Lieder index:
1. A quoi bon entendre les oiseaux des bois?
2. Aimons-nous
3. Au cimetière
4. Chanson à boire du vieux temps
5. Chant de ceux qui s'en vont sur mer
6. Clair de lune
7. Dans ton coeur
8. Danse macabre
9. El desdichado
10. Extase
11. Grasselette et maigrelette
12. Guitare
13. Guitares et mandolines
14. L'attente
15. L'enlèvement
16. La brise
17. La cigale et la fourmi
18. La cloche
19. La coccinelle
20. La feuille de peuplier
21. La lever de la lune
22. La mort d'Ophélie
23. Le matin
24. Le pas d'armes du roi Jean
25. Le soir
26. Le sommeil des fleurs
27. Le vent dans la plaine
28. Marquise, vous souvenez-vous?
29. Nocturne
30. Nouvelle chanson sur un vieil air
31. Pastorale (Duettino)
32. Plainte
33. Rêverie
34. Sabre en main
35. Saltarelle
36. Soirée en mer
37. Si vous n'avez rien à me dire
38. Souvenances
39. Suzette et Suzon
40. Temps nouveau
41. Tournoiement (Songe d'opium)
42. Tristesse
43. Une flûte invisible
44. Violons dans le soir
45. Vogue, vogue la Galère
1. "A
quoi bon entendre les oiseaux des bois?"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855), from the play Ruy Blas, Act 2, Scene 1
(1838)
Music by Camille Saint-Saëns, 1868
A quoi bon entendre
Les oiseaux des bois?
L'oiseau le plus tendre
Chante dans ta voix.
Que Dieu montre ou voile
Les astres des cieux!
La plus pure étoile
Brille dans tes yeux.
Qu'avril renouvelle
Le jardin en fleur!
La fleur la plus belle
Fleurit dans ton coeur.
Cet oiseau de flamme,
Cet astre du jour,
Cette fleur de l'âme,
S'appelle l'amour!
2.
"Aimons-nous"
Text by Théodore Faullin de Banville (1823-1891), from Les Exilés (1878)
Music by Camille Saint-Saëns, 1882
Aimons-nous et dormons
Sans songer au reste du monde!
Ni le flot de la mer, ni l'ouragan des monts
Tant que nous nous aimons
Ne courbera ta tête blonde,
Car l'amour est plus fort
Que les Dieux et la Mort!
Le soleil s'éteindrait
Pour laisser ta blancheur plus pure,
Le vent qui jusqu'à terre incline la forêt,
En passant n'oserait
Jouer avec ta chevelure,
Tant que tu cacheras
Ta tête entre mes bras!
Et lorsque nos deux coeurs
S'en iront aux sphères heureuses
Où les célestes lys écloront sous nos pleurs,
Alors, comme deux fleurs,
Joignons nos lèvres amoureuses,
Et tâchons d'épuiser
La mort dans un baiser!
3. "Au
cimetière"
Text by Armand Renaud (1836-1895), from Les nuits persanes (published 1870)
Music by Camille Saint-Saëns, op. 26 no. 5, from "Mélodies Persanes" (1870)
Assis sur cette blanche tombe
Ouvrons notre coeur!
Du marbre, sous la nuit qui tombe,
Le charme est vainqueur.
Au murmure de nos paroles,
Le mort vibrera;
Nous effeuillerons des corolles
Sur son Sahara.
S'il eut, avant sa dernière heure,
L'amour de quelqu'un,
Il croira, du passé qu'il pleure,
Sentir le parfum.
S'il vécut, sans avoir envie
D'un coeur pour le sien,
Il dira: J'ai perdu ma vie,
N'ayant aimé rien.
Toi, tu feras sonner, ma belle,
Tes ornements d'or,
Pour que mon désir ouvre l'aile
Quand l'oiseau s'endort.
Et sans nous tourmenter des choses
Pour mourir après,
Nous dirons: Aujourd'hui les roses,
Demain les cyprès!
4.
"Chanson à boire du vieux temps"
Text by Despreaux Nicolas Boileau (1636-1711)
Music by Camille Saint-Saëns, 1885
Philosophes rêveurs qui pensez tout savoir,
Ennemis de Bacchus, rentrez dans le devoir:
Vos esprits s'en font trop accroire.
Allez, vieux fous, allez apprendre à boire!
On est savant quand on boit bien:
Qui ne sait boire ne sait rien!
S'il faut rire ou chanter au milieu d'un festin,
Un docteur est alors au bout de son latin,
Un goinfre en a toute la gloire.
Allez, vieux fous, allez apprendre à boire!
On est savant quand on boit bien:
Qui ne sait boire ne sait rien!
5. "Chant
de ceux qui s'en vont sur mer", Air Breton
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855), from Les Châtiments (1852)
Music by Camille Saint-Saëns, 1860
Adieu, patrie!
L'onde est en furie.
Adieu, patrie,
Azur!
Adieu, maison, treille au fruit mûr,
Adieu, les fleurs d'or du vieux mur!
Adieu, patrie!
Ciel, forêt, prairie!
Adieu, patrie,
Azur!
Adieu, patrie!
L'onde est en furie.
Adieu, patrie,
Azur!
Adieu, fiancée au front pur,
Le ciel est noir, le vent est dur.
Adieu, patrie!
Lise, Anna, Marie!
Adieu, patrie,
Azur!
Adieu, patrie!
L'onde est en furie.
Adieu, patrie,
Azur!
Notre oeil, que voile un deuil futur,
Va du flot sombre au sort obscur!
Adieu, patrie!
Pour toi mon coeur prie.
Adieu, patrie!
Azur!
6. "Clair
de lune"
Text by Catulle Mendès (1841-1909)
Music by Camille Saint-Saëns
Dans la forêt que crée un rêve,
Je vais le soir dans la forêt;
Ta frèle image m'apparait
Et chemine avec moi sans trève.
