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Ivanohè LIBRETTO - PDF Send
AutorIcon Autor Rossini, Gioacchino
TitleIcon Title Ivanohè
Libretto'sIcon Libretto's

Ivanohè


Opéra en trois actes de Emile Deschamps et Gabriel-Gustave de Wailly, musica di Gioacchino Rossini



PERSONNAGES

lvanhoé, chevalier saxon, Tenor
Cédric Le Saxon, son père, Basse
Brian De Boisguilbert, chevalier normand, Basse
Albert De Malvoisin, idem, Tenor
Le Marquis Lucas De Beaumanoir,
général en chef de l'armée normande,
Basse
Ismaél, Musulman, argentier du Roi de France, Basse
Un héraut d'armes, Tenor
Thierry, personnage muet, Míme
Léila, Fille d'Ismaél, Soprano
Chevalier Saxons et Normands, Peuple







ACTE PREMIER


 

Le théâtre represente une salle gothique; des
instrumens de guerre et de chasse sont suspendus
aux murs. On voit, dans le fond, une large fenêtre,
et, à gauche, une vaste cheminée. Au lever de la toile,
on entend gronder un orage.

SCÈNE PREMIÈRE

Cédric et ses vassaux sout à table. Un Pèlerin est
assis près de la cheminée.

CÉDRIC et CHOEUR
Saxons, la coupe en main
Au succès de nos armes!
Peut-être les alarmes
Vont renaître demain.
(On frappe à la porte de la salle).

SCÈNE DEUXIÈME
Les précédens, Ismaël, Léila.

LÉILA et ISMAËL
Seigneur, dans votre demeure
Par pitié recevez-nous.

CHOEUR
Loin d'ici partez sur l'heure,
Ou craignez notre courroux.

LE PÈLERIN
(à Léila)
Vite, vite, à cette place,
Sans bruit venez vous asseoir.

LÉILA
Ah! seigneur, je vous rends grâce;
Mon coeur renaît à l'espoir.

CHOEUR
Un musulman! quelle audace!
Renonce à ce fol espoir.

LE PÈLERIN
Méprisez leur insolence,
Je saurai vous protéger.

LÉILA
Sur notre reconnaissance
Comptez, ô digne étranger.

LE PÈLERIN
Oui, malheur à qui menace
L'innocence et la beauté!

LÉILA
Quoi! près de vous prendre place!
Pèlerin, quelle bonté!
Ils sont à notre poursuite.

ISMAËL
Sauvez-nous de leur fureur!

CHOEUR
Loin d'ici, race maudite!
Un musulman! quelle horreur!

LÉILA
Point de colère,
De mon vieux père,
A ma prière,
Calmez l'effroi.

ISMAËL
Point de colère;
Ah! d'un vieux père.
A sa prière,
Plaignez l'effroi.

CHOEUR
Vaine prière!
Vil téméraire,
Crains ma colère,
Retire-toi.

CÉDRIC
Non, sa prière
Ne peut déplaire;
De son vieux père
Je plains l'effroi.

LE PÈLERIN
Votre prière
Ne peut déplaire;
Cédric est père;
Ah! point d'effroi.

LÉILA et ISMAËL
Excusez notre audace,
Seigneur, sauvez, de grâce,
Des fureurs d'un méchant
Un père et son enfant.

CHOEUR
Vaine prière!
Vil téméraire,
Crains ma colère,
Retire-toi.

CÉDRIC
Paix! mes dignes hôtes; lorsque la guerre est
à nos portes ne refusons l'hospitalité à personne. La
trêve conclue entre l'Angleterre et le roi de France,
Philippe, expire demain; et qui sait si alors nous
aurons encore un asile? Que ce musulman reste avec
sa fille, quoique sa présence éveille en mon âme des
souvenirs douloureux... Je me croisé jadi, comme tous
les chevaliers chrétiens, et je ne puis voir un turban
sans songer qu'en Palestine, il y a quinze ans, j'ai vu
périr par le fer des infidèles mon vieux compagnon
d'armes, Olric, le dernier descendant mâle du grand
Alfred. Édith, sa fille, qui n'était qu'un enfant alors, et
dont il n'avait pas voulu se séparer, tomba au pouvoir
des ennemis, et depuis lors j'ignore ce qu'elle est
devenue.

LÉILA
Seigneur, mes compatriotes ne sont pas si
cruels qu'on les dépeint; ils auront pris son de ses
jours! et, si les prières de ceux que vous avez si
généreusement accueillis sont entendues du ciel, vous
reverrez l'objet de vos regrets.

CÉDRIC
Je crains bien qu'elles n'aient pas cette
influence, aimable enfant; mais je n'en suis pas moins
reconnaissant de tes souhaits. Avant de nous retirer,
je veux porter une dernière santé. C'est à vous de me
faire raison, sire pèlerin, puisque vous arrivez de la
Terre-Sainte; allons, au plus vaillant des défenseur de
la croix!

LE PÈLERIN
(se levant avec enthousiasme)
Au roi Richard!

CÉDRIC
(avec feu)
Qui? ce Normand qui a entraîné loin de moi mon fils
Ivanhoé! ce ravisseur de l'appui de ma vieillesse!
Étranger, vous avez rouvert dans mon âme une plaie
bien profonde!..
Mais Cédric ne doit pas regretter le Saxon qui suit un
maître normand... Écartons ces idées: musulman,
comment oses-tu venir dans un pays dont les habitans
ont tant de motifs de vengeance contre les hommes de
ta nation?

ISMAËL
Noble seigneur, que feraient-ils d'une pauvre marchand?
Le commerce est le seul bien que la guerre
ne rompt pas entièrement; je ne possède rien
d'ailleurs, et je ne crains que pour ma fille Léila, que
votre courtoisie vient de soustraire à la violence de ce
terrible Normand.

LE PÈLERIN
(vivement)
Que veux-tu dire? explique-toi.

ISMAËL
Vous saurez donc, digne pèlerin, et vous,
noble seigneur, que nous revenions de la
grande place d'armes d'Ashby, où, sur la foi de la
trêve, j'étais allé pour satisfaire la curiosité de ma fille,
et pour y vendre quelques armures que de pauvres
chevaliers, morts insolvables, m'avaient laissées en
gage. Pendant le tournoi, le chevalier Brian de
Boisguilbert avait regardé ma fille avec une attention
qui me fit concevoir des craintes que l'événement a
trop bien justifiées; car, a l'entrée du bois qui
entource ce château, nous avons été poursuivis par
une troupe d'archers; et, a leur tête, j'ai reconnu
Boisguilbert.

TOUS
Boisguilbert!!!

ISMAËL
Boisguilbert, dont la vengeance
Fut toujours l'unique loi.
Boisguilbert, que l'innocence
N'a jamais vu sans effroi!
Ah! maudite complaisance!
La peste soit du tournoi!

CHOEUR
Avec son air d'importance
Le poltron se meurt d'effroi.

ISMAËL
Dans mon coeur qu'elle tourmente,
Son image, encor présente,
Me poursuit et m'épouvante.
Daignez donc, seigneur, écouter
Ce que je vais vous raconter:
L'esprit encor plein de la fête,
Nous cheminions au petit trot,
Lorsque sur nous, le casque en tête,
Le fier Normand fond au galop.
Chaque instant accroît nos alarmes:
Je presse en vain mon coursier:
Ah! que n'avais-je les armes
Et le coeur d'un chevalier!

