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Maurice Ravel

(1875 - 1937)

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The Lieder of Maurice Ravel


Lieder – index:


1. Ballade de la reine morte d'aimer
2. Canzone italiana
3. Chanson écossaise
4. Chanson Française (chant populaire limousin)
5. La chanson du rouet
6. Les grands vents venus d'outremer
7. Manteau de fleurs
8. Noël des jouets
9. Rêves
10. Ronsard à son âme
11. Sainte
12. Si morne!
13. Sur l'herbe
14. Tripatos
15. Un grand sommeil noir 
16. "Chansons madécasses"
      a) Nahandove
      b) Aoua!
      c) Il est doux 
17. "Cinq Mélodies Populaires Grecques"
      a) Chanson de la mariée
      b) Là-bas, vers l'église
      c) Quel Galant m'est comparable
      d) Chanson des cueilleuses de lentisques
      e) Tout gai!  
18. "Deux Mélodies Hébraïques"
      a) Kaddisch
      aa) Kaddisch
      b) L'Énigme éternelle
      bb) L'Énigme éternelle  
19. "Don Quichotte à Dulcinée"
      a) Chanson romanesque
      b) Chanson épique
      c) Chanson à boire  
20. "Épigrammes de Clément Marot"
      a) D'Anne qui me jecta de la neige
      b) D'Anne jouant de l'espinette 
21. "Histoires Naturelles"
      a) Le Paon
      b) Le Grillon
      c) Le Cygne
      d) Le Martin-Pêcheur
      e) Le Pintade 
22. "Shéhérazade"
      a) Asie
      b) La Flûte enchantée
      c) L'Indifférent 
23. "Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé"
      a) Soupir
      b) Placet futile
      c) Surgi de la croupe et du bond

1. "Ballade de la reine morte d'aimer"
 
 
Text by Roland de Marès (1874-1955)
Music by Maurice Ravel, 1893

En Bohême était une Reine,
Douce soeur du Roi de Thulé,
Belle entre toutes les Reines,
Reine par sa toute Beauté.
 
Le grand Trouvère de Bohême
Un soir triste d'automne roux
Lui murmura le vieux: "Je t'aime!"
Âmes folles et coeurs si fous!...
 
Et la Très Belle toute blanche
Le doux Poète tant aima
Que sur l'heure son âme blanche
Vers les étoiles s'exhala...
 
Les grosses cloches de Bohême
Et les clochettes de Thulé
Chantèrent l'Hosanna suprême
De la Reine morte d'aimer.

2. "Canzone italiana"
 
 
Text by Anonymous
Music by Maurice Ravel

M'affaccio la finestra e vedo l'onde,
Vedo le mie miserie che sò granne!
Chiamo l'amòre mio, nun m'arrisponde!
Chiamo l'amòre mio, nun m'arrisponde!

3. "Ye banks and braes o' bonnie Doon"
 
 
Text by Robert Burns (1759-1796) "Ye banks and braes" (1791)
Music by Maurice Ravel, "Scottish Song"
 
See also: 

James Miller, "Ye banks and braes"

Ye banks and braes o' bonnie Doon,
How can ye bloom sae fresh and fair?
How can ye chaunt, ye little birds,
And I'm sae weary fu' o' care?
Ye'll break my heart, ye warbling bird,
That warbles on the flowry thorn,
Ye mind me o' departed joys.
Departed never to return.
 
Oft hae I rov'd by bonnie Doon,
By morning and by evening shine
To hear the birds sing o' their loves
As fondly once I sang o' mine.
 
Wi' lightsome heart I stretch'd my hand
And pu'd a rosebud from the tree.
But my fause lover stole the rose,
And left the thorn wi' me.

4. "Chanson Française", Chant populaire limousin
 
 
Text: Folk song
Music by Maurice Ravel

Janeta ount anirem gardar,
Qu'ajam boun tems un'oura? Lan la!
Aval, aval, al prat barrat;
la de tan belas oumbras!
Lan la!
Lou pastour quita soun mantel,
Per far siere Janetan Lan la!
Janeta a talamen jougat,
Que se ies oublidada, Lan la!