N'est-ce pas là ton voile fin,
Brouillard léger dans la nuit brune?
Ou n'est-ce que le clair de lune
A travers l'ombre du sapin?
Et ces larmes, sont ce les miennes
Que j'entends couler doucement?
Ou se peut-il réellement
Qu'à mes côtés en pleurs, tu viennes?
7. "Dans
ton coeur dort un clair de lune"
Text by Jean Lahor (Henri Cazalis) (1840-1909), from L'Illusion (pub. 1875)
Music by Camille Saint-Saëns, "Dans ton coeur", 1872
See also:
Hendri Duparc (1848-1933), c. 1868, "Chanson
triste"
Dans ton coeur dort un clair de lune,
Un doux clair de lune d'été,
Et pour fuir la vie importune,
Je me noierai dans ta clarté.
J'oublierai les douleurs passées,
Mon amour, quand tu berceras
Mon triste coeur et mes pensées
Dans le calme aimant de tes bras.
Tu prendras ma tête malade,
Oh! quelquefois, sur tes genoux,
Et lui diras une ballade
Qui semblera parler de nous;
Et dans tes yeux pleins de tristesse,
Dans tes yeux alors je boirai
Tant de baisers et de tendresse[s]
Que peut-être je guérirai.
8. "Danse
macabre"
Text by Jean Lahor (Henri Cazalis) (1840-1909)
Music by Camille Saint-Saëns, 1873
Zig et zig et zag, la mort cri cadence
Frappant une tombe avec son talon,
La mort à minuit joue un air de danse,
Zig et zig et zag, sur son violon.
Le vent d'hiver souffle, et la nuit est sombre,
Des gémissements sortent des tilleuls;
Les squelettes blancs vont à travers l'ombre
Courant et sautant sous leurs grands linceuls,
Zig et zig et zag, chacun se trémousse,
On entend claquer les os des danseurs,
Un couple lascif s'asseoit sur la mousse
Comme pour goûter d'anciennes douceurs.
Zig et zig et zag, la mort continue
De racler sans fin son aigre instrument.
Un voile est tombé! La danseuse est nue!
Son danseur la serre amoureusement.
La dame est, dit-on, marquise ou baronne.
Et le vert galant un pauvre charron -
Horreur! Et voilà qu'elle s'abandonne
Comme si le rustre était un baron!
Zig et zig et zig, quelle sarabande!
Quels cercles de morts se donnant la main!
Zig et zig et zag, on voit dans la bande
Le roi gambader auprès du vilain!
Mais psit! tout à coup on quitte la ronde,
On se pousse, on fuit, le coq a chanté
Oh! La belle nuit pour le pauvre monde!
Et vive la mort et l'égalité!
9. "El
desdichado", Chanson Espangnole a deux voix
Text by (Paul) Jules Barbier (1825-1901)
Music by Camille Saint-Saëns
Peu m'importe que fleurisse
L'arbre des espoirs détruits,
Si Dieu veut qu'il se flétrisse,
Sans jamais porter des fruits.
On dit l'amour une ivresse!
Moi je plains ceux qu'il oppresse.
Voyez les pauvres amants
Dans leurs éternels tourments!
Nuit et jour leur coeur se noie
Dans les soupirs et les pleurs!
L'un soupire de sa joie
Et l'autre de ses douleurs.
On dit l'amour une ivresse!
Moi je plains ceux qu'il oppresse!
10.
"Extase"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855)
Music by Camille Saint-Saëns
Puis-que j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine;
Puis-que j'ai dans tes mains posé mon front pâli;
Puis-que j'ai respiré parfois la douce haleine
De ton àme, parfum dans l'ombre enseveli;
Puis-qu'il me fut donné de t'entendre me dire
Les mots où se répand le coeur mystérieux;
Puis-que j'ai vu pleurer, puis-que j'ai vu sourire
Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux;
Puis-que j'ai vu briller sur ma tètê ravie
Un rayon de ton àstre, hélas! voilé toujours;
Puis-que j'ai vu tomber dans l'onde de ma vie
Une feuille de rose arrachée à tes jours;
Je puis maintenant dire aux rapides années
Passez! passez toujours!
Je n'ai plus à vieillir!
Allez vous-en avec vos fleurs toutes fanées;
J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir!
Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre
Du vase ou je m'abreuve et que j'ai bien rempli.
Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre!
Mon coeur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli!
11.
"Grasselette et maigrelette"
Text by Pierre de Ronsard (1524-1585), no. 4 of Gayetez (1553)
Music by Camille Saint-Saëns, 1920
Une jeune pucelette,
Pucelette grasselette,
Qu'esperdument j'aime mieux
Que mon coeur ny que mes yeux,
A la moitié de ma vie
Esperdument asservie
De son grasset en-bon-point;
Mais fasché je ne suis point
D'estre serf pour l'amour d'elle,
Pour l'en-bon-point de la belle
Qu'esperdument j'aime mieux
Que mon coeur ny que mes yeux.
Las! une autre pucelette,
Pucelette maigrelette,
Qu'esperdument j'aime mieux
Que mon coeur ny que mes yeux,
Esperdument a ravie
L'autre moitié de ma vie
De son maigret en-bon-point.
Mais fasché je ne suis point
D'estre serf pour l'amour d'elle,
Pour la maigreur de la belle,
Qu'esperdument j'aime mieux
Que mon coeur ny que mes yeux.
Autant me plaist la grassette
Comme me plaist la maigrette,
Et l'une à son tour autant
Que l'autre me rend contant.