CHOEUR
Qui pourrait craindre les armes
Dans la main d'un tel guerrier?

ISMAËL
Mais, hélas! pour ma fille
Je devais me conserver.
Près de nous le fer brille;
Plus d'espoir de nous sauver!
Quand tout-à-coup d'une cloche
Mon oreille entend les sons.
Ô ciel, Boisguilbert approche!
Fuyons, Léila, fuyons!
J'entends sa voix farouche
Retentir dans le bois!
Il nous presse, il nous touche!
Oui, c'est lui, je le vois!

CHOEUR
Il les presse, il les touche.
Pourront-ils échapper de ce bois?

ISMAËL
Mais soudain la foudre gronde,
Le ciel s'ouvre avec fracas;
Bientôt une nuit profonde
A leurs yeux cache nos pas.
Déjà plus loin, sur la bruyère
J'entends leurs chevaux galoper.
Enfin, ma fille, j'espère,
Nous pourrons leur échapper.
Du bois nous sortons en silence;
Ce château se montre à nos yeux;
Mon coeur renaît a l'espérance,
J'y trouve un appui généreux.

CHOEUR
Qu'ici sa fureur nou/les assiégé,
Je ne crains/ Il ne craint plus rien désormais,
Le vaillant Cédric nous/les protège,
Et ses remparts sont fort épais.

CÉDRIC
Je ne me repens pas de vous avoir accueillis:
on trouvera toujours dans le château de Cédric le
Saxon un asile contre les attentats d'un Normand;
mais la prudence exige quelques soins; car on sait que
ce Boisguilbert ne respecte rien. Oswald, qu'on lève
le pont; moi je vais veiller à la sûreté du château; je
reviens à l'instant, pèlerin, ne vous éloignez pas.
(Puissionsnous n'avoir que des étrangers à
combattre!)

(Cédric sort avec ses vassaux; Léila entre dans la
chambre qui lui est indiquée; Ismaël se dispose à la
suivre, lorsqu'il est arrêté par le Pèlerin).

SCÈNE TROISIÈME
Le Pèlerin, Ismaël.

LE PÈLERIN
(à part)
Ismaël, l'argentier du roi de France dans le château
de Cédric! Ne serait-ce point une ruse de Philippe?
Éclaircissons ce doute.
(Haut)
Ismaël!

ISMAËL
(se retournant)
Qui m'appelle? Le pèlerin!
Comment sait-il mon nom?

LE PÈLERIN
Est-ce bien la crainte de Boisguilbert qui
t'a conduit ici? Ne cherche pas à m'abuser: tu
parles à un homme qui te connaît mieux que tu ne
penses.

ISMAËL
Seigneur pèlerin, si vous me connaissez,
vous devez savoir que je ne suis qu'un pauvre
marchand étranger aux débats politiques.
Le roi de France, Philippe, auquel j'ai eu l'honneur
de rendre de légers services en Palestine, m'a emmené
avec lui; et comme il vient de faire une descente en
Angleterre, je suis arrivé à sa suite.

LE PÈLERIN
Pour t'enrichir de nos dépouilles?

ISMAËL
Hélas! sire pèlerin, comment vivre sans un peu
d'industrie? mais plût à Dieu que je fusse aussi
riche que mes ennemis le prétendent!

LE PÈLERIN
Mécréant, crois-tu m'en imposer! Ne connais-je pas
la grande pierre qui est au pied du palmier de ton
jardin de Jérusalem? Ne sais-je pas que cette pierre
cache un escalier qui conduit à un certain caveau?...

ISMAËL
Miséricorde! ce n'est pas un homme, c'est mon
mauvais génie!

LE PÈLERIN
Comment n'as-tu pas craint de venir demander ici une
hospitalité que tu as refusée à des croisés en Palestine?

ISMAËL
Ah! sire pèlerin, c'est une pure calomnie.

LE PÈLERIN
Eh! quoi, ne te souvient-il plus de ce chevalier blessé
que ta fille avait recueilli pendant ton absence, et que
tu chassas impitoyablement de chez toi, à ton retour?

ISMAËL
Ah! ce fut bien malgré moi; ce chevalier était jeune,
fallait-il exposer le coeur de ma fille?

LE PÈLERIN
Rends grâce à sa présence; c'est à elle seule que tu
dois de n'être pas livré à Boisguilbert. Retire-toi;
Cédric va revenir en ces lieux; il veut me parler
sans témoin.

ISMAËL
Je sors, seigneur pèlerin; mais vous me promettez,
n'est-ce pas, de me garder le secret du caveau?
Je vous assure, d'ailleurs, que j'ai fait, depuis
quelque temps, de bien grandes pertes, et qu'il ne
contient plus que quelques marchandises.
Vous ne parlerez pas non plus du roi Philippe.
Si l'on savait que c'est lui qui m'a amené ici...

LE PÈLERIN
Je te le promets; mais souviens-toi que
la trêve expire demain. Adieu.

ISMAËL
Adieu, estimable pèlerin, adieu.
(Il sort).

SCÈNE QUATRIÈME
Le Pèlerin, seul.

LE PÈLERIN
C'est elle-même, c'est cette charmante Léila,
dont les soins touchans m'ont rendu à la vie,
dans la Terre-Sainte; la reconnaissance me fait un
devoir de la secourir; mais que dis-je! je ne dois qu'à
ces vêtemens groissiers l'asile que je reçois dans ce
château; j'y rentre en fugitif et sans espoir d'obtenir
mon pardon. Quel appui que celui d'un proscrit! Ah!
du moins j'ai mes armes, ne crains rien de
Boisguilbert.
Air
Blessé sur la terre étrangère,
Si je vois encor la lumière
Je le dois à ton secours.
Je veux consacrer cette vie,
Qui sans toi m'était ravie,
A veiller sur tes jours.
Mais quel transport naît dans mon âme!
L'innocence de moi réclame
Un appui protecteur.
Je sens, à l'ardeur qui m'enflamme,
Que je dois être ton vengeur.
Je le jure d'avance,
Oui, je veux terminer ta souffrance:
Ce bras saura te protéger;
Mon coeur s'ouvre à l'espérance,
Il ne connaît plus de danger.

SCÈNE CINQUIÈME
Le Pèlerin, Cédric.

CÉDRIC
(dans le fond, à part)
Interrogeons cet étranger; il revient, de la Palestine;
peut-être entendrai- je prononcer un nom que
je devrais avoir oublié pour toujours.
(S'avançant et haut)
Digne pèlerin, daignez satisfaire la curiosité d'un
vieux guerrier. Vous avez dû être témoin, dans la Terre-
Sainte, des hauts faits d'armes des défenseurs de la
croix. Quoique Cédric ne soit plus ce qu'il était jadis,
un bruit de guerre est toujours plus flatteur à son
oreille que les chants joyeux d'un festin.

LE PÈLERIN
Seigneur, que vous dirai-je? Chaque jour voit arriver
ici les débris de notre malheureuse armée.

CÉDRIC
Parmi les chevaliers échappés à ce désastre,
vous avez connu Brian de Boisguilbert?

LE PÈLERIN
Oui, seigneur, je le vis au tournoi qui
eut lieu après la prise de Saint-Jean-d'Acre.

