Lieder index:
1. A une jeune grecque
2. Absence
3. Au printemps
4. Aubade
5. Boire à l'ombre
6. Ce que je suis sans toi
7. Chanson de printemps
8. Chant d'automne
9. Crépuscule
10. Déesse ou femme
11. Départ
12. Donne-moi cette fleur
13. Envoi de fleurs
14. Je ne puis espérer
15. L'âme de la morte
16. Lamento - La chanson du pêcheur
17. Le lever
18. Le premier jour de mai
19. Le soir
20. Le vallon
21. Les champs
22. Les naïdes
23. Marguerite
24. Medjé
25. Mon habit
26. Ni l'or ni la grandeur
27. O ma belle rebelle!
28. Sérénade
29. Solitude
30. Tombez, mes ailes
31. Venise
1.
"A une jeune grecque"
Text by Sapho (650? BC - ??), translated to French by Prosper Yraven
Music by Charles Gounod
De la belle Timar c'est ici le tombeau;
Les Parques, avant l'heure, ont d'une main cruelle
De ses jours incomplèts brisé le fil pour elle.
Hélas! l'Hymen n'a pas allumé son flambeau!
Et ses compagnes éplorées
Ont à ces cendres adorées
De leurs cheveux livrés au tranchant du ciseau
Consacré les tresses dorées!
Vainement le Printemps fait renaître ses fleurs:
La vierge n'ira plus, à la saison nouvelle,
Dans la paix de nos bois rêver le soir pour elle.
Hélas! Avril n'aura plus de douces senteurs
Mais dès qu'a fui l'hiver morose;
Ici, notre amitié dépose,
Avec le chant plaintif des fidèles douleurs,
Le jasmin, le lys et la rose!
2.
"Absence"
Text by Alexandre-Joseph de Ségur (1756-1805)
Music by Charles Gounod
De mon coeur une partie
Vient au loin de s'envoler,
Et depuis qu'elle est partie
Rien ne peut me consoler!
Ce qui mettait l'allégresse
Dans mon âme et dans mes yeux
M'a laissé dans la tristesse
En s'éloignant de ces lieux!
Tant que les âmes aimées
Ne viendront rouvrir mon coeur,
Les sources seront fermées
Où je puisais le bonheur!
Je refleurirrai quand l'heure
Du revoir aura sonné.
Jusques là j'attends et pleure
Sous mon toit abandonné!
De mon coeur une partie
Vient au loin de s'envoler,
Et depuis qu'elle est partie
Rien ne peut me consoler!
3.
"Au printemps"
Text by (Paul) Jules Barbier (1825-1901)
Music by Charles Gounod
Le printemps chasse les hivers,
Et sourit dans les arbres verts;
Sous la feuille nouvelle
Passent des bruits d'aile!
Viens, suivons les sentiers ombreux,
Où s'égarent les amoureux;
Le printemps nous appelle,
Viens, soyons heureux.
Vois le soleil étincelle
Et sa clarté qui ruiselle
Me semble encor plus belle
Dans tes beaux yeux!
Viens, suivons les sentiers ombreux,
Où s'égarent les amoureux;
Le printemps nous appelle,
Viens, soyons heureux.
Que ta voix chante et se mêle
A l'harmonie éternelle;
Je crois entendre en elle
Chanter les cieux.
Viens, suivons les sentiers ombreux,
Où s'égarent les amoureux;
Le printemps nous appelle,
Viens, soyons heureux.
4.
"L'aube naît, et ta porte est close!"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1885)
Music by Charles Gounod, "Aubade"
See also:
Amy Marcy Cheney Beach (1867-1944),
op. 21 no. 1 "Chanson d'amour"
Edouard Lalo (1823-1892),
"L'aube naît"
L'aube naît, et ta porte est close!
Ma belle, pourquoi sommeiller?
A l'heure où s'éveille la rose
Ne vas-tu pas te réveiller?
O ma charmante,
Écoute ici
L'amant qui chante
Et pleure aussi!
Toute frappe à ta porte bénie.
L'aurore dit: Je suis le jour!