Ny le temps ny son effort,
Ny violence de mort,
Ny les mutines injures,
Ny les mesdisans parjures,
Ny les outrageux brocars
De vos voisins babillars,
Ny la trop soigneuse garde
D'une cousine bavarde,
Ny le soupçon des passans,
Ny les maris menaçans,
Ny les audaces des freres,
Ny les preschemens des meres
Ny les oncles sourcilleux,
Ny les dangers périlleux
Qui l'amour peuvent desfaire,
N'auront puissance de faire
Que [jamais] je n'aime mieux
Que mon coeur ny que mes yeux
L'une et l'autre pucelette,
Grasselette et maigrelette.
12.
"Comment, disaient-ils"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1885), no. 23 of Les Rayons et les Ombres (1838)
Music by Camille Saint-Saëns, "Guitare" (1851)
See also:
Jean Absile (?)
Georges Bizet (1838-1875),
"Guitare"
Louis Lacombe (1818-1884), "Guitare"
Edouard Lalo (1823-1892),
"Guitare"
Franz (Ferencz) Liszt (1811-1886),
"Comment, disaient-ils", S. 276
Victor Massé (1822-1884), "Ramez, dormez, aimez!"
Sergei Vasil'jevich Rachmaninov (1873-1943),
op. 21 no. 4 (Russian) "Oni otvechali"
Comment, disaient-ils,
Avec nos nacelles,
Fuir les alguazils?
Ramez, disaient-elles.
Comment, disaient-ils,
Oublier querelles,
Misère et périls?
Dormez, disaient-elles.
Comment, disaient-ils,
Enchanter les belles
Sans philtres subtils?
Aimez, disaient-elles.
13.
"Guitares et mandolines"
Text by Charles Camille Saint-Saëns
Music by Camille Saint-Saëns, 1890
Guitares et mandolines
Ont des sons qui font aimer.
Tout en croquant des pralines
Pépa se laisse charmer
Quand, jetant dièses, bécarres,
Mandolines et guitares
Vibrent pour la désarmer.
Mandoline avec guitare
Accompagnent de leur bruit
Les amants suivant le phare
De la beauté dans la nuit.
Et Juana montre, féline,
(Guitare avec mandoline)
Sa bouche et son oeil qui luit.
14.
"L'attente"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855), no 20 of Les Orientales (1828)
Music by Camille Saint-Saëns, 1855
See also:
Louis Lacombe (1818-1884)
Richard Wagner (1813-1883)
Monte, écureuil, monte au grand chêne,
Sur la branche des cieux prochaine,
Qui plie et tremble comme un jonc.
Cigogne, aux vieilles tours fidèle,
Oh! vole! et monte à tire-d'aile
De l'église à la citadelle,
Du haut clocher au grand donjon.
Vieux aigle, monte de ton aire
A la montagne centenaire
Que blanchit l'hiver éternel;
Et toi qu'en ta couche inquiète nest,
Jamais l'aube ne vit muette,
Monte, monte, vive alouette,
Vive alouette, monte au ciel!
Et maintenant, du haut de l'arbre,
Des flèches de la tour de marbre,
Du grand mont, du ciel enflammé,
A l'horizon, parmi la brume,
Voyez-vous flotter une plume,
Et courir un cheval qui fume,
Et revenir ma bien-aimée?
15.
"L'enlèvement"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855)
Music by Camille Saint-Saëns
Si tu veux, faisons un rêve:
Montons sur deux palefrois;
Tu m'emmènes, je t'enlève.
L'oiseau chante dans les bois.
Je suis ton maître et ta proie;
Partons! c'est la fin du jour;
Mon cheval sera la joie,
Ton cheval sera l'amour.
Viens! nos doux chevaux mensonges
Frappent du pied tous les deux,
Le mien au fond de mes songes,
Et le tien au fond des cieux.
Un bagage est nécessaire;
Nous emporterons nos voeux,
Nos bonheurs, notre misère,
Et la fleur de tes cheveux.
Viens, le soir brunit les chênes;
Le moineau rit; ce moqueur
Entend le doux bruit des chaînes
Que tu m'as mises au coeur.
Ce ne sera point ma faute
Si les forêts et les monts,
En nous voyant côte à côte,
Ne murmurent pas: aimons!
Allons-nous en par l'Autriche!
Nous aurons l'aube à nos fronts;
Je serai grand, et toi riche,
Puis-que nous nous aimerons!
Allons-nous en par la terre,
Sur nos deux chevaux charmants,
Dans l'azur, dans le mystère,
Dans les éblouissements!
Tu seras dame, et moi Comte;
Viens, mon coeur s'épanouit;
Viens, nous conterons ce conte
Aux étoiles de la nuit.
16. "La
brise"
Text by Armand Renaud (1836-1895), from Les nuits persanes (published 1870)
Music by Camille Saint-Saëns, op. 26 no. 1, from "Mélodies Persanes" (1870)
Comme des chevreaux piqués par un taon
Dansent les beautés du Zaboulistan.
D'un rose léger sont teintés leurs ongles;
Nul ne peut les voir, hormis leur sultan.
Aux mains de chacune un sistre résonne;
Sabre au poing se tient l'eunuque en turban.
Mais du fleuve pâle où le lys sommeille
Sort le vent ??? ainsi qu'un forban.
Il s'en va charmer leurs coeurs et leurs lèvres,
Sous l'oeil du jaloux, malgré le firman.
O rêveur, sois fier! Elle a, cette brise,
Pris tes vers d'amour pour son talisman!
17. "La
cigale et la fourmi"
Text by Jean de La Fontaine (1621-1695), No 1 from Fables, Livre 1 (1667)
Music by Camille Saint-Saëns, 1910
La cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'août, foi d'animal,
Intérêt et principal.
La Fourmi n'est pas prêteuse;
C'est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
Vous chantiez? j'en suis fort aise:
Et bien! dansez maintenant.
