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Francis Poulenc

(1899 - 1963)

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The Lieder of Francis Poulenc


Lieder – index:

1. 1904
2. À sa guitare
3. Adelina à la promenade
4. Air Champêtre
5. Air Grave
6. Air Romantique
7. Air Vif
8. Allons plus vite
9. Attributs
10. Avant le Cinéma
11. Bleuet
12. C
13. Carte-Postale
14. Ce doux petit visage
15. Chanson
16. Chanson de l'oranger sec
17. Dans le jardin d'Anna
18. Épitaphe sur un texte de Malherbe
19. Fancy
20. Fêtes galantes
21. Fleurs
22. Hier
23. Hyde Park
24. Hymne
25. Il vole
26. Je n'ai plus que les os
27. L'Anguille
28. L'enfant muet
29. La Dame de Monte-Carlo
30. La Grenouillière
31. La petite servante
32. Le disparu
33. Le Présent
34. Le tombe
35. Main dominée par le coeur
36. Mais mourir
37. Montparnasse
38. Nos souvenirs qui chantent
39. Priez pour paix
40. Reine des mouettes
41. Rôdeuse au front de verre
42. Sourie et Mourie
43. Toréador
44. Une chanson de porcelaine
45. Violon
46. "Benalité"
     a) Chanson d'Orkenise
     b) Hôtel
     c) Fagnes de Wallonie
     d) Voyage à Paris
     e) Sanglots
47. "Chansons gaillardes"
     a) La maîtresse volage
     b) Chanson à boire
     c) Madrigal
     d) Invocation aux Parques
     e) Couplets bachiques
     f) L'offrande
     g) La belle jeunesse
     h) Sérénade
48. "Osiem pies'ni polskich"
     a) Wianek
     b) Odjazd
     c) Polska Mlodziez
     d) Ostatni Mazur
     e) Pozegnanie
     f) Biala chora`giewka
     g) Wisla
     h) Jezioro
49. "Quatre Chansons pour enfant"
     a) La tragique histoire du petit René
     b) Nous voulons une petite soeur
     c) Le petit garçon trop bien portant
     d) Monsieur Sans-Souci (Il fait tout lui-même)
50. "Tel jour Telle nui"
     a) Bonne journée
     b) Une ruine coquille vide
     c) Le front comme un drapeau perdu
     d) Une roulotte couverte en tuiles
     e) A toutes brides
     f) Une herbe pauvre
     g) Je n'ai envie que de t'aimer
     h) Figure de force brûlante et farouche
     i) Nous avons fait la nuit

1. "1904"
 
 
 
Text by Guillaume Apollinaire (1880-1918)
Music by Francis Poulenc

À Strasbourg en dix-neuf-cent-quatre
J'arrivai pour le lundi gras
A l'hôtel m'assis devant l'âtre
Près d'un chanteur de l'Opéra
Qui ne parlait que de théâtre
 
La Kelnerine rousse avait
Mis sur sa tête un chapeau rose
Comme Hébé qui les dieux servait
N'en eut jamais ô belles choses
Carnaval chapeau rose
 
Ave! A Rome à Nice et à Cologne
Dans les fleurs et les confetti
Carnaval j'ai revu ta trogne,
Ô roi plus riche et plus gentil
Que Crésus Rothschild et Torlogne
 
Je soupai d'un peu de foie gras
De chevreuil tendre à la compote
De tartes flans et coetera
Un peu de kirsch me ravigote
Que ne t'avais-je entre mes bras.

2. "À sa guitare"
 
 
 
Text by Pierre de Ronsard (1524-1585)
Music by Francis Poulenc

Ma guitare, je te chante,
Par qui seule je déçois,
Je déçois, je romps, j'enchante
Les amours que je reçois.
 
Au son de ton harmonie
Je rafraîchis ma chaleur,
Ma chaleur, flamme infinie,
Naissante d'un beau malheur.

3. "Adelina à la promenade"
 
 
 
Text by Félix Gattegno after Federico Garcia-Lorca (1898-1936)
Music by Francis Poulenc, 1947

La mer n'a pas d'oranges
et Séville n'a pas d'amour.
Brune, quelle lumière brûlante!
Prête-moi ton parasol.
Il rendra vert mon visage
Jus de citron et de limon
et tes mots petits poissons
nageront tout à l'entour
La mer n'a pas d'oranges
A y amour et Séville n'a pas d'amour.

4. "Air Champêtre"
 
 
 
Text by Jean Moréas (1856-1910)
Music by Francis Poulenc

Belle source, belle source, je veux me rappeler sans cesse,
Qu'un jour, guidé par l'amitié
Ravi, j'ai contemplé ton visage, ô dèesse,
Perdu sous la mou, sous la mousse à moitié.
 
Que n'est-il demeuré, cet ami que je pleure,
O nymphe, à ton culte attaché,
Pour se mêler encore au souffle qui t'effleure,
Et répondre à ton flot caché.

5. "Air Grave"
 
 
 
Text by Jean Moréas (1856-1910)
Music by Francis Poulenc

Ah! fuyez à présent, malheureuses pensées!
O! colère, o! remords!
Souvenirs qui m'avez les deux tempes pressées,
De l'étreinte des morts.
 
Sentiers de mousse pleins, vaporeuses fontaines,
Grottes profondes, voix des oiseaux
Et du vent lumières incertaines
Des sauvages sous-bois, insectes animaux,
 
Beauté future,
Ne me repousse pas,
Oh divine nature
Je suis ton suppliant.

6. "Air Romantique"
 
 
 
Text by Jean Moréas (1856-1910)
Music by Francis Poulenc

J'allais dans la campagne avec le vent d'orage,
Sous le pâle matin, sous les nuages bas;
Un corbeau ténébreux escortait mon voyage,
Et dans les flaques d'eau retentissaient mes pas.
 
La foudre à l'horizon faisait courir sa flamme
Et l'Aquilon doublait ses longs gémissements;
Mais la tempête était trop faible pour mon âme,
Qui couvrait le tonnerre avec ses battements.
 
De la dépouille d'or du frêne et de l'érable
L'Automne composait son éclatant butin,
Et le corbeau toujours, d'un vol inexorable,
M'accompagnait sans rien changer à mon destin.

7. "Air Vif"
 
 
 
Text by Jean Moréas (1856-1910)
Music by Francis Poulenc

Le trésor du verger
Et le jardin en fête,
Les fleurs des champs, des bois,
Éclatent de plaisir,
Hélas! hélas!
Et sur leur tête
Le vent enfle sa voix.
 
Mais toi noble océan
Que l'assaut des tourmentes
Ne saurait ravager
Certes plus dignement,
Lorsque tu te lamentes,
Tu te prends à songer.

8. "Allons plus vite"
 
 
 
Text by Guillaume Apollinaire (1880-1918)
Music by Francis Poulenc

Et le soir vient et les lys meurent
Regarde ma douleur beau ciel qui me l'envoies
Une nuit de mélancolie.
Enfant souris ô soeur écoute
Pauvres marchez sur la grand' route
O menteuse forêt qui surgis à ma voix
Les flammes qui brûlent les âmes
Sur le boulevard de Grenelle
Les ouvriers et les patrons arbres de mai cette dentelle
Ne fais donc pas le fanfaron
Allons plus vit' nom de Dieu
Allons plus vite.
 
Tous les poteaux télégraphiques
Viennent là-bas le long du quai
Sur son sein notre République
A mis ce bouquet de muguet qui poussait dru le long du quai
Allons plus vite nom de Dieu
Allons plus vite.
 
La bouche en coeur Pauline honteuse
Les ouvriers et les patrons
Oui-dà Oui-dà belle endormeuse ton frère
Allons plus vit' nom de Dieu
Allons plus vit'.