5. "La chanson du rouet"
 
 
Text by Charles-Marie-René Leconte de Lisle (1818-1894)
Music by Maurice Ravel

Ô mon cher rouet, ma blanche bobine,
Je vous aime mieux que l'or et l'argent!
Vous me donnez tout, lait, beurre et farine,
Et la gai logis, et le vêtement.
Je vous aime mieux que l'or et l'argent!
Ô mon cher rouet, ma blanche bobine!
 
Ô mon cher rouet, ma blanche bobine,
Vous chantez dès l'aube avec les oiseaux;
Été comme hiver, chanvre ou laine fine,
Par vous, jusqu'au soir, charge les fuseaux.
Vous chantez dès l'aube avec les oiseaux;
Ô mon cher rouet, ma blanche bobine!
 
Ô mon cher rouet, ma blanche bobine,
Vous me filerez mon suaire étroit,
Quand, près de mourir, et courbant l'échine,
Je ferai mon lit éternel et froid.
Vous me filerez mon suaire étroit,
Ô mon cher rouet, ma blanche bobine!

6. "Les grands vents venus d'outremer"
 
 
Text by Henri de Régnier (1864-1936)
Music by Maurice Ravel

Les grands vents venus d'outremer
Passent par la ville, l'hiver,
Comme des étrangers amers.
 
Ils se concertent, graves et pâles,
Sur les places, et leurs sandales
Ensablent le marbre des dalles.
 
Comme de crosses à leurs mains fortes,
Ils heurtent l'auvent et la porte
Derrière qui l'horloge est morte.
 
Et les adolescents amers
S'en vont avec eux vers la mer.

7. "Manteau de fleurs"
 
 
Text by Paul Gravollet
Music by Maurice Ravel

Toutes les fleurs de mon jardin sont roses,
Le rose sied à sa beauté.
Les primevères sont les premières écloses,
Puis viennent les tulipes et les jacinthes roses,
Les jolis oeillets, les si belles roses,
Toute la variété des fleurs si roses
Du printemps et de l'été!
Le rose sied à sa beauté!
Toutes mes pivoines sont roses,
Roses aussi sont mes glaïeuls,
Roses mes géraniums; seuls,
Dans tout ce rose un peu troublant,
Les lys ont le droit d'être blancs.
Et quand elle passe au milieu des fleurs
Emperlées de rosée en pleurs,
Dans le parfum grisant des roses,
Et sous la caresse des choses
Tout grâce, amour, pureté!
Les fleurs lui font un manteau rose
Dont elle pare sa beauté.

8. "Noël des jouets"
 
 
Text by Maurice Ravel
Music by Maurice Ravel

Le troupeau verni des moutons
Roule en tumulte vers la crêche
Les lapins tambours, brefs et rêches,
Couvrent leurs aigres mirlitons.
Vierge Marie, en crinoline.
Ses yeux d'émail sans cesse ouverts,
En attendant Bonhomme hiver
Veille Jésus qui se dodine
Car, près de là, sous un sapin,
Furtif, emmitoufflé dans l'ombre
Du bois, Belzébuth, le chien sombre,
Guette l'Enfant de sucre peint.
Mais les beaux anges incassables
Suspendus par des fils d'archal
Du haut de l'arbuste hiémal
Assurent la paix des étables.
Et leur vol de clinquant vermeil
Qui cliquette en bruits symétriques
S'accorde au bétail mécanique
Dont la voix grêle bêle:
"Noêl! Noêl! Noêl"

9. "Rêves"
 
 
Text by Léon-Paul Fargue (1878-1947)
Music by Maurice Ravel

Un enfant court
Autour des marbres...
Une voix sourd
Des hauts parages...
 
Les yeux si graves
De ceux qui t'aiment
Songent et passent
Entre les arbres...
 
Aux grandes orgues
De quelque gare
Grnde la vague
Des vieux départs...
 
Dans un vieux rêve
Au pays vague
Des choses brèves
Qui meurent sages...

10. "Ronsard à son âme"
 
 
Text by Pierre de Ronsard (1524-1585)
Music by Maurice Ravel

Amelette Ronsardelette,
Mignonnelette, doucelette,
Trés chére hostesse de mon corps,
Tu descens là-bas, faiblelette,
Pasle, maigrelette, seulette,
Dans le froid royaume des mors;
Toutesfois simple, sans remors
De meurtre, poison, et raucune,
Méprisant faveurs et trésors,
Tant enviez par la commune.
Passant, j'ay dit: suy ta fortune,
Ne trouble mon repos, je dors.