18. "La
cloche"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855)
Music by Camille Saint-Saëns
Seule en ta sombre tour aux faîtes dentelés,
D'où ton souffle descend sur les toits ébranlés,
Ô cloche suspendue au milieu des nuées,
Par ton vaste roulis si souvent remuées,
Tu dors en ce moment dans l'ombre, et rien ne luit
Sous ta voûte profonde où sommeille le bruit!
Oh! Tandis qu'un esprit qui jusqu'à toi s'élance,
Silencieux aussi, contemple ton silence,
Sens-tu, par cet instinct vague et plein de douceur
Qui révèle toujours une soeur à la soeur
Qu'a cette heure où s'endort la soirée expirante,
Une âme est près de toi, non moins que toi vibrante,
Qui bien souvent aussi jette un bruit solennel,
Et se plaint dans l'amour comme toi dans le ciel!
19. "La
coccinelle"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855), from Les Contemplations (1854)
Music by Camille Saint-Saëns, 1868
See also:
Georges Bizet (1838-1875)
Elle me dit: "Quelque chose
"Me tourmente." Et j'aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un petit insecte rose.
J'aurais dû, - mais, sage ou fou,
A seize ans, on est farouche, -
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l'insecte à son cou.
On eût dit un coquillage;
Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.
Sa bouche fraîche était là;
[Je me courbai] sur la belle,
Et je pris la coccinelle;
Mais le baiser s'envola.
"Fils, apprends comme on me nomme,"
Dit l'insecte du ciel bleu,
"Les bêtes sont au bon Dieu;
"Mais la bêtise est à l'homme."
20. "La
Feuille de Peuplier"
Text by Amable Voiart Tastu (1798-1885)
Music by Camille Saint-Saëns
Feuille mobile et tremblante,
Sur ta tige vacillante
N'es-tu jamais en repos?
On dirait qu'un vent de bise
T'agite, à la moindre brise
Qui se glisse dans les rameaux.
Comme à la harpe d'Eole,
Chaque zéphir qui s'envole
Te ravit de tristes bruits;
Quand sommeille la nature
J'entends en cor ton murmure
Dans le silence des nuits.
Quand donc ta branche flexible
Te verra-t-elle paisible?
Quand donc se taira ta voix?
Quand de ma tige arrachée
J'irai sur l'herbe séchée
Rejoindre mes soeurs des bois!
21. "Le
lever de la lune"
Text by Anonymous, imitation of Ossian
Music by Camille Saint-Saëns
Ainsi qu'une jeune beauté
Silencieuse et solitaire,
Des flancs du nuage argenté
La lune sort avec mystère.
Fille aimable du ciel, à pas lents et sans bruit,
Tu glisses dans les airs où' brille ta couronne;
Et ton passage s'environne
Du cortège pompeux des soleils de la nuit.
Que fais-tu loin de nous
Quand l'aube blanchissante
Efface à nos yeux, à nos yeux attristés
Ton sourire charmant et tes molles clartés?
Vas-tu comme Ossian, plaintive, gémissante,
Dans l'asile de la douleur
Ensevelir ta beauté languissante?
Fille aimable du ciel, connais-tu le malheur?
Maintenant revês-tu de toute sa lumière
Ton char voluptueux roule au dessus des monts;
Prolonge s'il se peut le cours de sa carrière
Et verse sur la mer tes paisibles rayons.
22. "La
mort d'Ophélie"
Text by Ernest-Wilfrid Legouvé (1807-1903), after William Shakespeare (1564-1616), Hamlet
Music by Camille Saint-Saëns
See also:
Hector Berlioz (1803-1869),
op. 18 no. 2 (1848) from "Tristia"
[Au bord] d'un torrent, Ophélie
Cueillait tout en suivant le bord,
Dans sa douce et tendre folie,
Des pervenches, des boutons d'or,
Des iris aux couleurs d'opale,
Et de ces fleurs d'un rose pâle,
Qu'on appelle des doigts de mort.
Puis élevant sur ses mains blanches
Les riants trésors du matin,
Elle les suspendait aux branches,
Aux branches d'un saule voisin;
Mais, trop faible, le rameau plie,
Se brise, et la pauvre Ophélie
Tombe, sa guirlande à la main.
Quelques instants, sa robe enflée
La tint encor sur le courant,
Et comme une voile gonflée,
Elle flottait toujours, chantant,
Chantant quelque vieille ballade,
Chantant ainsi qu'une naïade
Née au milieu de ce torrent.
Mais cette étrange mélodie
Passa rapide comme un son;
Par les flots la robe alourdie
Bientôt dans l'abîme profond;
Entraïna la pauvre insensée,
Laissant à peine commencée
Sa mélodieuse chanson.
23. "Le
Matin"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855)
Music by Camille Saint-Saëns
L'aurore s'allume,
L'ombre épaisse fuit;
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit;
Paupières et roses
S'ouvrent demicloses;
Du réveil des choses;
On entend le bruit.
Tout chante et murmure,
Tout parle à la fois,
Fumée et verdure,
Les nids et les toits;
Le vent parle aux chênes,
L'eau parle aux fontaines;
Toutes les haleines
Deviennent des voix!
Tout reprend son âme,
L'enfant son hochet,
Le foyer sa flamme,
Le luth son archet;
Folie ou démence,
Dans le monde immense,
Chacun recommence
Ce qu'il ébauchait.
Qu'on pense ou qu'on aime,
Sans cesse agité,
Vers un but suprème,
Tout vole emporte;
L'esquif cherche un môle,
L'abeille un vieux saule
La boussole un pôle,
Moi la vérité.
24. "Le
pas d'armes du roi Jean"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855), Ballade No 12 from Odes et Ballades (1828)
Music by Camille Saint-Saëns, 1852
Par saint Gille,
Viens nous-en,
Mon agile
Alezan;
Viens, écoute,
Par la route,
Voir la joute
Du Roi Jean.