L'oiseau dit: Je suis l'harmonie!
Et mon coeur dit: Je suis l'amour!
O ma charmante,
Écoute ici
L'amant qui chante
Et pleure aussi!
Je t'adore ange et t'aime femme.
Dieu qui par toi m'a complété
A fait mon amour pour ton âme,
Et mon regard pour ta beauté!
O ma charmante,
Écoute ici
L'amant qui chante
Et pleure aussi!
5.
"Boire à l'ombre"
Text by Émile Augier (1820-1889)
Music by Charles Gounod
Je n'ai pas soif, vieillard, merci!
Mon coeur a bien autre souci que la bouteille!
Toi, cependant, paisible et gai,
Tu bois à l'ombre, à petit gué,
Sous une treille!
Tu ris au gobelet d'étain
Et nul, d'un jugement certain
Ne pourrait dire,
À voir tes regards complaisants
Qui creusa les rides des ans
Ou du sourire.
Tu n'as pas connu, même un jour,
La plaie ardente d'un amour
Mis en risée!
Ou si tu l'as eue à vingt ans,
Du moin, l'as-tu depuis longtemps
Cicatrisée!
O vieillard! que je donnerais
Mes cheveux noirs et mon teint frais,
Pour m'être acquitté de souffrir!
Et comme toi, près de mourir,
Boire en liesse!
6.
"Ce que je suis sans toi"
Text by Louis de Peyre
Music by Charles Gounod
Ce qu'est le lierre sans l'ormeau
Qui fut l'appui de son enfance,
Lui donnant dans chaque rameau
Un échelon pour sa croissance;
Voilà ce que je suis sans toi;
Par pitié, garde-moi ta foi!
L'oiseau qui vole en gazouillant
Vers les demeures éternelles
Et dont soudain un plomb sanglant
Est venu fracasser les ailes,
Voilà ce que je suis sans toi;
Par pitié, garde-moi ta foi!
Un frêle esquif parmi les flots
Pendant une nuit ténébreuse,
Sans gouvernail, sans matelots,
Au sein de la mer orageuse,
Voilà ce que je suis sans toi;
Par pitié, garde-moi ta foi!
7.
"Chanson de printemps"
Text by Eugène Tourneux (1809-1867)
Music by Charles Gounod
Viens! enfant, la terre s'éveille,
Le soleil rit au gazon vert!
La fleur au calice entr'ouvert
Reçoit les baisers de l'abeille.
Respirons cet air pur!
Environs-nous d'azur!
Là-haut sur la colline
Viens cueillir l'aubepine!
La neige des pommiers
Parfume les sentiers.
Viens! enfant, voici l'hirondelle,
Qui passe en chantant dans les airs;
Ouvre ton âme aux frais concerts
Eclos sous la feuille nouvelle.
Un vent joyeux, là-bas,
Frémit dans les lilas;
C'est la saison bénie,
C'est l'amour, c'est la vie!
Qu'un fleuve de bonheur
Innonde notre coeur.
Viens! enfant, c'est l'heure charmante
Où l'on voudrait rêver à deux;
Mêlons nos rêves et nos voeux
Sous cette verdure naissante;
Salut, règne des fleurs,
Des parfums, des couleurs!
Les suaves haleines
Voltigent sur les plaines;
Le coeur épanoui
Se perd dans l'infini!
8.
"Chant d'automne"
Text by Anonymous
Music by Charles Gounod
Oh! viens, la fleur déjà fanée
Meurt sous le regard du soleil,
Et de tristesse couronnée
La terre entre dans son sommeil.
Viens, rêvons aux choses passées;
Sous ces arbres qui vont finir,
Laissons s'effeuiller nos pensées
Au triste vent du souvenir!
Puis regardant notre vie
Joyeuse et bénie
Lorsque tout est triste à l'entour,
Si pleine d'amour,
À genoux sur la terre
Nous rendrons grâce à Dieu,
Et nous lui ferons voeu
D'une double prière.