9. "Attributs"
 
 
 
Text by Pierre de Ronsard (1524-1585)
Music by Francis Poulenc, 1924

Les épis sont à Cérès,
aux Dieux bouquins les forêts,
à Chlore l'herbe nouvelle,
à Phoebus le vert laurier,
à Minerve l'olivier,
et le beau pin à Cybèle;
au Zéphires le doux bruit,
à Pomone le doux fruit,
l'onde aux Nymphes est sacrée,
à Flore les belles fleurs;
mais les soucis et les pleurs
sont sacrés à Cythèrée.

10. "Avant le Cinéma"
 
 
 
Text by Guillaume Apollinaire (1880-1918)
Music by Francis Poulenc

Et puis ce soir on s'en ira
Au cinéma
Les artistes que sont-ce donc
Ce ne sont plus ceux qui cultivent les Beaux-arts
Ce ne sont pas ceux qui s'occupent de l'Art
Art poétique ou bien musique
Les Artistes ce sont les acteurs et les actrices
Si nous étions des Artistes
Nous ne dirions pas le cinéma
Nous dirions le ciné
Mais si nous étions de vieux professeurs de province
Nous ne dirions ni ciné ni cinéma
Mais cinématographe
Aussi mon Dieu faut-il avoir du goût.

11. "Bleuet"
 
 
 
Text by Guillaume Apollinaire (Wilhelm Kostrowicki) (1880-1918)
Music by Francis Poulenc

Jeune homme de vingt ans
Qui as vu des choses si affreuses,
Que penses-tu des hommes de ton enfance?
 
Tu connais la bravoure et la ruse,
Tu as vu la mort en face plus de cent fois,
Tu ne sais pas ce que c'est que la vie.
 
Transmets ton intrépidité
A ceux qui viendront après toi.
 
Jeune homme, tu es joyeux,
Ta mémoire est ensanglantée,
Ton âme est rouge aussi de joie.
 
Tu as absorbé la vie de ceux
Qui sont morts près de toi.
Tu as de la décision.
 
Il est dix-sept heures et tu saurais mourir,
Sinon mieux que tes aînés,
Du moins plus pieusement,
Car tu connais mieux la mort que la vie.
 
O douceur d'autrefois,
Lenteur immémoriale.

12. "C"
 
 
 
Text by Louis Aragon (1897-??)
Music by Francis Poulenc, 1943

J'ai traversé les ponts de Cé
C'est là que tout a commencé
Une chanson des temps passés
Parle d'un chevalier blessé
D'une rose sur la chaussée
Et d'un corsage délacé
Du chateau d'un duc insensé
Et des cygnes dans les fossés
De la prairie où vient danser
Une éternelle fiancée
Et j'ai bu comme un lait glacé
Le long lai des gloires faussées
La Loire emporte mes pensées
Avec les voitures versées
Et les armes désamorcées
Et les larmes mal effacées
Ô ma France, ô ma délaissée
J'ai traversé les ponts de Cé.

13. "Carte-Postale"
 
 
 
Text by Guillaume Apollinaire (1880-1918)
Music by Francis Poulenc, 1943

L'ombre de la très douce est évoquée ici,
Indolente, et jouant un air dolent aussi:
Nocturne ou lied mineur qui fait pâmer son âme
Dans l'ombre où ses longs doigts font mourir une gamme
Au piano qui geint comme une pauvre femme.

14. "Ce doux petit visage"
 
 
 
Text by Paul Eluard (1895-1952)
Music by Francis Poulenc

Rien que ce doux petit visage
Rien que ce doux petit oiseau
Sur la jetée lointaine
 
Où les enfants faiblissent
À la sortie de l'hiver
Quand les nuages commencent à brûler
Comme toujours
Quand l'air frais se colore
 
Rien que cette jeunesse
Qui fuit devant la vie

15. "Chanson"
 
 
 
Text by Guillaume Apollinaire (1880-1918), writing as Louise Lalanne
Music by Francis Poulenc

Les myrtilles sont pour la dame
Qui n'est pas là;
La marjolaine est pour mon âme
Tra-la-la!
 
Le chèvre-feuille est pour la belle
Irrésolue.
Quand cueillerons-nous les airelles
Lanturlu.
 
Mais laissons pousser sur la tombe,
O folle! O fou!
Le romarin en touffes sombres
Laïtou.

16. "Chanson de l'oranger sec"
 
 
 
Text by Félix Gattegno after Federico Garcia-Lorca (1898-1936)
Music by Francis Poulenc, 1947

Bûcheron
Abats mon ombre
Délivre moi du supplice
De me voir sans oranges
Pourquoi suis-je né entre des miroirs
Le jour me fait tourner et la nuit me copie dans toutes ses étoiles
Je veux vivre sans me voir
Les fourmis et les liserons
Je rêverai que ce sont mes feuilles et mes oiseaux
Bûcheron
Abats mon ombre
Délivre moi du supplice
De me voir sans oranges

17. "Dans le jardin d'Anna"
 
 
 
Text by Guillaume Apollinaire (1880-1918)
Music by Francis Poulenc

Certes si nous avions vécu en l'an dix-sept cent soixante
Est-ce bien la date que vous déchiffrez, Anna, sur ce banc de pierre
Et que par malheur j'eusse été allemand
Mais que par bonheur j'eusse été près de vous
Nous aurions parlé d'amour de façon imprécise
Presque toujours en français
Et pendue éperdûment à mon bras
Vous m'auriez écouté vous parler de Pythagoras
En pensant aussi au café qu'on prendrait dans une demi-heure
Et l'automne eut été pareil
À cet automne que l'épine vinette et les pampres couronnent
Et brusquement parfois j'eusse salué très bas
De nobles dames grasses et langoureuses.
J'aurais dégusté lentement et tout seul
Pendant de longues soirées
Le tokay épais ou la malvoisie
J'aurais mis mon habit espagnol
Pour aller sur la route par laquelle arrive dans son vieux carrosse
Ma grand'mère qui se refuse à comprendre l'allemand
J'aurais écrit des vers pleins de mythologie sur vos seins,
La vie champêtre et sur les dames des alentours
J'aurais souvent cassé ma canne sur le dos d'un paysan
J'aurais aimé entendre de la musique en mangeant du jambon
J'aurais juré en allemand je vous le jure
Lorsque vous m'auriez surpris embrassant à pleine bouche
Cette servante rousse.
Vous m'auriez pardonné dans le bois aux myrtilles
J'aurais fredonné un moment
Puis nous aurions écouté longtemps les bruits du crépuscule.

18. "Épitaphe sur un texte de Malherbe"
 
 
 
Text by François de Malherbe (1555-1628)
Music by Francis Poulenc

Belle âme qui fus mon flambeau,
Reçois l'honneur qu'en ce tombeau
Le devoir m'oblige à te rendre;
Ce que je fais te sert de peu
Mais au moins tu vois en la cendre
Que j'en aime encore le feu.

19. "Fancy"
 
 
 
Text by William Shakespeare (1564-1616)
Music by Francis Poulenc

Tell me where is fancy bred,
Or in the heart, or in the head?
Now begot, how nourished?
Reply, reply, reply.
 
It is engender'd in the eyes,
With gazing fed; and fancy dies
In the cradle where it lies.
Let us all ring fancy's knell:
I'll begin it, - Ding, dong, bell.