11. "Sainte"
 
 
Text by Stéphane Mallarmé (1842-1898)
Music by Maurice Ravel

À la fenêtre recélant
Le santal vieux qui se dédore
De la viole étincelant
Jadis selon flûte ou mandore
 
Est la sainte pâle étalant
Le livre vieux qui se déplie
Du Magnificat ruisselant
Jadis selon vêpre ou complie
 
A ce vitrage d'ostensoir
Que frôle une harpe par l'Ange
Formée avec son vol du soir
Pour la délicate phalange
 
Du doigt que sans le vieux santal
Ni le vieux livre elle balance
Sur le plumage instrumental,
Musicienne du silence.

12. "Si morne!"
 
 
Text by Emile Verhaeren (1855-1916)
Music by Maurice Ravel

Se replier sur soi-même, si morne!
Comme un drap lourd, qu'aucun dessin de fleur n'adorne.
Se replier, s'appesantir et se tasser
Et se toujours, en angles noirs et mats, casser.
 
Si morne! et se toujours interdire l'envie
De tailler en drapeaux l'étoffe de sa vie.
Tapir entre les plis ses mauvaises fureurs
Et ses rancoeurs et ses douleurs et ses erreurs.
 
Ni les frissons soyeux, ni les moires fondantes
Mais les pointes en soi des épingles ardents.
Oh! le paquet qu'on pousse ou qu'on jette à l'écart,
Si morne et lourd, sur un rayon, dans un bazar.
 
Déjà sentir la bouche âcre des moisissures
Gluer, et les taches s'étendre en leurs morsures.
Pourrir, immensément emmaillotté d'ennui;
Être l'ennui qui se replie en de la nuit.
 
Tandis que lentement, dans les laines ourdies,
De part en part, mordent les vers des maladies.

13. "Sur l'herbe"
 
 
Text by Paul Verlaine (1844-1896)
Music by Maurice Ravel

L'abbé divague. -Et toi, marquis,
Tu mets de travers ta perruque.
-Ce vieux vin de Chypre est exquis;
Moins, Camargo, que votre nuque.
 
-Ma flamme . . . Do, mi, sol, la, si.
-L'abbé, ta noirceur se dévoile.
-Que je meure, mesdames, si
Je ne vous décroche une étoile.
 
-Je voudrais être petit chien!
Embrassons nos bergères, l'une
Après l'autre, Messieurs, eh bien?
Do, mi, sol, Hé! bonsoir la Lune!

14. "Tripatos"
 
 
Text by Anonymous
Music by Maurice Ravel
 
 
Kherya pou dhen idhen ilyos
Poss ta pya noun ivatri.
Keenas me ton alo leyi
Poss dhen ineya zoi.
Tralilila lalalala lililili la

15. "Un grand sommeil noir"
 
 
Text by Paul Verlaine (1844-1896)
Music by Maurice Ravel, "Un grand sommeil noir"
 
See also:

Arthur Honegger (1892-1955), no title, from Quatre chansons pour voix grave no. 3
Igor' Stravinsky (1882-1971), "Sagesse", op. 9 no. 1

Un grand sommeil noir
Tombe sur ma vie:
Dormez, tout espoir,
Dormez, toute envie!
 
Je ne vois plus rien,
Je perds la mémoire
Du mal et du bien...
O la triste histoire!
 
Je suis un berceau
Qu'une main balance
Au creux d'un caveau:
Silence, silence!

16. "Chansons madécasses"
 
 
Text by Evariste Desire de Forges Parny (1753-1814)
Music by Maurice Ravel

      a) Nahandove
      b) Aoua!
      c) Il est doux 

a) Nahandove
 
 
Nahandove, ô belle Nahandove! L'oiseau nocturne a commencé ses
cris, la pleine lune brille sur ma tête, et la rosée naissante
humecte mes cheveux. Voici l'heure: qui peut t'arrêter, Nahahndove,
ô belle Nahandove!
 
Le lit de feuilles est préparé; je l'ai parsemé de
fleurs et d'herbes odoriférantes; il est digne de tes charmes.
Nahandove, ô belle Nahandove!
 