CÉDRIC
Ce fameux tournoi dont la renommée a porté
jusqu'ici la nouvelle! La fougueux Boisguilbert
n'y dut pas rester oisif!

LE PÈLERIN
Il y combattit, seigneur, ainsi que deux autres
chevaliers normands, qui ne doivent pas vous
être inconnus: Albert de Malvoisin...

CÉDRIC
Son ami, le confident de ses pensées...

LE PÈLERIN
Et le marquis Lucas de Beaumanoir...

CÉDRIC
Le chef de l'armée rassemblée au château
de Saint-Edmond, à quelques milles d'ici;
vous me citez de bien fortes lances!
Et quels chevaliers osèrent leur tenir tête?

LE PÈLERIN
Leurs vainqueurs.

CÉDRIC Leurs vainqueurs! De par saint Dunstan,
nommez-moi ces valeureux champions, je vous prie.

LE PÈLERIN
Le premier en rang, en honneur et en courage,
Richard, roi d'Angleterre.

CÉDRIC
Je lui pardonne d'être descendu du tyran
Guillaume; et le second?

LE PÈLERIN
Sire Henri Douglas.

CÉDRIC
Véritable Saxon, par l'âme d'Heingist; et le
troisième, quel était son nom?

LE PÈLERIN
Le troisième, qui avait pour adversaire
Boisguilbert, était un jeune chevalier
moins renommé, qui fut admis dans
cette honorable compagnie plutôt pour
en compléter le nombre que pour aider
à l'enterprise.

CÉDRIC
(avec étonnement)
Un jeune chevalier sans réputation, l'antagoniste, le
vainqueur de Boisguilbert, du plus vaillant des chevaliers
normands, et vous ne vous rappelez pas son nom?
Pèlerin, ce manque de mémoire m'étonne; pourquoi ce
silence subit? Cette chaîne d'or est à vous si vous me
nommez ce jeune héros.

LE PÈLERIN
Puisque vous l'exigez, je vous le nommerai sans cette
récompense, car j'ai fait voeu de ne point toucher d'or
d'ici à un certain temps: ce chevalier était Saxon,
et se nommait Wilfrid d'Ivanhoé.

CÉDRIC
Wilfrid! Ah! mon coeur me disait que le sang de
Cédric ne pouvait degénérer; mais non, le fils qui
m'a désobéi n'est plus mon fils, son destin m'est aussi
indifférent que celui du dernier des Normands.
(On entend le son du cor).

SCÈNE SIXIÈME
Cédric, le Pèlerin, Léila, Ismaël, choeur.
Léila et Ismaël entrent éperdus.

Quatuor

LE PÈLERIN
Ah! point d'alarmes,
Séchez vos larmes,
Comptez sur nous.

LÉILA et ISMAËL
Le cor résonne,
Ah! je frissonne,
Entendez-vous?

CÉDRIC
De la prudence!
Faisons silence!
Écoutons tous!

SCÈNE SEPTIÈME
Les précédens, un héraut.

LE HÉRAUT
Boisguilbert vous propose ou la guerre ou la paix;
Cette esclave est la sienne, et ma voix la réclame.
En son pouvoir tous deux remettez-les,
Ou, malgré vos remparts épais,
Craignez le courroux qui l'enflamme.

LE PÈLERIN
Va-t'en; dis à ton maître
Qu'un jeune chevalier
Qu'il apprit à connaître,
Ose le défier;
Que le fer de ma lance
Saura, sur ces remparts,
Punir son insolence,
S'il brave mes regards.

CÉDRIC
Quel est donc ce mystère?
Mon fils est devant moi!

LE CHOEUR
Quel étonnant mystère
Dissipe notre effroi?

LE PÈLERIN
Pardonne-moi, mon père;
En combattant j'espère
Désarmer ta colère
Et sauves son honneur.

LÉILA
Ô bonheur! ô destin prospère!
Quel transport agite mon coeur!
Volez à ma défense,
Généreux chevalier!

CHOEUR
Meure l'indigne chevalier!

IVANHOÉ
Je venge son offense;
Dieu, sois mon bouclier!

LE CHOEUR et LÉILA
Le nom seul de la gloire
Fait palpitermon coeur.

CHOEUR
Aux armes! victoire!
Suivons ses pas!
Au seul nom de gloire
Il brave le trépas.
(Cédric et Ivanhoé sortent avec le choeur).

SCÈNE HUITIÈME
Ismaël, Léila.

ISMAËL
Ma fille, où fuir, où nous cacher? Maudit tournoi!
pourquoi faut-il que j'aie quitté le camp français?

LÉILA
Mon père, songez à ce brave chevalier qui s'expose
pour vous en ce moment.

ISMAËL
Puisse Mahomet étendre sa protection sur lui!
(Sur la ritournelle de l'orchestre, les femmes
entrent en désordre et précipitamment).

LÉILA
Quel tumulte! Ah! pourquoi ces alarmes?

ISMAËL
Viens, ma fille; que faire sans armes?

LÉILA
Ah! de grâce, parlez! voyez mes larmes!

ISMAËL
Elle reste, je meurs de frayeur.

LÉILA
Mon coeur tremble sinistre présage!

ISMAËL
Mon coeur tremble; adieu, mon courage!

CHOEUR
Malheureuse! le combat s'engage
Ta présence excite leur rage.
Suis ton père, évite leur outrage,
Et détourne de nous leur fureur.

LÉILA
(se dégageant des bras de son père,
qui l'entraîne enfuyant)
Mon père, mon père!
Que vois-je? il est blessé!

SCÈNE NEUVIÈME
Léila, Ivanhoé, blessé, soutenu par deux soldats qui
se retirent.

IVANHOÉ
Que faites vous ici, Léila?
Fuyez votre ravisseur, je ne puis plus vous défendre.

LÉILA
(s'approchant de lui)
Vous abandonner en cet état, quand c'est pour moi
que vous êtes expose à la mort! Laissez-moi
panser votre blessure, peut-être parviendrai-je à
vous soulager.

IVANHOÉ
Faut-il que je sois hors de combat! Si, du moins,
je pouvais lever une hache d'armes, ne fût-ce que
pour en frapper un seul coup! Voeux superflus, je
suis sans forces; aidez-moi, je vous prie, à me traîner
près de cette fenêtre, que je sois témoin...

LÉILA
Restez, chevalier, vous agraveriez votre blessure;
elle n'est pas dangereuse, vous serez bientôt rétabli;
mais le repos est nécessaire. Je vais m'y placer
moi-même, et je vous rendrai compte de tout ce qui
passera au dehors.

IVANHOÉ
Je vous le défends, chaque ouverture va servir
de point de mire aux archer. Léila, voudriez-vous
que j'eusse à me reprocher votre mort, que ce
souvenir empoisonnât le reste de ma vie?
Du moins, couvrez-vous de cet ancien bouclier,
et montrez-vous le moins possible.

LÉILA
(se couvrant du bouclier)
Ô spectacle horrible!

IVANHOÉ
J'entends d'ici le bruit des armes, et il faut que
je reste oisif! Regardez les assiégeans, avancent
ils toujours?

LÉILA
Je ne vois qu'une nuée de flèches; mes yeux en
sont éblouis. Ô ciel!

IVANHOÉ
Parlez.

LÉILA
Nos défenseurs sont repoussés, le château est
pris, je vois Boisguilbert sur les remparts.