Oh! viens, c'est à l'âme immortelle
De rêver sur ce qui n'est plus,
C'est à l'âme heureuse et fidèle
De pleurer les beaux jours perdus,
En foulant ces feuilles passées
Songeons qu'il en est ici-bas
De qui les âmes sont blessées
Et dont les yeux ne sèchent pas!
Puis regardant notre vie
Joyeuse et bénie
Lorsque tout est triste à l'entour,
Si pleine d'amour,
À genoux sur la terre
Nous rendrons grâce à Dieu,
Et nous lui ferons voeu
D'une double prière.
9.
"Crépuscule"
Text by Anonymous
Music by Charles Gounod
Quand sur la colline,
Seul, je vais m'asseoir!
Quand le jour décline
Dans la paix du soir!
Dis! alors ne sais-tu pas?
Car mon coeur entend tout bas
Murmurer ta voix divine!
Loin de ton sourire
La douleur me suit!
Tout me semble dire:
Le bonheur te fuit!
Mais que ton regard charmant
Me caresse doucement,
Dans tes yeux mon âme expire!
Si tu m'es ravie,
Il me faut mourir!
Car sans toi, ma vie
N'est plus que souffrir!
Mais rêver et vivre à deux,
Ici-bas c'est vivre, au cieux!
Viens rêver, ma douce amie.
10.
"Déesse ou femme"
Text by (Paul) Jules Barbier (1825-1901) and Michel Carré (1819-1872)
Music by Charles Gounod
Ces attraits que chacun admire,
Ce regard divin, ce sourire!
Nous faisaient tomber tous,
Hélas! Madame à vos genoux!
Déesse ou femme,
Ange des cieux!
Qui ne s'enflamme
A perdu l'âme,
Ou bien les yeux!
Cette voix que chacun adore,
Cette douce voix chante encore!
Qu'ils étaient ravissants,
Mon Dieu! qu'ils étaient ravissants,
Madame, ces doux accents;
Déesse ou femme...
11.
"Départ"
Text by Émile Augier (1820-1889)
Music by Charles Gounod
Je veux oublier que j'aime,
Emportez-moi loin, amis,
Emportez-moi loin d'ici,
En Flandre, en Espagne, à Naple, en Bohême,
Si loin qu'en chemin reste mon souci!
Que restera-t'il en moi, en de moi-même,
Quand à m'en guérir j'aurai réussi?
N'importe, je veux fermer ma blessure
Les longues douleurs ne sont pas mon lot!
Allons, je veux fermer ma blessure,
Partons! Allons par pays courir l'aventure,
Pour nous secourer partons au galop!
Sans te dire adieu chère créature!
Car mon coeur fondrait en sanglot!
Nous reposerons, la course assouvie,
Dans le serpolet, le baume et le thym!
Mais si d'en cueillir il me prend envie
Détournez mes doigts d'un fatal butin,
Car ce fut ainsi qu'elle prit ma vie,
Sans en rien savoir par un frais matin!
J'étais à genoux parmi la bruyère.
Partons, mes amis, partons! je soif de courir.
Que mon cheval jette un vent sa crinière,
Voyons l'horizon devant nous s'ouvrir.
Ah, partez sans moi! lâme prisonnière
Aime sa prison - et veut y mourir!
12.
"Donne-moi cette fleur"
Text by Léon Gozlan (1806-1866)
Music by Charles Gounod
Donne-moi cette fleur meurtrie
Entre ta ceinture et ton coeur!
Je la veux triste et sans couleur,
Donne-la-moi, pâle et flétrie!
Ni la rose, éternelle fée,
Ni ce lys qui vient de s'ouvrir
Ne valent le dernier soupir
De la pauvre fleur étoufée!
Doux échange qui ravit l'âme!
La femme a gardé dans son coeur
Le plus doux parfum de la fleur,
La fleur, le parfum de la femme!
Cette fleur je l'avais cueillie
À tes pieds, au bord du chemin!
Tu me dis en tendant la main:
Donne-la-moi fraîche et jolie!
À ces bois où l'oiseau soupire,
Nous avons conté nos secrets!
Rêveuse, tu la respirais,
Et la fleur cachait ton sourire!