Elle vient. J'ai reconnu la respiration précipitée que donne
une marche rapide; j'entends le froissement de la pagne qui l'enveloppe; c'est
elle, c'est Nahandove, la belle Nahandove!
 
Reprends haleine, ma jeune amie; repose-toi sur mes genoux. Que ton regard
est enchanteur! Que le mouvement de ton sein est vif et délicieux sous
la main qui le presse! Tu souris, Nahandove, ô belle Nahandove!
 
Tes baisers pénètrent jusqu'à l'âme; tes caresses
brûlent tous mes sens; arrête, ou je vais mourir. Meurt-on de
volupté, Nahandove, ô belle Nahandove?
 
Le plaisir passe comme un éclair. Ta douce haleine s'affaiblit, tes
yeux humides se referment, ta tête se penche mollement, et tes
transports s'éteignent dans la langueur. Jamais tu ne fus si belle,
Nahandove, ô belle Nahandove! [...]
 
Tu pars, et je vais languir dans les regrets et les désirs. Je
languirai jusqu'au soir. Tu reviendras ce soir, Nahandove, ô belle
Nahandove!

b) Aoua!
 
 
Méfiez-vous des Blancs, habitants du rivage. Du temps de nos
pères, des Blancs descendirent dans cette île. On leur dit:
Voilà des terres, que vos femmes les cultivent; soyez justes, soyez
bons, et devenez nos frères.
 
Les Blancs promirent, et cependant ils faisaient des retranchements. Un fort
menaçant s'éleva; le tonnerre fut renfermé dans des
bouches d'airain; leurs prêtres voulurent nous donner un Dieu que nouse
ne connaissons pas, ils parlèrent enfin d'obéissance et
d'esclavage. [...]
 
Plutôt la mort. Le carnage fut long et terrible; mais malgré la
foudre qu'ils vormissaient, et qui écrasait des armées
entières, ils furent tous exterminés. Aoua! Méfiez-vous
des Blancs, habitants du rivage.

c) Il est doux
 
 
Il est doux de se coucher, durant la chaleur, sous un arbre touffu, et
d'attendre que le vent du soir amème la fraîcheur.
 
Femmes, approchez. Tandis que je me repose ici sous un arbre touffu, occupez
mon oreille par vos accents prolongés. Répétez la chanson
de la jeune fille, lorsque ses doigts tressent la natte ou lorsqu'assise
auprès du riz, elle chasse les oiseaux avides.
 
Le chant plaît à mon âme. La danse est pour moi presque
aussi douce qu'un baiser. Que vos pas soient lents; qu'ils imitent les
attitudes du plaisir et l'abandon de la volupté.
 
Le vent du soir se lève; la lune commence à briller au travers
des arbres de la montagne. Allez, et préparez le repas.

17. "Cinq Mélodies Populaires Grecques"
 
 
Translated from the Greek by Michel Dimitri Calvocoressi (1877-1944)
Music by Maurice Ravel

      a) Chanson de la mariée
      b) Là-bas, vers l'église
      c) Quel Galant m'est comparable
      d) Chanson des cueilleuses de lentisques
      e) Tout gai!  

a) Chanson de la mariée
 
Réveille-toi, réveille-toi, perdrix mignonne,
Ouvre au matin tes ailes.
Trois grains de beauté, mon coeur en est brûlé!
Vois le ruban d'or que je t'apporte,
Pour le nouer autour de tes cheveux.
Si tu veux, ma belle, viens nous marier!
Dans nos deux familles, tous sont alliés!

b) Là-bas, vers l'église
 
Là-bas, vers l'église,
Vers l'église Ayio Sidéro,
L'église, ô Vierge sainte,
L'église Ayio Costanndino,
Se sont réunis,
Rassemblés en nombre infini,
Du monde, ô Vierge sainte,
Du monde tous les plus braves!

c) Quel Galant m'est comparable
 
Quel galant m'est comparable,
D'entre ceux qu'on voit passer?
Dis, dame Vassiliki?
 