Qu'un gros carme
Chartrier
Ait pour arme
L'encrier;
Qu'une fille,
Sous la grille,
S'égosille
A prier.
Nous qui sommes,
De par Dieu,
Gentilshommes
De haut lieu,
Il faut faire
Bruit sur terre,
Et la guerre
N'est qu'un jeu.
Cette ville
Aux longs cris,
Qui profile
Son front gris,
Des toits frêles,
Cent tourelles,
Clochers grêles,
C'est Paris!
Los aux dames!
Au roi los!
Vois les flammes
Du champ-clos,
Où la foule,
Qui s'écroule,
Hurle et roule
A grands flots!
Sans attendre,
Çà piquons!
L'oeil bien tendre,
Attaquons
De nos selles,
Les donzelles,
Roses, belles,
Aux balcons.
Là-haut brille,
Sur ce mur,
Yseult, fille
Au front pur;
Là-bas, seules,
Force ayeules
Portant gueules
Sur azur.
On commence!
Le beffroi!
Coups de lance,
Cris d'effroi!
On se forge,
On s'égorge,
Par saint George!
Par le Roi!
Dans l'orage,
Lys courbé,
Un beau page
Est tombé.
Il se pâme,
Il rend l'âme;
Il réclame
Un abbé.
Moines, vierges,
Porteront
De grands cierges
Sur son front;
Et dans l'ombre
Du lieu sombre,
Deux yeux d'ombre
Pleureront.
Car madame
Isabeau
Suit son âme
Au tombeau.
Çà, mon frère,
Viens, rentrons
Dans notre aire
De barons;
Va plus vite,
Car au gîte
Qui t'invite,
Trouverons,
Toi, l'avoine
Du matin,
Moi, le moine
Augustin,
Ce saint homme,
Suivant Rome,
Qui m'assomme
De latin,
Et rédige
En romain
Tout prodige
De ma main,
Qu'à ma charge
Il émarge
Sur un large
Parchemin.
Un vrai sire
Châtelain
Laisse écrire
Le vilain;
Sa main digne,
Quand il signe,
Égratigne
Le vélin.
25. "Le
soir", Barcarolle à 2 voix
Text by Anonymous
Music by Camille Saint-Saëns
Le soir descend sur la colline;
La montagne au loin brille encor;
La fraîcheur sereine et divine
S'exhale des nuages d'or.
D'où vient le bonheur qu'on respire?
D'où vient cette étrange douceur?
D'où vient qu'il n'est pas de martyre
Qui ne cède au soir enchanteur?
Le lac, sur son eau transparente
Que ride à peine un souffle pur,
Laisse glisser la barque errante
Qui se mire dans son azur.
D'où vient qu'au suave murmure,
Au doux balancement des eaux,
Il n'est pas de douleur qui dure,
Et que l'oubli succède aux maux?
Lorsqu'au souffle des nuits prochaines
On vogue sur le lac profond,
D'où vient qu'on ne sent plus ses chaînes
Et qu'en désirs l'âme se fond?
C'est que sur l'eau, dans le silence,
Fuyant chaumières et palais,
L'esquif emporte une espérance:
Celle de n'aborder jamais!
C'est que, dans l'azur de ses voiles,
La nuit porte un espoir divin:
Celui d'un jour semé d'étoiles
Dont l'aurore croîtra sans fin!
26. "Le
Sommeil des Fleurs"
Text by G. de Penmarch
Music by Camille Saint-Saëns
Le soir quand le soleil vers l'horizon s'incline,
Il descend à regret de colline en colline,
Contemple longuement tous les lieux qu'il dorait,
Puis disparait.
Alors les fleurs au val referment leur calice,
Afin que, lui parti, nul regard ne ternisse
Le trésor de fraîcheurs que garde à son retour
Leur chaste amour.
De même à ton départ,
ô chère bien-aimée,
Comme ces pauvres fleurs mon âme s'est fermée,
Et pendant ton absence elle ne veut s'ouvrir
Qu'au souvenir!
27.
"C'est l'extase langoureuse"
Text by Paul Verlaine (1844-1896), from Romances sans paroles: Ariettes oubliées (1872)
Music by Camille Saint-Saëns, "Le vent dans la plaine" (1912)
See also:
Claude Debussy (1862-1918),
Ariettes Oubliées no. 1, "C'est l'extase"
Gabriel Fauré (1845-1924),
Cinq mélodies ``De Venise'', op. 58 no. 5, "C'est l'extase"
C'est l'extase langoureuse,
C'est la fatigue amoureuse,
C'est tous les frissons des bois
Parmi l'étreinte des brises,
C'est vers les ramures grises
Le choeur des petites voix.
O le frêle et frais murmure !
Cela gazouille et susurre,
Cela ressemble au cri doux
Que l'herbe agitée expire...
Tu dirais, sous l'eau qui vire,
Le roulis sourd des cailloux.
Cette âme qui se lamente
En cette plainte dormante
C'est la nôtre, n'est-ce pas ?
La mienne, dis, et la tienne,
Dont s'exhale l'humble antienne
Par ce tiède soir, tout bas ?
28.
"Marquise, vous souvenez-vous?"
Text by François Coppée (1842-1908), "Menuet" from Le Cahier rouge (1873)
Music by Camille Saint-Saëns, 1869
Marquise, vous souvenez-vous
Du menuet que nous dansâmes?
Il était discret, noble et doux
Comme l'accord de nos deux âmes.
Rayonnante, vous surpreniez
Tous les coeurs et tous les hommages,
Dans votre robe à grands paniers,
Dans votre robe à grands ramages.
Vous leviez de vos doigts gantés
Et selon la cadence douce,
Votre jupe des deux cetés
Prise entre l'index et le pouce.
