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Edouard Lalo

(1823 - 1892)

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The Lieder of Edouard Lalo


Lieder – index:


1. A celle qui part
2. A une fleur
3. Amis, vive l'orgie! (also "Chanson à boire")
4. Aubade
5. Ballade à la lune
6. Chanson de Barberine
7. Chant breton
8. Dieu qui sourit
9. Guitare
10. Humoresque
11. L'aube naît
12. L'esclave
13. La Chanson de l'alouette
14. La Fenaison
15. La Zuecca
16. Le Rouge-gorge
17. Marine
18. Oh! Quand je dors
19. Prière de l'enfant à son réveil
20. Puisqu'ici-bas toute âme
21. Souvenir
22. Tristesse
23. Viens!

1. "A celle qui part"
 
 
Text by Armand Silvestre (1837-1901)
Music by Edouard Lalo

Lorsque la mer et Toi vous serez face à face,
Abîmes toutes deux, toutes deux sans remords,
Le flot où tout se perd, ton coeur où tout s'efface,
En se parlant tout bas, compteront-ils leurs morts?
 
Toi, la beauté qui luit, elle, la mer qui rêve,
Terrestres in finis sous l'infini des cieux,
Quand vous vous toucherez, montera de la grève,
Des oublis révoltés l'hymne silencieux
 
Entendras-tu mon coeur dans cette voix immense
Que, sur la vague en pleurs, les vents emporteront,
Toi par qui mon tourment sans cesse recommence,
Qui d'un exil sans fin m'as mesuré l'affront?
 
Ah! que la mort me prenne et que mon coeur se fasse
Flot vivant, pour venir à tes pieds se briser,
Lorsque la mer et Toi, vous serez face à face,
La nuit mêlant vos fronts sous un même baiser!

2. "A une fleur"
 
 
Text by Louis Charles Alfred de Musset (1810-1857)
Music by Edouard Lalo
 
See also:

Georges Bizet (1838-1875) (with another version of the text)

Que me veux-tu, chère fleurette,
Aimable et charmant souvenir?
Demimorte et demicoquette,
Jusqu'à moi qui te fait venir?
Sous ce cachet enveloppé,
Tu viens de faire un long chemin.
Qu'as-tu vu? que t'a dit la main
Qui sur le buisson t'a coupée?
 
N'es-tu qu'une herbe desséchée
Qui vient achever de mourir?
Ou ton sein, prêt à refleurir,
Renfermetil une pensée?
S'il en est ainsi, par le bas,
Mystérieuse messagère;
S'il n'en est rien, ne réponds pas;
Dors sur mon coeur, fraîche et légère.

3. "Amis, vive l'orgie!"
 
 
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855)
Music by Edouard Lalo

Amis, vive, vive l'orgie!
J'aime la folle nuit
Et la nappe et la nappe rougie
Et les chants et le bruit,
Les dames peu sévères,
Les cavaliers joyeux,
Le vin dans tous les verres,
L'amour l'amour dans tous les yeux!
La tombe est noire,
Les ans sont courts,
Il faut, sans croire
Aux sots discours,
Très souvent boire,
Aimer toujours!
 
Dans la douce Italie,
Qu'éclaire un si doux ciel,
Tout est joie et folie,
Tout est nectar et miel.
Ayons donc à nos fêtes
Les fleurs et les beautés,
La rose sur nos têtes,
La femme à nos côtés!

4. "Aubade"
 
 
Text by Victor Wilder
Music by Edouard Lalo

Mignonne blonde aux yeux de flamme,
De grâce dis le moi tout bas,
N'aurais-tu point gardé mon âme,
Je ne la retrouve pas!
Hélas! en vain je la cherche à la ronde,
Rends-moi la pauvre vagabonde,
Ou laisse moi l'oublier dans tes bras.
 
Peutêtre à cette heure,
Sûre de toi,
Pendant que je pleure,
Ris-tu de moi!
Et tu tiens la rebelle
Danssa prison,
Sans te douter, cruelle,
Que j'en perds la raison!
 
O parle, apaise ma fièvre brûlante,
Qu'un mot tombé de ta lèvre charmante;
M'arrache aux ombres du trépas.