Doux échange qui ravit l'âme!
La femme a gardé dans son coeur
Le plus doux parfum de la fleur,
La fleur, le parfum de la femme!
13.
"Envoi de fleurs"
Text by Émile Augier (1820-1889)
Music by Charles Gounod
Si l'on veut savoir qui m'envoie
Ces belles fleurs,
Elles me viennent d'où la joie
Et les douleurs,
Elles me viennent d'où ma vie
Pend désormais,
De celle là pour qui j'oublie
Ceux que j'aimais!
Si l'on cherche pourquoi je l'aime
A cet excès,
Hélas! je n'en sais rien moi-même;
Ce que je sais
C'est que dans ses yeux on voit luire
Tout son esprit,
Et qu'au coin de son fin sourire
Mon coeur se prit!
Comme un oiseau qui s'effarouche
Et fuit dans l'air,
Plus je le cherche sur sa bouche
Plus il se perd
C'est pourquoi celle qui m'envoie
Ces belles fleurs
Est celle d'où me vient la joie
Et les douleurs!
14.
"Je ne puis espérer"
Text by Albert Délpit (1849-1893)
Music by Charles Gounod
Ce n'est pas même la souffrance
Qui me fait me taire et pleurer;
La douleur a son espérance,
Et moi, je ne puis espérer!
Ce n'est pas le regret qui tue,
D'une joie éclose et qui meurt;
Pour la perdre il faut l'avoir eue!
Et je n'ai pas eu ce bonheur!
Hélas! c'est l'angoisse suprême
Que rien ne saurait exprimer!
Sentir qu'on aime et qu'on vous aime,
Et savoir qu'on ne peut s'aimer!
15.
"L'âme de la morte"
Text by Théodore Faullin de Banville (1823-1891)
Music by Charles Gounod
Ils se disent, ma colombe,
Que tu rêves, morte encore,
Sous la pierre d'une tombe:
Non, tu vis que je t'adore!
Tu t'éveilles ranimée,
O pensive bien-aimée!
Par les blanches nuits d'étoiles,
Dans la brise qui murmure,
Je caresse tes longs voiles,
Ta mouvante chevelure,
Et tes ailes demi-closes
Qui voltigent sur les roses.
O délices! je respire
Tes divines tresses blondes;
Ta voix pure, cette lyre,
Suit la vague sur les ondes,
Et, suave, les effleure,
Comme un cygne qui se pleure!
16.
"Ma belle amie est morte"
Text by Théophile Gautier (1811-1872)
Music by Charles Gounod, "Lamento - La chanson du pêcheur"
See also:
Hector Berlioz (1803-1869), op. 7 no. 3 "Sur
les Lagunes" from "Les Nuits d'Été"
Félicien David (1810-1876), "La chanson du pêcheur"
Gabriel Fauré (1845-1924),
op. 4 no. 1 "Chanson du pêcheur (Lamento)"
Louis Lacombe (1818-1884), "Lamento - La chanson du pêcheur"
Ma belle amie est morte,
Je pleurerai toujours;
Sous la tombe elle emporte
Mon âme et mes amours.
Dans le ciel, sans m'attendre,
Elle s'en retourna;
L'ange qui l'emmena
Ne voulut pas me prendre.
Que mon sort es amer!
Ah! sans amour s'en aller sur la mer!
La blanche créature
Est couchée au cercueil;
Comme dans la nature
Tout me paraît en deuil!
La colombe oubliée
Pleure et songe à l'absent;
Mon âme pleure et sent
Qu'elle est dépareillée.
Que mon sort est amer!
Ah! sans amour s'en aller sur la mer!
Sur moi la nuit immense
[S'étend] comme un linceul,
Je chante ma romance
Que le ciel entend seul.
Ah! comme elle était belle,
Et [comme] je l'aimais!
Je n'aimerai jamais
Une femme autant qu'elle
Que mon sort est amer!
Ah! sans amour s'en aller sur la mer!
S'en aller sur la mer!
17.