IVANHOÉ
Et que font donc nos vassaux?

LÉILA
Tout est perdu, ils fuient. Final

LÉILA
Hélas! ô douleur! Ô jour funeste!

IVANHOÉ
(saissisant une épée)
Ce fer me reste.

CHOEUR
(en dehors)
Victoire! honneur!
Il est vainqueur!

LÉILA
Moment terrible!
Quel trouble horrible
S'empare de mon coeur!

IVANHOÉ
Aux tourmens que mon âme endure
Je préfère la mort.

LÉILA
Arrêtez! je vous en conjure;
Le crime est le plus fort.
Il n'est plus d'espérance.
Ah! craignez leur vengeance,
Ou vous allez périr.

IVANHOÉ
Je brave leur vengeance,
Je n'ai qu'une espérance:
Vous sauver, ou mourir.

CHOEUR
Craignez notre vengeance:
Oui, vous allez périr.

SCÈNE DIXIÈME
Ivanhoé, Léila, Ismaël, soldats, et plus tard
Boisguilbert.


LÉILA, IVANHOÉ et ISMAËL
Ô sort infidèlè,
Tu tromps mon zèle;
Ta rage cruelle
Accable mon coeur!
Ô crainte! ô douleur!

ISMAËL
Ô rage! ô douleur!
Je me meurs de peur!

LÉILA
Mon père, craignez sa colère.
(À Ivanhoé)
Seigneur, ne m'abandonnez pas.

IVANHOÉ
Ô ciel! je frémis de colère.
A sa voix n'obéissez pas.

ISMAËL
Ma fille, évitons sa colère.
(À Ivanhoé)
Seigneur, ne m'abandonnez pas.

BOISGUILBERT et CHOEUR
Tremblez, jeune téméraire;
(à Léila)
Marchez, suivèz nos pas.

LÉILA
Ô mon père, quelle souffrance!

BOISGUILBERT
Ne faites plus de résistance,
Ou craignez le trépas.

LÉILA
Ah! plutôt que je périsse!

BOISGUILBERT
Allons, soldats, qu'on la saisisse!

IVANHOÉ
Faut-il que le sort me trahisse,
Et qu'il enchaîne ainsi mon bras!

IVANHOÉ, LÉILA et ISMAËL
Dieu, comble non attente!
Crains de ma/sa main pesante
La vengeance éclatante, indigne chevalier!

BOISGUILBERT
Cette victoire éclatante
Couronne mon attente;
Dans ta rage impuissante
Tu peux me défier.

CHOEUR
Cette victoire éclatante
Surpasse notre attente:
Dans ta rage impuissante
Tu peux nous défier.
(Boisguilbert et les soldats se retirent en
entraînent Léila).







ACTE DEUXIÈME


 

Le théâtre représente une salle du château de Saint-Edmond.
Une fenêtre avec une plateforme extérieure, sans balustrade.
La scène se passe dans un donjon très-élevé.

SCÈNE PREMIÈRE
Léila, seule.

LÉILA
J'ai vainement cherche, je ne vois aucune issue;
ces murailles épaisses, la hauteur effrayante de ce
donjon, tout m'interdit l'espoir de la fuite. Ah! si le
noble Cédric, si son fils pouvaient venir à mon
secours!... Mais que n'ai-je pas à redouter, avant qu'ils
n'aient eu le temps de rassembler leurs vassaux
dispersés par l'effroi; et d'ailleurs comment les instruire
du lieu où je suis enfermée?... Que voisje?... mon père...
Il me cherche, le ciel l'envoie pour me sauver... Mais, à
une telle distance, il ne peut entendre ma voix...
Ô bonheur! il a vu mes signes; écrivons:
"Léila, fille d'Ismaël, au chevalier Vilfrid d'Ivanhoé.
Chevalier, je suis prisonnière dans le château de St.- Edmond...
J'ose implorer votre secours, celui de vos Saxons!..
Mais non, vous êtes blessé!.. Daignez instruire
de mon malheur le roi Philippe. Son armée est
campée à une demijournée de Rotherwood".
Mon Dieu! je sens que la vie me sera plus chère si
je la dois au chevalier dont le souvenir réveille dans
mon âme des sentimens si doux.
Air
Ah! mon âme en vain expère:
Pardonne-moi, Dieu de mon père!
Par un penchant involontaire,
Vers lui je me sens attirer.
Mais comment unir sur la terre
Ceux que le ciel doit séparer?
Mais l'amour règne en mon âme,
Et triomphe du devoir.
En vain la raison me blâme:
Mon coeur brûle de te voir!
Ah! viens, par ta présence,
Alléger ma souffrance,
Et me rendre à l'espoir!

SCÈNE DEUXIÈME
Léila, Boisguilbert.

BOISGUILBERT
Charmante Léila!

LÉILA
Qu'ai-je à craindre?
En veut-on à ma vie?

BOISGUILBERT
A votre vie! Dans des lieux où je commande
en maître, qui oserait menacer vous jours?

LÉILA
Pourquoi donc me retenir ici captive?
S'il vous faut une rançon, mon père...

BOISGUILBERT
L'amour et la beauté se chargeront de
payer la seule rançon que j'exige.

LÉILA
Qu'osez-vous dire? Que peut-il y avoir
de commun entre vous et moi?..

BOISGUILBERT
Sais-tu que je puis te parler en maître? Tu es ma captive;
je t'ai conquise avec la lance et l'épée, et tu es sommise
à mes volontés...

LÉILA
Arrête! Ta force peut l'emporter sur la mienne;
mais je proclamerai ta scélératesse d'un bout de
l'Europe à l'autre: tes frères d'armes apprendront
comment tu observes les sermens sacrés de la
chevalerie.

BOISGUILBERT
Crois-tu pouvoir te faire entendre au delà des murs
de ce donjon? Tu n'en sortiras qu'à une seule condition.
Soumets-toi à ton destin, alors je te fais briller d'une
telle magnificence, que les plus fières dames normandes
céderont en éclat, comme en beauté, à la favorite de la
meilleure lance de l'Angleterre.

LÉILA
Me soumettre à mon destin! quel destin, juste ciel!
Toi le plus brave des chevaliers anglais! ta conduite
est celle d'un lâche!... Mais je ne te crains pas, grâce
à celui qui a construit cette tour si élevée qu'un être
animé ne peut en tomber sans perdre la vie.
(Elle court vers la plateforme d'où elle est prête à s'élancer).

Duo

BOISGUILBERT
Que vois-je? ô ciel!

LÉILA
Frémis, cruel!

BOISGUILBERT
Oui, sa menace
De mon audace
Suspend l'effort.

LÉILA
Son sang se glace;
De son audace
Que peut l'effort?

BOISGUILBERT
Elle me préfère la mort.

LÉILA
Oui, son aspect me rassure.

BOISGUILBERT
Ne craignez nulle injure,
De grâce, écoutez-moi!
Sur mon honneur, je vous le jure,
Fiez-vous à ma foi!

LÉILA
Arrête, ou ta victime
S'élance dans l'abîme
Entr'ouvert sous ses pas.

BOISGUILBERT
La crainte me guide:
Mon coeur s'intimide;
Sa ruse perfide
L'enlève à mes bras!

LÉILA
C'est Dieu qui me guide:
J'échappe au perfide:
Mon âme timide
Brave le trépas.