5. "Ballade à la lune", Chanson humoristique
 
 
Text by Louis Charles Alfred de Musset (1810-1857)
Music by Edouard Lalo

C'était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune, la lune,
Comme un point sur un i.
 
Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d'un fil,
Dans l'ombre,
Ta face et ton profil?
 
Es-tu l'oeil du ciel borgne?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard?
 
N'es-tu rien qu'une boule?
Qu'un grand faucheux bien gras
Qui roule, qui roule
Sans pattes et sans bras?
 
Rends-nous la chasseresse,
Diane au sein virginal,
Qui presse
Quelque cerf matinal!
 
Phoebé qui, la nuit close,
Aux lèvres d'un berger
Se pose,
Comme un oiseau léger.
 
Lune, en notre mémoire,
De tes belles amours
L'histoire
T'embellira toujours.
 
Et toujours rajeunie,
Tu seras du passant
Bénie, tu seras bénie,
Pleine lune ou croisant.
 
T'aimera le pilote
Dans son grand bâtiment,
Qui flotte,
Sous le clair firmament!
 
Et qu'il vente ou qu'il neige,
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je,
Venant ici m'asseoir?
 
Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La lune la lune
Comme un point sur un i.

6. "Beau chevalier qui partez pour la guerre"
 
 
Text by Louis Charles Alfred de Musset (1810-1857)
Music by Edouard Lalo, "Chanson de Barberine"
 
See also:

Louis Lacombe (1818-1884), "Chanson de Barberine"
Victor Massé (1822-1884), "La chanson de Barberine"

Beau chevalier qui partez pour la guerre,
Qu'allez-vous faire
Si loin d'ici?
Voyez-vous pas que la nuit est profonde,
Et que le monde
n'est que souci?
 
[Vous qui croyez qu'une amour délaissée
De la pensée
S'enfuit ainsi,
Hélas! hélas! chercheurs de renommée,
Votre fumée
S'envole aussi.]
 
Beau chevalier qui partez pour la guerre,
Qu'allez-vous faire
Si loin de nous?
J'en vais pleurer, moi qui me laissais dire
Que mon sourire
Était si doux.

7. "Chant breton"
 
 
Text by Albert Délpit (1849-1893)
Music by Edouard Lalo

Mon ami vient de s'en aller,
J'en ai le coeur tout en peine.
Vint un gars, sous le gros chêne,
Qui voulut me consoler;
 
Mais je lui dit: "Celui que j'aime, beau gars,
Ce n'est pas toi! Hélas! il est bien lion de moi, celui que j'aime!"
Je ne peux pas me consoler...
Mon ami vient de s'en aller!

8. "Dieu qui sourit et qui donne"
 
 
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1885)
Music by Edouard Lalo, "Dieu qui sourit et qui donne"
 
See also: 

Victor Massé (1822-1884)

Dieu qui sourit et qui donne
Et qui vient vers qui l'attend,
Pourvu que vous soyez bonne,
Sera content.
 
Le monde où tout étincelle,
Mais où rien n'est enflammé,
Pourvu que vous soyez belle,
Sera charmé.
 
Mon coeur, dans l'ombre amoureuse
Où l'enivre deux beaux yeux,
Pourvu que tu sois heureuse,
Sera joyeux.

9. "Comment, disaient-ils"
 
 
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1885), No 23 of Les Rayons et les Ombres (1838)
Music by Edouard Lalo, "Guitare"
 
See also: 

Jean Absile  (?)
Georges Bizet
(1838-1875), "Guitare"
Louis Lacombe (1818-1884), "Guitare"  
Franz Liszt
(1811-1886), "Comment, disaient-ils", S. 276
Victor Massé (1822-1884), "Ramez, dormez, aimez!"
Sergei Rachmaninov (1873-1943), op. 21 no. 4 (Russian) "Oni otvechali"
Camille Saint-Saëns (1835-1921), "Guitare" (1851)

Comment, disaient-ils,
Avec nos nacelles,
Fuir les alguazils?
Ramez, disaient-elles.
 
Comment, disaient-ils,
Oublier querelles,
Misère et périls?
Dormez, disaient-elles.
 