"Le lever"
Text by Louis Charles Alfred de Musset (1810-1857)
Music by Charles Gounod
See also:
Hippolyte Monpou (1804-1841)
Assez dormir, ma belle,
Ta cavale Isabelle
Hennit sous tes balcons,
Vois tes piqueurs alertes,
Et sur leurs manches vertes
Les pieds noirs des faucons.
Vois écuyers et pages,
En galants équipages,
Sans rochet ni pourpoint,
Têtes chaperonnées,
Trainer les haquenées,
Leur arbalète au poing.
Vois bondir dans les herbes
Les levriers superbes,
Les chiens trapus crier.
En chasse, et chasse heureuse!
Allons, mon amoureuse,
Le pied dans l'étrier!
[Et d'abord, sous la moire,
Avec ce bras d'ivoire
Enfermons ce beau sein,
Dort la forme divine,
Pour que l'oeil la devine,
Reste aux plis du coussin.]
Oh! sur ton front qui penche,
J'aime à voir ta main blanche
Peigner les cheveux noirs;
Beaux cheveux qu'on rassemble
Les matins, et qu'ensemble
Nous défaisons les soirs!
Allons, mon intrépide,
Ta cavale rapide
Frappe du pied le sol,
Et ton bouffon balance,
Comme un soldat sa lance,
Son joyeux parasol!
Mets ton écharpe blonde
Sur ton épaule ronde,
Sur ton corsage d'or,
Et je vais, ma charmante,
T'emporter dans ta mante,
Comme un enfant qui dort!
18.
"Le premier jour de mai"
Text by Jean Passerat (1534-1602)
Music by Charles Gounod
Laissons le lit et le sommeil
Cette journée,
Pour nous l'aurore au front vermeil
Est déjà née.
Or que le ciel est le plus gai
En ce gracieux moi de Mai,
Aimons Mignonne!
Contentons notre ardent désir,
En ce monde n'a du plaisir
Qui ne s'en donne.
Viens, belle!
Viens te promener
Dans ce bocage,
Entends les oiseaux jargonner
De leur ramage.
Mais écoute comme sur tous
Le rossignol est le plus doux,
Oui, le plus doux
Sans qu'il se lasse,
Oublions tout deuil, tout ennui
Pour nous rejouir comme lui,
Le temps se passe.
Laissons les regrets et les pleurs
A la vieillesse,
Jeunes il faut cueillir les fleurs
De la jeunesse.
Or que le ciel est le plus gai.
19.
"Le soir"
Text by Alphonse Marie Louis de Lamartine (1790-1869)
Music by Charles Gounod
Le soir ramène le silence.
Assis sur ces rochers déserts,
Je suis dans le vague des airs
Le char de la nuit qui s'avance.
Vénus se lève à l'horizon;
À mes pieds l'étoile amoureuse
De sa lueur mystérieuse
Blanchit les tapis de gazon.
Tout à coup détaché de cieux,
Un rayon de l'astre nocturne,
Glissant sur mon front taciturne,
Vient mollement toucher mes yeux.
Doux reflet d'une globe de flamme,
Charmant rayon que me veux-tu?
Viens-tu dans mon sein abattu
Porter la lumière à mon âme?
Descends-tu pour me révéler
Des mondes le divin mystère?
Ces secrets cachés dans la sphère
Où le jour va te rappeler?
Viens-tu dévoiler l'avenir
Au coeur fatigué qui t'implore?
Rayon divin, es-tu l'aurore
Du jour qui ne doit pas finir?
20.
"Le vallon"
Text by Alphonse Marie Louis de Lamartine (1790-1869)
Music by Charles Gounod
Mon coeur, lassé de tout, même de l'espérance,
N'ira plus de ses voeux importuner le sort;
Prêtez-moi seulement, vallons de mon enfance,
Un asile d'un jour pour attendre la mort.
D'ici je vois la vie, à travers un nuage,
S'évanouir pour moi dans l'ombre du passé;
L'amour seul est resté: comme une grande image
Survit seule au réveil dans un songe effacé.