20. "Fêtes galantes"
 
 
 
Text by Louis Aragon (1897-??)
Music by Francis Poulenc

On voit des marquis sur des bicyclettes
On voit des marlous en cheval jupon
On voit des morveux avec des voilettes
On voit des pompiers brûler les pompons
 
On voit des mots jetés à la voirie
On voit des mots élevés au pavois
On voit les pieds des enfants de Marie
On voit le dos des diseuses à voix
 
On voit des voitures à gazogène
On voit aussi des voitures à bras
On voit des lascars que les longs nez gênent
On voit des coïons de dix-huit carats
 
On voit ici ce que l'on voit ailleurs
On voit des demoiselles dévoyées
On voit des voyous, on voit des voyeurs
On voit sous les ponts passer des noyés
 
On voit chômer les marchands de chaussures
On voit mourir d'ennui les mireurs d'oeufs
On voit péricliter les valeurs sûres
Et fuir la vie à la six-quartre-deux.

21. "Fleurs"
 
 
 
Text by Louise de Vilmorin (1902-1969)
Music by Francis Poulenc, 1939

Fleurs promises, fleurs tenues dans tes bras,
Fleurs sorties des parenthèses d'un pas,
Qui t'apportait ces fleurs l'hiver
Saupoudrées du sable des mers?
 
Sable de tes baisers, fleurs des amours fanées
Les beaux yeux sont de cendre et dans la cheminée
Un coeur en rubanné de plaintes
Brûle avec ses images saintes.

22. "Hier"
 
 
 
Text by Guillaume Apollinaire (1880-1918), writing as Louise Lalanne
Music by Francis Poulenc

Hier, c'est ce chapeau fané
Que j'ai longtemps traîné.
Hier, c'est une pauvre robe
Qui n'est plus à la mode.
Hier, c'était le beau couvent
Si vide maintenant
Et la rose mélancolie
Des cours de jeunes filles
Hier, c'est mon coeur mal donné
Une autre, une autre année!
Hier, n'est plus, ce soir, qu'une ombre
Près de moi dans ma chambre.

23. "Hyde Park"
 
 
 
Text by Guillaume Apollinaire (Wilhelm Kostrowicki) (1880-1918)
Music by Francis Poulenc

Les Faiseurs de religions
Prêchaient dans le brouillard
Les ombres près de qui nous passions
Jouaient à collin maillard
 
A soixante-dix ans
Joues fraîches de petits enfants
Venez venez Eléonore
Et que sais-je encore
 
Regardez venir les cyclopes
Les pipes s'envolaient
Mais envolez-vous-en
Regards impénitents
Et l'Europe l'Europe
 
Regards sacrés
Mains enamourées
Et les amants s'aimèrent
Tant que prêcheurs prêchèrent

24. "Hymne"
 
 
 
Text by Jean Racine (1639-1699)
Music by Francis Poulenc

Sombre nuit, aveugles ténébres,
Fuyez; le jour s'approche et l'Olympe blanchit;
Et vous, démons, rentrez dans vos prisons funébres:
De votre empire affreux un Dieu nous affranchit.
 
Le soleil perce l'ombre obscure;
Et les traits éclatants qu'il lance dans les airs,
Rompant le voile épais qui couvrait la nature,
Redonnent la couleur et l'âme á l'univers.
 
O Christ, notre unique lumiére,
Nous ne reconnaissons que tes saintes clartes,
Notre esprit t'est soumis; entends notre priére,
Et sous ton divin joug range nos volontés.
 
Souvent notre âme criminelle
Sur sa fausse vertu téméraire s'endort;
Hâte-toi d'éclairer, ô lumiére éternelle,
Des malheureux assis dans l'ombre de la mort.
 
Gloire á toi, Trinité profonde,
Pére, Fils, Esprit saint: qu'on t'adore toujours,
Tant que l'astre des temps éclairera le monde,
Et quand les siécles même auront fini leur cours.

25. "Il vole"
 
 
 
Text by Louise de Vilmorin (1902-1969)
Music by Francis Poulenc

En allant se coucher le soleil
Se reflète au vernis de ma table:
C'est le fromage rond de la fable
Au bec de mes ciseaux devermeil.
Mais où est le corbeau?
Il vole.
 
Je voudrais coudre mais un aimant
Attire à lui toutes mes aiguilles.
Sur la place les joueurs de quilles
De belle en belle passent le temps.
Mais où est mon amant?
Il vole.
 
C'est un voleur que j'ai pour amant,
Le corbeau vole et mon amant vole,
Voleur de coeur manque à sa parole
Et voleur de fromage est absent.
Mais où est le bonheur?
Il vole.
 
Je pleure sous le saule pleureur
Je mêle mes larmes à ses feuilles
Je pleure car je veux qu'on me veuille
Et je ne plais pas à mon voleur.
Mais où donc est l'amour?
Il vole.
 
Trouvez la rime à ma déraison
Et par les routes du paysage
Ramenez-moi mon amant volage
Qui prend les coeurs et perd ma raison.
Je veux que mon voleur me vole.

26. "Je n'ai plus que les os"
 
 
 
Text by Pierre de Ronsard (1524-1585)
Music by Francis Poulenc, 1925

Je n'ai plus que les os, un squelette je semble,
décharné, dénervé, démusclé, dépoulpé,
que le trait de la mort sans pardon a frappé.
Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble.
Apollon et son fils, deux grands maîtres, ensemble
ne me sauraient guérir; leur métier m'a trompé.
Adieu plaisant soleil; mon oeil est étoupé,
mon corps s'en va descendre où tout se désassemble.
Quel ami me voyant en ce point dépouillé
ne remporte au logis un oeil triste et mouillé,
me consolant au lit et me baisant la face,
en essuyant mes yeux par la mort endormis?
Adieu, chers compagnons, adieu mes chers amis,
je m'en vais le premier vous préparer la place.

27. "L'Anguille"
 
 
 
Text by Guillaume Apollinaire (1880-1918)
Music by Francis Poulenc

Jeanne Houhou la très gentille
Est morte entre des draps très blancs
Pas seule Bébert dit l'Anguille
Narcisse et Hubert le merlan
Près d'elle faisaient leur manille
Et la crâneuse de Clichy
Aux rouges yeux de dégueulade
Répète "Mon eau de Vichy"
Va dans le panier à salade
Haha sans faire de chichi
Les yeux dansant comme des anges
Elle riait, elle riait
Les yeux très bleus
Les dents très blanches
Si vous saviez, si vous saviez
Tout ce que nous ferons Dimanche.

28. "L'enfant muet"
 
 
 
Text by Félix Gattegno after Federico Garcia-Lorca (1898-1936)
Music by Francis Poulenc, 1947

L'enfant cherche sa voix. C'est le roi des grillons qui l'a,
Dans une goutte d'eau, l'enfant cherchait sa voix.
Je ne la veux pas pour parler, j'en ferais une bague
Que mon silence portera à son plus petit doigt
Dans une goutte d'eau l'enfant cherchait sa voix
(La voix captive, loin de là, met un costume de grillon).