Comment, disaient-ils,
Enchanter les belles
Sans philtres subtils?
Aimez, disaient-elles.

10. "Humoresque"
 
 
Text by Charles Beauquier (1833-1916)
Music by Edouard Lalo

Que me fait la politique!
République,
Royauté, sont des mots creux!
Tous les gens qui réflèchissent,
Ils blanchissent;
Or, voyez mes noirs cheveux!
 
Que d'autres cherchent la gloire
La victoire
Dans le sang jusqu'aux genoux!
Moi, je vais voir, si les roses
Sont écloses,
Et si le printemps est doux!
 
Aimer, chanter c'est ma bible!
Comme un crible,
Mon cerveau laisse passer
Sciences, philosophie.
La folie
Seule s'y peut amasser!

11. "L'aube naît, et ta porte est close!"
 
 
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1885)
Music by Edouard Lalo, "L'aube naît"
 
See also: 

Amy Marcy Cheney Beach (1867-1944), op. 21 no. 1 "Chanson d'amour"
Charles Gounod (1818-1893), "Aubade"

L'aube naît, et ta porte est close!
Ma belle, pourquoi sommeiller?
A l'heure où s'éveille la rose
Ne vas-tu pas te réveiller?
 
O ma charmante,
Écoute ici
L'amant qui chante
Et pleure aussi!
 
Toute frappe à ta porte bénie.
L'aurore dit: Je suis le jour!
L'oiseau dit: Je suis l'harmonie!
Et mon coeur dit: Je suis l'amour!
 
O ma charmante,
Écoute ici
L'amant qui chante
Et pleure aussi!
 
Je t'adore ange et t'aime femme.
Dieu qui par toi m'a complété
A fait mon amour pour ton âme,
Et mon regard pour ta beauté!
 
O ma charmante,
Écoute ici
L'amant qui chante
Et pleure aussi!

12. "L'esclave"
 
 
Text by Théophile Gautier (1811-1872)
Music by Edouard Lalo, "L'aube naît"
 
See also:

Jules Massenet (1842-1912), op. 12 no. 1

Captive et peutêtre oubliée,
Je songe à mes jeunes amours,
À mes beaux jours,
Et par la fenêtre grillée
Je regarde l'oiseau joyeux,
Fendent les cieux.
 
[Douce et pâle consolatrice,
Espérance, rayon d'en haut,
Dans mon cachot
Fais-moi, dans ta clarté propice,
À ton miroir faux et charmant
Voir mon amant!]
 
Auprès de lui, belle Espérance,
Porte moi sur tes ailes d'or
S'il m'aime encor,
Et, pour endormir ma souffrance,
Suspends mon âme sur son coeur
Comme une fleur!

13. "Le chanson de l'alouette"
 
 
Text by Victor de Laprade
Music by Edouard Lalo

Je suis, je suis le cri de joie
Qui sort des prés à leur réveil;
Et c'est moi que la terre envoie
Offrir le salut au soleil.
 
Je pars des chaumes blancs de brume,
A mes pieds flotte un fil d'argent,
La rosée emperle ma plume,
Et je la sème en voltigeant.
 
Je plane et chante la première
Dans l'azur frais où l'aube éclôt;
Je me baigne dans la lumière,
Et vais me mirer dans un flot.
 
Ma voix est sans note plaintive,
Je ne dis rien au triste soir;
Je suis la chanson folle et vive
De la jeunesse et de l'espoir.

14. "La fenaison"
 
 
Text by Stella (?)
Music by Edouard Lalo

Venez fillettes et garçons,
Venez tous garçons et fillettes,
Nous répondrons par nos chansons
À la chanson des alouettes!
 
Accourez de près et de loin,
On a coupé l'herbe fleurie,
Que partout les meules de foin
S'amoncellent dans la prairie.
 
Dans les sentiers, dans les sillons,
Ramassez bien chaque brin d'herbe,
Du soleil les ardents rayons
Mettent de l'or dans chaque gerbe!
 
Comme les bras sont pleins d'ardeur,
Comme les coeurs sont à la joie,
Sentez-vous quelle douce odeur
La plaine humide nous envoie!
 