BOISGUILBERT

Par la foi que j'ai jurée...

LÉILA
Qui, moi! croire à ton serment!

BOISGUILBERT
Oui, ma parole est sacrée!

LÉILA
Ô ciel! et dans quel moment!

BOISGUILBERT
Crains le transport qui m'obséde!

LÉILA
C'est toi qui devrais frémir!

BOISGUILBERT
Ecoute!

LÉILA
Jamais.

BOISGUILBERT
Viens! cède!...

LÉILA
Fuis, ou je saurai périr!

BOISGUILBERT
Un seul instant!

LÉILA
Ô mon père!

BOISGUILBERT
Vois l'abîme!

LÉILA
Ô mon père!

BOISGUILBERT
De mon amour téméraire
Redoute le dernier effort!

LÉILA
Je méprise ta colère,
Et je brave un vain transport.

BOISGUILBERT
Ô crainte! ô tourment! ô rage
Quoi! la cruelle m'outrage!
Non, plus d'espoir; son courage
Entre nous place la mort!

LÉILA
Que peut ton aveugle rage?
Je ne crains aucun outrage,
Je t'échappe, et mon courage
Entre nous place la mort!

BOISGUILBERT
Mais qu'entends-je?... on vient!...
Au nom du ciel, retirez-vous!
(Léila, le voyant s'avancer vers elle, s'élance
de nouveau vers la plateforme).

BOISGUILBERT
(effrayé, et reculant précipitamment
vers l'extrémité opposée)
Ne craignez rien, je n'approche pas! que ce lieu
vous cache aux regards.
(Il ouvre une porte secrète).

LÉILA
(sortant)
Fasse le ciel que je n'aie point à me repentir
de ma confiance!

SCÈNE TROISIÈME
Boisguilbert, Malvoisin.

BOISGUILBERT
Que venez-vous m'apprendre,
Malvoisin? Pourquoi cette agitation?

MALVOISIN
C'est pour vous que je tremble, Boisguilbert.
Malgré mes avis, vous avez persisté dans
une enterprise dont je ne prévoyais que trop
les dangers.

BOISGUILBERT
Que voulez-vous dire?

MALVOISIN
Excités par Maurice de Bracy, votre ennemi,
tous les chevaliers murmurent contre vous.
On demande quel motif a pu vous engager
à attaquer le château de Cédric, au moment
où nous devons oublier nos dissensions pour
songer à repousser l'invasion de l'étranger.

BOISGUILBERT
En l'absence de Beaumanoir, je commande l'armée:
depuis quand des soldats osent-ils censurer la conduite
de leur chef? Avons-nous besoin de ces vils Saxons
pour chasser les ennemis?

MALVOISIN
Vous commandez l'armée, mais le marquis
de Beaumanoir est attendu à l'expiration de la trêve;
peutêtre auriez-vous à vous justifier devant lui. Je ne
savais comment conjurer cet orage, lors qu'un homme
d'armes, de la compagnie du comte de Bracy, est venu
lui apporter une lettre tombée du donjon, dans laquelle
Léila invoque contre nous le secours de Saxons et des Français.

BOISGUILBERT
Eh bien! achevez...

MALVOISIN
Chevaliers, leur ai-je dit, apprenez qu'Ivanhoé est
de retour de la croisade; que cette musulmane est
une esclave du roi de France; que Philippe, sachant
qu'elle-est aimée d'Ivanhoé, l'a envoyée chez Cédric
pour soulever contre nous les Saxons, et que notre
digne chef, instruit de ce complot, s'est vu forcé
d'employer la violence pour se rendre maître
de l'instrument de leur perfidie.

BOISGUILBERT
Qu'avez-vous fait, Malvoisin?
Quoi! sans me consulter...

MALVOISIN
Le péril était pressant, il fallait vous disculper:
de Bracy n'ignore pas l'amitié que le roi de France
vous témoignait pendant la croisade. Craignez
de lui donner cette arme contre vous.

BOISGUILBERT
Je la laisserais périr!
Malvoisin, ce conseil est celui d'un...

MALVOISIN
(l'interrompant)
D'un ami qui vous rend un service dont vous sentirez
plus tard l'importance. C'était un mal nécessaire et que
vous pourrez réparer. Il vous sera facile de la faire
absoudre: vous êtes tout-puissant en l'absence
de Beaumanoir.

BOISGUILBERT
Mais j'entends le clairon!

MALVOISIN
Ô ciel! Beaumanoir rentre dans le château.

BOISGUILBERT
Fatal retour!

MALVOISIN
Ne perdez pas tout espoir!
Peut-être est-il temps encore! Je cours!...
(Il sort).

SCÈNE QUATRIÈME
Boisguilbert, Léila.

BOISGUILBERT
(courant à la chambre où est renfermée Léila)
Léila! Léila! un danger terrible vous menace!...

LÉILA
Quel autre ennemi que vous...?

BOISGUILBERT
Écoutez-moi: on vous accuse
d'avoir profité de la trêve pour vous
introduire chez Cédric, et ménager des
intelligences entre les Saxons et les Français.

LÉILA
Et quelle preuve avance-t-on pour
soutenir une telle imposture?

BOISGUILBERT
Une lettre tombée entre les mains d'un chevalier...

LÉILA
Ô ciel! je causerais la perte de mon
généreux défenseur!...

BOISGUILBERT
(avec humeur)
Pensez à vous, Léila... Dans ces temps de guerre
et de discorde, un soupçon de trahison est puni
comme le crime: il n'y a qu'un instant,
j'aurais pu prévenir le fatél arrêt; mais
Beaumanoir est de retour.

LÉILA
Dieu de mes pères!

BOISGUILBERT
Ne craignez rien, je veux vous sauver.

LÉILA
Vous!

BOISGUILBERT
Moi; mais maintenant ce ne peut être que
par la force, et j’accompagnerai votre fuite.
Alors je suis dégradé, déshonoré, accusé
de complicité avec les infidèles; le nom
illustre que je porte devient un titre de honte
et de reproche; et cependant j'oublie mon honneur,
je renonce à ma renommée, je sacrifie l'avenir
le plus brillant si vous consentez à me dire:
Boisguilbert, je suis à vous.

LÉILA
Qui? moi! acheter à ce prix votre
protection? Ah! je cours implorer la justice
de votre général; il m'entendra!...

BOISGUILBERT
Oui, courez vous livrer à sa
vengeance; mais voici Malvoisin!...

SCÈNE CINQUIÈME
Les précédens, Malvoisin.

BOISGUILBERT
Eh bien?

MALVOISIN
Il n'était plus temps; de Bracy m'avait
prévenu. Au moment où j'accourais
au devant de Beaumanoir, j'ai entendu ces
funestes paroles: "Lorsque les Français sont à
nos portes, nous devons à tout prix contenir
les Saxons dans le devoir, et prévenir, par un
exemple rigoureux, mais nécessaire, les
tentatives perfides de nos ennemis".
En un mot, par son ordre, le conseil vient
de s'assembler, et la lettre fatale est sous les
yeux des juges.

Trio

LÉILA
Souffrance cruelle!
Angoisse mortelle!
Mon âme chancelle!
Je me sens mourir.

BOISGUILBERT et MALVOISIN
Souffrance cruelle!
Angoisse mortelle!
Son âme chancelle!
Elle va périr.