Plus d'une belle, à Trianon,
Enviait, parmi vos émules,
Le travail exquis et mignon
De vos deux petits pieds à mules.
Mais, distraite par le bonheur
De leur causer cette souffrance,
A la reprise en la mineur
Vous manquâtes la révérence.
29.
"Nocturne"
Text by Philippe Quinault (1635-1688), probably from an opera libretto written for Lully
Music by Camille Saint-Saëns, 1900
O Nuit! que j'aime ton mystère,
Quand tu répands sur nous ton ombre et ta fraîcheur!
Dans tes bras s'endort la douleur,
C'est le calme des cieux qui descend sur la terre.
Un Dieu, sous l'abri de tes voiles,
Vient nous soumettre tous à ses égales lois.
Il prête aux bergers comme au rois
L'azur de ton manteau tout parsemé d'étoiles.
O Nuit!
30.
"S'il est un charmant gazon"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855), No 22 of Les Chants du Crépuscule (1834)
Music by Camille Saint-Saëns, 1851? "Nouvelle chanson sur un vieil air"
See also:
Gabriel Fauré (1845-1924),
op. 5 no. 2, "Rêve d'amour"
Franz (Ferencz) Liszt (1811-1886),
S. 284 "S'il est un charmant gazon"
S'il est un charmant gazon
Que le ciel arrose,
Où [brille] en toute saison
Quelque fleur éclose,
Où l'on cueille à pleine main
Lys, chèvre-feuille et jasmin,
J'en veux faire le chemin
Où ton pied se pose!
S'il est un sein bien aimant
Dont l'honneur dispose,
Dont le ferme dévouement
N'ait rien de morose,
Si toujours ce noble sein
Bat pour un digne dessein,
J'en veux faire le coussin
Où ton front se pose!
S'il est un rêve d'amour,
Parfumé de rose,
Où l'on trouve chaque jour
Quelque douce chose,
Un rêve que Dieu bénit,
Où l'âme à l'âme s'unit,
Oh! j'en veux faire le nid
Où ton coeur se pose!
31.
"Pastorale", Duettino
Text by Néricault Destouches (1680-1754)
Music by Camille Saint-Saëns
Ici les tendres oiseaux
Goûtent cent douceurs secrètes,
Et l'on entend ces côteaux
Retentir des chansonnettes
Qu'ils apprennent aux échos.
Sur ce gazon les ruisseaux,
Murmurent leurs amourettes,
Et l'on voit jusqu'aux ormeaux,
Pour embrasser les fleurettes,
Pencher leurs jeunes rameaux.
32.
"Plainte"
Text by Amable Voiart Tastu (1798-1885)
Music by Camille Saint-Saëns
Ô monde! ô vie! Ô temps!
Fantômes, ombres vaines,
Qui lassez à la fin mes pas irrésolus,
Quand reviendront ces jours,
Où vos mains étaient pleines,
Vos regards caressants,
Vos promesses certaines?
Jamais, ô jamais plus!
Ô jamais plus!
L'éclat du jour s'éteint
Aux pleurs où je me noie;
Les charmes de ta nuit
Passent inaperçus,
Nuit, jour, printemps, hiver,
Est-il rien que je voie?
Mon coeur peut battre encor
De peine, mais de joie,
Jamais ô jamais plus!
Ô jamais plus!
33.
"Puisqu'ici-bas toute âme"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1885), No 11 of Les Voix Intérieures (1837)
(without title)
Music by Camille Saint-Saëns, "Rêverie" (1851)
See also:
Edouard Lalo (1823-1892),
"Puisqu'ici-bas tout âme" (with a different forms of the text)
Louis Niedermeyer (1802-1861), "Puisqu'ici-bas toute âme"
(with a different forms of the text)
Puisqu'ici-bas toute âme
Donne à quelqu'un
Sa musique, sa flamme,
Ou son parfum;
Puisqu'ici-bas toute chose
Donne toujours
Son épine ou sa rose
A ses amours;
Puisque l'air, à la branche
Donne l'oiseau;
Que l'aube, à la pervenche
Donne un peu d'eau;
Puisque, lorsqu'elle arrive
S'y reposer,
L'onde amère à la rive
Donne un baiser;
Je te donne, à cette heure,
Penché sur toi,
La chose la meilleure
Que j'ai en moi!
Reçois donc ma pensée,
Triste d'ailleurs,
Qui, comme une rosée,
T'arrive en pleurs!
Reçois mes voeux sans nombre,
O mes amours!
Reçois la flamme ou l'ombre
De tous mes jours!
Mes transports pleins d'ivresses,
Purs de soupçons,
Et toutes les caresses
De mes chansons!
Mon esprit qui sans voile
Vogue au hasard,
Et qui n'a pour étoile
Que ton regard!
Reçois, mon bien céleste,
O ma beauté,
Mon coeur, dont rien ne reste,
L'amour ôté!
34.
"Sabre en main"
Text by Armand Renaud (1836-1895), from Les nuits persanes (published 1870)
Music by Camille Saint-Saëns, op. 26 no. 4, from "Mélodies Persanes" (1870)
J'ai mis à mon cheval sa bride
Sa bride et sa selle d'or.
Tous les deux, par le monde aride,
Nous allons prendre l'essor.
J'ai le coeur froid, l'oeil sans vertige,
Je n'aime et je ne crains rien.
Au fourreau mon sabre s'afflige,
Qu'il sorte et qu'il frappe bien!
Le turban autour de la tête,
Sur mon dos le manteau blanc,
Je veux m'en aller à la fête
Où la mort danse en hurlant.
Où, la nuit, on brûle les villes
Tandis que l'habitant dort.
Où, pour les multitudes viles,
On est grand quand on est fort.