Repose-toi, mon âme, en ce dernier asile,
Ainsi qu'un voyageur, qui, le coeur plein d'espoir,
S'assied avant d'entrer aux portes de la ville,
Et respire un moment l'air embaumé du soir.
Tes jours, sombres et courts comme des jours d'automne,
Déclinent comme l'ombre au penchant des coteaux;
L'amitié te trahit, la pitié t'abandonne,
Et, seule, tu descends le sentier des tombeaux.
Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime;
Plonge-toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours;
Quand tout change pour toi, la nature est la même,
Et le même soleil se lève sur tes jours.
21.
"Les champs"
Text by Pierre Jean de Béranger (1780-1857)
Music by Charles Gounod
See also:
Hector
Berlioz (1803-1869), op. 19 no. 2 (1834) from "Feuilles d'album"
Rose partons; voici l'aurore:
Quitte [des] oreillers si doux.
Entends-tu la cloche sonore
Marquer l'heure du rendez-vous?
Cherchons, loin du bruit de la ville,
Pour le bonheur un [sûr] asile.
Viens aux champs couler d'heureux jours;
Les champs ont aussi leurs amours!
Viens aux champs fouler la verdure;
Donne le bras à ton amant;
Rapprochons-nous de la nature
Pour nous aimer plus tendrement.
Des oiseaux la troupe éveillée
Nous appelle sous la feuillée.
Viens aux champs couler d'heureux jours;
Les champs ont aussi leurs amours!
Allons visiter des rivages
Que tu croiras des bords lointains.
Je verrai sous d'épais ombrages
Tes pas devenir incertains.
[Le désir cherche un lit de mousse.
Le monde est loin, l'herbe est si douce.
Viens aux champs couler d'heureux jours;
Les champs ont aussi leurs amours!
C'en est fait. Adieu, vains spectacles!
Adieu, Paris où je me plus,
Où les beaux-arts font des miracles,
Où la tendresse n'en fait plus!]
Rose, dérobons à l'envie
Le doux secret de notre vie.
Viens aux champs couler d'heureux jours;
Les champs ont aussi leurs amours!
22.
"Les naïdes"
Text by François Ponsard (1814-1867)
Music by Charles Gounod
Le soleil monte et brûle
Le sable au bord des mers,
L'ardente canicule
Flétrit les gazons verts.
Fuyons ô ma compagne!
La chaleur qui nous gagne
Au pied de la montagne
Où dans les ruisseaux clairs
Au bruit de l'eau sonore
Tombant de mon amphore
Mes deux yeux vont se clore
Sur un lit de roseaux.
Le soleil monte monte et brûle
Le sable au bord des mers,
Fuyons vers la montagne
Où dans les ruisseaux clairs.
23.
"Marguerite"
Text by Alexandre-Onesime Pradère (-Niquet)
Music by Charles Gounod
Si le bonheur à sourire t'invite,
Joyeux alors, je sens un doux émoi;
Si la douleur t'accable, Marguerite,
Je pleure alors comme toi.
Comme deux fleurs sur une même tige,
Notre destin suivait le même cours;
De tes chagrins en frère je m'afflige;
Comme une soeur de t'aimerai toujours!
24.
"Medjé"
Text by (Paul) Jules Barbier (1825-1901)
Music by Charles Gounod
O Medjé, qui d'un sourire
Enchaînas ma liberté,
Sois fière de ton empire,
Commande à ma volonté.
Naguère encor, sans entraves,
Comme l'oiseau dans les airs,
Ton regard a fait esclave
Le libre enfant des déserts.
Medjé! Medjé!
La voix de l'amour même
Devrait te désarmer!
Hélas! Tu doutes que je t'aime
Quand je meurs de t'aimer!
Ces bijoux que l'on t'envie,
J'ai vendu pour les payer,
Ingrate, plus que ma vie
Mes armes et mon coursier!
Et tu demandes quels charmes
Tiennent mon coeur enivré?
Tu n'as donc pas vu ses larmes?
Toute la nuit j'ai pleuré!
Medjé! Medjé!
Les pleurs de l'amour même
Devraient te désarmer!