29. "La Dame de Monte-Carlo"
 
 
 
Text by Jean Cocteau (1889-1863)
Music by Francis Poulenc, 1961

Quand on est morte entre les mortes,
Qu'on se traine chez les vivants,
Lorsque tout vous flanque a la porte
Et la ferme d'un coup de vent,
Ne plus être jeune et aimée...
Derrière une porte fermée,
Il reste de se fiche à l'eau
Ou d'acheter un rigolo.
Oui Messieurs, voilà ce qui reste
Pour les lâches et les salauds.
Mais si la frousse de ce geste
S'attache à vous comme un grelot,
Si l'on craint de s'ouvrir les veines,
On peut toujours risquer la veine
D'un voyage à Monte-Carlo.
Monte-Carlo, Monte-Carlo.
J'ai fini ma journée.
Je veux dormir au fond de l'eau.
De la Mediterranée.
Après avoir vendu votre âme
Et mis en gage des bijoux
Que jamais plus on ne réclame,
La roulette est un beau joujou.
C'est joli de dire: "je joue".
Cela vous met le feu aux joues
Et cela vous allume l'oeil.
Sous les jolis voiles de deuil
On porte un joli nom de veuve.
Un titre donne de l'orgueil!
Et folle, et prête, et toute neuve,
On prend sa carte au casino.
Voyez mes plumes et mes voiles,
Contemplez le strass de l'étoile
Qui me mène à Monte-Carlo.
La chance est femme.
Elle est jalouse
De ces veuvages solennels.
Sans doute elle m'a cru l'épouse
D'un véritable colonel.
J'ai gagné, gagné sur le douze.
Et puis les robes se décousent,
La fourrure perd ses cheveux.
On a beau répéter: "je veux",
Dès que la chance vous déteste,
Dès que votre coeur est nerveux,
Vous ne pouvez plus faire un geste,
Pousser un sou sur le tableau
Sans que la chance qui s'écarte
Change les chiffres et les cartes
Des tables de Monte-Carlo.
Les voyous, les buses, les gales!
Ils m'ont mise dehors... dehors...
Et ils m'accusent d'être sale,
De porter malheur dans leurs salles,
Dans leurs sales salles en stuc.
Moi qui aurais donné mon truc
A l'oeil, au prince, à la princesse,
Au Duc de Westminster, au Duc,
Parfaitement.
Faut que ça cesse,
Qu'ils me criaient, votre boulot!
Votre boulot!...
Ma découverte.
J'en priverai les tables vertes.
C'est bien fait pour Monte-Carlo.
Monte-Carlo.
Et maintenant, moi qui vous parle,
Je n'avouerai pas les kilos
Que j'ai perdus à Monte-Carle,
Monte-Carle ou Monte-Carlo.
Je suis une ombre de moi-même...
Les martingales, les systèmes
Et les croupiers qui ont le droit
De taper de loin sur vos doigts
Quand on peut faucher une mise.
Et la pension ou l'on doit
Et toujours la même chemise
Que l'angoisse trempe dans l'eau.
Ils peuvent courir.
Pas si bête.
Cette nuit je pique une tête
Dans la mer de Monte-Carlo.
Monte-Carlo.

30. "La Grenouillière"
 
 
 
Text by Guillaume Apollinaire (1880-1918)
Music by Francis Poulenc

Au bord de l'île on voit
Les canots vides qui s'entre cognent,
Et maintenant
Ni le dimanche, ni les jours de la semaine,
Ni les peintres ni Maupassant ne se promènent
Bras nus sur leurs canots avec des femmes à grosses poitrines
Et bêtes comme chou.
Petits bateaux vous me faites bien de la peine
Au bord de l'île.

31. "La petite servante"
 
 
 
Text by Max Jacob (1876-1944)
Music by Francis Poulenc

Préservez-nous du feu et du tonnerre,
Le tonnerre court comme un oiseau,
Si c'est le Seigneur qui le conduit
Bénis soient les dégats.
Si c'est le diable qui le conduit
Faites-le partir au trot d'ici.
 
Préservez-nous des dartres et des boutons,
de la peste et de la lèpre.
Si c'est pour ma pénitence que vous l'envoyez,
Seigneur, laissez-la moi, merci.
Si c'est le diable qui le conduit
Faites-le partir au trot d'ici.
 
Goître, goître, sors de ton sac,
sors de mon cou et da ma tête!
Feu Saint Elme, danse de Saint Guy,
Si c'est le Diable qui vous conduit
mon Dieu faites le sortir d'ici.
 
Faites que je grandisse vite
Et donnez-moi un bon mari
qui ne soit pas trop ivrogne
et qui ne me batte pas tous les soirs.

32. "Le disparu"
 
 
 
Text by Robert Desnos (1900-1945)
Music by Francis Poulenc

Je n'aime plus la rue Saint-Martin
Depuis qu'André Platard l'a quittée,
Je n'aime plus la rue Saint-Martin,
Je n'aime rien, pas même le vin.
 
Je n'aime plus la rue Saint-Martin
Depuis qu'André Platard l'a quittée.
C'est mon ami, c'est mon copain,
Nous partagions la chambre et le pain.
 
Je n'aime plus la rue Saint-Martin,
C'est mon ami, c'est mon copain,
Il a disparu un matin,
Ils l'ont emmené, on ne sait plus rien,
On ne l'a plus revu dans la rue Saint-Martin.
 
Pas la peine d'implorer les saints,
Saint Merry, Jacques, Gervais et Martin,
Pas même Valérien qui se cache sur la colline.
 
Le temps passe, on ne sait rien,
André Platard a quitté la rue Saint-Martin.

33. "Le Présent"
 
 
 
Text by Guillaume Apollinaire (1880-1918), writing as Louise Lalanne
Music by Francis Poulenc

Si tu veux je te donnerai
Mon matin, mon matin gai
Avec tous mes clairs cheveux
Que tu aimes;
Mes yeux verts
Et dorés
Si tu veux,
Je te donnerai tout le bruit
Qui se fait
Quand le matin s'éveille
Au soleil
Et l'eau qui coule
Dans la fontaine
Tout auprès!
 
Et puis encor le soir qui viendra vite
Le soir de mon âme triste
A pleurer
Et mes mains toutes petites
Avec mon coeur qu'il faudra près du tien
Garder.

34. "Le tombe"
 
 
 
Text by Pierre de Ronsard (1524-1585)
Music by Francis Poulenc, 1924

Quand le ciel et mon heure jugeront que je meure,
ravi du beau séjour du commun jour,
je défends qu'on ne rompe le marbre
pour la pompe de vouloir mon tombeau bâtir plus beau,
mais bien je veux qu'un arbre m'ombrage en lieu d'un marbre,
arbre qui soit couvert tojours de vert.
De moi puisse la terre en gendrer un lierre
m'embrassant en maint tour tout à l'entour;
et la vigne tortisse mon sépulere embellisse,
Faisant de toutes parts un ombre épars.

35. "Main dominée par le coeur"
 
 
 
Text by Paul Eluard (1895-1952)
Music by Francis Poulenc, 1947

Main dominée par le coeur
Coeur dominé par le lion
Lion dominé par l'oiseau
L'oiseau qu'efface un nuage.
Le lion que le désert grise
Le coeur que la mort habite
La main refermée en vain
Aucun secours tout m'échappe
je vois ce qui disparaît
Je comprends que je n'ai rien
Et je m'imagine à peine
Entre les murs une absence
Puis l'exil dans les ténèbres
Les yeux purs la tête inerte.

36. "Mais mourir"
 
 
 
Text by Paul Eluard (1895-1952)
Music by Francis Poulenc, 1947

Mains agitées, aux grimaces nouées
Une grimace en fait une autre
L'autre est nocturne le temps passe
Ouvrir des boîtes, casser des verres,
creuser des trous et vérifier les formes inutiles du vide
Mains lasses retournant leurs gants
Paupières des couleurs parfaites
Coucher n'importe où et garder en lieu sûr
Le poison qui se compose alors
Dans le calme mais mourir.

37. "Montparnasse"
 
 
 
Text by Guillaume Apollinaire (Wilhelm Kostrowicki) (1880-1918)
Music by Francis Poulenc

Ô porte de l'hôtel
Avec deux plantes vertes
Vertes qui jamais
Ne porteront de fleurs
Où sont mes fruits?
Où me planté-je?
Ô porte de l'hôtel
Un ange est devant toi
Distribuant des prospectus
On n'a jamais si bien défendu la vertu
Donnez-moi pour toujours une chambre à la semaine
Ange barbu vous êtes en réalité
Un poéte lyrique d'Allemagne
Qui voulez connaître Paris
Vous connaissez de son pavé
Ces raies sur lesquelles il ne faut pas que l'on marche
Et vous rêvez
D'aller passer votre Dimanche à Garches
Il fait un peu lourd et vos cheveux sont longs
Ô bon petit poète un peu bête et trop blond
Vos yeux ressemblent tant à ces deux grands ballons
Qui s'en vont dans l'air pur
À l'aventure.

