coeur, toujours las et toujours agité,
Aspire vers la paix de ta nocturne flamme.
4. Vaisseaux, nous vous aurons aimés
Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte ;
Le dernier de vous tous est parti sur la mer.
Le couchant emporta tant de voiles ouvertes
Que ce port et mon coeur sont à jamais déserts.
La mer vous a rendus à votre destinée,
Au-delà du rivage où s'arrêtent nos pas.
Nous ne pouvions garder vos âmes enchaînées ;
Il vous faut des lointains que je ne connais pas
Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.
Le souffle qui vous grise emplit mon coeur d'effroi,
Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,
Car j'ai de grands départs inassouvis en.
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