Hélas! Tu doutes que je t'aime
Quand je meurs de t'aimer!
Tu veux lire dans mon âme
Pour y voir ton nom vainqueur!
Eh bien! prends donc cette lame
Et plonge là dans mon coeur!
Regarde sans épouvante
Et sans regrets superflus
Ton image encor vivante
Dans ce coeur qui ne bat plus!
Medjé! Medjé!
Le sang de l'amour même
Devrait te désarmer!
Hélas! Tu doutes que je t'aime
Quand je meurs de t'aimer!
25.
"Mon habit"
Text by Pierre Jean de Béranger (1780-1857)
Music by Charles Gounod
Sois-moi fidèle, ô pauvre habit que j'aime!
Ensemble nous devenons vieux.
Depuis dix ans je te brosse moi-même,
Et Socrate n'eut pas fait mieux!
Quand le sort à ta mince étoffe
Livrerait de nouveaux combats,
Imite-moi, résiste en philosophe:
Mon vieil ami, ne nous séparons pas.
Je me souviens, car j'ai bonne mémoire,
De premier jour où je te mis.
C'était ma fête, et pour comble de gloire,
Tu fus chanté par mes amis.
Ton indigence, qui m'honore,
Ne m'a point banni de leur bras,
Tous ils sont prêts à nous fêter encore:
Mon vieil ami, ne nous séparons pas.
À ton revers j'admire une reprise;
C'est encore au doux souvenir.
Feignant un jour de fuir la tendre Lise,
Je sens sa main me retenir.
On te déchire, et cet outrage
Auprès d'elle enchaîne mes pas.
Lisette a mis deux jours à tant d'ouvrage:
Mon vieil ami, ne nous séparons pas.
Ne crains plus tant ces jours de courses vaines
Où notre destin fut pareil;
Ces jours mêlés de plaisirs et de peines,
Mêlés de pluie et de soleil.
Je dois bientôt, il me le semble,
Mettre pour jamais - habit bas.
Attends un peu; nous finirons ensemble:
Mon vieil ami, ne nous séparons pas.
26.
"Ni l'or ni la grandeur"
Text by Jean de La Fontaine (1621-1695)
Music by Charles Gounod
Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux;
Ces deux divinités n'accordent à nos voeux
Que des biens peu certains, qu'un plaisir peu tranquille:
Des soucis dévorants c'est l'éternal asile;
Le sage y vit, en paix, errant parmi les bois;
Il regard à ses pieds les favoris des Rois;
Il lit au front de ceux qu'un vain luxe environne
Que la fortune vend ce qu'on croit qu'elle donne.
Approche-t-il du but, quitte-t-il ce séjour,
Rien ne trouble sa fin: c'est le soir d'un beau jour.
27.
"O ma belle rebelle!"
Text by Jean-Antoine de Baïf (1532-1589)
Music by Charles Gounod
See also:
Louis Niedermeyer (1802-1861)
O ma belle rebelle!
Las! que tu m'es cruelle,
Ou quand d'une doux souris,
Larron de mes esprits,
Ou quand d'une parole,
Mignardètement molle,
Ou quand d'une regard d'yeux
Fièrement gracieux,
Ou quand d'un petit geste,
Tout divin, tout céleste,
En amoureuse ardeur
Tu plonges tout mon coeur!
O! ma belle rebelle!
Las! que tu m'es cruelle;
En amoureuse ardeur...
O ma belle rebelle!
Las! que tu m'est cruelle,
Quand la cuisant ardeur
Qui me brule le coeur
Fait que je te demande,
A sa brûlure grande,
Un rafraichissement
D'un baiser seulement.
O! ma belle rebelle!
Las, que tu m'es cruelle,
Quand d'un petit baiser
Tu ne veux m'apaiser.
Me puisse-je un jour, dure!
Venger de ton injure;
Mon petit maître amour
Te puisse outrer un jour,
Et pour moi langoureuse
Il te fasse amoureuse
Comme il m'a langoureux
De toi fait amoureux.
Alors, par ma vengeance
Tu auras connaissance
Quel mal fait du baiser
Un amant refuser.