Et ce soir avec des chansons,
Tout autour d'une meule blonde,
Les fillettes et les garçons
S'assembleront pour une ronde!

15. "La zuecca"
 
 
Text by Louis Charles Alfred de Musset (1810-1857)
Music by Edouard Lalo
 
See also:

Jules Massenet (1842-1912), with a different form of text: Souvenir de Venise

À Saint Blaise, à la Zuecca,
Vous étiez bien aise,
À Saint Blaise, à la Zuecca,
Nous étions bien là.
Vous étiez bien aise,
À Saint Blaise.
 
Mais de vous en souvenir
Prendrez-vous la peine?
Mais de vous en souvenir
Et d'y revenir,
À Saint Blaise, à la Zuecca,
Dans les prés fleuris cueillir la verveine,
À Saint Blaise, à la Zuecca,
Vivre et mourir là! mourir là!

16. "Le rouge-gorge"
 
 
Text by André Theuriet (1833-1907)
Music by Edouard Lalo

 
J'ai fait ce rêve, ô ma chérie:
Nous aurions en pleine forêt
Un toit, près d'un bout de prairie
Où, dans la grande herbe fleurie,
Un Rouge-Gorge nicherait.
 
Il chanterait quand mai décore
De muguets clairière et buisson,
Et nous l'entendrions encore,
Grisé des mûres qu'il picore,
Chanter à l'arrière saison.
 
Quand la neige aux vitres se tasse,
Nous ouvririons pour le frileux
Le vitrail tout frangé de glace:
Viens, Rouge-Gorge, prends ta place
Au bon feu clair, entre nous deux!
 
Et le chantre aux noires prunelles,
Pour payer l'hospitalité,
Nous dirait, en battant des ailes
La chanson des amours fidèles
Qui flambent hiver comme été.

17. "Marine"
 
 
Text by André Theuriet (1833-1907)
Music by Edouard Lalo

Souvent je rêve, ô chère enfant,
Que nous errons, seuls, loin du monde,
Au gré de la vague et du vent,
Sur la mer houleuse et profonde.
 
La vaste mer aux flots plombés
Gronde, sombre et mystérieuse,
Et nous sommes seuls, absorbés
Dans notre extase insoucieuse.
 
La vague bondit en fureur,
Je te tiens dans mes bras serrée,
Et plus sauvage encor, mon coeur
Bat dans ma poitrine enfiévrée.
 
Mon amour fier et triomphant
Grandit au bruit de la tourmente,
Et toi sur mon sein, chère enfant,
Tu te rejettes, frissonnante.
 
Tu lèves d'un air anxieux
Vers moi ta prunelle azurée;
Tu lis le bonheur dans mes yeux.
Et tu me souris, rassurée...
 
Comme des coursiers épuisés
Les flots retombent blancs d'écume,
Peu à peu les vents apaisés
S'endorment sur la mer qui fume.
 
Et moi, comme un dieu bien-heureux,
Sur tes yeux je fais en silence
Pleuvoir des baisers plus nombreux
Que les astres du ciel immense.

18. "Oh! Quand je dors"
 
 
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855)
Music by Edouard Lalo
 
See also:

Franz Liszt (1811-1886), S. 282

Oh! quand je dors, viens auprès de ma couche, viens
Comme à Pétrarque apparaissait Laura,
Et qu'en passant ton haleine me touche...
Soudain ma bouche
S'entrouvrira!
 
Sur mon front morne où peutêtre s'achève
Un songe noir, un songe noir qui trop longtemps dura,
Que ton regard comme un astre se lève...
Soudain mon rêve
Rayonnera!
 
Puis sur ma lèvre où voltige une flamme,
Éclair d'amour que Dieu même épura,
Pose un baiser, et d'ange deviens femme...
Soudain mon âme
S'éveillera!

19. "Prière de l'enfant à son réveil"
 
 
Text by Alphonse Marie Louis de Lamartine (1790-1869)
Music by Edouard Lalo

O Père qu'adore mon père!
Toi qu'on ne nomme qu'à genoux!
Toi, dont le nom terrible et doux
Fait courber le front de ma mère!
On dit que ce brillant soleil
N'est qu'un jouet de ta puissance;
Que sous tes pieds il se balance
Comme une lampe de vermeil,
On dit que c'est toi qui fais naître
Les petits oiseaux dans les champs,
Et c'est toi qui donne aux petits enfants
Une âme aussi pour te connaître!
 