38. "Nos souvenirs qui chantent"
 
 
 
Text by Robert Tatry
Music by Francis Poulenc

Sous les reflets de lune vaporeuse,
Tu me parlais à l'heure où tout s'endort,
Et je sentais, dans la nuit radieuse,
Longuement, éperdument, mon coeur battre plus fort.
 
En suivant le bord de l'étang,
Nous marchions tous les deux;
Comme il me semble loin, le temps
De nos premiers aveux!
 
Soudain, tout près d'un vieux saule,
Nous nous sommes embrassés;
Tel un bonheur qui vous frôle,
Notre amour était né.
 
Sous les reflets de lune vaporeuse, etc.
 
Ah! je te revois!
Un souffle d'allégresse
Chante en moi le doux émoi
Des beaux soirs d'autrefois!

39. "Priez pour paix"
 
 
 
Text by Charles, Duc d'Orléans (1394-1465)
Music by Francis Poulenc

Priez pour paix Doulce Vierge Marie
Reyne des cieulx et du monde maîtresse
Faictes prier par vostre courtoisie
Saints et Saintes et prenez vostre adresse
Vers vostre Fils Requerant sa haultesse
Qu'il Lui plaise son peuple regarder
Que de son sang a voulu racheter
En deboutant guerre qui tout desvoye
De prières ne vous
Vueillez lasser
Priez pour paix
Priez pour paix
Le vray trésor de joye.

40. "Reine des mouettes"
 
 
 
Text by Louise de Vilmorin (1902-1969)
Music by Francis Poulenc

Reine des mouettes, mon orpheline
Je t'ai vue rose, je m'en souviens
Sous les brumes mousselines
De ton deuil ancien
Rose d'aimer le baiser qui chagrine
 
Tu te laissais accorder à mes mains
Sous les brumes mousselines
Voiles de nos liens
Rougis, rougis mon baiser te devine
Mouette prise aux noeuds des grands chemins
 
Reine des mouettes, mon orpheline
Tu étais rose,
accordée à mes mains
Rose sous les mousselines
Et je m'en souviens.

41. "Rôdeuse au front de verre"
 
 
 
Text by Paul Eluard (1895-1952)
Music by Francis Poulenc

Rôdeuse au front de verre,
Son coeur s'inscrit dans une étoile noire.
Ses yeux montrent sa tête,
Ses yeux ont la fraîcheur de l'été,
La chaleur de l'hiver.
Ses yeux s'ajourent, rient très fort.
Ses yeux joueurs gagnent leur part de clarté.
Rôdeuse au front de verre.

42. "Sourie et Mourie"
 
 
 
Text by Max Jacob (1876-1944)
Music by Francis Poulenc

Sourie et Mourie, rat blanc,
souris noire, venus dans l'armoire
pour apprendre à l'araignée
à tisser sur le métier
un beau drap de toile.
Expédiez-le à Paris,
à Quimper, à Nantes,
c'est de bonne vente!
mettez les sous de côté,
vous acheterez un pré,
des pommiers pour la saison
et trois belles vaches,
un boeuf pour faire étalon.
Chantez, les rai nettes,
car voici la nuit qui vient,
la nuit on les entend bien,
crapauds et grenouilles,
écoutez, mon merle et ma pie qui parle,
écoutez, toute la journée,
vous apprendrez à chanter.

43. "Toréador", Chanson Hispano-Italienne
 
 
 
Text by Jean Cocteau (1889-1863)
Music by Francis Poulenc

Pépita reine de Venise
Quand tu vas sous ton mirador
Tous les gondoliers se disent:
Prends garde... Toréador!
 
Sur ton coeur personne ne règne
Dans le grand palais ou tu dors
Et près de toi la vieille duègne
Guette le Toréador.
 
Toréador brave des braves
Lorsque sur la place Saint marc
Le taureau en fureur qui bave
Tombe tué par ton poignard.
 
Ce n'est pas l'orgueil qui caresse
Ton coeur sous la baouta d'or
Car pour une jeune déesse
Tu brûles toréador.
 
Belle Espagnole
Dans ta gondole
Tu caracoles
Carmencita
Sous ta mantille
Oeil qui pétille
Bouche qui brille
C'est Pépita.
 
C'est demain jour de Saint Escure
Qu'aura lieu le combat à mort
Le canal est plein de voitures
Fêtant le Toréador!
 
De Venise plus d'une belle
Palpite pour savoir ton sort
Mais tu méprises leurs dentelles
Tu souffres Toréador.
 
Car ne voyant pas apparaître.
Caché derrière un oranger,
Pépita seule à sa fenêtre
Tu médites de te venger,
 
Sous ton caftan passe ta dague
La jalousie au coeur te mord
Et seul avec le bruit des vagues
Tu pleures toréador.
 
Belle Espagnole
Dans ta gondole
Tu caracoles
Carmencita
Sous ta mantille
Oeil qui pétille
Bouche qui brille
C'est Pépita.
 
Que de cavaliers! que de monde!
Remplit l'arène jusqu'au bord
On vient de cent lieues à la ronde
T'acclamer Toréador!
 
C'est fait il entre dans l'arène
Avec plus de flegme qu'un lord.
Mais il peut avancer a peine
Le pauvre Toréador.
 
Il ne reste à son rêve morne
Que de mourir sous tous les yeux
En sentant pénétrer des cornes
Dans son triste front soucieux
 
Car Pépita se montre assise
Offrant son regard et son corps
Au plus vieux doge de Venise
Et rit du toréador.
 
Belle Espagnole
Dans ta gondole
Tu caracoles
Carmencita
Sous ta mantille
Oeil qui pétille
Bouche qui brille
C'est Pépita.

44. "Une chanson de porcelaine"
 
 
 
Text by Paul Eluard (1895-1952)
Music by Francis Poulenc

Une chanson de porcelaine bat des mains
Puis en morceaux mendire et meurt
Tu te souviendras d'elle pauvre et nue
Matin des loups et leur morsure est un tunnel
D'où tu sors en robe de sang à rougir de la nuit
Que de vivants à retrouver
Que de lumières à éteindre
Je t'appellerai Visuelle
Et multiplierai ton visage.

45. "Violon"
 
 
 
Text by Louise de Vilmorin (1902-1969)
Music by Francis Poulenc

Couple amoureux aux accents méconnus
Le violon et son joueur me plaisent.
Ah! j'aime ces gémissements tendus
Sur la corde des malaises.
Aux accords sur les cordes des pendus
À l'heure où les Lois se taisent
Le coeur en forme de fraise
S'offre à l'amour comme un fruit inconnu.

46. "Benalité"
 
 
 
Texts by Guillaume Apollinaire (Wilhelm Kostrowicki) (1880-1918)
 
Music by Francis Poulenc
     a) Chanson d'Orkenise
     b) Hôtel
     c) Fagnes de Wallonie
     d) Voyage à Paris
     e) Sanglots

a) Chanson d'Orkenise
 
 
Par les portes d'Orkenise
Veut entrer un charretier.
Par les portes d'Orkenise
Veut sortir un va-nu-pieds.
 
Et les gardes de la ville
Courant sus au va-nu-pieds:
"Qu'emportes-tu de la ville?"
"J'y laisse mon coeur entier."
 
Et les gardes de la ville
Courant sus au charretier:
"Qu'apportes-tu dans la ville?"
"Mon coeur pour me marier."
 