28.
"Sérénade"
Text by Vicomte Victor Marie Hugo (1802-1855)
Music by Charles Gounod
Quand tu chantes, bercée
Le soir entre mes bras,
Entends-tu ma pensée
Qui te répond tout bas?
Ton doux chant me rappelle
Les plus beaux de mes jours.
Ah! chantez, chantez, ma belle,
Chantez, chantez toujours!
Quand tu ris, sur ta bouche
L'amour s'épanouit,
Et soudain le farouche
Soupçon s'évanouit.
Ah! le rire fidèle prouve un coeur sans détours!
Ah! riez, riez, ma belle,
Riez, riez toujours!
29.
"Solitude"
Text by Alphonse Marie Louis de Lamartine (1790-1869)
Music by Charles Gounod
Je sais sur la colline
Une blanche maison
Un rocher la domine
Un boisson d'aubépine
Est tout son horizont.
Là jamais ne s'élève
Bruit qui fasse penser!
Jusqu'à ce qu'il s'achève
Un peut mener son rêve
Et le recommencer!
Le clocher du village
Surmonte ce séjour
Sa voix comme un hommage
Monte au premier nuage
Que colore le jour!
Signal de la pière
Elle part du saint lieu
Appelant, la première,
L'enfant de la chaumière,
À la maison de Dieu!
La fenêtre est tournée
Vers le champs des tombeaux
Où l'herbe moutonnée
Couvre après la journée
Le sommeil des hameaux!
Paix et melancolie
Veillent là près des morts!
Et l'âme recueillie
Des vagues de la vie
Croit y toucher les bords!
30.
"Tombez, mes ailes"
Text by Ernest-Wilfrid Legouvé (1807-1903)
Music by Charles Gounod
Petite fourmi sérieuse,
Qui travailles sur ce sillon,
Hier au ciel, comme un gai papillon,
Tu volais vive et rieuse!
D'où vient, dis-moi, d'où vient qu'avant l'hiver,
De papillon devenu ver,
Tu rampes et tu n'as plus d'ailes?
Où donc sont-elles?
Depuis hiver?
Fille de l'air,
Où sont tes ailes?
Hier j'étais heureuse et folatre,
Hier j'étais aimée et j'aimais!
Hier avec lui je m'élançais
Dans les flots de l'éther bleuatre!
En aimant,
Couple aérien,
Nous passions - il est un lien
Entre les amours et les ailes.
Oui, c'étaient elles, qui m'emportaient!
Nos coeurs battaient avec nos ailes!
Mais aujourd'hui me voilà mère!
L'instant des devoirs est venu:
Tout est danger sur le sol nu,
Pour ce petit être éphémère!
Alors, pour l'abriter du vent,
Avec mes pattes de devant,
J'ai moi-même arraché mes ailes!
Amours nouvelles!
Il faut veiller,
Et travailler!
Tombez, mes ailes!
31.
"Venise"
Text by Louis Charles Alfred de Musset (1810-1857)
Music by Charles Gounod
Dans Venise la rouge,
Pas un bateau qui bouge,
Pas un pêcheur dans l'eau,
Pas un falot.
La lune qui s'efface
Couvre son front qui passe
D'un nuage étoilé
Demi-voilé.
Tout se tait, fors les gardes
Aux longues hallebardes,
Qui veillent aux créneaux
Des arsenaux.
Ah! maintenant plus d'une
Attend, au clair de lune,
Quelque jeune muguet,
L'oreille au guet.
Sous la brise amoureuse
La Vanina rêveuse,
Dans son berceau flottant
Passe en chantant;
Tandis que pour la fête
Narcissa qui s'apprête,
Met devant son miroir
Le masque noir.
Laissons la vieille horloge
Au palais du vieux doge
Lui compter de ses nuits
Les longs ennuis.
Sur sa mer nonchalante,
Venise indolente
Ne compte ni ses jours
Ni ses amours.
Car Venise est si belle
Qu'une chaîne sur elle
Semble un collier jeté
Sur la beauté.
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