Vois, pendus à ma ceinture,
pistolets et sabre aigu...
Et c'est toi que j'aime!

d) Chanson des cueilleuses de lentisques
 
O joie de mon âme,
Joie de mon coeur,
Trésor qui m'est si cher;
Joie de l'âme et du coeur,
Toi que j'aime ardemment,
Tu es plus beau qu'un ange.
O lorsque tu parais,
Ange si doux
Devant nos yeux,
Comme un bel ange blond,
Sous le clair soleil,
Hélas! tous nos pauvres coeurs soupirent!

e) Tout gai!
 
Tout gai! gai, Ha, tout gai!
Belle jambe, tireli, qui danse;
Belle jambe, la vaisselle danse,
Tra la la la la...

18. "Deux Mélodies Hébraïques"
 
 
Texts: French, Aramaic, Yiddish
Music by Maurice Ravel

      a) Kaddisch
      aa) Kaddisch
      b) L'Énigme éternelle
      bb) L'Énigme éternelle  

a) Kaddisch (French)
 
 
Que ta gloire, ô Roi des rois, soit exaltée, ô toi qui dois renouveler le Monde et ressuciter les trépassés
Ton règne, Adonaï, soit proclamé par nous, fils d'Israël, aujourd'hui, demain, à jamais. Disons tous:
Amen. Qu'il soit aimé, qu'il soit chéri, qu'il soit loué, glorifié ton nom radieux. Qu'il soit béni, sanctifié;
qu'il soit adoré, ton nom qui plane sur les cieux, sur nos louanges, sur nos hymnes, sur toutes nos
bénédictions. Que le ciel clément nous accorde la vie calme, la paix, le bonheur. Ah! ah! ah! ah! Disons
tous: Amen.

aa) Kaddisch (Aramaic, French transliteration)
 
 
Yithgaddal weyithkaddash scheméh rabba be'olmâ diverâ 'khire'outhé veyamli'kh mal'khouté
behayyé'khôn, ouveyome'khôn ouve'hayyé de'khol beth yisraël ba'agalâ ouvizman qariw weimrou. Amen.
Yithbara'kh, weyischtaba'h weyithpaêr weyithromam weyithnassé weyithhaddar weyith'allé weyithhallal
scheméh deqoudschâ beri'kh hou. Le'êlà min kol bir'khatha weschiratha touschbehatha wene'hamathâ
daamirân ah! be'olma ah! ah! ah! ah! Weïmrou Amen.

b) L'Énigme éternelle (French)
 
 
Monde tu nous interroges:
Tra la tra la la la la
L'on répond:
Tra la tra la la la la
Si l'on ne peut te répondre:
Tra la tra la la la la
Monde tu nous interroges:
Tra la tra la la la la

bb) The Eternal Enigma (Yiddish)
 
Frägt die Velt die alte Casche
Tra la tra la la la la
Entfernt men
Tra la tra la la la la
Un as men will kennen sagen
Tra la tra la la la la
Frägt die Velt die alte Casche
Tra la tra la la la la

19. "Don Quichotte à Dulcinée"
 
 
Texts by Paul Morand (1888-1976)
Music by Maurice Ravel 

      a) Chanson romanesque
      b) Chanson épique
      c) Chanson à boire  

a) Chanson romanesque
 
Si vous me disiez que la terre
À tant tourner vous offensa,
Je lui dépêcherais Pança:
Vous la verriez fixe et se taire.
 
Si vous me disiez que l'ennui
Vous vient du ciel trop fleuri d'astres,
Déchirant les divins cadastres,
Je faucherais d'un coup la nuit.
 
Si vous me disiez que l'espace
Ainsi vidé ne vous plaît point,
Chevalier dieu, la lance au poing.
J'étoilerais le vent qui passe.
 
Mais si vous disiez que mon sang
Est plus à moi qu'à vous, ma Dame,
Je blêmirais dessous le blâme
Et je mourrais, vous bénissant.
 
Ô Dulcinée.

b) Chanson épique
 
Bon Saint Michel qui me donnez loisir
De voir ma Dame et de l'entendre,
Bon Saint Michel qui me daignez choisir
Pour lui complaire et la défendre,
Bon Saint Michel veuillez descendre
Avec Saint Georges sur l'autel
De la Madone au bleu mantel.
 