Que de coeurs dans Orkenise!
Les gardes riaient, riaient,
Va-nu-pieds, la route est grise,
L'amour grise, ô charretier.
 
Les beaux gardes de la ville
Tricotaient superbement;
Puis les portes de la ville
Se fermèrent lentement.

b) Hôtel
 
 
Ma chambre a la forme d'une cage,
Le soleil passe son bras
Par la fenêtre.
Mais moi qui veux fumer
Pour faire des mirages,
J'allume au feu du jour
Ma cigarette.
Je ne veux pas travailler,
Je veux fumer.

c) Fagnes de Wallonie
 
 
Tant de tristesses plénières
Prirent mon coeur aux fagnes désolées
Quand las j'ai reposé dans les sapinières
Le poids des kilomètres pendant que râlait
Le vent d'ouest.
 
J'avais quitté le joli bois,
Les écureuils y sont restés.
Ma pipe essayait de faire des nuages
Au ciel qui restait pur obstinément.
Je n'ai confié aucun secret
Sinon une chanson énigmatique
Aux tourbières humides.
 
Les bruyères fleurant le miel
Attiraient les abeilles,
Et mes pieds endoloris
Foulaient les myrtilles et les airelles.
 
Tendrement mariée
Nord nord la vie s'y tord
En arbres forts et tors.
La vie y mord la mort
A belles dents, à belles dents
Quand bruit le vent.

d) Voyage à Paris
 
 
Ah! la charmante chose
Quitter un pays morose
Pour Paris
Paris joli
Qu'un jour dût créer l'Amour.

e) Sanglots
 
 
Notre amour est réglé par les calmes étoiles.
Or nous savons qu'en nous beaucoup d'hommes respirent
Que vinrent de trés loin et sont un sous nos fronts.
 
C'est la chanson des rêveurs
Qui s'étaient arraché le coeur
Et le portaient dans la main droite.
 
Souviens-t'en cher orgueil de tous ces souvenirs
Des marins qui chantaient comme des conquérants.
Des gouffres de Thulé, des tendres cieux d'Ophir,
Des malades maudits, de ceux qui fuient leur ombre,
Et du retour joyeux des heureux émigrants.
 
De ce coeur il coulait du sang
Et le rêveur allait pensant
A sa blessure délicate
 
Tu ne briseras pas la chaîne de ces causes
 
Et douloureuse et nous disait
 
Qui sont les effets d'autres causes.
 
Mon pauvre coeur, mon coeur brisé
Pareil au coeur de tous les hommes
 
Voici nos mains que la vie fit esclaves
 
Est mort d'amour ou c'est tout comme
Est mort d'amour et le voici.
Ainsi vont toutes choses,
Arrachez donc le vôtre aussi.
 
Et rien ne sera libre jusq'à la fin des temps.
 
Laissons tout aux morts
Et cachons nos sanglots.

47. "Chansons gaillardes"
 
 
 
Text by Anonymous, 17th cent.
 
Music by Francis Poulenc 
     a) La maîtresse volage
     b) Chanson à boire
     c) Madrigal
     d) Invocation aux Parques
     e) Couplets bachiques
     f) L'offrande
     g) La belle jeunesse
     h) Sérénade

a) La maîtresse volage
 
 
Ma maîtresse est volage,
Mon rival est heureux;
S'il a son pucelage,
C'est qu'elle en avait deux.
Et vogue la galère,
Tant qu'elle pourra voguer.

b) Chanson à boire
 
 
Les rois d'Egypte et de Syrie,
Voulaient qu'on embaumât leurs corps,
Pour durer plus longtemps morts.
Quelle folie!
Buvons donc selon notre envie,
Il faut boire et reboire encore.
Buvons donc toute notre vie,
Embaumons-nous. avant la mort.
Embaumons-nous;
Que ce baume est doux.

c) Madrigal
 
Vous êtes belle come un ange,
Douce comme un petit mouton;
Il n'est point de coeur, Jeanneton,
Qui sous votre loi ne se range.
Mais une fille sans têtons
Est une perdrix sans orange.

d) Invocation aux Parques
 
 
Je jure, tant que je vivrai,
De vous aimer, Sylvie.
Parques, qui dans vos mains tenez
Le fil de notre vie,
Allongez, tant que vous pourrez,
Le mien, je vous en prie.

e) Couplets bachiques
 
Je suis tant que dure le jour
Et grave et badin tour a tour.
Quand je vois un flacon sans vin,
Je suis grave, je suis grave,
Est-il tout plein, je suis badin.
Je suis tant que dure le jour
Et grave et badin tour a tour.
Quand ma femme dort au lit,
Je suis sage, je suis sage,
Quand ma femmme dort au lit
Je suis sage toute la nuit.
Si catin au lit me tient
Alors je suis badin
Ah! belle hotesse, versez-moi du vin
Je suis badin, badin, badin.

f) L'offrande
 
Au dieu d'Amour une pucelle
Offrit un jour une chandelle,
Pour en obtenir un amant.
Le dieu sourit de sa demande
Et lui dit: Belle en attendant
Servez-vous toujours de l'offrande.

g) La belle jeunesse
 
 
Il fut s'áimer toujours
Et ne s'épouser guere.
Il faut faire l'amour
Sans curé ni notaire.
Cessez, messieurs, d'être épouseurs,
Ne visez qu'aux tirelires,
Ne visez qu'aux tourelours,
Cessez, messieurs, d'etre épouseurs,
Ne visez qu'aux curs
Cessez, messieurs, d'être épouseurs,
Holà messieurs, ne visez plus qu'aux curs.
Pourquoi se marier,
Quand la femme a des autres
Ne se font pas prier
Pour devenir les notres.
Quand leurs ardeurs,
Quand leurs faveurs,
Cherchent nos tirlires,
Cherchent nos tourelours,
Cherchent nos coeurs.

h) Sérénade
 
Avec une si belle main,
Que servent tant de charmes,
Que vous tenez du dieu malin,
Bien manier les armes.
Et quand cet Enfant est chagrin
Bien essuyer ses larmes.

48. "Osiem pies'ni polskich"
 
 
 
Texts by Franciszek Kowalksi (1799-1862), Stefan Witwicki , Maurycy Goslawski (1802 ??), Raynold Suchodolski
 
Music by Francis Poulenc

     a) Wianek
     b) Odjazd
     c) Polska Mlodziez
     d) Ostatni Mazur
     e) Pozegnanie
     f) Biala chora`giewka
     g) Wisla
     h) Jezioro

a) Wianek
 
Text by Franciszek Kowalksi (1799-1862)
 
 
Targa swéj wianeczek
W rzewnych lzach dziewzyna,
Ze jej kochaneczek
Idzie do Lublina.
 
Bo w Lublinie sa` Krakusy,
Zwawe chlopcy i wiarusy.
"Nie idz', nie idz' Janku,
s'mierc' tam grozi tobie,
 
Czyz ja bez ustanku,
Plakac' mam w zalobie?"
"Us'mierz dziewcze` swe katusze,
Ja Ojczyz'nie sluzyc' musze`."
 
"Wie`c ty z soba` razem,
Zabierz swa` dziewczyne`,
Jak zginiesz zelazem,
I ja z toba` zgine`."

b) Odjazd
 
Text by Stefan Witwicki
 
 
 
Rzy koniczek mój bulany,
Pus'c'cie, czas juz czas!
Matko, ojcze mój kochany,
Zegnam, zegnam was.
 
Cózby zycie warte bylo,
Gdybym gnus'nie zgasl?
Dosyc', dosyc' sie` marzylo,
Teraz nie ten czas.
 