O Dieu! ma bouche balbutie
Ce nom, des anges redouté.
Dans le choeur qui te glorifie,
Un enfant mème est écouté.
Donne au malade la santé,
Donne au mendiant le pain qu'il pleure,
À l'orphelin une demeure,
Donne au prisonnier la liberté.
Donne une famille nombreuse,
Au père qui craint le Seigneur,
Donne, à moi sagesse et bonheur;
Pour que ma mère soit heureuse!

20. "Puisqu'ici-bas tout âme"
 
 
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1885), No 11 of Les Voix Intérieures (1837) without title
Music by Edouard Lalo
 
See also: 

Hippolyte Monpou (1804-1841), "À genoux", with a different forms of the text
Louis Niedermeyer (1802-1861), "Puisqu'ici-bas tout âme", with a different forms of the text
Camille Saint-Saëns (1835-1921), "Rêverie", with a different forms of the text

Puisqu'ici-bas toute âme
Donne à quelqu'un
Sa musique, sa flamme,
Ou son parfum;
 
Reçois mes voeux sans nombre,
O mes amours!
Reçois la flamme ou l'ombre
De tous mes jours!
 
Je te donne, à cette heure,
Penché sur toi,
La chose la meilleure
Que j'ai en moi!
 
Mon esprit qui sans voile
Vogue au hasard,
Et qui n'a pour étoile
Que ton regard!
 
Reçois donc ma pensée,
Triste d'ailleurs,
Qui, comme une rosée,
T'arrive en pleurs!
 
Mes transports pleins d'ivresses,
Purs de soupçons,
Et toutes les caresses
De mes chansons!

21. "Souvenir"
 
 
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855)
Music by Edouard Lalo

Comme un ange qui se dévoile,
Tu me regardais, dans ma nuit,
Avec ton beau regard d'étoile,
Qui m'éblouit.
 
Mon bras pressait ta taille frêle
Et souple comme un roseau;
Ton sein palpitait comme l'aile
D'un jeune oiseau.
 
Longtemps muets, nous contemplâmes
Le ciel où s'éteignait le jour.
Que se passait-il dans nos âmes?
Amour! Amour!

22. "Tristesse"
 
 
Text by Armand Silvestre (1837-1901)
Music by Edouard Lalo

Nous sommes passés, ce me semble,
L'un près de l'autre sans nous voir,
Indifférents et sans savoir
Que nos deux coeurs battaient ensemble...
Nous sommes passés sans nous voir!
 
A mon coeur, pourtant, comme au vôtre
Un peu d'amour était bien dû,
Ah! ce bonheur est bien perdu
Que chacun de nous vole à l'autre
Un peu d'amour nous était dû.
 
L'heure eût séparé notre route:
Après que nous aurions aimé.
Le ciel sur nous se fût fermé!...
Nous aurions bien souffert, sans doute,
Mais, du moins, nous aurions aimé!

23. "Viens!"
 
 
Text by Alphonse Marie Louis de Lamartine (1790-1869)
Music by Edouard Lalo

Viens, cherchons une ombre propice, viens,
Jusqu'à l'heure où de ce séjour
Les fleurs fermeront leur calice
Aux regards languissants du jour.
Voilà ton ciel, ô mon étoile!
Soulève, soulève ce voile,
 
Éclaire la nuit de ces lieux;
Parle, chante, rêve, soupire,
Pourvu que mon regard attire
Un regard errant de tes yeux.
 
Souviens-toi de l'heure bénie
Où les dieux, d'une tendre main,
Te répandirent sur ma vie
Comme l'ombre sur la chemin.
Depuis cette heure fortunée,
Ma vie à ta vie enchainée,
 
Qui s'écoute comme un seul jour,
Est une coupe toujours pleine,
Où mes lèvres à longue haleine
Puisent l'innocence et l'amour.
 
Puissions-nous passer sur cette terre,
Comme on voit en automne un couple solitaire
De cygnes amoureux
S'envoler deux à deux.