D'un rayon du ciel bénissez ma lame
Et son égale pureté
Et son égale en piété
Comme en pudeur et chasteté:
Ma Dame,
 
Ô grands Saint Georges et Saint Michel
L'ange qui veille sur ma veille,
Ma douce Dame si pareille
À Vous, Madone au bleu mantel!
Amen.

c) Chanson à boire
 
Foin du bâtard, illustre Dame,
Qui pour me perdre à vos doux yeux
Dit que l'amour et le vin vieux
Mettent en deuill mon coeur, mon âme!
 
Je bois
À la joie!
La joie est le seul but
Où je vais droit... lorsque j'ai bu!
 
Foin du jaloux, brune maîtresse,
Qui geint, qui pleure et fait serment
D'être toujours ce pâle amant
Qui met de l'eau dans son ivresse!
 
Je bois
À la joie!
La joie est le seul but
Où je vais droit... lorsque j'ai bu!

20. "Épigrammes de Clément Marot"
 
 
Texts by Clément Marot (1496-1544)
Music by Maurice Ravel
 

     a) D'Anne qui me jecta de la neige
      b) D'Anne jouant de l'espinette 

a) D'Anne qui me jecta de la neige
 
 
Anne par jeu me jecta de la neige
Que je cuidoys froide certainement:
Mais c'estoit feu, l'expérience en ay-je
Car embrasé je fuz soubdainement
Puisque le feu loge secretement
Dedans la neige, où trouveray-je place
Pour n'ardre point? Anne, ta seule grâce
Estaindre peut le feu que je sens bien
Non point par eau, par neige, ne par glace,
Mais par sentir ung feu pareil au mien.

b) D'Anne jouant de l'espinette
 
 
Lorsque je voy en ordre la brunette
Jeune, en bon point, de la ligne des Dieux,
Et que sa voix, ses doits et l'espinette
Meinent ung bruyct doulx et melodieux,
J'ay du plaisir, et d'oreilles et d'yeulx
Plus que les sainctz en leur gloire immortelle
Et autant qu'eulx je devien glorieux
Dès que je pense estre ung peu ayme d'elle.

21. "Histoires Naturelles"
 
 
Text by Jules Renard (1864-1910)
Music by Maurice Ravel 

      a) Le Paon
      b) Le Grillon
      c) Le Cygne
      d) Le Martin-Pêcheur
      e) Le Pintade 

a) Le Paon
 
Il va sûrement se marier aujourd'hui. Ce devait être pour
hier. En habit de gala, il était prêt. Il n'attendait que
sa fiancée. Elle n'est pas venue. Elle ne peut tarder.
Glorieux, il se promène avec une allure de prince indien
et porte sur lui les riches présents d'usage. L'amour
avive l'éclat de ses couleurs et son aigrette tremble
comme une lyre. La fiancée n'arrive pas. Il monte au haut
du toit et regarde du côté du soleil. Il jette son cri
diabolique: Léon! L'éon! C'est ainsi qu'il appelle sa
fiancée. Il ne voit rien venir et personne ne répond.
Les volailles habituées ne lèvent même point la tête.
Elles sont lasses de l'admirer. Il redescend dans la cour,
si sûr d'être beau qu'il est incapable de rancune. Son
mariage sera pour demain. Et, ne sachant que faire du
rest de la journée, il se dirige vers le perron. Il
gravit les marches, comme des marches de temple, d'un pas
officiel. Il relève sa robe à queue toute lourde des yeux
qui n'ont pu se détacher d'elle. Il répète encore une
fois la cérémonie.

b) Le Grillon
 
C'est l'heure où, las d'errer, l'insecte nègre revient
de promenade et répare avec soin le désordre de son
domaine. D'abord il ratisse ses étroites allées de
sable. Il fait du bran de scie qu'il écarte au seuil de
sa retraite. Il lime la racine de cette grande herbe
propre à le harceler. Il se repose. Puis il remonte sa
minuscule montre. A-t-il fini? est-elle cassé? Il se
repose encore un peu. Il rentre chez lui et ferme sa
porte. Longtemps il tourne sa clef dans la serrure
délicate. Et il écoute: Point d'alarme dehors. Mais il ne
se trouve pas en sûreté. Et comme par une chaînette dont
la poulie grince, il descend jusqu'au fond de la terre.
On n'entend plus rien. Dans la campagne muette, les
peupliers se dressent comme des doigts en l'air et
désignent la lune.