Zdala slysze` tra`b halasy,
Dobosz w be`ben grzmi,
Rzucam, rzucam slodkie czasy,
Blogoslawcie mi!

c) Polska Mlodziez
 
Folksong
 
 
 
Polska mlodziez niech nam zyje,
Nikt jej nie przesadzi,
Bo jej re`ka dobrze bije,
Glowa dobrze radzi,
 
Pogne`bieni, zapomnieni,
Od calego s'wiata,
Wlasnych balis'my sie` cieni,
Brat unikal brata.
 
Niech do boju kazdy biegnie,
Pie`kne tam skonanie,
Za jednego, który legnie,
Sto ms'cicieli wstanie.
 
Zawsze Polak mial nadzieje`
W mocy Niebios Pana,
On w nas jednos'c', zgode` wleje,
A przy nas wygrana.

d) Ostatni Mazur
 
Folksong
 
 
 
Jeszcze jeden mazur dzisiaj, nim poranek s'wita,
"Czy pozwoli Pana Krzysia?" mlody ulan pyta.
I tak dlugo blaga, prosi, boc' to w polskiej ziemi:
W pierwsza pare` ja` ponosi, a sto par za niemi.
 
On cos' pannie szepce w uszko, i ostroga` dzwoni,
Pannie tlucze sie` serduszko, iliczko sie` ploni.
Cyt, serduszko, nie plon' liczka, bo ulan niestaly:
O pól mili wre potyczka, slychac' pierwsze strzaly.
 
Slychac' strzaly, glos pobudki, dalej na kon', hurra!
Lube dziewcze` porzuc' smut ki, dokon'czym mazura.
Jeszcze jeden kra`g dokola, jeden us'cisk bratni,
Trabka budzi, na kon' wola, mazur to ostatni.

e) Pozegnanie
 
Text by Maurycy Goslawski (1802-??)
 
 
 
Widzisz dziewcze` chora`giewke`,
Co przy mojej lancy drzy?
Zas'piewam ci o niej s'piewke`,
Ona piekna tak jak ty.
 
Nie placz luba, bywaj zdrowa,
Lzy na cie`zsze zostaw dnie:
Co Bóg sa`dzi, bywaj zdrowa,
Moze wróce`, moze nie.

f) Biala Chora`giewka
 
Text by Raynold Suchodolski
 
 
 
Warszawianka dla kochanka szyla biala` chora`giewke`,
To plakala, to wzdychala, s'la`c modly do Boga.
Warszawiaczek zrzucil fraczek
Przeciw cara jest czamara,
Kulka w rurke`, proch w panewke`,
I dalej na wroga.

g) Wisla
 
Folksong (Krakowiak)
 
 
 
Plynie Wisla plynie,
Po polskiej krainie,
A dopóki plynie,
Polska nie zaginie.
 
Zobaczyla Kraków,
W net go pokochala:
I w dowód milos'ci
W ste`ga` opasala.
 
Bo ten polski naród
Ten ma urok w sobie,
Kto go raz pokochal,
Nie zapomni w grobie.

h) Jezioro
 
Folksong
 
 
 
O jezioro, jezioro:
Bystra woda w tobie jest.
Wionku z maryjonku,
Na glowie mi wie`dniejesz.
 
Jakze ja nie mam wie`dniec'?
Gdy juz nie jestem caly.
Zielone listeczki, modre fijolecki
Ze mnie juz opadaja`.

49. "Quatre Chansons pour enfant"
 
 
 
Texts by Jaboune (Jean Nohain)
Music by Francis Poulenc

     a) La tragique histoire du petit René
     b) Nous voulons une petite soeur
     c) Le petit garçon trop bien portant
     d) Monsieur Sans-Souci (Il fait tout lui-même)

a) La tragique histoire du petit René
 
 
Avec mon face-à-main
Je vois ce qui se passe
Chez Madame Germain
Dans la maison d'en face.
 
Les deux filles cadettes
Préparent le repas,
Reprisent les chaussettes
Et font le lit de leur papa.
 
Emma s'occupe du balai,
Paul va chercher le lait,
Mais le petit René
Quoique étant l'ainé
 
Fait rougir la maisonnée
D'un bout de l'année
A l'autre bout de l'année,
Il met les doigts dans son nez.
 
Les sermons, les discours
Dont ses parents le bourrent
Semblent tomber toujours
Dans l'oreille d'un sourd.
 
Sa mère consternée
A beau le sermonner,
Le priver de dîner,
Et lui donner le martinet,
L'enfermer dans les cabinets,
Il se met les doigts dans le nez
D'un bout de l'année
A l'autre bout de l'année,
C'est sa triste destinée,
Pauvre petit René,
Pour en terminer,
On a dû lui couper le nez.

b) Nous voulons une petite soeur
 
 
Madame Eustache a dix-sept filles,
Ce n'est pas trop, mais c'est assez.
La jolie petite famille,
Vous avez dû, dû, dû la voir passer.
Le vingt décembre on les appelle:
Que voulez-vous, mesdemoiselles, pour votre Noël?
 
Voulez-vous une boîte à poudre?
Voulez-vous de petits mouchoirs?
Un petit nécessaire à coudre?
Un perroquet sur son perchoir?
Voulez-vous un petit ménage?
Un stylo qui tache les doigts?
Un pompier qui plonge et quinage?
Une vase à fleurs presque chinois?
Mais les dix-sept enfants en choeur
Ont répondu: Non, non, non, non, non.
Ce n'est pas ça que nous voulons,
Nous voulons une petite soeur
Ronde et joufflue comme un ballon
Avec un petit nez farceur,
Avec les cheveux blonds,
Avec la bouche en coeur,
Nous voulons une petite soeur.
 
L'hiver suivant, elles sont dix-huit,
Ce n'est pas trop, mais c'est assez.
Noël approche et les petites
Sont bien emba, ba, ba,
Sont vraiment embarrassées.
Madame Eustache les appelle:
Décidez-vous, mesdemoiselles, pour votre Noël.
Voulez-vous un mouton qui frise?
Voulez-vous un réveill-matin?
Un coffret d'alcool dentifrice?
Trois petits coussins de satin?
Voulez-vous une panoplie
De danseuse de l'Opéra?
Un petit fauteuil qui se plie
Et que l'on porte sous son bras?
Mais les dix-huit enfants en choeur
Ont répondu: Non, non, non, non, non.
Ce n'est pas ça que nous voulons,
Nous voulons une petite soeur
Ronde et joufflue comme un ballon
Avec un petit nez farceur,
Avec les cheveux blonds,
Avec la bouche en coeur,
Nous voulons une petite soeur.
 
Elles sont dix-neuf l'année suivante,
Ce n'est pas trop, mais c'est assez.
Quand revient l'époque émouvante,
Noël va de nou, nou,
Noël va de nouveau passer.
Madame Eustache les appelle:
Décidez-vous, mesdemoiselles, pour votre Noël.
Voulez-vous des jeux excentriques
Avec des piles et des moteurs?
Voulez-vous un ours électrique?
Un hippopotame à vapeur?
Pour coller des cartes postales,
Voulez-vous un superbe album?
Une automobile à pédales?
Une bague en aluminium?
Mais les dix-neuf enfants en choeur
Ont répondu: Non, non, non, non, non.
Ce n'est pas ça que nous voulons.
Nous voulons deux petites jumelles,
Deux soeurs exactement pareilles,
Deux soeurs avec des cheveux blonds!
Leur mère a dit: C'est bien,
Mais il n'y a pas moyen.
Cette année vous n'aurez rien, rien, rien.

