Lieder index:
op. 19
no. 1. Light
op. 20
no. 1. Le bachelier de Salamanque
no. 2. Sarabande
op. 35
no. 1. Des fleurs font une broderie
no. 2. Réponse d'une épouse sage
op. 38. Jazz dans la nuit
Op.19
no.1 "Light"
Text by Georges Jean-Aubry (1882-1950)
Music by Albert Roussel, op. 19 no. 1
Des larmes ont coulé
D'un coeur secret et tendre
Qui se crut exilé.
Que n'aije su comprendre,
Quand je m'en suis allé,
Ce coeur secret et tendre.
Une bouche a parlé,
Triste douceur d'entendre
Aujourd'hui révélé
Ce coeur secret et tendre.
Des larmes ont coulé,
Que n'aije su comprendre.
Mais pouvais-je m'attendre
A ce ciel étoilé.
Op.20
no.1 "Le bachelier de Salamanque"
Text by René Chalupt
Music by Albert Roussel, op. 20 no. 1
Où vas-tu, toi qui passes si tard
Dans les rues désertes de Salamanque
Avec ta toque noire et ta guitare
Que tu dissimules sous ta mante?
Le couvre-feu est déjà sonné
Et depuis longtemps, dans leurs paisibles maisons,
Les bourgeois dorment à poings fermés.
Ne sais-tu pas qu'un édit de l'alcade
Ordonne de jeter en prison
Tous les donneurs de sérénade,
Que les malandrins couperont ta chaîne d'or
Et que la fille de l'Almirante
Pour qui vainement tu te tourmentes
Se moque de toi derrière son mirador?
Op.20
no.2 "Sarabande"
Text by René Chalupt
Music by Albert Roussel, op. 20 no. 2
Les jets d'eau dansent des sarabandes
Sur l'herbe parfumée des boulingrins;
Il y a des rumeurs de soie dans le jardin
Et de mystérieuses présences.
Sur le marbre rose d'une margelle
Trois tourterelles
Se sont posées,
Comme sur tes lèvres trois baisers;
Leurs plumes s'effeuillent dans le bassin.
Les fleurs fraîches des marronniers
Neigent lentement sur tes seins
Et font frissonner ta chair nue,
Car tu es nue
Sous ton manteau
Et c'est pour toi que les jets d'eau
Dansent de sveltes sarabandes,
Que le parc est plein de présences
Et que les tourterelles blanches,
Comme de vivantes guirlandes,
Viennent fleurir au bord de l'eau.
Op.35
no.1 "Des fleurs font une broderie"
Text by Henri Piere Roché (1879-1959), after a translation by Herbert Gilles of a Chinese
poem by Li Ho (9th cent.)
Music by Albert Roussel, op. 35 no. 1
Des fleurs font une broderie sur le gazon.
J'ai vingt ans, le doux éclat du vin est dans ma tête,
Les glands d'or brillent au mors de mon coursier blanc,
Et l senteur du saule traîne sur le ruisseau.
Tant qu'elle n'a pas souri, ces fleurs sont sans rayons,
Quand ses tresses s'écroulent le paysage est gai.
Ma main est sur sa manche, mes yeux sont sur ses yeux,
Va-t-elle me donner l'épingle de ses cheveux?
Op.35
no.2 "Réponse d'une épouse sage"
Text by Henri Piere Roché (1879-1959), after a translation by Herbert Gilles of a Chinese
poem by Li Ho (9th cent.)
Music by Albert Roussel, op. 35 no. 2
Connaissant, seigneur, mon état d'épouse,
Tu m'as envoyé deux perles précieuses
Et moi, comprenant ton amour
Je les posai froidement sur la soie de ma robe.
Car ma maison est de haut lignage
Mon époux capitaine de la garde du Roi
Et un homme comme toi devrait dire:
"Les liens de l'épouse ne se défont pas."
Avec les deux perles je te renvoie deux larmes,
Deux larmes pour ne pas t'avoir connu plus tôt.
Op.38
"Jazz dans la nuit"
Text by René Auguste Louis Henri Dommange (b. 1888)
Music by Albert Roussel, op. 38
Le bal, sur le parc incendié
Jette ses feux multicolores,
Les arbres flambent, irradiés,
Et les rugissements sonores
Des nègres nostalgiques, fous,
Tangos nerveux cuivres acerbes,
Étoufent le frôlement doux
Du satin qui piétine l'herbe.
Que de sourires épuisés,
À l'ombre des taillis complices,
Sous la surprise des baisers consentent
Et s'évanouissent...
Un saxophone, en sanglotant
De longues et très tendres plaintes,
Berce à son rythme haletant
L'émoides furtives étreintes.
Passant, ramasse ce mouchoir,
Tombé d'un sein tiède, ce soir,
Et qui se cache sous le lierre;
Deux lèvres rouges le signèrent,
Dans le fard, de leur dessin frais,
Il te livrera, pour secrets,
Le parfum d'une gorge nue
Et la bouche d'une inconnue.
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