c) Le Cygne
 
Il glisse sur le bassin, comme un traîneau blanc, du
nuage en nuage. Car il n'a faim que des nuages floconneux
qu'il voit naître, bouger, et se perdre dans l'eau. C'est
l'un d'eaux qu'il désire. Il le vise du bec, et il plonge
tout à coup son vol vêtu de neige. Puis, tel un bras de
femme sort d'une manche, il le retire. Il n'a rien. Il
regarde: les nuages effarouchés ont disparu. Il ne reste
qu'un instant désabusé, car les nuages tardent peu à
revenir, et, là-bas, où meurent les ondulations de l'eau,
en voici un qui se reforme. Doucement, sur son léger
coussin de plumes, le cygne rame et s'approche . . . Il
s'épuise à pêcher de vains reflets, et peut-être qu'il
mourra, victime de cette illusion, avant d'attraper un
seul morceau de nuage. Mais qu'est-ce que je dis? Chaque
fois qu'il plonge, il fouille du bec la vase nourrissante
et ramène un ver. Il engraisse comme une oie.

d) Le Martin-Pêcheur
 
Ça n'a pas mordu, ce soir, mais je rapporte une rare
émotion. Comme je tenais ma perche de ligne tendue, un
martin-pêcheur est venu s'y poser. Nous n'avons pas
d'oiseau plus éclatant. Il semblait une grosse fleur
bleue au bout d'une longue tige. La perche pliait sous le
poids. Je ne respirais plus, tout fier d'être pris pour
un arbre par un martin-pêcheur. Et je suis sûr qu'il ne
s'est pas envolé de peur, mais qu'il a cru qu'il ne
faisait que passer d'une branche à une autre.

e) Le Pintade
 
C'est la bossue de ma cour. Elle ne rêve que plaies à
cause de sa bosse. Les poules ne lui disent rien:
Brusquement, elle se précipite et les harcèle. Puis elle
baisse sa tête, penche le corps, et, de toute la vitesse
de ses pattes maigres, elle court frapper, de son bec dur,
juste au centre de la roue d'une dinde. Cette poseuse
l'agaçait. Ainsi, la tête bleuie, ses barbillons à vif,
cocardière, elle rage du matin au soir. Elle se bat sans
motif, peut-être parce qu'elle s'imagine toujours qu'on
se moque de sa taille, de son crâne chauve et de sa queue
basse. Et elle ne cesse de jeter un cri discordant qui
perce l'aire comme un pointe. Parfois elle quitte la cour
et disparaît. Elle laisse aux volailles pacifiques un
moment de répit. Mais elle revient plus turbulente et
plus criarde. Et, frénétique, elle se vautre par terre.
Qu'a-t'elle donc? La sournoise fait une farce. Elle est
allée pondre son oeuf à la campagne. Je peux le chercher
si ça m'amuse. Et elle se roule dans la poussière comme
une bossue.

22. "Shéhérazade"
 
 
Text by Tristan Klingsor (Arthur Justin Léon Leclère) (1874-1966)
Music by Maurice Ravel