SCÈNE SIXIÈME
Les précédens, un chevalier, choeur.

UN CHEVALIER
Suivez-vous, le conseil vous-demande,
Qu'à son ordre à l'instant on se rende.

LÉILA
Plus d'espoir! leur fureur sanguinaire
A déjà résolu mon trépas.
A la mort rien ne peut me soustraire!
C'en est fait, il faut suivre leur pas.

BOISGUILBERT et MALVOISIN
A la mort nous saurons vous soustraire!
Calmez-vous! nous marchons sur vos pas!

LÉILA
Dieu puissant, toi qui vois ma détresse,
Daigne, hélas! protéger ma faiblesse,
Et désarme, à ma voix, ton courroux.

BOISGUILBERT et MALVOISIN
Malgré moi j'ai causé sa détresse!
Léila, ne crains pas leur.

CHOEUR
L'heure presse!
A l'instant suivez-nous.

SCÈNE SEPTIÈME
Boisguilbert, Malvoisin.

BOISGUILBERT
Que voulez-vous de moi?
Faut- il la laisser périr?
Je vais trouver Beaumanoir;
je brave sa puissance!...

MALVOISIN
Arrêtez! il paraît disposé à l'indulgence;
ne le forcez pas à user de rigueur.

BOISGUILBERT
Eh bien! qu'ils prononcent leur
sentence barbare! Le jugement de Dieu
cassera l'arrêt des hommes! Je serai son
champion, et nous verrons s'il est un
chevalier en état de me disputer la victoire!

MALVOISIN
Vous vous perdez sans la sauver!
Vous ne pouvez paraître dans la lice sans
l'autorisation de votre général; et vous
la donnera-t-il pour combattre un de vos
frères d'armes? Vous ne feriez qu'éveiller ses
soupçons. Au lieu de tout braver, employons
la ruse: entrez en champ-clos pour
la défendre; mais la visière baissée,
en chevalier qui cherche les adventures
pour prouver la bonté de sa lance.

BOISGUILBERT
Oui, ce projet m'enchante!
Que Beaumanoir nomme son champion,
d'un seul coup de lance je lui fais vider les arçons.
(en écrivant sur ses tablettes)
"Acceptez le secours de mon bras, Léila, et
ne refusez pas, au moins pour chevalier, celui
que vous dédaignez pour amant"...
Marchons.
(Il sortent).

Le théâtre change et représente une grande salle
dans le château de Saint-Edmond.

SCÈNE HUITIÈME
Le marquis Lucas de Beaumanoir occupe le tribunal;
plus bas sont assis les chevaliers. Il fait nuit;
la salle du conseil est eclairée par des torches.

CHOEUR DE CHEVALIERS
Race infidèle.
Peuple rebelle,
L'ombre éternelle
Va t'engloutir!
Déjà, le glaive
Sur toi se lève!
Ton sort s'achève,
Tu vas périr!
Dieu nous contemple;
Donnons l'exemple
A l'univers.
Votre heure sonne,
La foudre tonne,
Tremblez, pervers!

(Beaumanoir fait signe de ramener l'accusée devant
ses juges; elle rentre, et bientôt après paraissent
Boisguilbert et Malvoisin).

SCÈNE NEUVIÈME
Les precedens, Léila, Boisguilbert, Malvoisin,
soldats.

BOISGUILBERT
(debout)
"Léila, musulmane, fille d'Ismaël, esclave du roi
de France, convaincue de s'être chargée au près
de Cédric d'une mission secrète de Philippe,
tendante à soulever les Saxons contre les
Normands et d'avoir renouvelé ses tentatives
criminelles, dans une lettre addressée au
chevalier Wilfrid d'Ivanhoé, où elle cherche
à allumer contre nous la guerre civile et
étrangère, aux termes del lois militaires,
est condamnée à etre brûlée vive.
L'arrêt sera exécuté demain avant la sixième
heure de jour."

LÉILA et MALVOISIN
Quel coup m'/l'accable!
Nuit effroyable!
Arrêt coupable!
Sort implacable!
Moment d'horreur!
Dieu de clémence,
Vois ma/sa souffrance.
D'une sentence
Aussi cruelle
Ma/Sa voix appelle.
Sois mon /son vengeur.

LÉILA
Prends la défense
De l'innocence.

CHOEUR
Point de clémence!
Plus d'espérance!
La mort s'avance!
Tu vas périr!
(Pendant cette partie du morceau, Léila lit à la
dérobée les tablettes qui lui on été remises par
Boisguilbert).

LÉILA
(en jetant son gant)
Dieu, j'en appelle à ta sentence!

TOUS
Quelle espérance
Vient de s'offrir?

LÉILA, BOISGUILBERT et MALVOISIN
Heureux présage!
Ce faible gage
Suspend leur rage,
Et le courage
Rentre en mon/son coeur.
Dieu de clemence,
Vois ma/sa souffrance!
D'une sentence
Aussi cruelle
Sa voix appelle.
Sois mon/son vengeur!

CHOEUR
Mais quel présage!
Ce faible gage
Calme l'orage,
Et le courage
Rentre en son coeur.
Dieu de vengeance,
Point de clémence!
De la sentence
Sa voix appelle.
De l'infidèle
Punis l'erreur!

SCÈNE DIXIÈME
Les précédens, Ismaël.

MALVOISIN
Que vois-je?

ISMAËL
Ô transports!

MALVOISIN
Ciel! quel est ce mystère?

BOISGUILBERT
Dieu! son père! ô remords!
Comptez sur mes efforts!

LÉILA
Fuyez, je vais mourir, mon père!

ISMAËL
Ah! barbares, voyez ma misère!
Rendez-la moi!

LÉILA
La flamme est prête, adieu!

BOISGUILBERT
Que votre coeur espère:
Mon sang éteindra le feu!

BEAUMANOIR
(faisant porter le gant à Boisguilbert)
Boisguilbert, l'infidèle,
A notre arrêt rebelle,
A Dieu même en appelle:
Sois notre défenseur!

BOISGUILBERT
Qui, moi! lâche complice
D'un injuste supplice,
J'entrerais dans la lice?
Pour moi quel déshonneur!

BEAUMANOIR
Combats, que ta vaillance
Rachète ton erreur!

MALVOISIN
(prenant le gant présenté a Boisguilbert)
Craignez de leur vengeance
L'implacable fureur!

CHOEUR
Oui, prend notre défense,
Illustre commandeur!

ISMAËL
Gran Dieu, vois ma détresse!

LÉILA
Je cède à ma douleur!

MALVOISIN
(regardant Boisguilbert)
Le trouble qui l'oppresse
Me glace de terreur!

LÉILA
Injuste arrêt! ô fatale rigueur!

LÉILA, BOISGUILBERT, MALVOISIN et ISMAËL
Dieu de clémence, prends notre défense.
Vois mon/sa innocence,
Et dans ma/sa souffrance
Daigne lame secourir!

CHOEUR
Tremblez! la mort s'avance!
Vous allez-périr!
Vengeance!

LÉILA
Je vais périr!







ACTE TROISIÈME


 

 

Le théatre représente, dans le fond, à gauche, le
château de Saint-Edmond.
Sur les premiers plans à
droite, les barrières de la lice. Il fait encore nuit.