c) Le petit garçon trop bien portant
 
 
Ah! mon cher docteur, je vous écris,
Vous serez un peu surpris.
Je ne suis vraiment pas content
D'être toujours trop bien portant.
Je suis gras, trois fois trop.
J'ai des bras beaucoup trop gros.
Et l'on dit, en me voyant:
"Regardez-le, c'est effrayant,
Quelle santé, quelle santé!
Approchez, on peut tâter!"
Ah! mon cher docteur, c'est un enfer,
Vraiment, je ne sais plus quoi faire.
Tous les gens disent à ma mère;
"Bravo, ma chère, il est en fer!"
J'ai René, mon aîné,
Quand il faut être enrhumé,
Ça lui tombe toujours sur les nez.
Les fluxions, Attention!
C'est pour mon frère Adrien!
Mais moi, je n'attrape jamais rien!
Et pourtant j'ai beau, pendant l'hiver,
M'exposer aux courants d'air,
Manger à tort à travers
Tous les fruits verts, y a rien à faire.
Hélas, je sais que lorsqu'on a la rougeole,
On reste au lit, mais on ne va plus à l'école.
Vos parents sont près de vous, il vous cajolent.
Et l'on vous dit
Des tas de petits mots gentils.
Votre maman, constamment
Vous donne des médicaments.
Ah! mon cher docteur, si vous étiez gentil,
Vous auriez pitié!
Je sais bien ce que vous feriez,
Les pilules que vous m'enverriez!
Être bien portant tout le temps,
C'est trop embêtant.
Je vous en supplie, docteur,
Pour une fois, ayez bon coeur,
Docteur, une seule fois.
Rendez-moi malade, malade, malade
Pendant une heure!

d) Monsieur Sans-Souci (Il fait tout lui-même)
 
 
Quand les gens
Ont beaucoup d'argent
Pour leur service
Ils ont, dit-on:
Larbins, nourrices
Et marmitons.
Ce n'est pas ainsi
Chez Monsieur Sans-Souci.
 
Il fait tout lui-même
Dans sa petite maison.
C'est le bon système:
Il a bien raison!
Il frotte, il astique:
Pas de domestique.
 
Son plancher reluit,
Qu'on est bien chez lui!
Les petits plats qu'il aime,
Il se les fait lui-même
Et puis, il se dit: "Merci",
Monsieur Sans-Souci.
 
Au printemps,
Il est bien content,
Le jardinage
Prend tout son temps.
Malgré son âge,
C'est en chantant
Des airs d'antan
Qu'il se met à l'ouvrage.
Il fait tout lui-même
Dans son petit jardin,
Et les fleurs qu'il aime,
Il les a pour rien.
Il bêche, il arrose,
Il taille ses roses,
Et dans sa villa,
C'est plein de lilas.
Il a des chrysanthèmes
Qu'il cueille pour lui-même
Et pour les dames aussi,
Monsieur Sans-Souci.
 
Le bon vieux
N'est jamais envieux
Il se contente
Toujours de peu.
Rien ne le tente:
Il est heureux.
Son seul désir.
C'est de vous faire plaisir.
Il fait tout lui-même
Pour qu'on soit content.
Tout le monde l'aime,
Il vivra longtemps.
Il est centenaire
Et déjà Saint-Pierre
L'attend, m'a-t-on dit,
Dans son paradis.
Il entrera sans peine,
Et près du Bon Dieu lui-même
Nous le verrons assis,
Monsieur Sans-Souci.

50. "Tel jour Telle nui"
 
 
 
Texts by Paul Eluard (1895-1952)
Music by Francis Poulenc

      a) Bonne journée
     b) Une ruine coquille vide
     c) Le front comme un drapeau perdu
     d) Une roulotte couverte en tuiles
     e) A toutes brides
     f) Une herbe pauvre
     g) Je n'ai envie que de t'aimer
     h) Figure de force brûlante et farouche
     i) Nous avons fait la nuit

a) Bonne journée
 
Bonne journée j'ai revu qui je n'oublie pas
Qui je n'oublierai jamais
Et des femmes fugaces dont les yeux
Me faisaient une haie d'honneur
Elles s'enveloppèrent dans leurs sourires.
 
Bonne journée j'ai vu mes amis sans soucis
Les hommes ne pesaient pas lourd
Un qui passait
Son ombre changée en souris
Fuyait dans le ruisseau.
 
J'ai vu le ciel très grand
Le beau regard des gens privés de tout
Plage distante où personne n'aborde.
 
Bonne journée journée qui commença mélancolique
Noire sous les arbres verts
Mais qui soudain trempée d'aurore
M'entra dans le coeur par surprise.

b) Une ruine coquille vide
 
Une ruine coquille vide
Pleure dans son tablier
Les enfants qui jouent autour d'elle
Font moins de bruit que des mouches.
 
La ruine s'en va à tâtons
Chercher ses vaches dans un pré
J'ai vu le jour je vois cela
Sans en avoir honte.
 
Il est minuit comme une flèche
Dans un coeur à la portée
Des folâtres lueurs nocturnes
Qui contredisent le sommeil.

c) Le front comme un drapeau perdu
 
 
Le front comme un drapeau perdu
Je te traîne quand je suis seul
Dans des rues froides
Des chambres noires
En criant misère.
 
Je ne veux pas les lâcher
Tes mains claires et compliquées
Nées dans le miroir clos des miennes.
 
Tout le reste est parfait
Tout le reste est encore plus inutile
Que la vie.
 
Creuse la terre sous ton ombre.
 
Une nappe d'eau près des seins
Où se noyer
Comme une pierre.

d) Une roulotte couverte en tuiles
 
Une roulotte couverte en tuiles
Le cheval mort un enfant maître
Pensant le front bleu de haine
A deux seins s'abattant sur lui
Comme deux poings.
 
Ce mélodrame nous arrache
La raison du coeur.

e) A toutes brides
 
A toutes brides toi dont la fantôme
Piaffe la nuit sur un violon
Viens régner dans les bois.
 
Les verges de l'ouragan
Cherchent leur chemin par chez toi
Tu n'es pas des celles
Dont on invente les désirs.
Viens boire un baiser par ici
Cède au feu qui te désespère.

f) Une herbe pauvre
 
Une herbe pauvre
Sauvage
Apparut dans la neige.
C'était la santé.
Ma bouche fut émerveillé
Du goût d'air put qu'elle avait.
Elle était fanée.

g) Je n'ai envie que de t'aimer
 
Je n'ai envie que de t'aimer
Un orage emplit la vallée
Un poisson la rivière
 
Je t'ai faite à la taille de ma solitude.
 
Le monde entier pour se cacher
Des jours des nuits pour se comprendre
Pour ne plus rien voir dans tes yeux
Que ce que je pense de toi
Et d'un monde à ton image
Et des jours et des nuits réglés par tes paupières.

h) Figure de force brûlante et farouche
 
Figure de force brûlante et farouche
Cheveux noire où l'or coule vers le sud
Aux nuits corrompues
Or englouti étoile impure
Dans un lit jamais partagé.
 
Aux veines des tempes
Comme aux bouts des seins
La vie se refuse.
Les yeux nul ne peut les crever
Boire leur éclat ni leurs larmes.
Le sang au-dessus d'eux triomphe pour lui seul.
 
Intraitable démesurée
Inutile
Cette santé bâtit une prison.

i) Nous avons fait la nuit
 
Nous avons fait la nuit
Je tiens ta main je veille
Je te soutiens de toutes mes forces
Je grave sur un roc l'étoile de mes forces.
 
Sillons profonds où la bonté de ton corps germera
Je me répète ta voix cachée ta voix cachée ta voix publique
 
Je ris encore de l'orgueilleuse
Que tu traites comme une mendiante
Des fous que tu respectes
Des simples où tu te baignes.
 
Et dans ma tête qui se met doucement d'accord
Avec la tienne avec la nuit
Je m'émerveille de l'inconnue que tu deviens
Une inconnue semblable à toi
Semblable à tout ce que j'aime
Qui est toujours nouveau.