Je veux qu'à mon nom les monarques
Tiennent leur tête à deux mains,
Que mon sabre enlève les marques
Du joug au front des humains!
Je veux que l'essaim de mes tentes,
De mes chevaux aux longs crins,
Que mes bannières éclatantes,
Mes piques, mes tambourins,
Soient sans nombre, comme la horde
Des mouches quand il fait chaud,
Qu'à mes pieds l'univers se torde,
Comprenant le peu qu'il vaut!
35.
"Saltarelle"
Text by Émile Deschamps (1791-1871)
Music by Camille Saint-Saëns, op. 74, composed in 1885
See also:
Félicien David (1810-1876)
Venez, enfants de la Romagne,
Tous chantant de gais refrains,
Quittez la plaine et la montagne
Pour danser aux tambourins.
Rome, la sainte vous les donne,
Ces plaisirs que la madonne,
De son chêne vous pardonne,
Se voilant quand il le faut.
Le carnaval avec son masque,
Ses paillettes sur la basque,
Ses grelots, son cri fantasque,
Met les sbires en défaut.
Frappons le sol d'un pied sonore!
Dans nos mains frappons encore!
La nuit vient et puis l'aurore,
Rien n'y fait dansons toujours!
Plus d'un baiser s'échappe et vole;
Se plaint-on? la danse folle,
Coupe aux mères la parole,
C'est tout gain pour les amours.
Le bon curé, qui pour nous suivre,
Laisse tout, mais qui sait vivre,
Ne voit rien avec son livre,
De ce qu'il ne doit pas voir.
Mais quoi! Demain les Camadules
Sortiront de leurs cellules;
Puis, carème, jeûne et bulles,
Sur la terre vont pleuvoir.
36.
"Soirée en Mer"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855)
Music by Camille Saint-Saëns
Près du pêcheur qui ruisselle,
Quand tous deux au jour baissant,
Nous errons dans la nacelle,
Laissant chanter l'homme frêle
Et gémir le flot puissant;
Sous l'abri que font les voiles
Lorsque nous nous assayons
Dans cette ombre où tute voiles
Quand ton regard aux étoiles
Semble cueillir des rayons;
Quand tous deux nous croyons lire
Ce que la nature écrit,
Réponds, ô toi, que j'admire!
D'où vient que mon coeur soupire?
D'où vient que tou front sourit?
Dis? d'où vient qu'à chaque lame,
Comme une coupe de fiel,
La pensée emplit mon âme?
C'est que moi, je vois la rame,
Tandis que tu vois le ciel!
C'est que je vois les flots sombres,
Toi, les astres enchantés!
C'est que, perdu dans leur nombres,
Hélas! je comte les ombres,
Quand tu comptes les clartés!
Que sur la vague troublée
J'abaisse un sourcil hagard;
Mais toi, belle âme voilée,
Vers l'espérance étoilée,
Lève un tranquille regard!
Tu fais bien, vois le cieux luire,
Vois les astres s'ymirer.
Un instinct là-haut t'attire,
Tu regardes Dieu sourire;
Moi, je vois l'homme pleurer!
37. "Si
vous n'avez rien à me dire"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855), from Les Contemplations, called
"Chanson"
Music by Camille Saint-Saëns, 1870
Si vous n'avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi?
Pourquoi me faire ce sourire
Qui tournerait la tête au roi?
Si vous n'avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi?
Si vous n'avez rien à m'apprendre,
Pourquoi me pressez-vous la main?
Sur le rêve angélique et tendre,
Auquel vous songez en chemin,
Si vous n'avez rien à m'apprendre,
Pourquoi me pressez-vous la main?
Si vous voulez que je m'en aille,
Pourquoi passez-vous par ici?
Lorsque je vous vois, je tressaille:
C'est ma joie et c'est mon souci.
Si vous voulez que je m'en aille,
Pourquoi passez-vous par ici?
38.
"Souvenances"
Text by Ferdinand Lemaire
Music by Camille Saint-Saëns
Quand mon âme bercée
Par un doux souvenir,
Laisse errer ma pensée
Loin du sombre avenir;
J'aime à suivre mon rêve
Vers les jours d'autrefois
Sur la plaine où la grève
Où m'entraîne sa voix.
J'aime à revoir encore
Tout un monde effacé,
Et je suis à l'aurore
D'un jour déjà passé!
Oh! charme de ma vie!
C'est alorsque je vois
Les doux traits d'une amie
Et que j'entends sa voix.
Que ne puis-je du songe
Fixer du moins le cours!
Dans la vie où je plonge,
Ne voir que les amours!
Triste destin des choses
Qui fait le lendemain
Retrouver sur les roses
Les larmes du matin!
39.
"Suzette et Suzon"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855), from Toute la lyre (1853/4)
Music by Camille Saint-Saëns, 1888
J'adore Suzette,
Mais j'aime Suzon.
Suzette en toilette,
Suzon sans façon.
Ah! Suzon, Suzette!
Suzette, Suzon!
Rimons pour Suzette,
Rimons pour Suzon,
L'une est ma musette,
L'autre est ma chanson.
Ah! Suzon, Suzette!
Suzette, Suzon!
La main de Suzette,
La jambe à Suzon,
Quelle main bien faite!
Quel petit chausson!
Ah! Suzon, Suzette!
Suzette, Suzon!
Tapis pour Suzette,
Jardin pour Suzon,
Foin de la moquette,
Vive le gazon!
Ah! Suzon, Suzette!
Suzette, Suzon!
Je rêve à Suzette,
J'embrasse Suzon,
L'une est bien coquette,
L'autre est bon garçon.
Ah! Suzon, Suzette!
Suzette, Suzon!
S'il faut fuir Suzette
Ou quitter Suzon,
Et que je n'en mette
Qu'une en ma maison,
Ah! Suzon, Suzette!