      a) Asie
      b) La Flûte enchantée
      c) L'Indifférent 

a) Asie
 
Asie, Asie, Asie.
Vieux pays merveilleux des contes de nourrice
Où dort la fantaisie comme une impératrice
En sa forêt tout emplie de mystère.
Asie,
Je voudrais m'en aller avec la goëlette
Qui se berce ce soir dans le port
Mystérieuse et solitaire
Et qui déploie enfin ses voiles violettes
Comme un immense oiseau de nuit dans le ciel d'or.
Je voudrais m'en aller vers des îles de fleurs
En écoutant chanter la mer perverse
Sur un vieux rythme ensorceleur.
Je voudrais voir Damas et les villes de Perse
Avec les minarets légers dans l'air.
Je voudrais voir de beaux turbans de soie
Sur des visages noirs aux dents claires;
Je voudrais voir des yeux sombres d'amour
Et des prunelles brillantes de joie
En des peaux jaunes comme des oranges;
Je voudrais voir des vêtements de velours
Et des habits à longues franges.
Je voudrais voir des calumets entre des bouches
Tout entourées de barbe blanche;
Je voudrais voir d'âpres marchands aux regards louches,
Et des cadis, et des vizirs
Qui du seul mouvement de leur doigt qui se penche
Accordent vie ou mort au gré de leur désir.
Je voudrais voir la Perse, et l'Inde, et puis la Chine,
Les mandarins ventrus sous les ombrelles,
Et les princesses aux mains fines,
Et les lettrés qui se querellent
Sur la poésie et sur la beauté;
Je voudrais m'attarder au palais enchanté
Et comme un voyageur étranger
Contempler à loisir des paysages peints
Sur des étoffes en des cadres de sapin
Avec un personnage au milieu d'un verger;
Je voudrais voir des assassins souriant
Du bourreau qui coupe un cou d'innocent
Avec son grand sabre courbé d'Orient.
Je voudrais voir des pauvres et des reines;
Je voudrais voir des roses et du sang;
Je voudrais voir mourir d'amour ou bien de haine.
Et puis m'en revenir plus tard
Narrer mon aventure aux curieux de rêves
En élevant comme Sindbad ma vieille tasse arabe
De temps en temps jusqu'à mes lèvres
Pour interrompre le conte avec art...

b) La Flûte enchantée
 
 
L'ombre est douce et mon maître dort
Coiffé d'un bonnet conique de soie
Et son long nez jaune en sa barbe blanche.
Mais moi, je suis éveillée encor
Et j'écoute au dehors
Une chanson de flûte où s'épanche
Tour à tour la tristesse ou la joie.
Un air tour à tour langoureux ou frivole
Que mon amoureux chéri joue,
Et quand je m'approche de la croisée
Il me semble que chaque note s'envole
De la flûte vers ma joue
Comme un mystérieux baiser.

c) L'Indifférent
 
 
Tes yeux sont doux comme ceux d'une fille,
Jeune étranger,
Et la courbe fine
De ton beau visage de duvet ombragé
Est plus séduisante encor de ligne.
Ta lèvre chante sur le pas de ma porte
Une langue inconnue et charmante
Comme une musique fausse.
Entre!
Et que mon vin te réconforte...
Mais non, tu passes
Et de mon seuil je te vois t'éloigner
Me faisant un dernier geste avec grâce
Et la hanche légèrement ployée
Par ta démarche féminine et lasse...

23. "Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé"
 
 
Texts by Stéphane Mallarmé (1842-1898)
Music by Maurice Ravel
 
See also:

Claude Achille Debussy (1862-1918), "Trois Poèmes de StéphaneMallarmé" (the first two songs)

      a) Soupir
      b) Placet futile
      c) Surgi de la croupe et du bond

a) Soupir
 
Mon âme vers ton front où rêve, ô calme soeur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton oeil angélique,
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d'eau soupire vers l'azur!
 
Vers l'azur attendri d'octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l'eau morte où la fauve agonie
 
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se trainer le soleil jaune d'un long rayon.

b) Placet futile
 
Princesse! à jalouser le destin d'une Hébé
Qui point sur cette tasse au baiser de vos lèvres;
J'use mes feux mais n'ai rang discret que d'abbé
Et ne figurerai même nu sur le Sèvres.
 
Comme je ne suis pas ton bichon embarbé
Ni la pastille, ni jeux mièvres
Et que sur moi je sens ton regard clos tombé
Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres!
 
Nommez-nous... toi de qui tant de ris framboisés
Se joignent en troupeaux d'agneaux apprivoisés
Chez tous broutant les voeux et bêlant aux délires,
Nommez-nous... pour qu'Amour ailé d'un éventail
M'y peigne flûte aux doigts endormant ce bercail,
Princesse, nommez-nous berger de vos sourires.

c) Surgi de la croupe et du bond
 
Surgi de la croupe et du bond
D'une verrerie éphémère
Sans fleurir la veillée amère
Le col ignoré s'interrompt.
 
Je crois bien que deux bouches n'ont
Bu, ni son amant ni ma mère
Jamais à la même chimère
Moi, sylphe de ce froid plafond!
 
Le pur vase d'aucun breuvage
Que l'inexhaustible veuvage
Agonise mais ne consent,
Naïf baiser des plus funèbres!
A rien explirer annonçant
Une rose dans les ténèbres.

- Karadar Bertoldi Ensemble - Studio Informatico Anesin -