SCÈNE PREMIÈRE
Avant le lever du rideau, on entend une marche
militaire.

Malvoisin, chevaliers, hommes d'armes.

MALVOISIN
Hommes d'armes, occupez les
avenues qui mènent au champ-clos.
Repoussez tout Saxon qui voudrait en
approcher, et éloignez-en surtout ce
musulman que votre coupable négligence a
laissé pénétrer dans la salle du jugement.
(Il entre dans la lice).

SCÈNE DEUXIÈME
Choeur de chevaliers.

CHOEUR
Faisons silence;
Le voyez-vous?
Avec prudence,
Observon tous.
Chassons l'audacieux,
S'il vient encor souiller ces lieux!
(Ils sortent).

SCÈNE TROISIÈME
Ivanhoé.

IVANHOÉ
(enveloppé dans un manteau)
Voici le château de St.Edmond! C'est ici sans doute
que Boisguilbert retient Léila captive; mais comment
lui arracher sa proie? Ah! si je n'ai pu la défendre sur
nos remparts, malgré ma blessure, je me sens la force
de combattre pour la sauver. Je suis parvenu à me
soustraire à la surveillance de mon père; il arme ses
vassaux pour demander raison de son injure; mais
pouvais-je attendre patiemment ces longs apprêts?
C'est à moi de défier et de punir Boisguilbert!... Hélas!
je suis sans armes! la barbare prévoyance de Cédric
n'a rien négligé!... Que vois je? Ismaël! peut-etre
pourra-t-il me procurer ce que je désire.

SCÈNE QUATRIÈME
Ivanhoé, Ismaël.

IVANHOÉ
Ismaël!

ISMAËL
Je ne me trompe pas, c'est ce généreux
chevalier! le ciel l'envoie pour sauver Léila!
Ah! seigneur! ma fille! ma pauvre fille!

IVANHOÉ
Tu l'as vue?

ISMAËL
Hélas! seigneur, les barbares l'ont
condamnée à mort.

IVANHOÉ
Et quel prétexte a pu donner lieu...?

ISMAËL
Il l'accusent de trahison.
Ah! seigneur, je n'ai plus d'espoir qu'en vous.

IVANHOÉ
Parle, que dois-je-faire?

ISMAËL
Un paysan, touché de mes pleurs, m'a dit
que si un chevalier combattait pour elle,
et était vainqueur, l'arrêt serait cassé.

IVANHOÉ
Ô bonheur!... Mais je suis sans armes.

ISMAËL
Quoi vous consentiriez!...
Ah! je puis vous en procurer.
Mais l'heure s'avance. Venez!...

SCÈNE CINQUIÈME
Malvoisin, Thierry, hommes d'armes.

MALVOISIN
(dans le fond)
N'est ce point Ivanhoé que j'aperçois?
Viendrait-il combattre pour Léila?
(Haut)
Thierry, assurrez-vous de ces deux fugitifs,
la trêve est expirée... L'heure fatale approche.
J'attends ici Boisguilbert; faisons un dernier
effort pour affermir son courage... Mais je le
vois qui s'avance... Il semble plus agité que
jamais.

SCÈNE SIXIÈME
Malvoisin, Boisguilbert.

BOISGUILBERT
Malvoisin, vous êtes mon ami.
Je veux sauver Léila; il faut que vous
m'aidiez à favoriser son évasion.

MALVOISIN
Que me proposez-vous? Toutes
les issues ne sont-elles pas gardées par des
hommes d'armes dévoués à Beaumanoir?
Pourquoi, par une tentative infructueuse,
lui donner des armes contre vous?
Je plains votre égarement; mais s'il pardonne
à l'erreur, il punirait le crime... Ne sacrifiez
pas votre rang, vos espérances à une folle
passion, au désir insensé de sauver une
infidèle qui vous préfere un Saxon.

BOISGUILBERT
L'ingrate! mais si je la laisse sans défense,
personne ne voudra se déclarer son protecteur.

MALVOISIN
Souhaitez-le, loin de vous en plaindre.
Si aucun chevalier ne ramasse le gant,
vous n'aurez contribué en rien à sa mort.
Couvert de vos armes, vous n'êtes qu'un
simple spectateur.

BOISGUILBERT
Le sort en est jeté, Malvoisin; je reprends toute
ma fermeté. D'ailleurs ne m'a-t-elle pas rebuté,
méprisé, accablé de dédains et d'outrages?
Pourquoi lui sacrifierais-je tout ce que j'ai de plus
cher au monde? Oui, vous me verrez dans la lice.

MALVOISIN
Ah! vous me rendez la vie! Mais
rentrons, la cloche annonce le cortége
funebre.
(Il rentre dans le château).

BOISGUILBERT
Ciel!

SCÈNE SEPTIÈME
Boisguilbert, seul.

BOISGUILBERT
Combat terrible! ah! que résoudre?
A son affreux destin dois-je l'abandonner?
Non, non, c'est mon amour qui t'a fait condamner,
C'est mon glaive qui doit t'absoudre.
Ah! de quel souvenir mon coeur est déchiré;
Je dois paraître dans la lice!
Qui moi! vainqueur, je l'envoie au supplice,
Vaincu, je suis déshonoré!
N'importe, cède aux voeux d'un amant égaré;
Et mon bras t'enlève à leur rage;
Mais d'un refus épargne-moi l'autrage.
Mon amour te plongea dans l'abîme,
De l'abîme il saura t'arracher;
Et cédant aux remords de son crime,
Renverser cet indigne bûcher!
Ah! pardonne, innocente victime,
Que ton âme se laisse toucher!

SCÈNE HUITIÈME
Boisguilbert, choeur de chevaliers.

CHOEUR
Avançons; au chagrin qui l'opprime,
Chevaliers, il faut l'arracher.

BOISGUILBERT
(à part)
Horrible souffrance!

CHOEUR
Sauvez-nous, commandeur, et combattez pour nous.

BOISGUILBERT
(à part)
Je sens s'allumer mon courroux!
Renoncez à cette espérance!

CHOEUR
La marche s'avance;
Venez, commandeur!

BOISGUILBERT
(à part)
Ô désespoir! ô fureur!
Quoi! je céderais comme un traître?
(Haut)
Non, non, vous allez reconnaitre
Votre invincible commandeur!
(À part)
A l'heure suprême,
Pour celle que j'aime,
Les fers, la mort même,
Je vais tout braver!
Injuste puissance,
Ma terrible lance
De votre vengeance
Saura la sauver!

CHOEUR
Plein d'espérance
Saisis ta lance,
Et ta vaillance
Va tout braver!

SCÈNE NEUVIÈME
Lesprécédens, Malvoisin, Beaumanoir, Léila,
chevaliers, paysans, cortège funèbre.

Marche

CHOEUR DE FEMMES
Dieu! signale ta clémence!
Dieu! protège l'innocence!

CHOEUR D'HOMMES
Dieu confirme la sentence,
Notre arrêt doit s'accomplir.

CHOEUR DE FEMMES
Déplorable destinée!
L'innocence va périr!

CHOEUR D'HOMMES
Par Dieu même condamnée,
L'infidèle va périr!

MALVOISIN
(retenant Boisguilbert qui s'avance vers Léila)
Que faites-vous?

BEAUMANOIR
Laissez-le, Malvoisin. Dans un appel
au jugement de Dieu, tout ce qui peut
faire connaître la vérité, doit être permis.