Suzette, Suzon!
Je quitte Suzette,
Je garde Suzon,
L'une me rend bête,
L'autre me rend bon.
Ah! Suzon, Suzette!
Suzette, Suzon!
40. "Le
temps a laissé son manteau"
Text by Charles Duc d'Orléans (1394-1465), Rondel LXIII from Poésies complètes, Tome
II, published by Lemerre, Paris, 1874
Music by Camille Saint-Saëns, "Temps nouveau" (1921)
See also:
Marie-Joseph-Alexandre-Deodat de Severac (1872-1921),
"Renouveau"
Claude Debussy (1862-1918),
"Le temps a laissié son manteau" (original version of text)
Le temps a laissé son manteau
De vent de froidure et de pluie,
Et s'est vêtu de broderie,
De soleil luisant clair et beau.
Il n'y a bête ni oiseau
Qu'en son jargon ne chante ou crie:
"Le temps a laissé son manteau
De vent de froidure et de pluie".
Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie
Gouttes d'argent d'orfèvrerie
Chacun s'habille de nouveau.
Le temps a laissé son manteau
De vent de froidure et de pluie,
Et s'est vêtu de broderie,
De soleil luisant clair et beau.
41.
"Tournoiement", Songe d'opium
Text by Armand Renaud (1836-1895), from Les nuits persanes (published 1870)
Music by Camille Saint-Saëns, op. 26 no. 6, from "Mélodies Persanes" (1870)
Sans que nulle part je séjourne,
Sur la pointe du gros orteil,
Je tourne, je tourne, je tourne,
A la feuille morte pareil.
Comme à l'instant où l'on trépasse,
La terre, l'océan, l'espace,
Devant mes yeux troublés tout passe,
Jetant une même lueur.
Et ce mouvement circulaire,
Toujours, toujours je l'accélère,
Sans plaisir comme sans colère,
Frissonnant malgré ma sueur.
Dans les antres où l'eau s'enfourne,
Sur les inaccessibles rocs,
Je tourne, je tourne, je tourne,
Sans le moindre souci des chocs.
Dans les forêts, sur les rivages;
A travers les bêtes sauvages
Et leurs émules en ravages,
Les soldats qui vont sabre au poing,
Au milieu des marchés d'esclaves,
Au bord des volcans pleins de laves,
Chez les Mogols et chez les Slaves,
De tourner je ne cesse point.
Soumis aux lois que rien n'ajourne,
Aux lois que suit l'astre en son vol,
Je tourne, je tourne, je tourne,
Mes pieds ne touchent plus le sol.
Je monte au firmament nocturne,
Devant la lune taciturne,
Devant Jupiter et Saturne
Je passe avec un sifflement,
Et je franchis le Capricorne,
Et je m'abîme au gouffre morne
De la nuit complète et sans borne
Où je tourne éternellement.
42.
"Tristesse"
Text by Ferdinand Lemaire
Music by Camille Saint-Saëns
De tristesse amère et profonde
Mon âme est prise sans raison;
Je cherche en vain sur quoi se fonde
Mon noir chagrin hors de saison.
Pourquoi faut-il que de ce monde
Mesurant l'étroit horizon,
Mon âme touhours vagabonde
Se heurte aux murs de sa prison?
Dans les chemins qu'elle se fraie
La nuit qui l'entoure l'effraie,
Et chaque pas est un effort!
Hélas! Pour ce corps qu'elle habite,
Elle va toujours assez vite,
Car chaque pas mène à la mort!
43.
"Viens! une flûte invisible soupire dans les verger"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855), from Les Contemplations (1846)
Music by Camille Saint-Saëns, "Viens!" (Duettino) or "Une flûte
invisible", 1885
See also:
Léo Delibes (1836-1891),
"Eglogue"
Viens! - une flûte invisible
Soupire dans les vergers. -
La chanson la plus paisible
Est la chanson des bergers.
Le vent ride, sous l'yeuse,
Le sombre miroir des eaux. -
La chanson la plus joyeuse
Est la chanson des oiseaux.
Que nul soin ne te tourmente.
Aimons-nous! aimons toujours! -
La chanson la plus charmante
Est la chanson des amours.
44.
"Violons dans le soir"
Text by Comtesse Anna de Noailles (1876-1933), from the book Les Eblouissements (1907)
Music by Camille Saint-Saëns, 1907
Quand le soir est venu, que tout est calme enfin
Dans la chaude nature,
Voici que naît sous l'arbre et sous le ciel divin
La plus vive torture.
Sur les graviers d'argent, dans les bois apaisés,
Des violons s'exaltent.
Ce sont des jets de cris, de sanglots, de baisers,
Sans contrainte et sans halte.
Il semble que l'archet se cabre, qu'il se tord
Sur les luisantes cordes,
Tant ce sont des appels de plaisir et de mort
Et de miséricorde.
Et le brûlant archet enroulé de langueur
Gémit, souffre, caresse,
Poignard voluptueux qui pénètre le coeur
D'une épuisante ivresse.
Archets, soyez maudits pour vos brûlants accords,
Pour votre âme explosive,
Fers rouges qui dans l'ombre arrachez à nos corps
Des lambeaux de chair vive!
45.
"Vogue, vogue la Galère"
Text by Jean Aicard (1848-1921)
Music by Camille Saint-Saëns
Vogue, vogue la galère,
Plus vite et plus vite encor
Vers Cythère,
Cythère aux horizons d'or!
La rive semble enflammée,
Et sous un rideau vermeil
De fumée
S'écrouler dans le soleil.
Tout s'écroule avec la brume;
Mais demain l'îlot charmant
Dans l'écume
Emergera doucement.
Vogue, vogue la galère,
Plus vite et plus vite encor
Vers Cythère,
Cythère aux horizons d'or!
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