BOISGUILBERT
(a voix basse, sur le devant de la scène)
Léila, m'entends-tu?

LÉILA
Retire-toi, homme cruel!

BOISGUILBERT
Pense au sort qui t'attend!
Périr de la mort des plus grands criminels,
être consumée dans un brasier ardent, réduite
en cendres, et dispersée au gré des vents!...
Ah! le coeur d'une femme ne peut soutenir un
pareil tableau; tu céderas à mes prières.

LÉILA
Jamais.

BOISGUILBERT
Écoute moi: en dépit d'eux
tous, ta vie est encore entre tes mains;
accepte le secours de mon bras, et nous
serons bientôt à l'abri de toute poursuite.
Qu'ils prononcent leur sentence, je la
méprise; qu'ils flétrissent le nom de
Boisguilbert, je laverai dans le sang la tache
qu'ils oseront faire à mon écusson.

LÉILA
(se retournant vers ses gardes)
Qu'on me mène au supplice.

(La marche recommence; Léila disparaît au milieu
des gardes; Beaumanoir, Boisguilbert, Malvoisin se
disposent à la suivre; tout-à-coup des cris se font
entendre).

SCÈNE DIXIÈME
Les précédens; un chevalier, la visière baissée.

LE CHEVALIER
Arrêtez! je suis noble et chevalier! je viens ici pour
soutenir, par la lance et l'épée, la cause de Léila,
fille d'Ismaël, pour faire déclarer injuste et illégale
la sentence rendue contre elle, et pour défier sire
Brian de Boisguilbert au combat à outrance, comme
traître et meurtrier, ainsi que je le prouverai à l'aide
de Dieu et de mon droit.

MALVOISIN
(avec humeur)
Il faut d'abord que cet étranger prouve qu'il est
de noble lignage; nous ne pouvons permettre
à notre champion de combattre un inconnu,
un homme sans nom.

LE CHEVALIER
(levant sa visière)
Albert de Malvoisin, mon nom est mieux connu,
mon lignage est plus pur que le tien.
Je suis Wilfrid d'Ivanhoé.

MALVOISIN
(surpris)
Ivanhoé!

IVANHOÉ
Ta ruse est déjounée,
Malvoisin, et mon père achève d'en punir
les coupables instrumens.

BOISGUILBERT
(dune voix altérée)
Je ne te combattrai pas, je ne veux pas profiter
de ta faiblesse.

IVANHOÉ
Orgueilleux Normand, as-tu donc
oublié le tournoi de St.-Jean-d'Acre? Vois si
tu pourras recouvrer l'honneur que tu as
perdu? Par saint Georges, si tu refuses de te
mesurer avec moi, je te proclamerai comme
un lâche dans toutes les cours de l'Europe.

BOISGUILBERT
(lui lançant un regard farouche)
Eh bien! oui, j'accepte ton défi!
Prends ta lance, Saxon; prépare-toi à la mort!

IVANHOÉ
Le marquis de Beaumanoir m'octroie-t-il
le combat?

BEAUMANOIR
Je ne puis le refuser.

IVANHOÉ
Je demande le combat à l'instant...
C'est le jugement de Dieu; je mets en lui toute
ma confiance... Marchons.
(Ils sortent; on entend des fanfares).

SCÈNE ONZIÈME
Ismaël, seul.

ISMAËL
Les barbares! ils m'ont repoussé!...
Ô terrible anxiété!... Pendant le combat, j'ai
trouvé le moment de m'échapper; mais qu'est
devenu Ivanhoé? Aurait-il péri dans la mêlée?
(Fanfares).
Ô ciel! Voilà le funeste signal! ma fille!..
ma chère fille! me seras-tu rendue?..
Pas une personne à qui dévoiler ce fatal secret
dont la révélation peut te sauver!

SCÈNE DOUZIÈME
Ismaël, Cédric, Saxons.

CÉDRIC
(dans le fond)
Amis, mon fils doit être en ces lieux;
courons prévenir une lutte inégale.
(On entend crier dans la coulisse: Victoire)

CÉDRIC
Ciel!

ISMAËL
(éperdu)
Qu'entends-je?... Ah! seigneur!... de grâce!...
sauvez ma fille!... Sauvez la fille de votre ami!

CÉDRIC
Que veux-tu dire?

ISMAËL
Oui, seigneur, la crainte... l'attachement...
une douce habitude m'avaient retenu jusqu'ici...
Mais il s'agit de sa vie!...
Sachez que Léila n'est autre que cette jeune
Édith, confiée aux soins du vieil Ismaël par
votre ancien compagnon d'armes Olric.

CÉDRIC
Ô bonheur! la fille d'Alfred-le-Grand!
courons, amis!... Mais on vient.

Final

CHOEUR DANS LA COULISSE
Victoire!

CÉDRIC
Qu'entends-je?

ISMAËL
Ô supplice!

CÉDRIC
Cruel moment!

SCÈNE TREIZIÈME
Les précédens, Ivanhoé, Léila, peuple.

IVANHOÉ
(conduisant Léila vers Ismaël)
Bénis le ciel propice
Qui t'arrache au trépas!
C'est lui dont la clémence,
Fidèle à l'innocence,
A dirigé ma lance
Et soutenu mon bras.

ISMAËL
Ma fille est délivrée!
Mais quels nouveaux regrets
De mon âme enivrée
Viennent troubler la paix.

LÉILA
Délivrance inespérée!
Je respire, je renais!

CÉDRIC
(a Ivanhoé)
D'Olric ton bras sauve la fille;
Wilfred, Édith, soyez unis!
(À Édith)
Reviens au Dieu de ta famille;
Ô mes enfans, je vous bénis!

LÉILA
(à Ismaël)
Ô bonheur! ô jour prospère!
Viens, o mon père,
Reste avec nous.

IVANHOÉ
Heureux secret! ô jour prospère!
Ah! pour mon coeur moment bien doux!
Daignez souscrire aux voeux d'un père:
Oui, mon bonheur dépend de vous;
Édith, nommez-moi votre époux.

SCÈNE QUATORZIÈME
Les précédens, Beaumanoir, chevaliers normands.

BEAUMANOIR
Le ciel se déclare!
Respectons ses arrêts;
Le traître a confessé ses forfaits.

CHOEUR
Le ciel se déclare!
Respectons ses arrêts.

IVANHOÉ
Pour quoi faut-il-qu'un vain nom nous sépare?
Saxons, Normands, nous sommes tous Anglais!

CHOEUR
Oui, soyons tous Anglais.

SCÈNE QUINZIÈME ET DERNIÈRE
Les précédens, Malvoisin.

MALVOISIN
Notre ennemi s'avance!
Défendez vos foyers!
Amis, je le devance!
Aux armes, chevaliers!

TOUS
Chevaliers, courons aux armes!
Renvoyons-leur les alarmes!
Qu'ils craignent nos fers vengeurs!
Voici l'instant de la vengeance;
Cet instant est cher à nos coeurs!

BEAUMANOIR et CÉDRIC
Qu'ils tremblent! la mort nous devance.
Marchons, amis, nous reviendrons vainqueurs!

TOUS
Vengeance! amis, courons aux armes!
Punissons-les de nos alarmes!
Marchons, guerriers, nous reviendrons vainqueurs!



F I N


 

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